‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 30 sur 166 · REGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

REGNE DE LOUIS XIV

Dans le château que Le Vau venait d'édifier, les grands appartements du Roi et de la Reine prirent la place qu'ils devaient garder toujours. Ils étaient pavés2 et enrichis de marbres de toutes sortes de couleurs, venant tous de carrières françaises. Les fermetures des portes et des fenêtres furent en bronze doré, ciselé par Domenico Cucci, Philippe Caffiéri et François Temporiti. Les ouvrages de stuc des plafonds furent l'œuvre d'artistes comme Coysevox, les Marsy, Regnaudin, Tubi, Le Gros, Mazeline, etc. Les plafonds, peints à la manière italienne, représentèrent des scènes historiques ou mythologiques. Comme le Soleil était la devise du Roi, on prit les sept planètes, dit Félibien, pour servir de sujet aux tableaux des sept pièces de son appartement, de sorte que dans chacune on représenta les actions des héros de l'antiquité ayant « rapport à chacune des planètes et aux actions de Sa Majesté. On en voit les figures symboliques

1 Voir à la fin du volume les plans de Le Vau et de Blondel. 5 Louis XIV fit détruire les marbres des parquets en 1G84. Ils n'existent plus qu'à l'ébrasement des fenêtres.

dans les ornements de sculpture qu'on a faits aux corniches et dans les plafonds ' ».

De la cour Royale,, deux escaliers symétriquement ouverts sur des vestibules à triple arcade, fermés de hautes grilles, donnaient accès, à droite, chez le Roi, à gauche, chez la Reine. On montait dans les appartements de Louis XIV par le Grand Escalier ou Y escalier des Ambassadeurs ; on traversait deux salons de marbre, ceux de Vénus et de Diane, puis une salle des gardes (le salon de Mars") et une antichambre (le salon de Mercure); on arrivait ensuite à la chambre à coucher ou salon d'Apollon, puis au Grand Cabinet, qui deviendra le salon de la Guerre. Suivaient les petites chambres et le cabinet de la Terrasse.

Mais, à peine terminés, Louis XIV n'habite plus ces appartements. Il est allé réoccuper le petit château de son père2, et s'installe dans les pièces voisines de la cour de Marbre. Les grands appartements seront pour l'apparat et les fêtes.

On accédait aux appartements de la Reine par l'escalier de Marbre, à rampe unique, que Mansart acheva en 1681 3. On y pénétrait parle salon de Marbre; ils comprenaient ensuite une salle des gardes, qui deviendra l'antichambre et servira de salle à manger; le Grand Cabinet, où avaient lieu les présentations, et la chambre à coucher, suivie d'un salon et de deux cabinets qui furent détruits par la construction de la galerie des Glaces et du salon de la Paix4.

Les grands appartements étaient ornés des tableaux les plus remarquables des écoles française, italienne et flamande, que Louis XIV avait acquis avec une sûreté de goût remarquable. Citons six tableaux de Poussin, parmi lesquels YArcadie, Orphée et Eurydice et le Jugement de Salomon. Parmi les Italiens, des œuvres de Léonard de Vinci, de Paul

1 Des pièces du grand appartement créées alors, quatre ont conservé la disposition qu'elles reçurent et ont pris le nom de la planète symbolisée au plafond.

2 Ce château n'existait guère plus, nous l'avons vu, que par la place et par quelques murs.

3 C'est l'escalier de la Reine ou de Marbre actuel.

* Nous parlerons plus loin des appartements particuliers du Roi et. des petits appartements de la Reine.

Véronèse, du Bassan, du Guide, des Garrache, etc.. Parmi les Flamands, des Rubens et des Van Dyck. La plupart de ces œuvres sont aujourd'hui au Louvre.

Les grands appartements de Louis XIV commençaient au salon de l'Abondance, pour finir à la Grande-Galerie (galerie des Glaces). Sous Louis XV, le salon d'Hercule devint la première pièce des appartements royaux. Nulle part, mieux que dans les salons, on ne pouvait admirer la somptuosité et la magnificence du « Grand Roi », l'habileté et la délicatesse des artistes qui furent un des plus beaux fleurons de sa couronne. Ces salons avaient été primitivement, nous l'avons dit, pavés et lambrissés de marbre. De ce pavage, il ne reste aujourd'hui que des bandes étroites en certaines pièces et les écrasements des fenêtres. Cette modification eut lieu en 1G84. « Comme on était obligé, dit La Martinière, de jeter de l'eau pour en entretenir la propreté, on remarqua que l'eau, en pénétrant dans les joints, pourrissait les bois des planches, et qu'il n'y avait point de sûreté dans les appartements situés au-dessous. Louis XIV se détermina à faire changer ce pavé pour y substituer un pavé de menuiserie. »

Les portes de ces salons étaient de bronze travaillé à jour, d'après Caffiéri1. Mais ce système de décoration, bon peutêtre pour des salons d'apparat destinés à être le théâtre de quelques fêtes, ne pouvait convenir à des pièces habitées constamment, même en hiver. Il fallut donc renoncer aux portes à jour et mettre à leur place des portes de bois pleines, dont les sculptures sont dues à Caffiéri, au Milanais Temporiti, à Taupin et à Lemaire. Les ornements de stuc ont été en général exécutés par Caffiéri, et la sculpture décorative par Coysevox2.

Les contemporains ne tarissent pas sur la magnificence de

1 Philippe Caffiéri (1624-1716), le chef de cette famille des Caffiéri, sculpteurs, fondeurs et ciseleurs, dont le dernier, Jean-Jacques, fut un sculpteur de bustes célèbres.

2 Comptes des Bâtiments (1673-1638).

l'ameublement. Les salles étaient tendues et meublées., en hiver, les unes de velours vert et les autres de velours de feu, avec des crépines et des galons d'or, et en été, « elles étaient tapissées de brocart à Ûeurs d'or, d'argent et de soie de diverses couleurs, avec des campanes de point d'Espagne d'or1 ».

De grandes tables « de marbre de rapport », ornées aux pieds de bronze doré, furent placées dans divers salons. Les tentures et les rideaux étaient faits des étoffes les plus riches (brocarts de Venise, et surtout velours et brocarts de Lyon), de broderies de point d'Espagne exécutées auxGobelins.

Les miroirs aux bordures d'argent ciselé venaient d'Italie (Venise) et d'Allemagne.

Les fleurs et les orangers, qui abondaient dans les salons, venaient de Trianon, où le jardinier Le Bouteux faisait merveille.

Dominique Cucci, né près de Rome, naturalisé en 1064 et attaché aux Gobelins, à la fois fondeur, ciseleur et ébéniste, fut avec Boulle (André-Charles) un des plus importants décorateurs. Il fit presque toutes les fermetures des portes et des fenêtres en cuivre ciselé et doré (serrures, boutons de portes, crochets, espagnolettes), tandis que Boulle imaginait ces meubles en ébène dont les grandes surfaces étaient recouvertes d'applications d'écaillé inscrustées d'arabesques et décorées d'ornements en cuivre, de bas-reliefs en bronze ciselé et doré.

Le Grand-Degré ou l'Escalier des Ambassadeurs.

Ainsi appelé parce qu'il était particulièrement destim'' aux ambassadeurs des Cours étrangères lorsqu'ils allaient en cérémonie recevoir audience du Roi, le Grand- Degré de Louis XIV n'existe plus. Il fut malheureusement détruit par Louis XV, en 1752. A sa place, on voit aujourd'hui un vestibule nu et un escalier, appelé encore escalier des Ambassadeurs, construit sous Louis-Philippe, sur l'emplacement de la rampe gauche de l'ancien escalier.

Les architectes Dorbay et Le Vau l'achevèrent en 1680.

1 Félibieu. — Les campanes étaient des ornements en forme de cloche.

Salon de l'Abondance (106)'.

Cette salle servit d'abord de vestibule à la tribune de l'ancienne Chapelle2 et au cabinet des Raretés ou des Antiques, avant de faire partie des grands appartements du Roi. Les buffets destinés aux rafraîchissements distribués les jours d'appartement y étaient établis.

Le plafond, peint par Houasse, représente Y Abondance, ou plutôt la Magnificence royale montrant de la main le cabinet des Raretés, et se termine par une balustrade dorée chargée de vases et d'objets précieux. Les lambris et les chambranles sont de marbre. Les sculptures des dessus de portes sont en cuivre doré. La grande porte cintrée ouvrant sur le cabinet des Raretés est décorée d'un grand bas-relief, peint en camaïeu de bronze doré, et ses deux battants3, les plus beaux de toutes les portes des grands appartements, sont ornés de sculptures dorées d'un goût exquis.

Il y avait à droite de la grande porte un tableau de Carrache, représentant Y Enlèvement d'Anchise par Enée, et à gauche, un tableau du Guide, représentant une Fuite en Egypte. Le Mercure dit qu'il y avait de plus un portrait du Roi, de 9 pieds de haut, peint à cheval4, et un David près de Relhsabée, de Paul Véronèse. Ces tableaux sont remplacés aujourd'hui par des prises ou sièges de villes de Van der Meulen ou de son école. En outre, huit bustes de porphyre, posés sur des scabellons de même matière, étaient aux côtés des portes et de la fenêtre. Ce salon était éclairé par un lustre d'argent suspendu au milieu et par des girandoles posées sur des guéridons or et azur.

Salon de Vénus ou grande Salle de l'escalier du Roi (107). Ce salon fut à l'origine la première salle des grands appar-

' Les chiffres indiquent les numéros des salles, donnés dans le Catalogue Soulié.

2 Sur l'emplacement actuel du salon d'Hercule et du vestibule situé au-dessous.

3 Dussieux, Le Château de Versailles, t. Ier.

4 Ce portrait est aujourd'hui au salon de l'OEil-de-Bœuf.

tements du Roi; il ouvrait, comme celui de Diane, sur l'escalier des Ambassadeurs. Les « portes de ces deux salons, sculptées par Caffiéri, étaient d'une incomparable beauté, et leurs restes sont les seuls débris de l'ancien escalier des Ambassadeurs1 ». Les portes intérieures de ce salon, ses chambranles de marbre à moulures, ses dessus de portes, aussi en marbre, avec leurs bas-reliefs en cuivre doré représentant des Amours soutenant des guirlandes, sont d'admirables œuvres d'art décoratif. Houasse a peint au milieu du plafond Vénus couronnée par les Grâces et Vulcain lui apportant des armes que cette déesse lui a fait forger, et, tout autour, dans quatre tableaux carrés : Auguste présidant aux jeux du cirque (allusion au carrousel de 4662), Xabuchodonosor et Sémiramis faisant élever les jardins de Baby lotie allusion aux travaux exécutés dans les maisons royales), Alexandre épousant Roxane (allusion au mariage du Roi), Cyrus montrant son armée à une princesse qu'il veut secourir (allusion à la guerre des droits de la Reine).

De splendides marbres en mosaïque lambrissent cette salle, ses quatre dessus de p< nies sont ornés de bas-reliefs en cuivre doré; les colonnes, aussi en marbre, ont leurs bases et leurs chapiteaux en cuivre doré. Un attrait particulier à ce salon, ce sont, entre les portes et les fenêtres, des peintures à perspective de Jacques Rousseau2.

« Deux, qui sont situées entre les portes des bouts de la salle, représentent des édifices et des jardins; les deux autres, entre les trois fenêtres, font voir comme des niches enrichies de coquilles et de bas-reliefs d'or, avec des statues de Méléagre et d'Atalante; mais, peintes avec tant d'art et dans un jour si favorable, qu'on a peine à croire qu'elles ne soient pas de relief, et même quatre pilastres peints de marbre et d'ordre ionique, aux côtés de ces niches, semblent si vrais, que les yeux y sont trompés de près comme de loin3. »

Sous Louis XIV, deux grands lustres d'argent et huit girandoles de cristal portées par des guéridons dorés éclairaient la

1 Dussieux, Le Château de Versailles, t. Ier.

s Rousseau (Jacques), 1630-1693. Il avait aussi séjourné longtemps en Italie.

3 Félibien, Description de Versailles.

salle. Les portières et les tabourets étaient de velours vert galonné d'or. De toutes ces richesses, il reste quatre vases d'albâtre à godrons contournés, du temps de Louis XIV; quant aux appliques, elles sont de l'époque de Louis-Philippe.

Le salon de Vénus était destiné à la collation. Celle-ci était dressée, dit le Mercure, sur plusieurs tables couvertes de flambeaux d'argent et de corbeilles de filigrane remplies de fruits crus, de citrons, d'oranges, de pâtes et de confitures de toutes sortes, étalés en pyramide et accompagnés de fleurs.

Salon de Diane ou Salle de Billard (108).

Le plafond, peint par Blanchard, nous montre Diane, entourée du Sommeil et des Songes agréables. « Les Nymphes qui l'accompagnent préparent des filets pour la pêche et la chasse. » Quatre tableaux cintrés représentent, dans les voussures, les princes navigateurs ou chasseurs célèbres de l'antiquité. Les sujets des voussures sont : Cyrus à la chasse au sanglier (Audran), César envoyant une colonie romaine à Carthage ( Audran), Jason et les Argonautes (Delafosse) , Alexandre à la chasse au lion (Delafosse).

Les bas-reliefs de cuivre doré qui sont au-dessus des portes représentent : Diane et Actéon, Diane protégeant Aréthuse, Une offrande de fleurs et un sacrifice faits à Diane.

Le tableau de la cheminée est un portrait de Marie-Thérèse, attribué à Beaubrun1, et, vis-à-vis, esfune réplique du portrait de Louis XIV par Rigaud; l'original est au Louvre.

Vis-à-vis des fenêtres est un piédouche avec des trophées de bronze en bas-reliefs posés ensemble sur un grand socle. Il porte le buste de Louis XIV par le Bernin (1685), placé sous une couronne portée par des enfants ailés de bronze doré et exécuté avec l'emphase qui caractérisait sa manière.

Notre attention est encore sollicitée dans ce salon par une belle table en bois sculpté et doré, avec dessus en mosaïque de Florence, exécutée aux Gobelins, du temps de Louis XIV. On y remarque aussi un curieux autographe de Mansart avec

' Ils étaient deux dont les noms sont inséparable-, Henri et Charles (1603-1677 — 1604-16921, cousins cl nou frères. Ils furent les portrai- 1 1 — t « - .— mondains de la première génération du règne de Louis XIV.

une note marginale écrite par Louis XIV. Des quatre bustes qui s'y trouvent actuellement, nous citerons ceux de Colbert et du Grand Dauphin (en marbre), de Coysevox, œuvres de premier ordre; la figure grave et pensive du grand ministre contraste avec le visage poupin et insignifiant du jeune prince. Sous Louis XIV, quatre grands lustres et quatre chandeliers d'argent, posés sur des guéridons dorés de 6 pieds, étaient « aux angles d'un billard couvert d'un grand tapis (rainant à terre, de velours cramoisi garni d'une frange d'or ». Quatre formes bancs sans dossier) de même étoffe, « posées sur deux estrades couvertes de tapis de Perse rehaussés d'or et d'argent », servaient de sièges aux dames de la Cour. Quatre caisses d'orangers d'argent et quatre girandoles d'argent, portées par des guéridons dorés, étaient à côté. Au bord de la cheminée et au foyer étaient une grande cassolette, des vases et deux chenets d'argent de 2 pieds de haut'. La plaque de la cheminée est elle-même une œuvre d'art, et sa tablette est décorée d'un petit bas-relief en marbre blanc, représentant la Fuite en Egypte, exécutée par Van Opstal, sur le dessin de Sarrazin.

Salon de Mars, salle des bals et concerts 109).

Audran a peint le plafond, qui représente le dieu des batailles dans un char traîné par des loups. Les deux tableaux des extrémités montrent Hercule soutenant la Victoire (Jouvenet) et La Terreur s'emparant des puissances de la Terre (Houasse).

Six tableaux peints en manière de bas-reliefs d'or représentent des héros marchant à la guerre : César passant en revue ses légions i Audran), Cyrus haranguant ses soldats (Jouvenet), Démétrius Poliorcète prenant une ville (Audran), Le Triomphe de Constantin Houasse), Alexandre Sévère dégradant un officier (Houasse), Marc- Aurèle faisant consul Albinus (Jouvenet).

Les bordures, les angles et la frise sont enrichis de trophées d'armes, en relief doré2 d'une exécution magistrale.

1 Tous ces détails sont donnés par le Mercure de France.

2 Six portraits du Titien étaient sur les quatre portes et sur Jeux

Ce salon fut d'abord une salle des gardes. Il devint ensuite une salle de jeu, de bal et de concerts.

Après avoir décrit le nombre de figures d'argent, de vases, de buires, de miroirs et de chandeliers du même métal qui se trouvaient dans cette pièce, le Mercure ajoute : « Un troumadame ' de marqueterie, posé sur une table de velours vert, entouré de pentes de velours cramoisi à frange d'or, est au milieu de la chambre. Une table carrée, quatre en triangles et six a pans sont autour. Toutes ces tables sont couvertes de velours vert galonné d'or et garnies de flambeaux d'argent à tous leurs angles; on joue sur ces tables à plusieurs sortes de jeux de cartes, ainsi qu'à divers jeux de hasard... »

Deux peintures de Van der Meulen et deux tapisseries des Gobelins, représentant des faits militaires du règne de Louis XIV : La /Vise de Dôle et L Entrée du Roi à Dunkerque, décorent aujourd'hui le salon de Mars. Entre les fenêtres est un tableau du Dominiquin : Le roi David, malheureusement dans l'ombre; sur le parquet, un superbe tapis de la Savonnerie2.

Salon de Mercure ou Chambre du Lit (110).

La décoration du salon de Mercure était toute de marbre; la cheminée qui existait a été détruite.

Au plafond, Mercure conduit un char traîné par deux coqs : le dieu est accompagné de la Vigilance, du Soin, de l'Adresse, de la Science, de Y Industrie et de la Musique.

Quatre grands tableaux flanquent ce milieu. L'œuvre est de J.-B. de Champagne3.

Le sujet des voussures, qui sont du même peintre, représente : Alexandre retenant le philosophe Calamus, Ptolémée dans la bibliothèque d'Alexandrie, Auguste recevant une am-

cabinets de marqueterie dont on vantait le fini du travail. (Dussieux, t. Ier.)

1 Le trou-madame se jouait avec de petites boules d'ivoire qu'on poussait dans des ouvertures en forme d'arcades, marquées de différents chifFres.

s Cette manufacture, qui datait de Marie de Médicis (1615), a été réunie aux Gobelins en 1628. Elle était située à Cbaillot.

3 Neveu du grand peintre Philippe de Champagne.

bassade d'Indiens et Alexandre et Aristote. Il y a. en outre, quatre médaillons en camaïeu.

L'ameublement, depuis les tapisseries et le lit, jusqu'aux tabourets, était de velours cramoisi. Au fond de l'alcôve du lit. il y avait une Assomption et un Saint Sébastien d'Annibal Carrache; au cùté droit, une Musique du Dominiqùin, et à .gauche, une Vierge du Titien. Du même maître, sur la cheminée, était une Descente de Croix, et vis-à-vis une Cène; enfin, on voyait sur les portes deux portraits de Van Dyck.

Entre autres merveilles, comme, par exemple, une balustrade d'argent de 2 pieds et demi et un très grand lustre du même métal, il existait entre les fenêtres, au-dessus d'une grande table, un miroir de 9 pieds de haut, bordé d'un manteau royal soutenu dans les côtés par Y Abondance et la Magnificence, et portant sur le fronton deux Renommées. Deux Amours soutenaient la couronne. Le long de la chambre, une table pentagone, une. carrée et une en triangle servaient au jeu du Roi et de la Reine et de la famille royale.

Actuellement, trois tapisseries des Gobelins représentent des faits militaires du règne de Louis XIV : Le Siège de Tournai, Louis XIV au siège de Douai, La Défaite des Espagnols près de Bruges. Sur le parquet est un très beau tapis de la Savonnerie.

Le salon de Mercure servit de chambre à coucher au petitfils de Louis XIV, le duc d'Anjou, après sa reconnaissance comme roi d'Espagne, sous le nom de Philippe V.

Salon d'Apollon ou Chambre du Trône (111).

Dans ce salon, le Roi donnait audience aux ambassadeurs.

C'est encore le Mercure qui nous éclaire sur son ameublement.

Sur une estrade, couverte d'un tapis de Perse à fond d'or, s'élevait un trône d'argent1, de 8 pieds de haut. Quatre enfants portant des corbeilles de (leurs soutenaient le siège et

1 Le trône était placé dans cette salle, mais on en faisait rarement usage en cet endroit. Cependant, Louis XIV y donna audience à l'ambassadeur de Perse.

En 1742, on porta le trône dans la Grande-Galerie, pour la réception

le dossier, garnis de velours cramoisi, avec une campane d'or en relief; sur le haut du cintre que formait le dossier, Apollon était en pied, ayant une couronne de laurier sur la tète et tenant sa lyre. La Justice et la Force étaient assises sur les deux tournants. Le dais était de même nature que la tapisserie1.

A droite du trône était un David du Dominiquin ; à gauche, une Thomyrîs trempant la tète de Cyrus dans le saur/ (de Ruhensj ; dans les côtés, étaient posés quatre grands tableaux du Guide, représentant les travaux d'Hercule. Ces six tableaux sont au Louvre.

Le plafond, d'un beau coloris, est l'œuvre de Delafosse, ainsi que les peintures des voussures, qui représentent : Coriolan et Véturie, Vespasien faisant construire le Cotisée, Auguste faisant bâtir le port de Misène et Parus devant Alexandre.

Apollon est dans le milieu du plafond, entouré des Saisons et des Mois. Sur les deux portes étaient deux tableaux de Van Dvck. l'un représentant le Prince Palatin et son frère, et l'autre une Vierge, un David et une Madeleine.

Les serrures de ce salon, en cuivre doré, sont très belles. Cucci en fut sans doute le ciseleur. Beaucoup de ses vitres sont encore des glaces à biseau du temps de Louis XIV. Mais les fermetures des fenêtres sont, comme dans presque tous les grands appartements, de laids ouvrages du temps de l'Empire2.

Les lambris de marbre ont disparu; sur les murs, trois grandes tapisseries des Gobelins représentent des scènes du règne de Louis XIV : L'Entrevue de Louis XI V et de Philippe IV, Le Mariage du Roi et de l'infante Marie-Thérèse, L'Audience de l'ambassadeur d'Espagne. Au milieu de la salle,

des ambassadeurs du Grand Seigneur ; eu 177$, dans le salon d'Hercule, pour la réception des envoyés de Tippo-Saïb, et en L789, dans la salle des Etats-Généraux, pour la cérémonie de l'ouverture de l'Assemblée.

1 On voit encore les trois pitons dorés qui servaient à suspendre ce dais.

2 Ce qui permet de croire, les fenêtres et les vitres ayaul été conservées, que les fermetures anciennes ont été détruites par quelque enrage classique de l'école de David. (Dussieux, Le Château de Versailles, t. Ier.)

sur un tapis à fond jaune et bleu, où se détache la tète du Roi-Soleil constellée de rayons, est une table sur laquelle est placée une statuette de Louis XIV en empereur romain. Le socle est en marbre des Pyrénées rouge et vert.

Au salon de la Guerre se terminent les grands appartements du Roi. Avec la Grande-Galerie et le salon de la Paix, il marque leur séparation d'avec les grands appartements de la Reine. Ils formaient la façade principale du corps du Château sur les jardins.

Salon de la Guerre (112).

Ce salon, terminé en 1G8G (comme celui de la Paix), fut établi sur trois pièces1 qui complétaient de ce côté le grand appartement du Roi. Le plafond, exécuté par Le Brun, dans la période glorieuse du règne de Louis XIV, représente la France portée sur un nuage. Elle est entourée de Victoires chargées de lauriers ou soutenant des tableaux sur lesquels sont des inscriptions rappelant les triomphes de Turenne et de Créqui sur les Allemands. Les quatre voussures ont pour sujets Y Allemagne, la Hollande, Y Espagne vaincues ou impuissantes, et Bellone en fureur. Toutes ces peintures sont entourées de riches bordures.

La décoration de ce salon est toute de marbre et de « chutes de trophées » en bronze doré, ou de panneaux de glace. Le Roi à cheval, dit le Mercure, grand comme le naturel, est en relief sur la cheminée; ses ennemis vaincus sont renversés sous les pieds de son cheval; et la Victoire, la Valeur et la Renommée l'accompagnent. Dans la fermeture de la cheminée, on voit Y Histoire, qui est tout entière occupée à décrire tant de grands événements2. On admire aujourd'hui ce splendide bas-relief, mais ici, comme ailleurs, ont disparu toutes ces richesses d'ameublement que les Gobelins avaient déversées sur le Palais. Ecoutons le Mercure :

« Huit grands brancards d'argent portent des chandeliers

1 La plus rapprochée du salon d'Apollon était un grand cabinet du Conseil, dont le plafond, représentant Jupiter, par Noël Covpel, fut transporté dans la salle des Gardes de la Reine.

- Ce bas-relief est en stuc et placé sur une cheminée feinte, en cainpan vert et entourée de figures en stuc bronzé.

de deux pieds. Deux vases de même hauteur accompagnent chaque brancard et garnissent les entre-deux des fenêtres et des portes. On voit dans les angles des vases d'argent posés sur quatre guéridons, or et azur. Un grand chandelier d'argent ou lustre à huit branches pend au milieu de ce salon. » Le salon de la Guerre, comme celui de la Paix, garde comme un précieux ornement les six bustes d'empereurs romains en marbre de couleur et à tête de porphyre, posés sur des piédestaux également en marbre de couleur. Ces bustes sont ceux qui figurent dans l'inventaire de Mazarin, dressé en 1653 par Colbert1. Ces têtes des douze Césars, de travail italien, furent léguées par le cardinal à Louis XIV. Girardon exécuta en marbre les draperies et ornements des corps de ces bustes, sans doute pour remplacer les corps d'albâtre signalés dans l'inventaire de Mazarin et qui probablement étaient alors en mauvais état.

La Grande-Galerie (113).

La Grande-Galerie s'élève sur l'emplacement de la terrasse qui se trouvait à la façade de Le Yau et devant le mur de cette façade2. Elle est comprise entre le salon de la Guerre et le salon de la Paix, avec chacun desquels elle communique par une grande arcade.

Sa longueur est de 72 mètres, sa largeur de 10 mètres, sa hauteur de 13 mètres.

Elle est éclairée par dix-sept grandes fenêtres cintrées, auxquelles correspondent dix-sept arcades revêtues, dans toute leur hauteur, de glaces à biseau3 réunies par des cuivres dorés finement ciselés. Trois de ces arcades servent de porte pour faire communiquer la Galerie avec l'Œil -de-Bœuf. Il y a aussi une porte donnant sur la salle du Conseil.

Toute la Galerie est revêtue des plus beaux marbres et de grands trophées de cuivre doré, modelés par Coysevox.

Fenêtres et arcades sont séparées par des pilastres de

1 Cet inventaire a été publié par M. le duc d'Autnale à Londres, en 1861. (Dussieux, Le Château de Versailles, t. 1er.)

2 Ce mur existe encore, avec tous ses ornements; on peut le voir derrière l'extrados de la voûte de la Grande-Galerie.

3 Chaque arcade renferme 18 glaces (au total, 306).

marbre, dont les piédestaux et les chapiteaux, d'ordre composite (ordre français), avec des tètes de coq, symbole de la France, des soleils, devise du Roi, et des fleurs de lys, sont en cuivre doré, œuvres de ïubi et Caffiéri. Quatre grandes niches1 renferment des statues de marbre blanc, qui, sous Louis XIV, étaient des antiques; ce sont aujourd'hui des copies de l'antique [ Vénus, Paris, Mercure, Minerve). La corniche en stuc doré, sculptée en grande partie par Coysevox, est décorée de couronnes de France, de colliers du Saint- Esprit et de Saint-Michel, et d'autres ornements.

La voûte, en forme de berceau en plein cintre, fut peinte par Le Brun en quatre ans (1679-1682). Cette œuvre colossale comprend six grands tableaux dans le grand cintre, deux grands tableaux aux extrémités et vingt-deux petits tableaux dans le reste de la voûte, entre les grands. Ces peintures sur toile marouflée sont renfermées dans de riches bordures de sculpture dorée. Elles représentent l'histoire de Louis XIV. de 1661 à 1678, et constituent l'œuvre principale de Le Brun à Versailles.

Encore fort belle, lorsqu'elle est toute nue, comme nous la voyons aujourd'hui, il est difficile de se représenter ce que la Grande-Galerie devait être avec le somptueux ameublement qui la décorait. Mais, grâce aux Comptes des Bâtiments et aux anciennes descriptions, surtout celles du Mercure galant et de Félibien, cette restitution peut se faire.

La Galerie était éclairée par seize grands chandeliers d'argent, portés par des guéridons dorés, par deux rangs de douze beaux lustres de cristal, et, aux deux bouts, par deux lustres d'argent à huit branches. Les rideaux étaient de gros damas blanc, brochés d'or; le parquet était couvert de deux grands tapis de la Savonnerie. Les tabourets, qui n'étaient pas en argent, étaient recouverts de velours vert entouré d'une bande de brocart d'or avec une frange de même. D'autres meubles étaient ornés de broderies exécutées sur les dessins de Bonnemer. Le billard était aussi orné de velours vert à franges d'or, et accompagné de vingt-quatre formes ou sièges de velours vert à franges d'or. Des tables

1 Une de ces niches présente cette particularité d'avoir son socle à l'envers des autres.

d'albâtre à bordures de bronze ciselées par Devaux, des vases de porphyre apportés de Rome l, des vases et des navicelles d'albâtre artistement travaillés ornaient la Galerie; ces derniers vases s'y trouvent encore. Mais le mobilier, en argent massif et ciselé, ou en argent doré, était la plus grande richesse de la Galerie. Il se composait de tables, de grands guéridons, de candélabres à huit branches, ornés de Cupidons et de Satyres, de chandeliers dont la décoration représentait les mois, les saisons ou les travaux d'Hercule, de girandoles, de torchères, de caisses et de vases pour y mettre des orangers, et des scabellons pour les porter, de bancelles, dont certaines de 40 à 12 pieds de long, de tabourets, de buires et d'aiguières, de brancards, etc., le tout fondu et ciselé aux Gobelins, sur les dessins de Le Brun.

Les grandes pièces d'orfèvrerie étaient dans les entre-deux des fenêtres et des arcades. « Huit brancards d'argent, dit le Mercure-, portant des girandoles, sont entre quatre caisses d'orangers d'argent, portées sur des bases de même métal et garnissent l'entre-deux des fenêtres, et huit vases d'argent accompagnent les brancards qui sont aux côtés des portes. Quatre torchères dorées portent dans les angles de grands chandeliers d'argent. Huit girandoles d'argent sont sur des guéridons dorés, posés au milieu des fenêtres de glaces. »

Avec ses meubles d'argent, ses rideaux de damas blanc, ses glaces multipliées, ses lustres de cristal ou d'argent suspendus au milieu de guirlandes de fleurs d'où rayonnait la lumière des innombrables bougies de cire blanche, le coup d'oeil de la Grande-Galerie devait être merveilleux, quand s'y pressait le soir tout ce monde brillant de princesses et de princes, de grands seigneurs et de grandes dames « couverts de costumes aux couleurs éclatantes, et ruisselant de diamants, de pierreries et de broderies d'or ».

L'épuisement du Trésor, par suite des dépenses de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, força Louis XIV à faire fondre son argenterie (1689) 3, entre autres les grandes pièces

1 « Nous croyons que ce sout les beaux vases qui se trouvent actuellement dans la salle des Gardes de la Reine. » (Dussieux, t. I°r.) ■ Mercure de 1682.

3 Daugeau. Mémoires, 1689.

d'orfèvrerie, les grands vases à mettre des orangers, les bassins et brancards pour les porter, les grands guéridons, etc..., dont plusieurs tableaux du Musée de Versailles et de Trianon nous montrent des spécimens1.

Salon de la Paix 114 .

Ce salon, comme celui de la Guerre, a conservé sa décoration primitive : comme lui, il est entièrement revêtu de marbres ornés de trophées en cuivre doré et de panneaux de glaces. Il possède également six bustes d'empereurs romain-. au corps de marbre et à la tète de porphyre.

Les peintures du plafond, exécutées par Le Brun, contrastent avec celles du salon de la Guerre. C'est ici « le séjour de la douceur et du plaisir ». Au centre, on voit la France sur un char, précédée de la Paix et accompagnée de Y Abondance et de Y Allégresse', Y Hymen, couronné par les Grâces; Y Autorité royale poursuivant la Discorde et la Magnificence complètent cette composition, dont quelques détails font allusion au mariage du Dauphin avec une princesse de Bavière, et à ceux de .Mademoiselle et de MUe d'Orléans avec le roi d'Espagne et le duc de Savoie. Les peintures des voussures montrent l'Espagne, Y Allemagne et la Hollande heureuses et se livrant à la joie, et Y Europe chrétienne en pair.

Le tableau de François Lemoyne, représentant Louis XV donnant la paix a l'Europe, a été placé au-dessus de la cheminée en 1729; c'est de la peinture claire, gaie, qui annonce un art nouveau.

La cheminée, en campan vert, supporte deux vases de

1 Le tableau de Halle, représentant la réparation faite à Louis XIV par le doge de Gènes, celui de Christophe (Le Baptême de Monseigneur , La Naissance du duc de Bourgogne, par Dieu, etc.. Ces tableaux ont l'ait place à des tapisseries. — D'après l'ordre de Louis XIV, on porta à la Monnaie, du 12 décembre 1689 au 19 mai 1690, 1,200 pièces d'argenterie cabinets, tables, guéridons, coffres, fauteuils, sièges, tabourets, bancelles, balustrades et garnitures de cheminées, bordures de miroirs, torchères, girandoles, chandeliers, bras, nefs, bassius, vases, urnes, aiguières, buires, flacons, cuvettes, plateaux, salières, pots à fleurs, cassolettes, caisses d'orangers, brancards, sceaux, etc.) et 668 objets en filigrane d'argent.

porphyre et une petite copie en marbre de la Cléopdlre antique ou de l'Ariane, par Pierre Julien.

Sous Louis XV, le salon de la Paix fut réuni à l'appartement de Marie Leczinska et devint le salon de jeu de la Reine. On ferma l'arcade qui le fait communiquer avec la Galerie par un grand châssis peint des deux côtés, que l'on pouvait enlever lorsque, dans les grandes cérémonies, les deux salons devaient être réunis à la Galerie.

Marie Leczinska y tenait sa Cour et y donnait des concerts.

La Grande -Galerie fut le théâtre de deux événements historiques importants1 : la réparation faite à Louis XIV par le doge de Gênes Lescari (15 mai 1685) et la réception des ambassadeurs de Siam, le 1er septembre 1686.

Le 7 décembre 1697, les fêtes données à l'occasion du mariage du duc de Bourgogne y furent célébrées. A ce propos, la relation du Mercure- est le tableau le plus complet qui semble avoir été écrit du luxe et des détails de toilette de la Cour de Louis XIV.

La Galerie vit aussi, le 19 février 1714, une autre cérémonie imposante : la réception de Uambassadeur de Perse, que devait représenter le peintre Coypel.

Tandis que les grands appartements du Roi étaient du côté des jardins, ses appartements particuliers étaient situés sur la cour de Marbre, à droite et au centre. A gauche, sur la cour Royale, était l'appartement de Mme de Maintenon.

Les appartements particuliers du Roi comprenaient : le cabinet des Médailles ou des Raretés (137), la Petite-Galerie (132-133-134), le vestibule de l'escalier des Ambassadeurs (135- 136), le salon Ovale (131), le cabinet des Agates et des Bijoux (130), le cabinet des Pendules (127), le cabinet du Billard (lia), le cabinet du Roi (125) et le cabinet des Perruques (125 bi>),

1 Mercure de 1685.

2 La relation du Mercure de 1697 sera donnée plus loin.

les petits cabinets, la chambre à coucher de Louis AYF(i24), l'antichambre du Roi ou VŒil-de-Bœuf (123), Y antichambre {salle à manger du Roi) (12 1), la salle des Gardes du Roi (120).

Le Cabinet des Médailles ou des Raretés (137).

C'était la première pièce des appartements particuliers du Roi. Il était ainsi appelé parce qu'il renfermait les médailles et les pierres gravées du Roi. Sous Louis XIV, sa forme était celle d'un octogone plus long que large, avec une coupole ovale. Il était couvert d'or, de glaces, de cristal et de peintures de Boulogne1. L'entablement du plafond avait, dans sa frise, cinquante intervalles d'un pied de profondeur, tous remplis de vases d'agate et de Qligranes d'or, que des glaces, dont les intervalles étaient revêtus, semblaient multiplier.

Vingt-quatre tableaux de Raphaël, Léonard de Vinci, André del Sarto, Mantégna, Van Dyck, Holbein, Paul Véronèse, Claude Lorrain, Annibal Carrache, etc., étaient placés au-dessous des douze armoires ou cabinets renfermant les médailles et les pierres gravées, et sur les armoires on avait placé quatre statues antiques, huit statues d'argent et quantité de vases précieux. Beaucoup d'autres, en jade, en agate, en jaspe, en cornaline, en onyx, en calcédoine, en héliotrope, en améthyste, en prime d'émeraude, tous d'un travail exquis et de grandeur surprenante, étaient posés sur plus de cent consoles.

Le parquet de marqueterie2 était l'œuvre de Poitou; le grand bureau du cabinet des Médailles était de l'ébéniste Oppenord3. Le fondeur Le Verve l'avait décoré d'ornements en cuivre doré ; de plus, il avait fait les draperies de bronze doré pour les bustes à têtes de porphyre qui ornaient le cabinet et dont les piédestaux d'ébène avaient été exécutés par Cucci; l'orfèvre Besle avait enchâssé clans de l'or le sceau

1 Boulogne ou Boullongne (Bon), l'aîné ;né et mort à Paris, 1643-1717', appelé souvent Bon Boullongne.

2 Voir Félibien et les Comptes des Bâtiments.

3 Comptes des Bâtiments (1688). — Cet habile artiste, né à Gueldre. fut naturalisé en 1679.

'b LE CHATEAU DE VERSAILLES.

d'Auguste, l'une des plus belles pièces du cabinet. Les tables étaient l'ouvrage de Lepautre1.

Si le cabinet des Médailles2 date en réalité de François Ier, on peut dire que Louis XIV lui donna de tels développements qu'il peut en être regardé comme le vrai fondateur. D'abord établi au Louvre, puis à la Bibliothèque du Roi, le cabinet des Médailles fut transporté à Versailles par les soins de Louvois, qui venait de succéder à Colbert dans la charge de surintendant des Bâtiments (1684). Il fut confié aux soins éclairés de l'antiquaire Rainssant. « Le Roi s'amusoit à voir ses médailles les après-dînées, dit Choisy, et ce fut ce qui augmenta beaucoup le grand crédit du Père de la Chaise, son confesseur. Ce père aimoit fort les médailles, et prétendoit s'y connoître. Il prit ce prétexte pour être presque toujours avec le Roi. »

L'un des successeurs de Rainssant, Boze (1719), transféra le cabinet à Paris, à la Bibliothèque du Roi (1741).

Détruit par Louis XV, quand on refit toute cette partie du Château et qu'on démolit l'escalier des Ambassadeurs, le cabinet des Médailles devint la salle actuelle. La nouvelle pièce servit plus tard aux spectacles des petits cabinets et devint ensuite une antichambre de l'appartement de Madame Adélaïde. A la création du Musée, on y a placé les précieuses gouaches de Van Blarenberghe, exécutées sous Louis XVI et représentant les batailles et sièges du règne de Louis XV.

La Petite-Galerie (132-133-134).

La Petite-Galerie, commencée en 1685, remplaça l'appartement que Mme de Montespan occupait au temps de sa faveur et que Louis XIV joignit à son petit appartement. Elle fut décorée par Mignard. La favorite déchue alla occuper l'appartement des Bains, au rez-de-chaussée (1684). « Ce changement de logement, dit Saint-Simon, fut le premier grand pas de sa disgrâce et de son éloignement. » Ajoutons qu'il indiquait aussi

1 Lepautre, Pierre (1660-1744), sculpteur, fils de l'architecte Antoine Lepautre (1621-1691) et neveu de Jean Lepautre (1618-1682), graveur éminent.

2 Le cabinet des Médailles est Tune des principales richesses de notre Bibliothèque nationale.

d'une manière non équivoque l'influence définitive de Mme de Maintenon. C'est en efl'et l'époque où eut lieu le mariage secret du Roi avec la veuve du poète Scarron.

A chaque extrémité de la Petite-Galerie était un salon : le salon de l'Ouest attenait aux cabinets de l'appartement du Roi1. La voûte était peinte en marbre de différentes couleurs, avec l'or répandu partout. Au milieu, Mignard avait peint Minerve et Apollon distribuant des récompenses aux Sciences et aux Arts. La corniche était décorée de figures peintes en bronze et représentant la Science, la Paix, la Justice, la Vertu héroïque, la Renommée, l'Histoire, la Rhétorique et la Perfection. Dans le salon de l'Ouest, on voyait à la voûte Prométhée dérobant le feu et Apollon sur son char accompagné des Heures; dans le salon de l'Est, Vulcain créant Pandore et les Dieux et les Déesses admirant la beauté de Pandore.

La galerie de Mignard a été détruite par Louis XV et transformée en trois salons. Aujourd'hui, les trois salles qui la remplacent portent les numéros 132-133-134 2.

Vestibule de l'Escalier des Ambassadeurs (135-138).

Le magnifique vestibule du Grand-Degré ou de l'escalier des Ambassadeurs est remplacé aujourd'hui par un escalier construit par Louis-Philippe et appelé à tort l'escalier des Ambassadeurs (135), et par la salle n° 136, qui fut à l'origine une antichambre de l'appartement de Madame Adélaïde. Cette chambre devint sous Louis XVI une salle de billard3.

Salon Ovale (131).

Le salon Ovale n'existe plus; il a été détruit vers 1750 et

1 L'ébéniste Oppenord avait fait le parquet eu compartiments de bois de diverses couleurs. — Audran a gravé les peintures de la Galerie. Celles des salons l'ont été pour l'ouvrage de Monicart {Versailles immortalisé).

2 Elles firent partie des appartements de Madame Adélaïde (Voir «hapitre suivant).

3 Voir chapitre suivant.

remplacé par trois cabinets, un grand et deux petits1. Le grand servait à Louis XV pour serrer ses papiers, pour écrire et dessiner.

Cabinet des Agates2 et des Bijoux (130) et Cabinet des Pendules (127).

Sous Louis XIV, ces deux pièces, séparées seulement par des arcades, formaient une grande salle décorée de nombreux tableaux et d'objets d'art.

Louis XIV fit l'acquisition de beaucoup d'objets précieux et rares pour son cabinet des Médailles et pour le cabinet des Agates, à Constantinople, dans le Levant, à Augsbourg, partout où l'on trouvait de belles choses, des curiosités. Les Comptes donnent la liste des objets d'art de toutes sortes dont une partie se retrouve aujourd'hui dans la collection des gemmes delà galerie d'Apollon, au Louvre. Bronzes, groupes, statuettes et bustes sont à la galerie de Trianon, au cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, à la salle des bronzes modernes et à la salle des bronzes anciens, au Louvre.

Le cabinet des Agates fut détruit sous Louis XV et transformé 3.

Cabinet du Billard (126).

Le cabinet du Billard communiquait avec le cabinet du Roi et constituait la première salle de l'aile droite de la cour de Marbre. Louis XIV « s'amusait fort, dit Saint-Simon, du jeu de billard, et le goût lui en dura fort longtemps ». Ses partenaires habituels étaient Monsieur de Vendôme et Monsieur le Grand, et tantôt le maréchal de Villeroi et le duc de Gramont. Le conseiller au Parlement Chamillart, joueur

1 II existe aux Archives nationales (0. 1773, liasse intitulée Petits Appartements) un croquis à l'encre de Chine représentant le salon Ovale.

2 Le parquet de marqueterie et les chaises du cabinet des Agates étaient de Boulle. (Comptes de 1686.)

a Voir chapitre suivant.

habile, y fit sa fortune de ministre. Ce cabinet était décoré de dix-sept girandoles de bronze doré, œuvre de Boulle.

Cabinet du Roi et Cabinet des Perruques (125).

Ces deux pièces, qui, depuis Louis XV, n'en forment plus qu'une, étaient séparées sous Louis XIV. La partie la plus rapprochée de sa chambre à coucher était le cabinet du Roi, l'autre formait le cabinet des Perruques.

Le cabinet des Perruques ou cabinet des Termes était décoré de vingt figures d'enfants en forme de termes, placées au-dessus de la corniche. Dans cette pièce étaient rangées dans une armoire, couverte de glaces, les perruques du Roi, qui en changeait plusieurs fois par jour. « Avant que le Roi se lève, le sieur Quentin, qui est le barbier ayant soin des perruques, se vient présenter devant Sa Majesté, tenant deux perruques, ou .plus, de différentes longueurs; le Roi choisit celle qui lui plait, suivant ce qu'il a résolu de faire dans la journée. Quand le Roi est levé et peigné, le sieur Quentin lui présente la perruque de son lever, qui est plus courte que celle que le Roi met ordinairement et le reste du

jour Le Roi, dans la journée, change de perruques, comme

quand il va à la messe, après qu'il a dîné, quand il est de retour de la chasse, de la promenade, quand il va souper, etc. Le garçon qui est commis pour peigner les perruques du Roi a ^OU écus sur sa cassette1. »

Le cabinet du Roi, aux boiseries élégamment sculptées, richement meublé2, était décoré de précieux tableaux dont les bordures étaient en bois sculpté par Caffîéri ou en argent ciselé; l'une était en or émaillé. On y voyait, dès 1670, sept têtes de marbre par Vinot, sept bustes d'albâtre, un groupe de bronze, représentant l'Enlèvement des Sabines. On y ajouta des vases de cristal de roche et de prime d'émeraude, en 1684.

Dans ce somptueux cabinet, Louis XIV travaillait, tenait conseil, et, après souper, se réunissait aux princes et prin-

1 Etat de la France en 1708.

2 Le bureau était couvert de velours vert. L'encrier et le poudrier^ œuvres de l'orfèvrp De Villers, étaient d'argent ciselé ; les cachets étaient d*or. (Comptes de 1684-1685-1686.)

cesses de la famille royale. Il y avait rassemblé de fort belles ■cartes manuscrites et gravées1, ainsi que des tableaux manuscrits, des plans de villes, de forêts, de terres et seigneuries, etc..

Il faut reconnaître que cette salle, située au cœur du Palais, était aussi la plus importante et, comme on l'a dit avec raison, le centre même de la monarchie. Là se décidèrent presque toutes les grandes résolutions du règne jusqu'en 1T15-.

Sous Louis XV, le cabinet des Perruques et le cabinet du Roi furent réunis et prirent le nom de salle du Conseil, et la décoration fut changée.

Les Petits Cabinets de Louis XIV.

Les petits cabinets de Louis XIV, ou les cabinets de derrière (Saint-Simon), étaient placés autour du balcon de la cour des Cerfs. Il est difficile d'en déterminer l'exacte topographie, par suite des bouleversements accomplis sous Louis XV. C'est là que Louis XIV avait une salle de bains, ses chiens, et que se tenaient les gens de service, garçons bleus et autres. Une porte les fait communiquer avec le cabinet du Conseil. Le cabinet des Chasses de Louis XV était alors un escalier ou degré dérobé, qui permettait d'arriver plus ou moins en secret dans la chambre du Roi ou dans son cabinet3. Comme les personnes qui montaient chez le Roi par le degré dérobé ne passaient pas par la salle des Gardes et l'antichambre, c'est-à-dire par les devants, on disait qu'elles entraient par les derrières, c'est-à-dire par les cabinets situés derrière l'appartement du Roi.

1 On les trouve aujourd'hui aux archives de la Préfecture de Seineet-Oise et à la Bibliothèque de Versailles, entre autres, une grande carte topographique du cours du Rhin, un tableau historique et chronologique du Dauphiné, les blasons des chevaliers du Saint-Esprit, créés par Louis XIV, etc..

2 C'est dans le cabinet du Roi qu'eut lieu la reconnaissance du duc d'Anjou comme roi d'Espagne.

3 Voir les transformations opérées par Louis XV (chapitre suivant).

Chambre à coucher de Louis XIV (124i.

Jusqu'en 1701. cette pièce fut un grand cabinet où le Roi s'habillait1, le grand salon du Roi, comme l'appelait le Mercure2. Les fiançailles du duc de Chartres et du duc du Maine y furent célébrées (février et mars 1692). En 1701, Louis XIV la fit transformer par Mansart. Le salon « où le Roi s'habille » devint la chambre à coucher telle qu'elle existe encore aujourd'hui. En même temps, la chambre à coucher et le salon des Rassan furent réunis en une seule pièce et formèrent la grande antichambre connue sous le nom de YŒilde-Bœuf.

La chambre à coucher actuelle, d'une grande magnificence, présente à l'attique au-dessus de la corniche quatre peintures : les quatre L'vangélistes, de Valentin, et les portraits d'Anne d'Autriche et de Marie-Thérèse, celle-ci tenant le Grand Dauphin sur ses genoux.

Le milieu du plafond n'a pas de décoration. Vers 1813, on y avait placé un plafond de Paul Véronèse représentant Jupiter foudroyant les Crimes, qui provenait du palais ducal de Venise. En 1859, cette peinture altérée par l'humidité a été transportée au Louvre, et le plafond rétabli dans son état primitif par Questel. Le lit du Roi est placé vis-à-vis des fenêtres, sous une grande arcade surbaissée. Félibien en a donné une exacte définition : « Deux figures de femmes assises sur l'archivolte de l'arcade tiennent des trompettes en leur main pour représenter des Renommées. Tout le dedans du cinlre de la même arcade est rempli d'un compartiment doré de cadres et de roses qui forment, sur un fond blanc, une espèce de mosaïque. C'est là que l'on a représenté, dans l'étendue du même cintre, par des sculptures toutes dorées, la France assise sur un amas d'armes, sous un riche pavillon.

«■ Le reste du même enfoncement, sous la corniche qui sépare le cintre, est tendu pour l'hiver de tapisserie, et le lit

1 Dangeau, Mémoires, IV.

- C'était, eu effet, le grand salon du château de Louis XIII.

qu'on y a placé est neuf et d'un dessin aussi beau que magnifique. Il est de velours cramoisi couvert de broderie si tissue d'or qu'à peine en peut-on reconnaître le fond. On voit encore dans cette chambre quatre portières de tapisserie neuve à fond d'or, où des ornements ingénieusement travaillés et des figures au naturel représentent les quatre Saisons. » Ces portières n'existent plus.

A droite et à gauche du lit, il y avait deux tableaux : l'un, du Dominiquin, représentant David chantant les louanges du Seigneur; l'autre, de Raphaël, représentant Saint Jean à Pathmos. Ils sont remplacés aujourd'hui par deux tableaux religieux de l'école des Carrache. Une balustrade placée en avant du lit le séparait du reste de la chambre.

Toute la chambre était décorée de boiseries sculptées et dorées sur fond blanc, qui existent encore.

Les meubles de la cheminée, les glaces étaient dignes de la chambre, où figuraient encore sept tableaux de maîtres.

C'est dans cette chambre qu'avaient lieu, chaque jour, les cérémonies du lever et du coucher du Roi, qu'il donnait audience aux ambassadeurs et au nonce, recevait le serment des grands officiers de sa Maison et dînait au petit couvert.

Louis XIY y mourut le 1er septembre 1715, à huit heures du matin.

L'ancienne décoration de la chambre de Louis XIV et le balustre en bois doré ont été conservés, mais l'ameublement actuel est tout entier de l'époque de Louis-Philippe. Le lit et les fauteuils ont été faits avec des fragments de tapisseries provenant de l'ancienne chambre de parade ou salon d'Apollon. Un buste de la duchesse de Bourgogne, par Coysevox, et un médaillon en cire, d'Antoine Benoist, représentant Louis XIV et exécuté en 17061, sont les œuvres d'art les plus intéressantes exposées dans cette pièce.

C'est au balcon de la chambre à coucher de Louis XIV que Marie-Antoinette, Louis XVI et le Dauphin durent apparaître au matin du 6 octobre 1789 et promettre de rentrer à Paris.

1 Dussieux, Le Château de Versailles, t. Ier.

L'Antichambre du Roi ou l'Œil-de-Bœuf (123).

Ce dernier nom, qui lui fut donné sous Louis XV, lui vient de la fenêtre ovale qui fut pratiquée en 1701. Au temps de Louis XIV, on l'appelait Y antichambre du Roi et, quelquefois, le salon des Xobles.

Avant 1701, il formait, comme nous l'avons vu, deux pièces : la chambre à coucher de Louis XIII, devenue la première chambre à coucher de Louis XIV. dans la partie adjacente à la chambre à coucher actuelle, et le salon des Bassan, ainsi appelé à cause de plusieurs tableaux du maître vénitien qui étaient au-dessus des portes et des lambris1.

En 1701, ces deux pièces réunies devinrent l'antichambre de la nouvelle chambre à coucher de Louis XIV. Trois portes la font communiquer avec la galerie des Glaces.

La décoration de l'OEil-de-Bœuf est très belle, et ce qui la distingue entre tout, c'est la frise rampante de la voûte, en bas-reliefs de stuc doré : des enfants courant après des oiseaux, domptant des bêtes farouches, sautant, dansant, maniant des armes, ou portés en triomphe. Elle a été modelée par Flamen, Van Clève, Hurtrelle, Lespingola, Poirier et Hardy; elle est d'une légèreté, d'une élégance et d'un fini qui rappellent les rondes et les groupes d'enfants des premiers sculpteurs de la Renaissance italienne.

La pièce est ornée de glaces ou de boiseries sculptées dorées, d'une grande finesse, exécutées par Taupin, Dugoulon, Bellay et Le Goupil, d'un goût excellent. Les bronzes dorés ou cuivres ciselés dorés sont l'œuvre de Julien Lochon, et les dorures ont été exécutées par Desauziers et Tristan.

On peut remarquer, dans cette salle, une très belle table du temps de Louis XIV, des portraits de princes et de princesses de la maison d'Orléans, un tableau de Nocret2, représentant la famille de Louis XIV, et un portrait équestre du même roi, placé autrefois dans le salon de l'Abondance. C'est dans cette première chambre à coucher que Louis XIV

1 Félibieu.

- Nocret Jean , né à Nancy 1 1613-1672); ce tableau, intitulé d'abord Une Assemblée de Dieux, a été fait sous forme allégorique.

fut opéré de la fistule, le 18 novembre 1686. Molière y exerça pendant quelque temps ses fonctions de valet de chambretapissier.

Antichambre du Roi ou chambre où le Roi mange (121).

Le Roi prenait ses repas dans cette chambre quand il mangeait chez lui en public; on y servait le dîner et le souper en cérémonie. Là, tous les lundis matin, il prenait connaissance desplacets que les auteurs étaient venus poser respectueusement sur une table couverte d'un tapis de velours vert.

L'ancienne décoration a disparu, sauf la cheminée en marbre de Languedoc et en campan vert, l'entablement avec ses sculptures dorées, les chambranles des portes et des fenêtres en bois sculpté, et doré autrefois. Tous les lambris ont été peints en imitation de marbre sous Louis-Philippe.

On y trouve quelques tableaux intéressants de Van der Meulen, entre autres la vue du Château de Versailles sous Louis XIII et au commencement du règne de Louis XIV, des Parrocel et un Cortone représentant des batailles.

Salle des Gardes du Roi (120).

De même, ici, l'ancienne décoration est assez rare. Les chambranles des fenêtres et des portes en bois sculpté ont été peints en couleur de marbre sous Louis-Philippe, ainsi que les lambris. La corniche a conservé ses sculptures dorées représentant des sujets de guerre, et la cheminée, avec sa plaque, existe encore. Comme la précédente, cette salle renferme des tableaux de batailles et surtout une représentation fort curieuse du grand carrousel de 1662. La salle des Gardes était la pièce d'entrée de l'appartement particulier de Louis XIV.

Les appartements de la Reine ont été la résidence successive de la reine Marie-Thérèse, morte en 1683; de la Dau-

phine de Bavière, femme de Monseigneur, morte en 1690; de la duchesse de Bourgogne, morte en 1712; de l'infante d'Espagne, fiancée à Louis XV, de 1722 à 1725, date de la rupture du mariage projeté; de la reine Marie Leczinska, morte en 1768, et de Marie-Antoinette, qui les occupa comme dauphine de 1770 à 1774, et comme reine jusqu'au 6 octobre 1789.

Ces appartements comprenaient, sous Louis XIV, une salle des gardes, une antichambre, un salon ou grand cabinet et une chambre à coucher.

Sous Louis XV, on y ajouta le salon de la Paix, qui fut affecté au jeu de la Beine.

Chambre de la Reine (115).

La chambre de la Beine avait, au temps de Louis XIV, une grande balustrade d'argent que le Boi envoya à la Monnaie en 1689. La duchesse de Bourgogne, quand elle l'habita, y avait fait placer de magnifiques cabinets ornés de colonnes, de figures de vermeil, de peintures', d'émaux et de gemmes, dans lesquels étaient ses bijoux et pierreries.

La décoration de cet appartement a été changée sous Louis XV. Les anciennes peintures du plafond de Gilbert de Sève ont été remplacées par des camaïeux exécutés par Boucher. Les sculptures des angles du plafond, avec leurs couronnes surmontées de dauphins et avec les aigles de la maison d'Autriche, datent de Marie-Antoinette (1770). Les lambris de marbre, enlevés en 1734, furent remplacés par des tapisseries et trois grands trumeaux de glaces, dont les cadres en bois sculpté doré représentaient des palmiers mêlés de festons de fleurs. « A leur tour, Louis-Philippe et son architecte Nepveu ont remanié la chambre de la Beine et ont presque complètement détruit la décoration. Ils ont fait disparaître la cheminée et sa glace et le trumeau qui était visà-vis. La beauté du trumeau de glaces qui existe encore entre les deux fenêtres permet de juger la gravité de cette barbare destruction, faite sans autre but que le placement de tableaux inutiles1. »

1 Dussieux, Le Château de Versailles, t. Ier.

A noter les très beaux dessus de portes des peintres Xatoire et de Troy, les portraits de Marie Leczinska et de Marie- Antoinette, œuvres de Nattier et de Mme Yigée-Lebrun. Trois magnifiques tapisseries, représentant des scènes de la vie d'Esther par de Troy, sont apposées aux murs et forment un splendide décor; ce sont : E Evanouissement, Le Repos et Le Couronnement d'Esther.

Cet appartement a vu de nombreux événements : la mort de deux reines et de deux dauphines, et la naissance de dixneuf « Enfants de France ».

La reine Marie-Thérèse mourut dans cette chambre le 30 juillet 1683. La Daupbine de Bavière, qui vint occuper cet appartement après la mort de la Reine, y donna le jour, le

19 décembre 1683, au duc d'Anjou, depuis roi d'Espagne, et le 31 août 1686, au duc de Berry. Elle y mourut le

20 avril 1690.

La duchesse de Bourgogne y mit au monde trois princes : un premier duc de Bretagne, qui naquit le 25 juin 1704 et mourut l'année suivante; — un second duc de Bretagne, né le 8 janvier 1707, devenu dauphin à la mort de son père, le duc de Bourgogne (18 février 1712), et mort quelques jours après (8 mars 1712 ; — enfin, le duc d'Anjou Louis XV), né le 15 février 1710. Elle y mourut le 12 février 1742.

La reine Marie Leczinska donna naissance dans cette chambre à dix enfants : le 14 août 1727, à deux jumelles, Madame Elisabeth et Madame Henriette : — le 28 juillet 1728, à Madame Troisième1, morte jeune; — le 4 septembre 1729, au Dauphin; — le 30 août 1730, à un duc d'Anjou, mort jeune; — le 23 mars 1732, à Madame Adélaïde ou Madame Troisième; — le 11 mai 1733, à Madame Victoire ou Madame Quatrième ; — le 27 juillet 1734, à Madame Sophie ou Madame Cinquième; — le 16 mai 1736, à Madame Sixième, morte jeune; — le 15 juillet 1737, à Madame Louise ou Madame

1 Les naissances des Enfants de France devaient se faire publiquement, en présence des princes du sang et de nombreux spectateurs. — Il était d'usage à la Cour de désigner par des noms de nombres ordinaux les filles du Roi non encore baptisées, et par conséquent non encore nommées. On ondoyait les enfants à leur naissance, et on ne les baptisait que longtemps après, à l'âge de dix ou douze ans.

Septième. Marie Leczinska mourut dans cette chambre le 24 juin 1768.

Marie-Antoinette y mit au monde : le 19 décembre 1778, Marie-Thérèse, devenue plus tard duchesse d'Angoulême; — le 22 octobre 1781, le premier Dauphin, mort en 1783; — le 27 mars 1785, le second Dauphin, mort au Temple; — le 9 juillet 1780. Madame Sophie, morte l'année suivante.

En 1775, un passage avait été établi par Louis XVI pour pouvoir se rendre chez la Reine librement, sans être vu des courtisans. Il fut établi au moyen d'un corridor qui enleva aux filles de Louis XV une partie de leurs appartements1. Ce passage était établi, en grande partie, sous la galerie des Glaces et aussi sous l'OEil-de-Bœuf2, et, dans presque toute son étendue, pratiqué dans les entresols de ses appartements ou de ceux de la Reine.

Une deuxième communication, à cùté de la première, fut établie avec la chambre de la Reine; elle a été détruite sous Louis-Philippe. Aujourd'hui, une porte placée au-dessous du tableau de Marie Leczinska fait pénétrer dans les appartements de Marie-Antoinette.

A noter de belles consoles surmontées de vases de porphyre rouge (navicelles) avec garniture de cuivre doré.

Salon (ou grand cabinet) de la Reine (116).

Ici se tenait le cercle, et se faisaient les réceptions et présentations. Le siège de la Reine était placé au fond de la salle, sur une estrade couverte d'un dais.

La décoration est mi-partie de l'époque de Louis XIV et mipartie de celle de Louis XV. Ainsi, à l'une des portes, le chambranle est du xvne siècle, mais les boiseries de l'ébrasement sont du xvme. Le plafond, peint par Michel Corneille, représente Mercure répandant son influence sur les arts et les sciences. Les peintures des voussures ont pour sujets : Sapho

1 Lettre du comte de Mercy-Argenteau à Marie-Thérèse (20 avril 1775 .

2 Dussieux, Le Château de Veisailles, t. Ier. — Les salles n05 30, 32 et 33 n'avaient pas la disposition actuelle. La salle n° 30 formait alors deux pièces avec des entresols.

jouant de la lyre, Pénélope faisant de la tapisserie, Aspasie au milieu des philosophes, Césisène faisant de la peinture.

Aux angles clu plafond sont quatre figures allégoriques : la Vigilance (Mercure avec un coq), Y Académie (un homme assis tient une banderole sur laquelle on lit : « A l'immortalité »), le Commerce (un homme assis près d'un ballot), la Diligence (un jeune homme lient une flèche et un éperon).

Les lambris de marbre ont disparu. A leur place sont trois tapisseries des Gobelins, où sont représentées des scènes historiques du règne du Grand Roi : Le Sacre de Louis XIV, L'Alliance avec les Suisses et La Visite de Louis XIV à la Manufacture des Gobelins. A noter aussi deux belles consoles; celle du fond est surmontée d'une statue équestre de Louis XIY, reproduction minuscule de la statue élevée par La Feuillade sur la place des Victoires.

Après la mort de Marie-Thérèse, le corps de la Reine fut déposé dans ce salon, où eurent lieu les cérémonies officielles. Dans cette même pièce furent exposés sur des lits de parade les corps de la duchesse et du duc de Rourgogne, morts à quelques jours d'intervalle, pour être transportés à Saint- Denis le 23 février 1712.

Antichambre de la Reine ou du Grand Couvert (117).

Sauf le plafond, qui a été changé, cette salle a conservé à peu près complètement sa décoration primitive. On a remplacé sous le premier Empire la peinture de Yignon, Mars et sa planète, par un Saint Marc de Paul Yéronèse, transporté au Louvre pendant le règne de Napoléon III, et on a placé alors une bonne copie ancienne du tableau de Le Rrun représentant la famille de Darius. Ce plafond est entouré de six camaïeux peints en bronze, sur lesquels on voit les actions mémorables de diverses reines : Rodogune jurant de venger son mari, par Yignon; Artémise combattant contre les Grecs, Zénobie combattant Aurélien, Ipsicrate suivant Milhridate à la guerre, Clélie à cheval, Arpélie arrachant à l'ennemi son mari prisonnier. Aux murs, sont quatre tapisseries des Gobelins représentant des faits importants du règne : La Reddition de Marsal, La Prise de Lille, L'Audience de ! ambassadeur

d'Espagne et L'Audience du nonce du Pape, le cardinal Chigi, présentant les réparations au Roi (1662-1664 . La tapisserie au centre représente les armes de la Couronne.

La duchesse de Bourgogne y fit faire, en 1710, un théâtre, afin de se donner le plaisir de la comédie pendant les derniers temps de sa grossesse. Le 9 janvier, on y joua Poli/eucte et, le 11, le Misanthrope.

C'est dans l'antichambre de la Reine que se tenait le grand couvert, lorsque la Reine seule, ou quelquefois le Roi avec elle, y mangeait en public. (A son petit couvert, la Reine mangeait dans sa chambre ou dans l'un des quatre cabinets.) Cet ennuyeux cérémonial de diner en public, fidèlement observé par Marie Leczinska, fatiguait Marie-Antoinette, qui s'affranchit de cette gène sitôt reine.

Salle des Gardes de la Reine (118).

Elle fut appelée primitivement la salle du Billard. D'abord toute pavée et lambrissée de marbre, elle fut ensuite parquetée; mais les chambranles et les lambris de marbre furent conservés, et cette belle salle a encore toute sa décoration Louis quatorzième.

Le plafond représente Jupiter accompagné de la Justice et de la Pitié, œuvre de Noël Coypel, qui a peint aussi aux voussures : Ptolémée Philadelphe rendant la liberté aux Juifs, Alexandre Sévère faisant distribuer du blé, Trajan rendant la justice, Solon expliquant ses lois. Coypel peignit aussi, sur la corniche, une balustrade d'or, avec des personnages nombreux paraissant admirer « la magnificence du lieu ».

On remarque dans l'ameublement actuel : aux angles, quatre vases de porphyre rouge, qui étaient autrefois dans la Grande-Galerie; — sur la cheminée, une navicelle en porphyre rouge avec garnitures de cuivre doré; — une table en bois sculpté doré, dont le dessus est une plaque d'échantillons de marbres, évidemment faite aux Gobelins. Nous citerons aussi le beau portrait en pied de la duchesse de Bourgogne, par Santerre.

L'événement historique capital de la salle des Gardes est la

défense qu'y firent les gardes du corps, le 6 octobre 1789, pour arrêter les bandes armées qui avaient envabi le Château, dès six heures du matin, et voulaient pénétrer dans l'appartement de la Keine par l'escalier de Marbre. Un des gardes, Yaricour, placé en sentinelle à la porte qu'il barrait avec son mousqueton, reçoit un coup de sabre sur la main ; il est désarmé et entraîné dehors jusque sur la place d'Armes, où on lui tranche la tête. Un autre garde, Durepaire, après avoir failli recevoir une pique en pleine poitrine, parvient à se dégager; il est remplacé par un autre, Miomandre de Sainte-Marie, qui ouvre la porte de l'antichambre, crie à une femme de service : « Sauvez la Reine! » et referme la porte. Il put échapper à la mort. Le dévouement des gardes du corps avait donné le temps à la Reine de se réfugier auprès du Roi, et à la garde nationale de délivrer le Château de la populace qui l'avait envahi.

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