Premier Empire
Magasin.
Escalier Chimay.
Salle de la Révolution.
Magasin.
Directoire, Consulat.
Salle du général Lejeune. Guerres de la Révolution et de l'Empire.
Portraits de la famille impériale.
à 183. Consulat et premier Empire.
Salle de l'Expédition d'Egypte. Portraits par Dutertre.
relie, en paniers et vertugadm ; enfin, en face, on la voit assise, en toque et robe de velours rouge garni de fourrures, avec ses trois enfants. Cette toile est, avec la première, son œuvre maîtresse; un peu complaisantes toutefois, en ce sens qu'elles dissimulent les imperfections, les yeux ronds et gros, la lèvre autrichienne; mais elles font fort habilement ressortir la grâce d'un modèle aimé, la fierté du regard, la fraîcheur extrême du teint, l'élégance du port.
Dans les salles 52, 53 et 54, notre attention est encore attirée par deux charmants tableaux d'Hubert Robert, témoins intéressants de la transformation qui s'opérait dans les jardins vers 1774, et par toute une série de portraits : un Louis XVI, gros et bouffi, en tenue d'apparat, par Callet; le Comte dWngiviller, directeur des Bâtiments, en habit prune, par Roslin; Madame Infante avec sa fille, œuvre remarquable de Mme Labille-Guiard, qui fut la digne rivale de Mme Vigée-Lebrun. Cette artiste habile a peint aussi, dans de grandes toiles, les grâces vieillies de Mesdames Adélaïde et Victoire (salle 54).
Dans la salle 53, le portrait en pied et décoratif du Duc d'Orléans (Philippe-Egalité), par Callet, est une œuvre des plus marquantes. Le peintre a fait là une figure inoubliable dont la psychologie a été magistralement tracée par un historien contemporain. « La magnificence du costume et l'air d'orgueil, dit-il, ne réussissent pas à déguiser la bassesse du personnage : elle suinte, avec la méchanceté, sur tous les traits du visage, dans le regard oblique, fuyant comme le front, ce front qui semble ravalé d'un coup de hache1. »
Cette chronologie du portrait se continue dans Yaitique de Chimay et Yattique du Midi qui lui fait suite. L'œuvre commencée depuis plusieurs années par les soins de la Conservation du Musée, avec une méthode sûre, va aujourd'hui jusqu'à la fin du règne de Louis-Philippe.
Ici, la chaîne des temps se renoue. Nous voici en 1789, et des documents très intéressants de l'époque révolutionnaire sont assemblés dans la première salle : deux portraits au crayon de Robespierre et de Napoléon; — la Marie- Antoi-
1 Vicomte Eugène-.Melchior de Vogué, Pages d'tvstoire (Armand Coliu).
nette de Kocharsky, dans ses habits de veuve, le visage tiré, les yeux creux; — la Charlotte Corday de Hauer, peinte dans sa prison avant son exécution, vêtue de blanc : figure douce, aux yeux bleus volontaires; — le Marat assassiné, de David, impressionnant, les cheveux couverts d'un madras, le corps livide, penché en partie hors de la baignoire; — les saisissants tableaux documentaires d'Hubert Robert et de Jacques Bertaux (La Fédération et La Prise des Tuileries, au 10 août); — les deux bustes expressifs de Mirabeau et de La Fayette, par Houdon; — enfin, le buste du petit Dauphin que l'Europe nomma Louis XVII, et dont l'histoire est émouvante. « Ce buste, où le menton et le nez ont été recollés, fut précipité d'une fenêtre des Tuileries pendant le sac du 10 Août. Un des assaillants du château, un cordonnier, le ramassa et le porta sur son établi. Pour assouvir sa haine contre la famille Capet, ce patriote imagina de marteler ses cuirs sur la petite tète de marbre; les cicatrices dont elle est couverte proviennent des mutilations faites par le marteau de cet homme. » (E.-M. de Vogué, Pages d'histoire.)
Puis, dans les salles qui suivent (dans l'attique de Chimay et l'attique du Midi) , se déroule l'iconographie de Napoléon Ier et de sa famille, de ses généraux et de ses ministres, avec ses peintres officiels, Gros, Gérard, Robert Lefèvre, Guérin; la moisson est riche et variée, et un classement des plus suggestifs a été fait.
Les salles de ïallique du Midi consacrées à la Restauration et au Gouvernement de Juillet présentent un vif intérêt, tant par les portraits que par la peinture d'événements historiques, dans la période qui va de 1830 à 1848. Mentionnons les toiles se rapportant aux journées de 1830, aux trois glorieuses, où la guerre de rues et de barricades à travers Paris, avec ses combattants aux costumes pittoresques, est reproduite avec un sens exact de la réalité. Le peintre Granet y figure avec deux tableaux de premier ordre, de format réduit, à la manière hollandaise : La Remise de la barrette par Louis-Philippe au cardinal de Cheverus (1836) et Le Baptême du duc de Chartres (1840). Heim s'y montre pbysionomiste consommé dans les deux toiles où les présidents des deux Chambres, Pasquier et Laffitte, remettent au duc d'Orléans les adresses qui l'appellent au trône; mais où le peintre se
surpasse, c'est dans le tableau intitulé : Lecture faite par Andrieux au foyer de la Comédie-Française (1847).
Bien d'autres œuvres exciteront l'intérêt : au premier rang, la collection complète des portraits de Louis-Philippe et de sa famille, due (sauf le portrait du Duc d'Orléans, un des chefs-d'œuvre d'Ingres) au pinceau un peu froid, mais habile et distingué, de Winterhalter. Le Louis-Philippe en culotte de Cour et portant Yordre de la Jarretière est une œuvre de premier ordre. Le même artiste a représenté le prince Albert et la reine Victoria, « d'une aimable fraîcheur de sentiment et de palette ». C'est un document précieux.
Les peintres de valeur Eugène Lami et Isabey, très en vogue à cette époque, ont ici quelques tableaux importants, quelques-uns en collaboration, d'épisodes relatifs aux visites réciproques de la reine Victoria en France et de Louis-Philippe en Angleterre; ils ont peint d'une touche pittoresque et réaliste Y Attentat de Fieschi, et Isabey a su rendre de la manière la plus impressionnante la translation des cendres de Napoléon [L'Arrivée à Cherbourg de la Belle-Poule).
Les acquisitions nouvelles, c'est-à-dire celles qui datent de la période qui va de 1870 à nos jours, se trouvent en majorité dans les salles 30 et 33 du rez-de-chaussée, à gauche et à droite de la galerie Louis XIII (salle 30 1. Mentionnons deux tableaux de Détaille : Les Funérailles de Pasteur et La Revue du camp de Chdlons en 1896, toile d'un puissant effet comme paysage, ciel, terrains détrempés, science profonde de la composition et du dessin, vérité d'observation, harmonie du coloris; — Y Inauguration du Pont Alexandre III, par Roll, très intéressant au double point de vue de la composition, de la couleur et de l'étude du plein air.
La salle 33 offre à la curiosité des portraits (peintures et bustes) appartenant à diverses périodes de notre histoire : une ?s mon de Lenclos, œuvre d'un contemporain; un Camille Desmoulins de l'école de David, d'un intérêt capital; enfin, un legs de la princesse Mathilde, comprenant les portraits du Prince impérial, du Prince Napoléon (Jérôme), à deux époques de sa vie, dont l'un est de Flandrin, la Répétition du Joueur de flûte, de G. Boulanger.
Quelques autres œuvres de cette période sont dissé-
minées dans les salles suivantes : salle 138 (ou des Etats- Généraux) : la Bataille de Reichshoffen, par Aimé Morot, d'une conscience et d'une expression rares; le fragment du grand panorama de Neuville et de Détaille, la Bataille de Champigny (fragment peint par de Neuville), tableau émouvant, bien composé; — dans la galerie des Batailles, le Patrie de Georges-Bertrand, dont nous avons parlé; dans la salle du Sacre, la Fête du Centenaire des Etats généraux au bassin de Neptune, par Roll, peinture de plein air qui est en même temps une page d'histoire.
Le Catalogue officiel du Musée de Versailles existe en trois volumes (par Eudore Soulié, avec un supplément par Clément de Ris). Mais il date de 1880-1881. Depuis cette date, l'augmentation des collections, leurs modifications, la nécessité de donner, comme l'exige la critique contemporaine, des attributions aussi exactes que possible, font souhaiter qu'à la suite des aménagements que la Conservation actuelle ne cesse de poursuivre, rétablissement d'un classement « logique et durable » permette la publication d"un catalogue impatiemment attendu. C'est le vœu de MM. de Nolhac et Pératé; c'est aussi celui du public.