‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 26 sur 166 · L ŒUVRE DE MANSART · texte numérisé non relu

L ŒUVRE DE MANSART

(la place d'Armes actuelle), qui séparait les Ecuries du Château.

Au couchant, sur les jardins. Mansart entreprit des travaux beaucoup plus importants. Dès 1678, il élargit et unifia la façade de Le Yau, en supprimant la terrasse centrale; ainsi fut créée la Grande-Galerie (la galerie des Glaces), achevée seulement en 1684. Le nouveau mur de façade fut percé de fenêtres cintrées à l'étage noble, et ce caractère fut conservé à toutes les ouvertures des deux grandes ailes qu'il construisit pour répondre aux desseins du Roi, qui voulait loger sa Cour. « Au sommet de ces fenêtres, les couronnes royales alternent avec les casques, et de chaque côté du cintre, les trophées d*armes et les rameaux de chêne ou de laurier, mêlés de fleurs, sont sculptés en un faible relief qui soutient, sans l'altérer, la pureté des lignes d'architecture1. »

Les deux ailes du Château, construites successivement, étaient destinées au logement des princes et de quelques grands seigneurs de marque.

L'aile du Midi date de 1682; celle du Nord, de 1684. Elles étaient composées d'une suite d'appartements sur les jardins, une centaine environ, avec une galerie parallèle servant de dégagement. Puur établir l'aile du Nord, on détruisit sans pitié la merveilleuse grotte de Thétis, et les réservoirs de Louis XIII furent reportés plus au nord.

Avec ses deux ailes, le Château avait une étendue de 580 mètres de façade sur le jardin et trois cent soixante-quinze fenêtres. Cet immense déploiement de pierre de style néo-classique, et qui, vu de loin, peut paraître un peu nu, en impose aux regards par la majesté de ses lignes symétriques et, de près, la monotonie en est rompue par ces avant-corps placés à des distances régulières avec leurs colonnes ioniques, et dont les entablements sont surmontés d'une centaine de statues en pierre. Le dessus du second étage (attique à fenêtres carrées) reçut une balustrade en pierre avec, de distance en distance, des piédestaux supportant des trophées et des vases qui, enlevés sous le premier Empire, ont été récemment replacés. Il y a là un caractère de grandeur incontestable, bien en harmonie

1 A. Pératé, Versailles.

avec la majesté du Roi-Soleil et avec sa politique de droit divin. On pense à « ces superbes machines » dont parle Colbert, qui doivent témoigner devant la postérité de « la grandeur et de l'esprit des princes ».

A l'intérieur du Château, l'oeuvre de Mansart fut aussi des plus marquantes. En 1681, il aménagea l'escalier de la Reine1, sur l'emplacement de la Chapelle, qui fut reportée sur la droite du Château, près du salon de l'Abondance, disposé pour donner accès, d'un côté, sur les tribunes, de l'autre, au cabinet des Curiosités. La décoration de cet escalier à rampe unique est toute de marbre de Dinant et de campan vert. La muraille et le vestibule sont aussi tout lambrissés de marbre. D'abord un peu sombre, Mansart le mit en pleine lumière par l'heureuse création d'une loggia à balustrades très gracieuse qui s'éclaire sur la grande cour. En même temps, était achevé le Grand- Degré ou escalier du Roi, dit aussi escalier des Ambassadeurs-, chef-d'œuvre de Le Vau et de Dorbay, commencé dès 1671, sur lequel nous nous étendrons plus longuement.

Quand Mansart fit la Grande-Galerie, il reporta les appartements du Roi de la façade nord du château de Le Vau dans la façade centrale, dont la pièce du milieu devint sa chambre à coucher en 1701. C'est celle qu'on montre aujourd'hui sous ce nom. Alors, la salle de l'QEil-de-Bœuf3 comprenait deux pièces, l'une lui servant de chambre à coucher, et l'autre, le salon des Rassan4 (du nom du peintre vénitien qui s'y trouvait représenté), fut transformée en une seule pièce qui devint l'antichambre de la nouvelle chambre à coucher. Ce furent là les nouveaux appartements du Roi, en y comprenant, à partir du vestibule de marbre, séparée par la loggia de l'escalier de la Reine, une grande salle des gardes, nue et à voûte

1 Cet escalier avait élu élevé en 1671.

2 Ainsi appelé parce qu'il était particulièretncut destiné aux ambassadeurs des Cours étrangères lorsqu'ils allaient en cérémonie recevoir audience du Roi.

3 L'Œil-de-Bœuf n'a pris ce nom que sous Louis XV. On l'appelait l'antichambre du Roi et quelquefois le salon des Nobles.

* Les Bassan, surnom d'une famille de peintres italiens dont le plus célèbre est Jacques Bassan (Jacopo da Ponta's né et mort à Bassano ; loi 0-1 592).

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