‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 19 sur 166 · LE CHATEAU NEL'F · texte numérisé non relu

LE CHATEAU NEL'F

Fouquet arrêté (1661), les travaux de Versailles commencèrent. Colbert attacha au service du Roi les artistes du surintendant, et de la ruine de Vaux naquirent îles splendeurs parallèles et plus belles. « Pleurez, nymphes de Vaux », s'écrie La Fontaine, qui bientôt chantera, dans la prose et les vers mélodieux de Psyché, les embellissements du nouveau Versailles1. »

Sur les premiers travaux, les renseignements pourraient être plus précis. A l'intérieur, Noël Coypel peignit le plafond du petit salon; les bâtiments de l'avant-cour de Louis XIII, trouvés trop petits, furent détruits : on construise une avantcour plus large, avec deux longs corps de logis terminés par des pavillons, destinés a droite à des écuries. L'avant-cour s'avançait en demi-lune du côté de l'arrivée, avec deux petits pavillons à l'entrée, unis par une grille.

En même temps,- du côté du Parc, de grands travaux, L'Orangerie entre autres, étaient entrepris, et la décoration sculpturale des jardins marchait de pair avec les constructions.

Louis XIV, qui avait examiné minutieusement et approuvé tous les plans, ne cessa pas de veiller à leur exécution et de la presser; il lui tardait de réaliser ses grands desseins : réunir la Cour à Versailles et y donner des fêtes splendides, plus belles que celles de Vaux, données par un ministre infidèle, et dont le souvenir le hantait. Grâce aux rapports de l'agent Petit à Colbert, on est bien renseigné sur la marche de ces travaux. Colbert, qui, avec les finances et la marine, avait été chargé de la surintendance des bâtiments, donna l'argent nécessaire pour ces embellissements, et plus de 560,000 écus y furent employés en deux ans. Ce ne fut pas toutefois sans contre-cœur. Pour lui, l'achèvement du Louvre devait contribuer beaucoup plus à la gloire du Roi. En 1664, il écrivit à Louis XIV ;

Je supplie Votre Majesté de lui dite sur ce sujet deux mots de réllexion que je fais souvent et qu'elle pardonnera, s'il lui plaît. à mon zèle. Cette maison regarde bien davantage le plaisir et le divertissement de Votre Majesté que sa gloire... Il est bien juste

1 A. Pératé. Versailles.

qu'après une si grande et si forte application qu'elle donne aux affaires de son Etat avec l'admiration de tout le monde, elle donne quelque chose à ses plaisirs et à ses divertissements, mais il faut bien prendre garde qu'ils ne préjudieient à sa gloire... Si elle veut faire réflexion que l'on verra à jamais dans les comptes des trésoriers de ses bâtiments que. pendant le temps qu'elle a dépensé de si grandes sommes en cette maison, elle a négligé le Louvre, qui est assurément le plus superbe palais qu'il y ait au monde et le plus digne de la grandeur de Votre Majesté... Votre Majesté sait qu'au défaut des actions éclatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur de l'esprit des princes que les bâtiments; et toute la postérité les mesure à l'aune de ces superbes maisons qu'ils ont élevées pendant leur vie. Ah! quelle pitié que le plus grand Roi et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les grands princes, fût mesuré à l'aune de Versailles! Et toutefois, il y a lieu de craindre ce malheur!

Louis XIV laissa Colbert achever le Louvre, dont les travaux furent activement repris et pour lesquels fut mandé d'Italie l'architecte le plus réputé du monde, le cavalier Bernin (dont les plans, d'ailleurs, n'eurent pas de sucemais il n'entendait pas que ceux de Versailles fussent ralentis, et Le Vau, son premier architecte, fit diligence pour modifier l'aspect du bâtiment, tout en le laissant debout, suivant sa volonté impérieuse. A l'extérieur, un balcon décoré d'une balustrade en fer doré faisait le tour du Château en suivant un portique en pierre, composé de sept arcades ornées de grilles de fer doré qui fermaient la cour de Marbre. Les toits furent refaits en partie; les lucarnes de Louis XIII firent place partout à des mansardes ; en 1665, les façades de la cour reçurent deux rangs de bustes de marbre d'empereurs romains, posés sur des consoles, qui existent encore1.

Le pont-levis fut remplacé par un perron de maçonnerie, et l'avant-cour, bordée par les cuisines et les écuries, fut fermée par une grille s'étendant entre deux pavillons ornés de tro phées. Elle était elle-même précédée d'un terre-plein circulaire dont la muraille de brique à balustrade de pierre s'inclinait doucement vers le sol2.

En même temps, du côté droit, s'élevait le bâtiment destiné

1 Voir, dans Marcel Lambert et Philippe Gille, Versailles et les deux

Trimions, les planche? d'architecture. (Marne, éditeur.) - A. Pératé, Versailles.

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