LE CHATEAU NEUF
à une grotte et aux réservoirs pour les futurs jeux d'eau. Il faut uoter aussi que les premières habitations que le Roi offrait aux seigneurs étaient l'amorce d'une ville nouvelle dont le développement était certain.
En somme, le premier Versailles de Le Vau, tel qu'on le voit dans le précieux tableau de Patel, de 1667, bâti de pierre et de brique, était un type gracieux de la Renaissance française, une œuvre pleine d'élégance et de grâce alerte, un vrai château de féerie, comme en témoignent les contemporains.
A travers la fiction romanesque de sa Promenade à Versailles, MIlc de Scudéry nous donne une description très exacte du Château neuf. Ce sont, premièrement, les abords, aux toits dorés, de « la petite maison du plus grand roi dé la terre », ces « petits hôtels de campagne, qui sont bâtis proches du Palais pour la commodité des grands de la Cour et aux inscriptions qui les font connaître », cette place en demi-lune dont les pointes de la balustrade « finissent par deux obélisques portant la devise du Roi (le Soleil) à toutes les trois faces ». Voici l'avant-cour, « d'une belle grandeur, d'une forme agréable, avec les deux ailes de bâtiments qui la ferment à droite et à gauche, et dont la noble simplicité sert à faire paraître l'aspect du Palais plus magnifique et plus riant... ». Ensuite, au fond de l'avant-cour, ces fosses « revêtus de balustrades des deux côtés, et qui ont une vue champêtre à droite et à gauche ».
La voilà en face de ces grandes arcades à jour <c où l'or et le vert font si bien, mêlés ensemble. Divers rangs de bustes ornent la façade du bâtiment et les deux ailes aussi, dont un magnifique corridor à balustres dorés fait la communication et règne ensuite tout alentour du Palais, pour le rendre non seulement plus beau, mais aussi plus commode1 ». Elle ne manque pas de signaler le ciel ouvert à travers le vestibule, et la belle vue qui s'étend aussi loin que les regards peuvent aller. Ce vestibule « est entièrement peint et doré, ayant plusieurs chandeliers de cristal pour l'éclairer la nuit »... « il sert à plusieurs choses : c'est un passage pour entrer dans les
4 Le meilleur commentaire de cette description est le tableau de Palel (1667), salle 34 du Château, dont nous donnons une reproduction, page 55. et les estampes de Pérelle et d'Israël Silvestre (1664 et 1674).
lb LE CHATEAU DE VERSAILLES.
jardins... un lieu très commode pour la comédie. Le théâtre est dans l'un des enfoncements, et les violons de l'autre. Sans embarrasser l'assemblée, on y donne même le bal; et quand on veut, en fermant ces deux enfoncements avec un lambris qui se met et s'ote facilement, ce sont deux agréables chambres sans vestibule ». C'est dans ce vestibule1 que Molière joua presque tout son répertoire (sauf la Princesse d'Elide et Georges Dandin, joués dans les jardins), à commencer par Y Impromptu de Versailles, en 1663; en 1664, ce furent les trois premiers actes de Tartufe.
Après le rez-de-chaussée, Mlle de Scudéry nous conduit au premier étage par l'escalier de l'aile droite. « Les marches en sont d'un marbre jaspé, le rampant est de bronze doré d'un fort beau travail, tous les cotés sont peints en bassetailles
dorées il y en a un tout pareil a l'aile opposée, dont le
dôme semble être à ciel ouvert. » Nous voici dans l'appartement du Dauphin « qui est en haut, sur l'appartement bas du Roi », dans l'aile gauche de la cour. « On voit de cet appartement un grand jardin de Heurs, fermé d'une balustrade dorée, un rondeau au milieu, avec une vue champêtre au delà, ornée d'un temple rustique. Et comme il y a certaines fleurs qu'on appelle des immortelles, parce qu'elles ne passent point, je pense qu'on pourrait appeler ce jardin d'un nom approchant de celui-là, car on y voit des fleurs en toutes les saisons, qui succèdent les unes aux autres. On a de ce lieu-là, du côté de la cour, une vue sauvage et simple qui ne laisse pas de plaire. »
Viennent ensuite, au centre du Château, les appartements de la Reine, dont les diverses pièces ont toutes des plafonds fort beaux et fort différents. On admire l'ameublement « de point d'Espagne d'or, d'argent et de fleurs nuées sur un fond blanc », puis les très beaux ornements du grand salon, « avec quantités de chandeliers très magnifiques et des brasiers de même. Les peintures du dôme sont très belles et les tableaux maritimes des diverses faces sont fort agréables Mais ce qui est plus admirable encore, c'est la beauté de la vue qu'on a sur les jardins, du balcon du corridor. « En effet, on voit de ce lieu-là, devant soi, plusieurs grands parterres,
1 Vestibule 30 du Château actuel et partie des salles 30 et 32.