‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 145 sur 166 · IV. — CLAGNY · texte numérisé non relu

IV. — CLAGNY

Aussitôt après le Trianon de Porcelaine, et aussi voisine du Château de Versailles, s'éleva une autre construction, celle de Clagny.

Le fief de Clagny avait été acquis par Louis XIV en 4 665, avec sa tour féodale qui ne fut pas abattue. En 167-4, le registre des Bâtiments portait un chapitre de dépenses nouveau, avec cette désignation : « Pour la construction d'une maison à Versailles pour Messeigneurs les enfants naturels du Roi. »

C'était le moment de la plus grande faveur de la marquise de Montespan, qui triomphait ainsi en obtenant pour ses fils et pour elle l'édification d'un beau château qui devait coûter plus de 2 millions de livres. La favorite s'y tint constamment pour pousser les travaux et y donnait audience. Elle y recevait naturellement de nombreuses visites. « Il y a des dames qui ont été à Clagny, écrit Mme de Sévigné. Elles trouvèrent la belle si occupée des ouvrages et des enchantements que l'on fait pour elle, que, pour moi, je me représente Didon qui fait bâtir Carthage. » La Reine même y vint.

Glatigny, acheté pour 300,000 livres, fut joint à Clagny. « Que vous dirai-je? s'écrie Mrae de Sévigné, c'est le palais d'Armide... Vous connaissez la manière de Le Nôtre; il a laissé un petit bois sombre qui fait fort bien; il y a un petit bois d'orangers dans de grandes caisses; on s'y promène; ce sont des allées où l'on est à l'ombre, et pour cacher

ont été substituées aux armes de France) ; — la voiture du baptême du duc de Bordeaux (1821), qui a servi, eu 1853, au mariage de Napoléon III; — la Topaze, voiture du mariage de Napoléon et de Marie- Louise (1810).

: Voir Le Château de Clagny, par Bonnassieux (Picard, 1881).

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les caisses, il y a des deux cotés des palissades à hauteur d'appui, toutes fleuries de tubéreuses, de roses, de jasmins, d'œillets. C'est assurément la plus belle, la plus surprenante, la plus enchantée nouveauté qui se puisse imaginer. »

Ce premier bâtiment, élevé en 1674, n'ayant pas été trouvé assez commode par la favorite, le Roi en fit faire un plus considérable. Dès 1676, il consistait en une série de pavillons « agréables et magnifiques », et en un beau jardin accompagné d'une orangerie. Hardouin-Mansart en fut l'auteur. « Château superbe, dit Saint-Simon, avec ses eaux, ses jardins, son parc1. » Ce fut le premier pas de la fortune de ce jeune architecte, dont l'œuvre devait être si importante.

« Ce château, dit le Mercure de France de 1686, est presque de la même position que celui de Versailles; le corps n'a point de partie détachée et consiste dans un grand corps de bâtiment simple ayant deux ailes doubles en retour, au bout desquelles sont encore, en retour et sur la face du devant, deux autres ailes simples. La cour a 32 toises de large sur 32 de profondeur, sans y comprendre une demi-lune qui la ferme par devant et qui en augmente la grandeur... La distribution du plan de l'étage au rez-de-chaussée, qui est lf principal et bel étage, consiste en un grand salon qui sert de passage pour aller de la cour au jardin, et dégage et communique deux appartements pour le Roi. Ce salon est décoré par dedans de grands pilastres corinthiens avec leur entablement régulier, au-dessus duquel est un ordre attique qui porte la voûte surbaissée... Il y a une grande galerie de 35 toises de long et de 23 pieds de large, qui est composée de trois salons un peu plus larges dans les intervalles qui les joignent. Elle est décorée d'un grand ordre corinthien dont l'entablement régulier est enrichi de sculptures. La voûte est ornée de divers compartiments qui renferment des cadres où doivent être des tableaux qui représentent l'histoire d'Enée. Au-dessus de la corniche et à la naissance des arcs-doubleaux sont des groupes en relief de figures assises qui représentent plusieurs divinités : les Eléments, les Saisons et les Parties de la Terre, avec les attributs... » Au bout de la galerie, un peu en contre-bas, se trouvait une orangerie pavée

1 Voir les estampes de Pérellu.

(ioi LE CHATEAU DE VERSAILLES.

de marbre, et. au coin opposé, était la chapelle, d'ordre corinthien, de plan rond et de 30 pieds de diamètre.

Ce bâtiment, très harmonieusement édifié, dont les ornements de sculptures, dus au ciseau de Desjardins, Raon, Magnier, etc., étaient remarquables sans doute, mais d'une importance relativement secondaire, fut entouré de très beaux jardins, d'un bois de haute futaie, de plusieurs parterres en broderie et de boulingrins de diverses figures, ainsi que de bosquets de charmille et de cabinets de treillage ornés d'architecture. Des palissades de myrte, dissimulant des caisses remplies d'orangers1, donnaient l'illusion qu'ils étaient nés en pleine terre. Au bas des jardins était le grand étang de Clagny, avec son île, faisant l'office de canal et qui ne devait être comblé que plus tard2. Sous Louis XIV, il servait aussi, grâce aux moulins élévatoires construits à cet effet, à fournir l'eau au Château et à alimenter quelques jets du Jardin.

Le château de Clagny et la terre, le manoir et la terre de Glatigny furent donnés en forme régulière à Mrae de Montes pan en 1685. Ce domaine était « substitué » au duc du Maine et à ses enfants mâles, faute desquels il était réversible à la Couronne. Mais, à cette date, l'astre de la favorite avait pâli, et depuis longtemps déjà.

Dès 1676, au moment du jubilé, avait eu lieu la première séparation des amants, provoquée par les remords de conscience de Louis XIV ; on sait le propos recueilli ou arrangé par La Beaumelle : « ATous serez content de moi, disait le Roi à Bourdaloue, Mm" de Montespan est à Clagny. — Sire, répondait le prédicateur, Dieu le serait bien plus si Clagny était à quarante lieues de Versailles. » Mais l'appartement que Mrae de Montespan avait à Versailles était trop voisin de celui du Roi; toutefois, si elle fit encore un voyage avec lui, en février 1678, celui de Flandre et de Lorraine, elle vit cette année même sa faveur s'anéantir.

1 Mercure de 1 6S0.

8 II fut entretenu tant que Clagny fut habité, et on ne songea à le reeonibler définitivement qu'en 1736. Il fut comblé « par rapport au mauvais air qu'il causait à Versailles ». Un nouveau cours, la rue Neuve, avait été créé le long de l'étaug. — De Nolhac, La Création de Tersailles.

Mme de Montespan morte en 1707, aux eaux de Bourbonl'Archambault, le duc du Maine, son fils, prit possession de Glagny.

Après avoir appartenu au prince de Dombes, l'aîné de ses enfants, puis à son frère, le comte d'Eu, il revint par voie d'échange, en 1706, en la possession du Roi. Louis XV accorda d'abord il arpents du parc à la reine Marie Leczinska pour l'établissement de son couvent de chanoinesses régulières de Saint-Augustin, qui exista jusqu'à la Révolution et dont les bâtiments, œuvre de l'architecte Mi que, sont occupés par le lycée Hoche.

D'autres parcelles furent bientôt détachées des anciens jardins. Enfin, le château, resté inhabité depuis plus de quarante ans et dégradé par suite de cet abandon autant que par l'humidité du sol, fut livré à la destruction. Il commença à être démoli, par adjudication, en 1769, et le peintre de Machy prit dans ces travaux le sujet de plusieurs tableaux. Avant que finît le règne de Louis XV, aucun vestige ne subsista plus de la première grande œuvre de Mansart1.

Lieu de retraite, de repos, à mi-chemin de Versailles et de Saint-Germain, Marly reproduit en petit dans son histoire celle de Versailles, « dont il est, dans sa splendeur définitive, comme un raccourci 2 » .

Ii est probable que Saint-Simon a bien pénétré les desseins de Louis XIV choisissant comme séjour de passage ce lieu

1 Les bâtiments détruits occupaient un emplacement qui se trouverait aujourd'hui sur la voie du chemin de fer de la Rive droite, un peu en avant des hangars qui sont à feutrée de la gare. Us allaient jusqu'au boulevard delà Reine; l'aile méridionale du château coupait le tracé de ce boulevard à la hauteur du petit lycée. Un des premiers grands changements dans les jardins de Clagny fut amené par l'ouverture du boulevard de la Heine, en octobre 1173. De Nolhac, La Création de Versailles.)

2 De Nolhac, La Création de Versailles.

encore ignoré. « Lassé à la fin, dit-il, du beau et de la foule, il se persuada qu'il voulait quelquefois du petit et de la solitude. » La représentation incessante de Versailles le fatiguait parfois. Il chercha « un petit ermitage » dont la situation bornée ne l'entraînerait pas à de grandes dépenses, et l'ermitage fut fait.

Ce n'était que pour y coucher trois ou quatre nuits, du mercredi au samedi, deux ou trois fois l'année, avec une dizaine de courtisans en charges les plus indispensables. « Peu à peu, l'ermitage fut augmenté d'accroissement en accroissement, les collines taillées pour faire place et y bâtir, et celle du bout largement emportée pour donner au moins une échappée de vue fort imparfaite. Enfin, en bâtiments, en jardins, en eaux, en aqueducs, en ce qui est si connu et si curieux sous le nom de machine de Marly, cela est devenu ce qu'on le voit encore, tout dépouillé qu'il est depuis la mort du Roi. »

Un nombre prodigieux de paysans fut employé à combler les marécages existants. Les premiers travaux commencèrent en 1679. A partir de 1686, la Cour commença à y séjourner; le premier séjour fut de trois jours.

Le château, ou grand pavillon, terminé par Mansart en 1684, comprenait un rez-de-chaussée et un étage à neuf fenêtres de façade. « Il a vingt et une toises en tous sens, dit Piganiol de la Force. La décoration extérieure est de peintures à fresques ' ; elle consiste en pilastres d'ordre corinthien, en trophées et en devises que l'on a mis entre les croisées de l'étage qui est au rez-de-chaussée.

« Dans chaque face, il y a un avant-corps aussi de peintures à fresques, couronné par un véritable fronton sculpté. Aux quatre faces principales, des perrons conduisent à des vestibules. On entre par quatre portes dans le salon, orné de seize pilastres, d'ordre ionique, couronné de son entablement. Il est éclairé par quatre croisées pratiquées dans l'attique au centre de l'édifice. » Un grand salon octogone, décoré de sculptures, occupait toute la hauteur du château, avec un balcon intérieur.

Les fresques fuient exécutées par JSocret, Monnier. Bouuetuer, Rambour, Simon, et surtout par Rousseau.

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