‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 25 sur 166 · L ŒUVRE DE MANSART · texte numérisé non relu

L ŒUVRE DE MANSART

Louvre, Colbert, après avoir sollicité des plans d'un grand nombre d'architectes, en avait choisi deux, celui de Le Vau et celui de Perrault. Il préférait le second; ce fut une raison pour qu'il vantât au Roi le premier. « Et moi, je choisis l'autre, qui me parait plus beau et plus majestueux », répondit Louis XIV. Saint-Simon ne néglige pas de mettre en relief ce trait bien saillant de son caractère, un orgueil intraitable; il fallait que ses ministres fissent « venir comme de lui ce qu'ils voulaient eux-mêmes ». Pour Mansart, « son adresse était d'engager le Roi, par des riens en apparence, en des entreprises fortes ou longues, et de lui montrer des plans imparfaits, surtout pour ses jardins, qui tout seuls lui missent le doigt sur la lettre. Alors Mansart s'écriait qu'il n'aurait jamais trouvé ce que le Roi proposait; il éclatait en admiration, protestait qu'auprès de lui il n'était qu'un écolier, et le faisait tomber de la sorte où il voulait, sans que le Roi s'en doutât le moins du inonde ».

C'est ainsi que Mansart, bon courtisan, mais architecte de grand talent, sut aller très avant dans la faveur du Roi et eut les mains libres pour construire. Anobli en 1683, nommé intendant des bâtiments en 1684, inspecteur général en 1691, il obtint en 1699 la surintendance des bâtiments, en remplacement de M. de Villacerf, tout en restant premier architecte. Il fut secondé par son beau-frère et son élève, Robert de Cotte, qui le remplaça comme premier architecte en 1708.

.Mansart, chargé de transformer la résidence de Versailles en résidence définitive de la royauté, se mit à l'œuvre avec une ardeur que d'ailleurs Louis XIV et Colbert ne cessaient de tenir en haleine. Colbert s'était résigné à voir Versailles préféré au Louvre, et il apporta à la surveillance des travaux le même zèle éclairé et la même énergique activité qu'il mettait à tout ce qui s'accomplissait dans les divers services de son administration. Le Roi les suit toujours avec passion, absent ou présent. Le nombre des ouvriers ou paysans corvéables employés est très considérable. « Par le calcul que l'on a fait, dit Dangeau, de tous les gens qui travaillent présentement ici ou aux environs pour Versailles, on trouve qu'il y en avait plus de 36,000 travaillant actuellement1. »

1 31 mai 1685.

Cette immense foule, occupée par un hiver rigoureux à remuer de vastes espaces de terres marécageuses, occasionna des fièvres qui n'épargnèrent pas le Roi. Mme de Sévigné parle de « la mortalité prodigieuse des ouvriers, dont on emporte toutes les nuits des charrettes pleines de morts1 ».

Du côté de la cour de Marbre, Mansart releva la façade de l'ancien Château d'un étage à trois fenêtres, que domine un cadran d'horloge, accostées de deux figures couchées, Mars et Hercule. Il orna ses croisées d'un balcon en fer ciselé et doré, forgé par Delobel ; il encadra les mansardes de plombs dorés; il couronna les combles d'une crête portant les attributs royaux. Sur les balustrades des combles, de jeunes déesses sont assises; au centre, une Renommée de Le Comte et une Victoire de Lespingola; sur les côtés, les quatre Parties du Monde, et, plus loin, une série de statues allégoriques, un peu italiennes d'inspiration, mais qui s'harmonisaient d'une manière heureuse avec les « gracieux murs de brique, où les quatre-vingt-quatre bustes de marbre, imités de l'antique, se figent sur leurs immuables piédestaux2 ».

La cour de Marbre perdit ses volières et sa fontaine. Par suite de réparations maladroites faites sous Louis-Philippe, elle devait voir son niveau abaissé, mais elle n'a pas changé autrement d'aspect.

En 1680, les bâtiments de la cour Royale furent complétés. Les pavillons de Le Vau furent reliés deux à deux, et ainsi furent formées les ailes des Ministres. Les toits, surélevés d'un étage, présentaient une balustrade ornée de vases; les bâtiments étaient terminés par un élégant pavillon dont la façade, ornée de six colonnes, supportait une balustrade ornée de statues3.

En face de la cour, tout au fond, sur une bordure en demicercle, Mansart construisit les Grandes et Petites-Ecuries, entre les trois avenues, plantées d'une quadruple rangée d'ormes et qui venaient aboutir en éventail à la place Royale

1 Lettre du 12 octobre 1698.

5 A. Pératé, Versailles.

1 Voir l'estampe d'Israël Silvestre (1682). Chalcographie du Louvre.

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