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CHAPITRE XVII

On peut dire que la ville de Versailles est née et a grandi à l'ombre de son château.

L'origine de son nom reste toujours incertaine. Ce ne fut d'abord qu'un pauvre petit village au milieu de bois et d'étangs, dont le plus important était celui de Clagny1. Us alimentaient quelques ruisseaux, le ru de Galie entre autres.

Il est parlé pour la première fois de Versailles dans une charte de 1037, où apparaît le nom de son seigneur, Hugues ou Hugo. Cette terre, possédée au xvie siècle par Martial de Loménie, secrétaire de Charles IX, appartenait en 1602 à Jean-François de Gondi, archevêque de Paris.

Nous avons dit dans quelles circonstances le roi Louis XIII était devenu définitivement possesseur du domaine de Versailles-. En 163-2, comme acte de seigneurie, il faisait afficher à l'orme du principal carrefour l'écusson à fleurs de lys.

Le village occupait alors une partie du terrain de la rue de l'Orangerie et de celle du Vieux-Versailles. Il était orienté

vers le midi.

En 1634, Louis XIII y établit trois foires par an et un marché franc placé à l'endroit qu'il occupe encore aujourd'hui (à l'intersection des rues Duplessis et de la Paroisse). Il y fit aussi construire plus tard un hôpital, sous le nom

' Sur remplacement actuel des rues Neuve, Duplessis Berthier et de Maurepas. Il se prolongeait au uord par les marais et 1 étang de Glati gn y.

2 Voir chapitre Ier.

(Y Infirmerie de la Charité (sur l'emplacement des immeubles 81 et 83 actuels de la rue de la Paroisse).

Louis XIII traça dans ses grandes lignes le plan de la ville que devait être Versailles et qui comptait, à sa mort, plus de 7,000 habitants.

Sur les sentiers rectilignes qui devaient être des rues sous Louis XIV, quelques hôtels s*élevèrent. C'est ainsi qu'Amador du Plessis, marquis de Richelieu, frère du cardinal, capitaine des châteaux de Saint-Germain et de Versailles, en fit construire un sur l'emplacement des numéros actuels 47-49 de la rue Carnot, à l'angle de la rue Duplessis (ou mieux Du Plessis1 1.

Sous Louis XIV. la ville est véritablement créée. Le 22 mai 1671, « Sa Majesté ayant en particulière considération le bourg de Versailles, souhaitant de le rendre plus florissant qu'il pourra », déclare qu'il fait don en pleine propriété à toutes personnes qui voudraient bâtir à Versailles, « tant du cùté de la Pompe et de Clagny que du cùté du vieux village, des places où leurs maisons sont ou seront situées », à charge « pour eux et leurs hoirs » d'entretenir les bâtiments « en l'état et de même symétrie qu'ils seront bâtis2 ». Ces maisons étaient, en outre, exemptes du logement par craie pendant dix années entières, exemption qui se prolongea jusqu'en 1699 3. Enfin, elles furent affranchies de toutes dettes et hypothèques contractées par les propriétaires (déclaration du 26 septembre 1672).

Ces privilèges favorisèrent singulièrement l'accroissement de la ville, qui s'allongeait à l'est vers le bourg de Montre uil, jusqu'à l'impasse Montbauron, et au sud jusqu'aux bois de Satory. On peut même dire qu'une nouvelle ville s'éleva et prit le caractère qu'elle a gardé, avec ses rues larges, tirées au cordeau, sa place d'Armes, où aboutissaient trois grandes avenues plantées d'arbres, celle du milieu (l'avenue de Paris)

1 Auguste Jehan. La Ville de Versailles L. Bernard).

2 De >"olhac, La Création de Versailles.

3 J.-A. Le Roi, Histoire de Versailles, t. Ier. — Cette exemption était une grande faveur. Lorsque le Roi allait en voyage, les maréchaux des logis et fourriers du Roi marquaient à la craie un certain nombre de maisons pour loger toute sa suite, ce qui ne laissait pas d'être très onéreux pour les propriétés voisines des habitations royales.

la divisant en deux villes. A sa naissance, elle eut l'air et la salubrité ; elle fut un type de ville moderne, et sa couronne de bois, qui reste toujours sa parure, en fit un cadre unique pour le palais du « Grand Roi » .

Alors, la ville comprit huit quartiers : le Château et ses dépendances (Parc, Grande et Petite-Ecurie, Grand-Commun) ; — le Vieux-Versailles, où étaient l'église Saint-Julien et le potager de Louis XIII, et plus tard, à leur place, le Grand- Commun et la rue de la Surintendance (rue Gambetta) ; — le Potager de La Quintinie; — la Ville neuve, fondée sous Louis XIV, correspondant à une grande partie du quartier Notre-Dame actuel ; — le Parc-aux-Cerfs, nouveau quartier fondé sur l'ancien parc-aux-cerfs de Louis XIII, où quatre cent soixante-onze lots de terrain furent destinés à divers officiers de la Maison du Roi; — le quartier du Bel-Air, entre la butte Montbauron, la Grande-Ecurie et le Chenil ; — l'hôtel de Limoges, sobriquet donné à l'espèce de faubourg et aux masures dans lesquelles s'entassaient les maçons limousins employés en grand nombre aux bâtiments du Roi1: — le château de Clagny'2, avec son parc et son étang, construit pour Mme de Montespan par Mansart. « Sa façade, dont le corps central était situé sur l'emplacement du boulevard de la Reine, à peu près à la hauteur du numéro 70 actuel, se développait en ailes, parallèlement aux rues du Parc-de- Clagny et de Provence et à peu de distance de l'emplacement de ces rues3. » Le Nôtre en avait dessiné les jardins, qui s'étendaient jusqu'à l'étang. Ils couvraient « une partie de l'emplacement occupé aujourd'hui par la gare Rive-Droite, le boulevard de la Reine et l'Hospice. L'étang, d'une grande superficie, commençait un peu à l'est de la rue Duplessis,.

1 Dussieux, Le Château de Versailles, t. II.

2 Clagny était un hameau fort ancien qui fut possédé par plusieurs seigneurs de la Cour des rois Charles VII et Louis XI, entre autres le célèbre architecte du Louvre (façade de l'Horloge), Pierre Lescot, abbé de Clermont. Louis XIV en acheta le terrain à l'hôpital des Incurables de Paris (eu 1665). Pour l'agrandir, il fit l'acquisition de la propriété de Glatigny, beaucoup plus grande. (J.-A. Le Roi, Histoire de Versailles, t. Ier.) — La partie est de ce quartier a été transformée de nos jours et parsemée d'habitations pittoresques. Elle est coupée par la rue du Parc-de-Clagny ei l'avenue de Villeneuve-l'Etang.

3 A. Jehan, La Ville de Versailles.

couvrait le vaste espace limité au nord par la rue Berthier, au midi par la rue Neuve (qui formait alors un quai), et se terminait à l'ouest, à la hauteur de la rue de Maurepas, sorte de chaussée par laquelle on gagnait la route de Saint-Germain1 ». Le parc, coupé de belles allées, gagnait les bois de !a butte de Picardie. Les dépendances du château s'étendaient sur l'emplacement du Lycée, jusqu'à l'avenue de Saint- Cloud et au carrefour de Montreuil.

Louis XIV fit construire, pour les services de son administration et de la Cour, une série d'édifices : la Grande-Ecurie. la Petite-Ecurie, le Grand-C ommun , le Chenil-, la Surintendance et la Chancellerie.

La Surintendance, résidence du surintendant des Bâtiments, date de 1670-71. Elle est située rue Gambetta, n° 63. Elle était installée dans un pavillon du Château. En 1683, comme le bâtiment était devenu trop petit, on construisit au bas de la rue une nouvelle Surintendance que Mansart habita. Elle renfermait une galerie servant de magasin aux tableaux du Roi, qui décoraient les appartements de Versailles pendant l'été. En hiver, on les remplaçait par des tapisseries des Gobelins. Ce bâtiment a été occupé jusqu'en 1907 par le Petit-Séminaire.

L'hôtel de la Chancellerie (actuellement n° 24 de la rue de la Chancellerie), bâti par Dorbay (1670-73), était la résidence du chancelier. M. et Mme de Pontchartrain y donnèrent des fêtes nombreuses, entre autres un bal en l'honneur de la duchesse de Bourgogne, complaisamment décrit par l'officieux Mercure (1700) et dont Saint-Simon vante l'ordre et la magnificence. — Il est devenu aujourd'hui une propriété particulière.

La Paroisse ou église de Notre-Dame fut bâtie par Mansart (1684-86).

Vers 1685, Y Hôpital royal ou la Charité, bâti par Louis XIII,

1 A. Jehan, La Ville de Versailles. — Voir le plan. . * Nous avons décrit précédemment ces dépendances du Château.

3 Louvois y mourut subitement le 16 juillet 1691, et le cardinal Dubois le 10 août 1723. — Au n° 4 était le pavillon de Monsieur, ainsi appelé parce qu'il fut habité plus tard par le comte de Provence, frère de Louis XVI. Sous Louis XIV, c'était le logement de la surintendante de la Maison de la Reine. Il sert aujourd'hui de logement aux employés du Château.

PANORAMA DE VERSAILLES En 1717

fut transporté sur l'emplacement où il est aujourd'hui (entre les rues Duplessis et Richaud et le boulevard de la Reine). Il fut reconstruit en 1779.

En 1686, un jeu de paume définitif avait été établi sur l'emplacement actuel. Ce bâtiment rappelle une des journées les plus mémorables de la Révolution, la journée du 20 juin 1789, où les « représentants des communes de France », constitués en Assemblée nationale, prêtèrent serment de ne pas se séparer jusqu'à ce qu'une constitution du royaume fût établie.

En 1803. la salle du Jeu-de-Paume, devenue propriété nationale, fut mise par le Premier Consul à la disposition de Gros, qui y peignit les Pestiférés de Jaffa et la Bataille dAboukir. Plus tard, sous Louis-Philippe 1838-18 il), Horace Vernet y fit la Smala, la Bataille de l'Isly et la Prise de Constantine.

En 1848, le Jeu-de-Paume fut classé parmi les monuments historiques (arrêté du ministre de l'Intérieur, du 24 mars). Puis il subit d'autres vicissitudes, servit de dépôt de tableaux et de bustes, enfin fut définitivement transformé en un musée de la Révolution, sous la troisième République, en 1889. La décoration et l'organisation en furent confiées à Edmond Guillaume, architecte du Palais de Versailles. Au-dessus de la porte d'entrée, une table de marbre noir porte, gravée en lettres d'or, l'inscription rédigée le 30 janvier 1790 par les membres de l'Institut, sur la demande de François de Neufchâteau, ministre de l'Intérieur, et commémorant l'acte civique des « députés du peuple repoussés du lieu ordinaire de leurs séances1 ».

En même temps que Louis XIV édifiait ces diverses cons-

1 L'inscription de 1790 : « Nous jurons de ne jamais nous séparer, etc.. » est encadrée dans un motif d'architecture, sorte de petit édicule composé d'un fronton triangulaire soutenu par deux colonnes de marbre. En avant est placée la statue de Bailly lisant la formule du serment, œuvre du sculpteur R. de Saint-Mareeaux. Vingt et un bustes représentant les principaux membres du tiers état qui prirent part à la séance du 20 juin 1789 sont rangés autour de la salle, où a été reproduit en camaïeu, par le peintre Luc-Olivier Merson, le Serment du Jeude-Paunie de David. Sur les murs sont écrits les noms de 577 signataires du serment. (Voir la brochure de Ch. Vatel, Notice historique du Jeu-de-Paume, Versailles, L. Bernard.)

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