‹ Le château de Versailles et ses dépendancesChapitre 53 sur 166 · LES PREMIÈRES FÊTES 1663-1665) — M»" DE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES FÊTES 1663-1665) — M»" DE LA VALLIÈRE

Les amours du Roi et de M1Ie de La Vallière, et, plus tard, l'élévation d'une nouvelle favorite, Mme de Montespan, allaient amener à Versailles une série de fêtes. Elles s'étendirent pour ainsi dire, sans interruption, de 1663 à 1674.

En 1603, Louis XIV, de retour de Lorraine, où il était allé recevoir la reddition de Marsal, passa une semaine à Versailles, avec les deux Reines et toute la Cour. Du 15 au -2~2 septembre, il leur donna une série de divertissements, bals, ballets, comédies, « musiques de voix et d'instruments de toutes sortes », auxquels Molière prit une part importante avec sa troupe. Elle y joua une série de pièces de Corneille, Sertorius entre autres, puis V Ecole des Maris, les Fâcheux, le Dépit amoureux, enfin une pièce nouvelle : L'Impromptu, qui prit dès lors le nom à' Impromptu de Versailles. Molière y renouvelait ses mordantes critiques contre les prudes, les Précieuses et leurs amis, commencées par Y Ecole des Femmes et continuées par la Critique de l'Ecole des Femmes. Ce genre de comédie aristophanesque plut beaucoup au jeune Roi, dont l'esprit était resté libre, dont le bon sens était la qualité dominante, et qui sentait toute la justesse de vues du poète et la vérité de ses satires.

Une fête bien plus belle fut donnée (du 7 au 9 mai 1664) à Mlle de La Vallière, sous le couvert des deux Reines. Malgré les représentations de sa mère sur cette liaison, et malgré le respect qu'il avait pour elle, Louis XIV n'avait pas hésité à produire sa maîtresse publiquement. Enivré de sa propre grandeur, avec l'excuse d'avoir, comme on l'a bien dit, le monde entier pour complice, le monde de la Cour et celui de la ville, il n'avait pas à cacher sa vie. Il entendait la conduire à sa guise, pourvu qu'il ne transigeât jamais avec « sa gloire ». Nulle période de notre histoire ne parut plus favorable à une monarchie absolue qu'incarnait si bien ce jeune Roi, dont la naturelle majesté frappait tous les regards. Il était bien évident que la France, sortie des troubles de la Fronde, s'était, par ses succès diplomatiques, placée tout au premier rang en Europe, et ses résultats glorieux coïncidaient avec les débuts du jeune Roi. « A quelque point de vue que l'on se plaçât, la France donnait aux autres nations l'impression d'un peuple grandissant; on reconnaissait qu'elle avait pris la tète de l'Europe1. » N'était-ce pas un écho de l'adulation de ses contemporains que ces vers mis par Racine dans la bouche de Bérénice?

En quelque obscurité que le sort l'eût fait naître, Le monde, en le voyant, eût reconnu son maître.

Et ce maître donnait à tous l'impression que ses plaisirs ne le détourneraient pas de son « métier de Roi ». Cette fonction royale qu'il tient de « Dieu », il la remplira, comme il l'a dit dans ses Mémoires, « avec toute l'application dont il est capable », et aucune passion ne l'empêchera « de veiller avant tout à l'intérêt de l'Etat ». Voilà ce qui a pu faire de Louis XIV un grand roi et qui le différencie surtout de son indigne successeur. Son éducation avait été très négligée au point de vue de l'instruction générale, mais sa mère lui avait inculqué des sentiments de fierté; d'autre part, il était d'un jugement droit, et quand son orgueil n'était pas en jeu, « il aimait, dit Saint-Simon, la vérité, l'équité, l'ordre, la raison, et il aimait à s'en laisser vaincre ». Il aimait aussi passion-

1 Arvède Bariae, Louis XIV et la Grande Mademoiselle, t. II.

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nément le travail et jamais ne se démentit son application aux affaires.

C'est dans ces dispositions déjà mûries dans son esprit, mais cependant avec l'entraînement pour les plaisirs et les divertissements bien naturels chez un prince de vingt-trois ans, que s'ouvrirent les fêtes de 1664. Louis XIV les voulut plus belles que celles que Fouquet lui avait données à Vaux et dont son orgueil avait gardé le cuisant souvenir. Colbert, qui n'aimait pas le gaspillage, et qui plus tard devait élever la voix contre les dépenses inutiles, prêta tout son concours à ces belles journées qui inauguraient pour ainsi dire une royauté nouvelle; nul plus que lui d'ailleurs n'estimait que le faste était nécessaire à la gloire du Roi, qu'il voulait resplendissante par l'éclat des arts autant que par le succès des armes, et que la « représentation » était un des premiers attributs du souverain. Il y eut à ces fêtes plus de six cents invités à qui Louis XIV* voulut donner l'hospitalité, chose fort peu commode dans son château peu spacieux. Versailles n'était encore qu'un petit village entouré de trois cùtés de champs ou de marécages et n'offrant que bien peu de ressources. Aussi, l'idée d'agrandir le Château ne sortit plus de son esprit.

Les divertissements1 durèrent trois jours, les 7, 8 et 9 mai, et le Roi y joua, naturellement, au personnage de premier plan. Il attribuait à ces exhibitions une importance réelle, pour « lier d'affection » avec le souverain « ses peuples et surtout les gens de qualité ». De bonne heure, il eut le sentiment qu'une des conditions de sa puissance souveraine était la dépendance de la noblesse, qu'il fallait la tenir de court, non « par aversion », mais par « raison et devoir simplement ». De là, la nécessité des divertissements auxquels Louis XIV devait toujours présider. « Cette société de plaisirs, disait-il, qui donne aux personnes de la Cour une honnête familiarité avec nous, les touche et les charme plus qu'on ne peut dire. » Peu à peu, la Cour, dispensatrice de toutes les faveurs, allait devenir, avec la résidence définitive du Roi à Versailles, le séjour de la noblesse domestiquée.

Le grand organisateur de ces fêtes fut le duc de Saint-

1 La relation en fut publiée sous ce titre : Les Plaisirs de l'Isle en chantée, avec 9 planches d'Israël Silvestre.

Aignan, premier gentilhomme de la chambre, aidé du poète Benserade et du président de Périgny.

L'Italien Vigarani, ingénieur du Roi, « fort habile en décors et en machines », futur metteur en scène de toutes les fêtes de Versailles, présida aux décors, aux illuminations et aux feux d'artifice. La troupe de Molière avait été mandée pour jouer la comédie, et Lulli pour conduire la musique, Lulli dont la collaboration avec Quinault allait donner tant de prestige à l'opéra, que Mazarin avait introduit dans notre pays.

Le thème avait été tiré du Roland furieux de l'Arioste. On représenta Roger et ses compagnons retenus dans le palais de l'enchanteresse Alcine. Le Roi en personne joua le premier rôle; les autres rôles furent tenus par Monsieur le Duc, fils du grand Condé, les ducs de Noailles, de Guise, de Foix, de Coislin, les comtes d'Armagnac et du Lude, le prince de Marcillac, les marquis de Soyecourt, d'Humières et de La Vallière, tous vêtus de magnifiques habits aux couleurs éclatantes et couverts de broderies d'or et d'argent, de diamants et de pierreries. Ces « Paladins » de Charlemagne étaient tous habillés et armés « à la grecque », selon les idées du temps; ils étaient montés sur de superbes chevaux richement caparaçonnés et accompagnés de trompettes et de timbaliers. Venait ensuite le «. char d'Apollon », gigantesque, sculpté, éclatant d'or et de couleurs diverses. « Apollon était assis au plus haut du char, ayant à ses pieds les quatre Siècles : le siècle d'Or, représenté par la jeune et jolie Mme Molière; le siècle d'Argent, par Hubert; le siècle d'Airain, par MUe de Brie ; le siècle de Fer, par du Croissy; tous avec leurs attributs. Le Temps, figuré par Millet, l'habile cocher de Louis XIV, conduisait et faisait manœuvrer cette gigantesque machine, traînée par quatre admirables chevaux, et escortée par les douze Heures, les douze Signes du Zodiaque et une foule de pages. »

Dans la course de bagues, Louis XIV éblouit les regards « par sa grâce incomparable (jamais un air plus libre, plus guerrier n'a mis un mortel au-dessus des autres hommes) » ; mais il laissa la victoire se décider entre les autres chevaliers, et ce fut le jeune marquis de La Vallière, frère de la favorite, qui remporta le prix. Après la course, dans le cirque resplendissant de lumières, Lulli conduisit ses trente-quatre concertants. Sa musique, molle et tendre, planait sur cette

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apothéose de l'amour, dont l'héroïne, et c'était un charme de plus, restait confondue dans la foule : Louise de La Vallière n'était encore ni reconnue, ni duchesse. Puis vint le défilé des quatre Saisons, dont la suite, composée de jardiniers, de moissonneurs, de vendangeurs, portait sur la tète les mets destinés à la collation. Pan, représenté par Molière, et Diane venaient ensuite avec leurs joueurs de flûte et de musette. Vingt autres personnages portant des viandes et dix-huit pages destinés à servir les dames fermaient la marche. Alors, les Saisons, Diane et Pan adressèrent à la Reine un compliment en vers, et la collation commença.

La Reine mère se plaça au milieu de la table disposée en croissant ; le Roi était à sa droite, la Reine à sa gauche. Monsieur, Madame et les dames prirent part à la collation ; parmi elles se trouvait Mlle de La Vallière. La magnificence de ce repas, la richesse de la décoration de la table, éclairée par des centaines de bougies, le nombre infini des serviteurs, vêtus en masques, le luxe et la beauté des vêtements des dames et de ceux des Paladins qui entouraient la table, faisaient alors de ce cirque un lieu vraiment enchanté.

La seconde journée fut consacrée à la comédie. Presque tout au bas de l'Allée-Royale, « environ cent pas au-dessous du rond1 où les chevaliers avaient couru la bague », un vaste théâtre fut construit, où la troupe de Molière représenta la Princesse d Elide. Le poète y fit une allusion voilée, mais facile à saisir, aux amours du Roi et de Mlle de La Vallière. Sans oublier la réserve commandée par la présence des Reines, il y célébrait la passion de Louis XIV en l'exaltant :

Dans l'âge où l'on est aimable, Rien n'est si beau que d'aimer.

Soupirez librement pour un amant fidèle Et bravez ceux qui voudraient vous blâmer.

Ainsi parle l'Aurore au début de la pièce, et dans tout son cours la même idée revient :

Qu'il est malaisé que, sans être amoureux,

Un jeune prince soit et grand et généreux.

1 Sans doute dans la partie avoisinante de l'allée des Dômes.

C'est une qualité que j'aime en un monarque ; La tendresse du cœur est une grande marque, Et je crois que d'un prince on peut tout présumer, Dès qu'on voit que son âme est capable d'aimer.

La troisième et dernière journée fut digne des premières. Un grand théâtre avait été dressé au milieu du Rondeau (plus tard, bassin d'Apollon), situé à l'extrémité de l'Allée-Royale. Le palais d'Alcine, élevé sur un rocher, formait le fond; les deux côtés étaient tendus de tapisseries fixées à des mâts et posées sur une ligne de rochers qui supportaient les musiciens; au milieu était le Lac enchanté, formé par le bassin. Le Roi et les Reines étaient sous un dais, à droite etàgauche duquel étaient placés les invités. Le spectacle commença par un concert. Puis vinrent les plaisirs du palais de la magicienne Alcine, aux bords du Lac enchanté, où parurent trois grosses baleines portant la magicienne et ses deux compagnes. MUe Duparc faisait Alcine, Mlle de Brie et Mme Molière représentaient les nymphes. Le palais, situé dans l'Ile enchantée, surprit agréablement les yeux par les beautés d'une architecture si merveilleuse que l'on eût cru que c'était de l'invention de Vigarani, « si l'on n'eût été prévenu que c'était un enchantement d'Alcine ». Alors, les concertants redoublèrent leurs accords, et l'on vit des géants d'une prodigieuse grandeur qui firent la première entrée du ballet1.

Les géants étaient accompagnés de quatre nains; ils furent suivis de huit Mores. Ces seize personnages, chargés de la garde du palais d'Alcine, furent remplacés par six chevaliers retenus dans le palais, qui essayèrent d'en sortir et furent vaincus par six monstres. Deux entrées de démons agiles arrivèrent au secours d'Alcine et exécutèrent des sauts merveilleux. A la sixième entrée, Roger, assisté de quelques chevaliers et de la sage Mélisse, se prépara à sortir du palais. Alcine accourut pour l'en empêcher, mais déjà Mélisse avait mis au doigt de Roger le fameux anneau qui détruisait les enchantements. Alors, un coup de tonnerre, accompagné d'éclairs, annonça la fin prochaine du palais, qui fut bientôt

1 Marigny, Relation des divertissements que le Roi a donnés aux Reines dans le parc de Versailles, 1674.

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embrasé par un feu d'artifice. « Jamais, dit M. de Marigny, l'on n'a vu d'incendie plus agréable; l'air, la terre et l'eau étaient couverts tantôt de fusées volantes et tantôt de gerbes de feu; tantôt mille serpenteaux s'élançaient de l'île sur les spectateurs. »

Les plaisirs de l'Jsle enchantée finis, on prolongea cependant les divertissements. Le 10 mai, un jeu de cavaliers eut lieu dans les fossés du Château; le lendemain, ce fut une promenade à la Ménagerie, « où l'on admira les beautés particulières et le nombre presque incroyable d'oiseaux de toutes sortes, parmi lesquels beaucoup de fort rares ». Le soir, fut représentée la comédie des Fâcheux, « faite par le sieur Molière, mêlée d'entrées de ballet et fort ingénieuse ».

Le 12, le Roi donna à tirer une loterie, à l'imitation de celle de Mazarin. « Je voudrais qu'il n'en coûte rien à personne qu'à moi », avait-il écrit à Colbert. Il dressa la liste des gagnants et c'est. là qu'apparut sa secrète pensée. Il y inscrivit les noms de Mesdemoiselles de La Vallière. « Louis savait ce qu'il faisait en nommant ensemble et Louise et sa belle-sœur, la femme du marquis, ainsi introduite à la Cour. On commença dès lors à deviner son secret désir. Mme de Brancas, la première, se rapprocha de la favorite, démarche d'autant plus grave que son mari était chevalier d'honneur de la Reine mère1. » Il y eut d'ailleurs, dans cette loterie, « autant de billets heureux que de dames ».

Dans la soirée, Molière joua les trois premiers actes de Tartufe. « La secte des dévots » s'était tellement rendue insupportable, que le Roi fut heureux de saisir cette occasion de les décrier; il avait tout l'air de passer à l'ennemi et de se rallier aux libertins. Louis XIV ne voulait pas subir les contraintes trop étroites de l'Eglise, bien qu'il la considérât, au point de vue politique, comme l'auxiliaire indispensable de la monarchie, telle qu'il la concevait. Ce fut là, dans tout son long règne, une ligne de conduite inflexible. Néanmoins, la secte, qui avait pour elle la Reine mère, devait continuer la lutte pour empêcher la représentation publique de cette œuvre, qui eut lieu seulement en 1669.

1 J. Lair, Louise de La Vallière, 1882.

En 1665, il y eut de nombreuses réjouissances à Versailles, avec divertissements variés, collations, glissoire en bois; une fête, entre autres, le 20 février, sur laquelle le journal officiel de l'époque, la Gazette, s'étend complaisamment. Un grand bal fut donné dans le vestibule du Château, paré et masqué, à l'occasion du carnaval. Le lendemain, furent données des courses, où assistaient « les principales beautés de la Cour, toutes admirablement équipées et sur des chevaux choisis », conduites par Madame (Henriette d'Angleterre), « avec une veste des plus superbes et sur un cheval blanc housse de brocart, semé de perles et de pierreries ainsi que son habit ». Cette jeune princesse avait une grâce et une puissance de séduction irrésistible, à laquelle le Roi ne restait pas insensible. Il marchait après elle, « ne se faisaut pas moins connaître par cette haute mine qui lui est particulière qu'à son riche vêtement à la hongroise, couvert d'or, de pierreries, avec un casque de même, ondoyé de plumes, et à la fierté de son cheval... Monsieur joignait Sa Majesté, richement vêtu à la turque et monté sur un cheval blanc, caparaçonné et housse, avec quantité de perles. Le duc d'Enghien était à côté de Son Altesse Royale, superbement habillé en Indien et monté à l'avantage, ainsi que les autres seigneurs qui suivaient en dix quadrilles1 ».

L'année 1666 fut marquée par la mort d'Anne d'Autriche (20 janvier), qui succomba à un cancer après neuf mois de douleurs aiguës courageusement supportées. Cette Reine, qui « était redevenue populaire depuis qu'elle n'était plus rien », était adorée de ses deux fils, à qui elle inspirait le respect, de Monsieur surtout. Son expérience ne fut pas toujours inutile et la décence de la Cour se ressentit de son influence. Elle faisait grande figure à côté de celte pauvre Marie-Thérèse, qui n'eut jamais la moindre prise sur son époux. Peu spirituelle, sachant peu le français, l'air dépaysé, « le Roi s'était cru quitte envers elle, et même généreux, par quelque affection qu'il lui donna, l'habitude qu'il garda du lit commun et de grands égards ». Mais, infidèle dès la première heure, il le demeura jusqu'à la fin. Marie-Thérèse, toujours bonne, aimant passionnément le Roi, prit bien ce qu'elle n'avait pas la force

1 Gazette, 1665.

d'empêcher. Le 27 janvier, une députation du Parlement vint faire les compliments au Roi. D'Ormesson dit à ce propos dans son Journal : « Je fus après à la messe du Roi, où étaient la Reine, Monsieur le Dauphin, Monsieur et Mlle de La Yallière, que la Reine a prise auprès d'elle par complaisance pour le Roi ; en quoi elle est fort sage. » C'était ainsi une sorte de présentation officielle de la première favorite, venant immédiatement après l'épouse légitime. Sa mère morte, Louis XIV se sentait libre d'étaler ses amours.

LES FETES DE 1668 ET DE 1674 — M^e DE MONTESPAX

En 1668, le 18 juillet, à l'occasion de la paix d'Aix-la- Chapelle, Louis XIV donna dans son château de Versailles, que Le Vau agrandissait, la fête la plus magnifique de tout son règne. Félibien1 en fit le récit officiel; nous en possédons aussi une description pittoresque due à Mlle de Scudéry et Lepautre en a gravé cinq estampes. Elle marque le moment le plus brillant de la jeunesse de Louis XIV et aussi, sans doute, de son règne. Elle marque aussi une seconde phase dans ses amours adultères.

Il était depuis six ans fidèle à MUo de La Vallière, avec laquelle il avait pu goûter, suivant l'expression de Voltaire, le bonheur rare d'être aimé uniquement pour lui-même : deux enfants étaient nés, Mlle de Rlois, en 1666, et, l'année suivante, le comte de Vermandois; mais la lassitude était venue, et la mort de sa mère précipita une succession qui s'était ouverte dans l'ombre. En 1667, pendant un séjour à Compiègne, à l'occasion de la campagne de Flandre, le Roi s'éprit d'une dame d'honneur de la Reine, Athénaïs de Mortemart, devenue depuis 1663 marquise de Montespan. C'était la « beauté triomphale, en tout l'opposé de Mlle de La Vallière, « violette qui se cachait sous l'herbe», et ce contraste parut séduire le Roi. Elle était alors dans tout l'éclat de ses vingt-

1 Félibien, sieur des Avaux et de Javercy (1619-1693). Architecte et historiographe des bâtiments, secrétaire de l'Académie d"architecture, critique d'art. Description sommaire du château de Versailles, 1674.

six ans et « belle comme le jour », dit Saint-Simon. « Il n'est pas possible, ajoute-t-il, d'avoir plus d'esprit, de fine politesse, des expressions singulières, une éloquence, une justesse naturelle qui lui formaient comme un langage particulier, mais qui était délicieux. » C'était l'esprit des Mortemart, d'un tour inimitable, qui se retrouvait chez son frère, le maréchal de Vivonne, et chez ses sœurs, la marquise de Thianges et l'abbesse de Fontevrault.

Ses défauts n'étaient pas inférieurs, loin de là. Elle était, dit encore Saint-Simon, « impérieuse, altière, dominante, moqueuse, et tout ce que la beauté et la toute - puissance entraîne après soi ». Joignant les pratiques d'une dévotion exaltée à la croyance aveugle, à la sorcellerie, elle avait fait partie de cet « essaim de jeunes ambitieux » qui s'adressaient aux devineresses en vogue « pour parvenir aux bonnes grâces du Roi » et demandaient, en même temps, « quelque chose contre Mlle de La Vallière », autrement dit, de la poudre de succession ; mais en ce moment, rien n'avait transpiré et l'affaire des poisons n'était pas encore ouverte1. Incapable d'amour vrai, n'aimant ni son mari, ni le Roi, elle était avant tout ambitieuse; elle voulait être « maîtresse reconnue », se débarrasser aussi de ses dettes et faire la fortune des siens. La bonne Marie-Thérèse la voyant portée aux pieuses austérités et aux communions fréquentes, estimait sincèrement sa vertu dont témoignaient, a ses yeux, les pratiques religieuses qu'elle n'abandonna guère à travers les scandales de son existence.

La belle Athénaïs tint cour au château de Clagny, « ce palais d'Armide » que son royal amant lui avait fait bâtir. De 1667 à 1674, ce fut un double adultère étalé k tous les yeux, avec, en même temps, la présence simultanée des deux favorites. Louis XIV partait en calèche pour la chasse avec Mlle de La Vallière et Mme de Montespan; quand il allait en Flandre avec les dames, il les emmenait toutes deux dans son carrosse avec la Reine, et les peuples accourant, se demandaient les uns les autres s'ils avaient vu les trois Reines.

La malheureuse La Vallière, dédaignée, mais non congé-

1 Voir l'ouvrage de M. Funck-Breutauo, Le Drame des Poisons.

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diée. servant pour ainsi dire de chaperon aux amours de Louis XIV et de sa rivale, devait rester à la Cour jusqu'en 1674 (avril), époque où, « ayant tiré la lie de tout », elle se retira définitivement chez les Carmélites, au couvent de la rue d'Enfer, avec l'irrévocable décision d'en subir la règle étroite; elle avait trente ans1.

Telle était la personne en l'honneur de qui fut donnée, dans la pensée du Roi, la splendide fête de 1668, la plus somptueuse de son règne. Elle fut organisée par le duc de Créqui, premier gentilhomme de la chambre, le maréchal de Bellefonds, premier maître d'hôtel, et Colbert, surintendant des bâtiments. Trois mille personnes furent invitées. La collation fut servie dans le bosquet de l'Etoile, décoré de vases de fleurs, de sculptures exécutées par Le Hongre, Houzeau et Van Opstal, et de rocailles faites par Quesnel. Après quoi, dans un théâtre de feuillée établi par Vigarani, sur l'emplacement actuel du bassin de Saturne, furent joués un opéra de Quinault et Georges Dandin, de Molière. Après la comédie, la compagnie passa dans un salon de verdure admirablement décoré. Il y avait, dit la Gazette, outre trois grands buffets et plusieurs autres ornements, « un rocher au milieu, qui représentait le Parnasse avec Apollon et les Muses, le tout d'argent; et Leurs Majestés soupèrent à l'entour de cette admirable machine avec d'autant plus de plaisir que les lumières la rendaient des plus brillantes et qu'une infinité de cascades y formaient un très agréable murmure ». Sur les tables et les buffets destinés au souper étaient des girandoles, de grands vases, des figures, des bassins, des cassolettes, des pots à fleurs, tous en argent et merveilleusement travaillés; aux bouts des buffets étaient placés des guéridons d'argent de 6 pieds de haut, sur lesquels étaient des girandoles, toujours en argent, allumées de dix bougies de cire blanche ; devant chaque table, il y avait une cuvette d'argent pesant mille marcs. La plupart de ces beaux ouvrages, chefsd'œuvre des orfèvres du temps, avaient été exécutés aux Gobelins.

1 J. Lair, Louise de La Vallière. — Mme de Montespan n'avait pu mettre Bossuet dans son jeu pour la retenir à la Cour, et Mme Scarron, la gouvernante de ses enfants, n'y réussit pas davantage, malgré son habileté.

On alla ensuite dans la salle de bal, construite par Le Vau, sur l'emplacement actuel du bassin de Cérès, partie en verdure, partie en décors imitant le marbre, et ornée d'orangers et de jets d'eau. A deux heures du matin, les danses terminées, on alla voir les illuminations du Parc et les feux d'artifice. La façade du Château donnant sur les jardins était ornée de quarante-cinq figures, Janus, diverses Yertus, trophées de guerre, lyres, etc., représentés par des feux de couleurs diverses et d'un éclat extraordinaire. L'Allée-Royale était éclairée d'un bout à l'autre par soizante-douze termes en feux de couleur, d'où partirent des milliers de fusées. Des feux grégeois brûlaient sur le bassin de Latone. Enfin, un premier feu d'artifice qui coûta 3,000 livres fut tiré du côté du grand étang, devenu plus tard la pièce d'eau des Suisses; et quand tout le monde crut que la fête était terminée, un second feu de 2,700 livres fut tiré vers la Tour-d'Eau. Enfin, quand toutes les lumières s'éteignirent, « l'on s'aperçut, dit Félibien, que le jour, jaloux des avantages d'une si belle nuit, commençait à poindre ».

A celte époque, le Parc avait reçu de nouveaux embellissements. Pierre de Francine construisait la grotte de Thétis, qui devait être terminée en 1672 et devenir le principal ornement des jardins. Pendant l'automne de 1668, le Parc fut visité par d'illustres personnages : La Fontaine, Molière, Racine et Boileau. La Fontaine venait d'achever son roman de Psyché, qu'il allait lire à ses amis près de la grotte de Thétis. Le récit de cette promenade, mêlé d'agréables descriptions du palais du Roi, forme l'introduction du roman. Nous en donnons ailleurs quelques extraits.

Le Roi allait souvent se reposer dans la Grotte1. Il s'en servait aussi dans ses fêtes pour y donner la collation, régal de fruits et de confitures, concert à la Cour et aux étrangers de marque. Les divertissements continuaient souvent à l'Orangerie, comme en 1669 devant le prince de Toscane, qui « admira également la galanterie et la magnificence du plus grand monarque de l'Europe ».

En 1670, ce fut le tour du duc de Buckingham, premier

' Elle a été décrite par Jllle de Scudéry et par Félibien.

l'histoire. — LOUIS XIV. 20o

ministre de Charles Ier, roi d'Angleterre, le 23 août et surtout le 6 septembre. Entre autres attractions, il y eut « une splendide collation apprêtée sur une île » du Grand-Canal ; puis on assista à la comédie et à un concert symphonique dans le Petit-Parc, organisé par Lulli, et enfin un feu d'artifice eut lieu dans l'allée des Cascades et se termina par un souper au Château qui dura jusqu'à trois heures après minuit.

En 1671, après le divertissement de la comédie à l'intérieur du Château, où toute la Cour avait assisté, il y eut des fêtes dans le Parc, éclairé d'une infinité de lumières, musique au Théâtre-d'Eau, nouvellement construit, et souper merveilleux à la Grotte

Dans toutes ces fêtes données par Louis XIV, l'opéra, introduit en France par Mazarin, allait jouer un grand rôle. Nos compositeurs, voués jusqu'ici aux ballets et aux mascarades, eurent la révélation de la musique dramatique, importée d'Italie. En 1664, on en était venu à considérer le chant « comme le truchement naturel de l'amour », et Molière en fixait la date dans la Princesse cTElide. Justement, vers cette époque ( 1671) naissait l'opéra français, et, à peine né, il dut à l'association de Quinault et de Lulli une influence considérable sur les mœurs. Cet art nouveau semble devoir « modifier l'état nerveux du monde où grandissaient, sous la protection royale, des idées plutôt périlleuses sur les droits de la nature et la fatalité de la passion1 ». Il provoqua aussitôt l'opposition des moralistes.

A mesure qu'avançaient les travaux du château de Versailles, les séjours de Louis XIV y deviennent plus longs et le caractère de résidence s'y accentue de plus en plus. Versailles commence à prendre un caractère officiel: le Roi y reçoit les ambassadeurs étrangers comme à Saint-Germain ; la Cour y réside du 1er septembre au 10 octobre et y prend « les divertissements de la saison, entre lesquels la comédie a ses jours », sans préjudice des pratiques religieuses. En 1674 (avril), Bourdaloue y avait prêché le carême.

1 Arvéde Barine, Louis XIV et la Grande Mademoiselle, t. II. — La musique dramatique, en faisant son entrée dans le monde moderne, lui apportait, selon l'expression de M. Romain Rolland, son pouvoir illimité.

Cette année de 1674 vit la dernière des grandes fêtes de Versailles, durant le séjour de quatre mois que Louis XIV y fit, du 30 juin à fin octobre. En pleine guerre de Hollande, secondé par Vauban, il venait d'accomplir en six semaines une seconde et définitive conquête de la Franche-Comté. L'historiographe officiel, Félibien, admire « la promptitude qui accompagne la magnificence des fêtes » et la diligence avec laquelle sont exécutés les ordres du Roi « par le soin et l'application particulière de ceux qui en ont la principale intendance ». Il en fait, ainsi que la Gazette, une longue description. Elles eurent lieu en juillet et en août, et durèrent six jours.

La première journée, ce fut d'abord une collation dans le bosquet du Marais, suivie d'une représentation de VAlceste, de Lulli et Quinault, dans un théâtre préparé dans la cour de Marbre, dont toutes les fenêtres étaient éclairées par deux rangs de bougies.

Les côtés de la cour étaient décorés d'orangers, de guirlandes et de grandes girandoles de cristal et d'argent allumées de bougies. La fontaine de marbre qui était au milieu de la cour était entourée de girandoles et de vases de fleurs; les eaux qui s'échappaient de la fontaine pour tomber dans le bassin étaient reçues par des vases de fleurs, de façon que leur chute ne pût pas interrompre, par leur bruit, la voix des chanteurs et la symphonie des musiciens. Tout se trouvait réuni : eaux, lumières, fleurs, pour faire les plus riches ornements d'un théâtre. Après la représentation, on alla souper ou « faire médianoche » au Château.

La deuxième journée eut lieu à Trianon, dans la « Maison de porcelaine » que le Roi avait fait construire quatre ans auparavant. Un salon avait été établi dans l'une des allées du Parc et décoré d'une prodigieuse quantité de fleurs. On y chanta YEglogue de Versailles, intermède de Quinault et de Lulli :

Le maître de ces lieux n'aime que la victoire, Il en fait ses plus chers désirs; Il néglige ici les plaisirs Et tous ses soins sont pour sa gloire.

Ensuite, la Cour revint souper à Versailles., dans le bosquet de la Salle-du-Conseil.

Le troisième jour (19 juillet), le Roi donna une collation aux dames, à la Ménagerie, avec promenade sur le Canal, dans des gondoles « superbement parées ». Les violons et les hautbois suivaient la compagnie dans un grand vaisseau. On se rendit ensuite au théâtre, dressé cette fois devant la Grotte, et l'on assista à la représentation du Malade imaginaire, la dernière comédie de Molière, « dont Leurs Majestés et toute la Cour ne reçurent pas moins de plaisir qu'elles en ont toujours eu aux pièces de son auteur ».

Pour la quatrième journée (28 juillet), le Roi avait donné ordre que la fête fût encore plus magnifique et plus décorée que les précédentes. On servit la collation au Théàtre-d'Eau. Les marches qui formaient l'amphithéâtre servaient de table pour recevoir les mets. Des orangers chargés de tleurs et de fruits, des pommiers, des abricotiers, des pêchers couverts de fruits, et des lauriers-roses tous placés dans de grandvases de porcelaine, 300 jattes de porcelaine pleines de fruits, 120 corbeilles remplies de pâtes et de confitures sèches, 400 tasses de cristal pleines de glace, une infinité de carafes remplies de liqueur, formaient « un arrangement de couleurs et de figures très agréables ». Les belles eaux jaillissant de ce bosquet, avec ses grands ifs taillés en pyramides élancées, ajoutaient un nouvel agrément à la collation.

De là, on se rendit au théâtre, qu'on avait élevé au bout de l'allée du Dragon. L'Académie royale de musique y joua l'opéra de Cadmus et Hermione, de Quinault et de Lulli. On alla ensuite faire un tour de promenade en calèche dans le Parc, des valets éclairant la marche avec des flambeaux, et L'on assista à un feu d'artifice tiré sur le Canal. Enfin, oh revint -au Château, où l'on soupa dans la cour de Marbre, éclairée par une colonne de lumière placée sur un immense piédestal, autour duquel était disposée une table de cinquante couverts.

La cinquième journée (18 août fut signalée par un incident glorieux. M. de Gourville, envoyé par Condé. présenta au Roi 107 drapeaux et étendards que le grand général avait enlevés, à la bataille de Senef, à l'armée ennemie. Le soir, la compagnie, montée dans trente carrosses à six chevaux, se promena dans le l'arc. On fit collation dans un bosquet et

on alla assister, clans un théâtre élevé à l'Orangerie, à la représentation tYIphigénie. tragédie nouvelle de Racine, « qui fut admirablement bien représentée par la troupe royale et très applaudie de toute la Cour ». De là, on alla voir le bassin d'Apollon, illuminé d'une façon surprenante; « car, hormis la face de devant, le reste était environné d'une balustrade de 6 pieds de haut, ornée de fleurs de lys et des chiffres du Roi, le tout d'un artifice si rare, qu'il paraissait fait d'or transparent et lumineux ». Il y avait aussi de grands piédestaux paraissant être de marbre transparent, avec des ornements rappelant Apollon et le Soleil, que Louis XIV avait pris pour devise. Toute cette décoration était l'œuvre de Le Brun. Puis un feu d'artifice, formé de cent figures différentes, termina la soirée.

Enfin, le 31 août, sixième et dernière journée de ces fètesr la Cour eut pendant la nuit un spectacle réellement magique.

Sa Majesté, dit Félibien, étant sortie du Château à une heure de la nuil, mais d'une nuit la plus noire et la plus tranquille qui ait été depuis longtemps, l'on vit, dans cette grande obscurité, tous les parterres tracés de lumières. La grande terrasse qui est devant le Château était bordée d'un double rang de feux espacés à deux pieds l'un de l'autre. Les rampes et les degrés du Fer-à-Cheval, et généralement toutes les fontaines qui sont dans le petit Parc, étaient environnées de pareilles lumières, qui, réfléchies dans les bassins, y faisaient encore autant d'autres clartés. Au milieu de ces bassins et de ces lumières, on voyait s'élever mille jets d'eau qui paraissaient comme des flammes d'argent poussées avec violence et dont il sortait mille étincelles.

Ces lumières, dont la terre était couverte, marquaient de nouveaux parterres et formaient des ligures de feu au lieu de fleurs et de verdure. Au bout de la grande allée Royale, le bassin d'Apollon était éclairé de la même sorte ; et, au delà, on voyait le grand Canal qui, de loin, paraissait comme une glace de cristal d'une vaste étendue. Il était borné de tous côtés de caps lumineux, mais d'une lumière douce et privée du mouvement que l'on voit dans les feux ordinaires. Ces corps ne portaient aucune ombre; ils représentaient différentes ligures qu'on avait peine à discerner de loin, et dont les images paraissaient sur l*eau, qui n'était pas alors moins tranquille que la lumière même ; de sorte que le profond silence et l'obscurité où l'on se trouvait alors ressemblaient beaucoup à ce que les poètes ont écrit des Champs-Elysées, qu'ils dépeignent comme une espèce de pays éclairé d'une lumière précieuse et qui a un soleil et des astres tout particuliers.

Le Grand-Canal produisit un effet merveilleux avec ses deux rives éclairées par 650 termes de lumières de 9 pieds de haut, placés à 6 toises de distance l'un de l'autre. Aux quatre angles de la croix du Canal, il y avait de grands pavillons de 30 pieds de long sur '2~2 de haut, d'où partaient des flots de lumière; aux extrémités du Canal, à Trianon, le char de Neptune: à la Ménagerie, le char d'Apollon; au fond du Canal, un immense palais. Derrière ces décorations d'architecture, on avait placé un nombre infini de feux qui les faisaient paraître transparentes et les rendaient éclatantes et lumineuses clans une nuit obscure. Le Roi et toute la Cour tirent une longue promenade sur le Canal, dans des gondoles suivies de bateaux où étaient les musiciens.

Telles furent les splendides réjouissances de 1674, les dernières de ce genre qui furent données par Louis XIV. Cette vie élyséenne, où le monde de la Cour et de la ville semblait s'associer à ses amours, allait pourtant cesser. Mme de Montespan est à l'apogée de sa faveur. « Continuez à faire tout ce qu'elle voudra, dit Louis XIV à Colbert, elle m'a mandé que vous lui demandez toujours si elle veut quelque chose. Continuez à le faire toujours. » Le Marais, Clagny, Trianon sont des effets de sa volonté. Mais la pensée dominante du Roi, c'est Versailles transformé, agrandi, avec son architecture nouvelle et ses immenses jardins, auquel on travaille d'une manière incessante pour qu'il puisse venir s'y loger avec toute sa Cour et y habiter comme clans une sorte de temple d'une royauté définitivement « hors pages ».

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