DÉPENSES DE VERSAILLES
, Il n'est pas facile de savoir exactement ce que le Versailles de Louis XIV et ses dépendances ont coûté. Ceux qui ont écrit sur cette question, sans avoir à leur disposition les Comptes des Bâtiments ' et les autres documents administratifs du temps, ont imaginé des prix qui varient suivant leur opinion. Voltaire, qui appelle Versailles « un ahlme de dépenses •, dit qu'elles se sont élevées à plus de 500 millions. Mirabeau les évalue à 1200 millions ; Volney, à 4400 millions. Mieux informé, Quillaumot, ancien architecte des Bâti^ ments du Roi, les réduisait déjà à 487 millions. Vaisse de
* M. Le Roi, conservateur de la bibliothèque de Versailles, avait fait le relevé exact, dans les Comptes des Bâtiments, de tout ce qui est relatif à Versailles. Je n'ai pas besoin de dire combien ce précieux travail m'a éU utile. ; . ?
YiUiers descendit jusqu'à 90 millions. En 4838, Eckard, qui avait fait de sérieuses recberches, arriva à donner un total qui ne sera probablement pas beaucoup modifié par les découvertes ultérieures. Ce total est de 446,438,892 livres, et se décompose ainsi qu'il suit :
Dépenses avant 1664 * 1,500,000 livres
— de 1664 à 1690* 87,537,989 —
— de la chapelle (1699-1710) 3,260,341 —
— de Marly (1679-1690) 4,501,279 —
— payées sur d*autres fonds que ceux des Bâtiments (meubles, orfèvrerie, tableaux, antiques, étoffes d'or et
d'argent, etc) 19,639,282 —
116,438,892 livres.
ce qui nous parait représenter une somme d'environ 500 millions de francs de nos jours, en multipliant la livre de ce temps par 5. A ce total, il faudrait pouvoir ajouter la somme de travail produite par les corvées imposées aux paysans corvéables ', qui travaillèrent pendant de longues années et par milliers à Versailles, à Trianon et à Marly. C'est ce travail non payé, c'est cette main-d'œuvre gratuite, qui réduit les dépenses de Versailles à une somme aussi faible, et qui est loin de représenter la vérité complète*.
Jusqu'à présent, le principal document publié sur les dépenses de Versailles est un mémoire fait pour Mansart, surintendant des Bâtiments, par un des commis de son administration, nommé Marinier'. Il l'avait rédigé d'après
* D'après une lettre de Colbert au Roi.
' D'après le mémoire de Marinier, commis des Bâtiments. Ce mémoire s'arrdte à 1690, parce que la guerre de la Ligue d^Âugsbourg amena la suppression defi dépenses des Bâtiments.
* Voir Mémoires du due de Lnynes, II, 278, pour les paysans employés, au moment de la construction de Marlj, à déi'richer le sol.
^ L'importante publication que M. Guiffrey prépare sur les Comptes det Bâtiments nous permettra de la connaure à peu près complètement.
' Ce mémoire a été publié dans le tome XII des Mémoires de Saimi' Simon, édition Hacbetle, et dans le tome V des Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, recueil publié par Pierre Clément (p. 567). — Le mémoire de Marinier avait été connu d'Eckard et lui avait servi de base pour 868 calculs ; son exactitude est à cbaque instant confirmée par Dangeau.
lin grand travail fait pour Golbert par son père, à l'aide des Comptes des Bâtiments. Ce travail très-sérieux, et qui mérite toute confiance, donne les dépenses pour chaque maison royale « en chacune année », et, pour Versailles, distingue chaque nature d'ouvrages. En analysant le mémoire de Marinier, on trouve que Louis XIY a dépensé :
5,912,104 livres en achats de terres,
48,446,768 — en constractions et travaux pour le parc,
221,631 — en glaces et miroirs,
2,696,070 — en sculptures,
509,073 — en tableaux et antiques,
1,075,673 — en étoffes d'or et d'argent,
3,245,759 — en grandes pièces d'orfèvrerie,
556,069 — en médailles, cristaux, agates, curiosités.
Il est bon de faire observer que sur les 446 millions de dépenses, le château de Glagny, bâti pour M""^' de Montes* pan, a coûté 2,074,592 livres ; la machine de Marly, 3,674,864 ; les travaux insensés de la rivière d'Eure, dont on voulait amener l'eau à Versailles, 8,642,995; le potager de la Quintinie, 467,364 livres.
Disons, pour terminer, que l'entretien du château et de ses dépendances coûtait environ 500,000 livres par an '.
C'est en 4662 et 4663 que Louis XIV commença à faire agrandir sa maison de Versailles. Il aimait le parc de cette résidence, et les premiers travaux eurent pour but de l'augmenter et de l'embellir. Dès 4662, il achetait des terres*, et il consacrait, cette année et en 4663, 500,000 écus
* Aujourd bat l'entretleo da palais, du parc et da service des eaux est de 800 à «50,000 francs.
' Le 15 octobre 1602, Louis XIV acbetait 42,000 livres à M°>« Longuet, une terre située à Trianoo ; la même aonée on le Yoit ac<iuérir une terre
90 L£ CnATEÂU DE VERSAILLES
à ses travaux de Versailles. Les Comptes des Bâtiments ne commençant qu*en 1664, nous ne connaissons pas le détail de ces premières dépenses ; mais à l'exception de quelques changements apportés par Levau, alors premier architecte du Roi, aux ailes du t petit château ^ » de 1665 à 4668, od peut dire que jusc[u*en 4669, Louis XIY ne s*occupa guère que du parc.
Pierre de Francine, célèbre mécanicien qui devait établir toutes les fontaines jaillissantes de Versailles, commença la fameuse grotte de Thétis, peut-être dès 4662 ; le petit château de la Ménagerie fut construit de 4663 à 4665 ; le parterre du Nord, dessiné par Perrault, date de 1664. En 1665, on plante dans le parc 4250 arbrisseaux qu'on avait enlevés des pépinières de Fouquet à Vaux-le-Yicomte. En 4666, on transforme le Fer-à-cheval ; ses allées, en pente, sont remplacées par le grand perron et les deux escaliers que nous voyons aujourd'hui. Dès 4667, nous trouvons Le Nôtre investi du titre de contrôleur général des Bâtiments du Roi*, et les Comptes des Bâtiments de 1667 et 4668 attestent l'activité avec laquelle il procéda aux embellissements du parc. Jacques Houzeau sculpte des termes de pierre ; on fait des vases de bronze, des ornements en plomb bronzé et doré pour les bassins ; Francine fait placer les conduites d'eau ; les deux Marsy commencent le groupe de Latone ; Tuby, le groupe du char d'Apollon; Perrault, rAllée-d*Eau. On achète en grand nombre des vases de faïence, façon porcelaine, pour y mettre des fleurs et des orangers ; on fait venir de Flandre des ormes et des tilleuls pour planter le parc. Le Nôtre établit les premiers bosquets; dès 1668*, le Théâtre-d'Eau, le Labyrinthe et TÉloile existent et servent à la grande fôte donnée cette année ; les bassins de Louis XllI sont transformés et décorés de sculptures ; les eaux se multiplient ; on
à Choisy (t4,500 livres) et une autre au Val de Galie (37,700 livres). — Archives aalionales, carton O^ 17G2.
* C'est alors le nom consacré du château de Louis XIII.
* Dans une acquisition de 8 arpents faite par Louis XIV ù TriaDOn, en 1667, Le Notre assiste à la vente en qualité de contrôleur général des Bâtiments du Roi (Archives nationales, carton 0^ 1762).
* Plan manuscrit conservé au cabinet des Estampes, cité page 59.
commence à creuser le canal, qui a déjà la forme d'une petite croix, et à faire la longue avenue qui, en se prolongeant jusqu'à Yillepreux, ouvrait au chftteau une perspective étendue. A la date de 4668, le parc de Louis XIII, toujours conservé dans son ensemble, est très-modifié dans ses détails, et beaucoup plus orné ; les bois sont devenus des bosquets, que Ton va décorer avec splendeur, les fontaines et les bas* sins sont multipliés et déjà ornés de nombreuses figures.
Mais Louis XTV ne devait pas s'arrêter à ces travaux d'embellissement du parc ; dès 4668, M}^* de Scudéry annonçait que le Roi avait pris la résolution de faire faire de grands» changements aux bâtiments du palais. En effet, dès 4669, ne se C9ntentant plus du petit château de Versailles, le Roi se décida â l'agrandir. Perrault, premier commis de Golbert, a laissé sur les origines du château actuel une note trop intéressante pour que nous ne la reproduisions pas ici.
« Louis XlVy dit-il, ayant fait quelques promenades agréables au château de Louis XIII vint à l'aimer, le fit embellir de peintures pour le rendre plus agréable et lui donner toute la perfection qu'il pouvoit avoir.... A peine fut-il achevé, et M. Golbert se fut-il réjoui de voir une maison royale achevée, où il ne seroit plus besoin d'aller que deux ou trois fois l'an pour y faire les réparations qu'il con-* viendroit, que le Roi prit la résolution de l'augmenter de plusieurs bâtimens pour y pouvoir loger commodément, avec son Conseil, pendant un séjour de quelques jours. Ou commença par quelques bâtimens qui, étant a moitié, ne plurent pas et furent aussitôt abattus. On construisit ensuite les trois grands corps de logis qui entourent le i)etit château et qui ont leur face tournée sur les jardins. Quand ces trois corps de logis, qui sont du dessin de M. Le Vau, furent faits, comme ils sont beaux et magnifiques, on trouva que le petit château n'avoit aucune proportion ni aucune convenance avec ce nouvel édifice. On proposa au roi d'abattre ce petit château, et de faire en la place des bâtimens qui fussent de la même nature et de la môme symétrie que ceux qui venoient d'être bâtis. Mais le Roi n'y voulut point consentir. On eut beau lui représenter qu'une grande partie menaçoit ruine, il fit rebâtir ce qui avoit besoin d'ôtre rebâti, et se dou-
tanl qu^on lui faisoit ce petit château plus caduc <{u*il n'étoit, pour le faire résoudre à l^abattre, il dit avec un peu d'émotion, qu*on pouvoit rabattre tout entier, mais qu*il le feroit rebâtir tout tel qu'il étoit, et sans y rien changer ^ »
Golbert, qui, avec les finances et la marine, avait la surintendance des Bâtiments, s*était montré, dès 4663, Tadversaira déclaré des agrandissements et embellissements de Versailles; il voulait que l'argent employé à la nouvelle Fésidence lût consacré au Louvre, qu'il désirait achever. Dans un mémoiro adressé à Louis XIY, vers 1663, il n'hésita pas à lui dire: c Tout ce que Ton projette de faire n*est que râpe tasserie qui ne sera jamais bien » ; et, après avoir montré qu*aprè8 Tachèvement des constructions proposées, il n'y aurait aucune proportion gardée entre la hauteur des bâtiments, les grandes pièces projetées et la petitesse de la cour, il disait : « Tout homme qui aura du goût de rarchitecture, et à présent et à l'avenir, trouvera que ce château ressemblera à un petit homme qui auroitde grands bras, une grosse tèle, c'est-à-dire un monstre en bâtimens. Par ces raisons, il semble que Ton devroit conclure de raser et faire une grande maison. * Mais aussitôt Golbert abordait la question de la « prodigieuse dépense « que nécessiterait la construction d'un palais nouveau, et déclarait qu'il valait mieux achever le Louvre, conserver le petit château et « faire Tenveioppe » suivant le dessin adopté l'année précédente. L'enveloppe, c'est le projet de Levau qui, après bien des hésitations, sera enfin exécuté en 4669.
En 4665, Golbert revint à la charge; il reparla du Louvre que le Roi négligeait, et osa écrire : « Votre Majesté sait qu*au défaut des actions éclatantes de la guerre, rien ne marque davantage la grandeur et l'esprit des princes que les bâtimens; et toute la postérité les mesure à l'aune de ces superbes maisons qu'ils ont élevées pendant leur vie. 0 quelle pitié, que le plus grand Roi et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fût mesuré à l'aune de Versailles I Et toutefois, il y a lieu de craindre ce malheur. » Mais le maître fut d'un avis opposé; Golbert n'eut qu'à
* Lettre, Instruetionê et Mémoires de Colbert^ V, 266.
obéir et à donner chaque année de grosses sommes pour Versailles.
Louis Levau, premier architecte du Roi\ reçut enfin Tordre d'agrandir le petit château, en respectant tout ce qui pourrait être conservé, à Tintérleur et à Textérieur. Il s'acquitta de sa tâche avec un succès digne de son talent. Nous avons eu la bonne fortune de trouver, parmi les plans conservés dans les archives du bureau de Tarchitecte du palais, un plan de 1669 donnant le rez-de-chaussée du principal corps du château tel que Levau venait de le construire *. Rien n'est plus différent des lourdes et épaisses constructions que Mansart fut forcé d'élever plus tard, et qu*on attribue communément à Levau.
Le château de Louis XIII est, comme le voulait Louis XIV, complètement conservé et absolument isolé, sauf à Touest, des nouvelles constructions, dont il est séparé par deux vastes cours, ornées de bassins, comme la cour de Marbre. Les façades nord et sud du château de Louis XIII sont conservées avec leur balcon ', et forment un côté de chacune des deux cours ; la façade occidentale seule est remplacée par une nouvelle, qui se relie, à droite et à gauche, aux constructions de Levau*.
Les bâtiments élevés par Levau comprennent: au nord, les grands appartements du Roi ; — à l'ouest, trois salons ou cabinets formant le pavillon du Roi, une grande terrasse et trois autres salons ou cabinets formant le pavillon de la Reine et qui se relient aux appartements delà Reine; — au midi, les appartements de la Reine.
* LeTau aTait succédé en 1654 à Lemercier, comme premier architecle, il avait été l'aitïhitecte de Fooquet et avait construit le chftteau de Vaux. Levau mourut en 1670.
' Voir noire plan n® 3. Les paiiies teintées en masse sont les parties du château qui ne sont nas sur le plan de Levau. Le dessin original de ce plan appartenait à M. Soulié. — Nous avons aussi reliouvé deux autres plans représentant, au premier étage, les appartements du Roi (n* 4) et la disposition des pièces de rapparleoient de Louis Xlll (n^ 5), conservée par Louis XIV jusqu'en 1701.
' Le balcon de la cour des Cerfs est un reste de cet ancien balcon.
^ Cette façade existe encore derrière la galerie des Glaces qui y est adossée; el, au rez-de-chaussée, on l'etrouve les arcades qui la supportaient dans le grand corridor qui est derrière la galerie de Louis XIII.
Il est facile de voir sur le plan combien les coun de Levau donnaient de légèreté et d*air au nouveau cUtanif et combien il différait de ce que nous voyons ai^ouidlmi, qu'elles ont été si diminuées * et que le cbâteau de Louis XŒ a été enterré au milieu d'un épais massif de bâtiments.
La nouvelle façade du cbâteau sur les jardins présentait, i sa partie centrale, et à hauteur du premier étage, une gnndA terrasse pavée de marbre blanc, noir et rouge, avec un bassîB de marbre blanc au milieu, d'où s'élevait un jet d*eau*. Cett sur cette terrasse qu'en 4679 Mansart construisit la gatem des Glaces'. A droite et à gauche de la terrasse sont les pavillons du Roi^ et de la Reine", qui terminent les appartementi du Roi, au nord, et ceux de la Reine, au midi.
Les constructions de Levau prolongèrent le château, à IM, au-delà de la cour de Marbre et le réunirent aux bâtimenli de service du château de Louis XIII, dont elles restènot cependant séparées en partie par des cours. En 4678, Mansart suréleva d'un étage ces doux bâtiments ; leur toit fut décoié d'une balustrade ornée de vases, et chacun fut tenniné par un élégaut pavillon, dont la façade était formée par six colonnes supportant une balustrade ornée do statues. Le loil était surmonté d'un clocheton ^
Nous donnons du château de Levau, pour en permettre l'étude, 3 plans inédits ^n<>* 3, 4 et 3) et deux vues d*aprè8 Silvestre : la façade sur les jardins et la façade septentiionale.
' Elles sont devenues : au nord, la cour des Cerfs et une petite cour * — au midi, la cour de la Heine cl une petite cour. Les cours de Levau ont moditÎL'cs en 1084 et 1C90 par Mansart qui les transforma en quatre par les constructions qu'il y éleva, cl qui fit disparaître les façadM Louis XIII.
■ Fklidien.
' Voir notre gravure le Château de liccau, façade sur Us jardint^ eréeatée d'après Testampe de Silvestre intitulée La Vue du Châieau de VerMâiiitt du côté du jardin eti 1674 (n° 2r>U de la Chalcographie). — Voir ansai It tableau n® 727 du musée do Versuilles, sur lequel la façade de Levau M présente avec les ornements de la balustrade du comble.
^ Aujourd'hui salon de la Guerre et extrémité septentrionale de la KÙt» rie des Glaces.
' Aujourd'hui salon de la Paix et extrémité méridionale de la galerie dci Glaces.
^ Voir le Château de Versailles^ vu de Vavant-coitr, en 1682, estampa dl Silvestre [u^ 2347 de la Chalcographie), et notre gravure.
Cette dernière vue montre la façade nord du château, la façade nord de la grotte, la pompe, les hôtels de la rue actuelle des Réservoirs, une partie du parc (rAlIée-d*fiau), rétang de Clagny, la route dé Saint-Germain (rue Maurepas actuelle), le clocher de Téglise de Saint-Julien et les quatre pavillons des futures ailes des Ministres.
Les dispositions de Levau et de Mansart furent complète* ment modifiées sous Louis XV du côté de la cour. L*architectè Gabriel, l'un des promoteurs de la restauration de Tart grécoromain, détruisit Taile du côté de la chapelle, c'est-à-dire l'ancien bâtiment de service de Louis XIII, éleva la façade pseudo-grecque que nous voyons aujourd'hui au nord de la cour Royale, et construisit le lourd pavillon à colonnes qui termine cette aile. Le bâtiment sud échappa à cette destruc^ tion, à l'exception de son extrémité qui devint également, en 4820, un pavillon de style prétendu grec. Puisque nous en sommes à parler des modifications inintelligentes apportées aux anciennes façades des cours du château, et qui en détruisent l'harmonie, nous devons dire qu'on se tromperait si l'on croyait que la laide tourelle qui se trouve, du côté sud, au troisième angle rentrant de la cour, soit l'œuvre de Lemercier ; elle n'a été construite que sous le règne de Louis-Philippe '^
En 4671, le château neuf était à peu près terminé. Il restait du château de Louis XIII presque toutes les dispositions intérieures, les façades nord et sud, sur les cours intérieures, et les trois façades de la cour de Marbre ' avec leurs combles richement décorés et dorés, qui donnaient au château un air de magnificence qu'on ne trouvait nulle autre part.
Le château avait alors deux cours, la terrasse ou Petite cour, que nous appelons aujourd'hui la cour de Marbre, avec son
* Cette tourelle fait communiquer la salle 172 avec l'attique Chimay.
' En 1672 OQ fut obligé de démolir la façade occidentale, parce que le mur bombait rt meraçait de 8*écrouler. On la reconstrui£it sur un style différent de Tancien (Voir Comptes di$ Bâtiments, 1672, et Lettres, Instructions st Afémoires de Colbert, V, 326).
Nous avons déjà dit que cette façade a encore été refaite par M. Questel, qui a scrupulejsement reproduit celle de 1672, et replacé l'ancien cadran du temps de Louis XIV, que M. Nepveu avait enlevé. M. Chapu a reproduit exactement les sculptures du couronnement, qui représentent Hercule et Mars, au milieu desquels est placé le cadran. -— La crête qui décore le haut de la façade est en bronze.
bassin, et la cour Royale, séparée de Tayant-cour par uns belle grille en fer forgé et doré, qji s'étendait entre les deox pavillons à colonnes, et dont la porte était surmontée dHin écu de France, également en fer forgé et doré*.
Les bâtiments terminés, on commença la décoration des appartements. Une armée de peintres, de sculpteui-s, de marbriei-s, de bronziers, de doreurs, de serruriers, â*ébénisleS| tous décorateurs de grand talent, lut employée à cette œuvn colossale, une des gloires de Tart français du xvu* siôda. Louis XIV fit venir les plus beaux marbres des Pyrénées si du Languedoc, où Ton exploita de nouvelles carrières; on sa acheta à ritalie et à la Grèce; mais nul pays ne donna de plus beaux marbres décoratifs que la France.
En même temps on s'occupait de Tavant-cour. En 4S74, on commença les deux ailep des Ministres, qui furent achevées jmrMansart en 4680. Les pavillons qui terminent les ailes i leurs deux extrémités' furent construits les premiers* et restèrent isolés pendant quelques années ; ils étaient destinés à rhabitation des ministres et secrétaires d'Etat.
Le château neuf avait alor«; la môme forme que celui de Louis XIII, et trois cours comme lui : ravant-cour, entre les ailes des Ministres, qui fut terminée en 16S0 par la pose d'une belle grille dorée' et par rachèvement des loges des sentinelles, surmontées de groupes sculptés*; — la cour Royale, entre les anciens bâtiments de service de Louis XIII ; — la cour de Marbre, au fond.
Les carrosses entraient dans Tavant-cour ; mais ceux dee personnes qui avaient a les honneurs du Louvre » pénétraieol seuls dans la cour Royale. Les gens qui ne jouissaient pas de ce privilège en étaient réduits, pour arriver aux vestibuiei
^ Voir le tableau n^ 726 du mjsée de Versa-Iles et la gravure de SilveiM [Chalcographie; d" 2j'.7'.. — La puvle élaità peu piès a l'eadrolt où eelTOUfl aujourd'hui la slaiue éques.re de Lou's XIV, que Lou'8-Ph*1ippe a lai poser eu 1S33. — Noire giavure, Le Château en /7/5, mouire celie grille,^ a élé déiriiite au 6 oclobie 17o9.
* Com/fte3 des Bdiiments et eatampe de Silvestre n^ C542 de U Ghaleographie.
3 Les deux grilles des cours fureut faitos par Delobel et Luchet (Com/M des Bâi iments , 1 oS2) .
^ La grille, ses deux pavilloDs et les groupes out été restaurés en ISA par les soins de M. Guillaume, s'-chilccte du palets.
des escaliers, à se servir de chaises à porteurs, dites chaises bleues, qui, moyennant 6 sols, les portaient aux entrées du château. Le service des chaises bleues était affermé à une compagnie privilégiée. Elles sont représentées sur le tableau n« 765.
La cour de Marbre fut plus d*une fois remaniée. Louis XIV, \;omme tous ceux qui aiment bâtir, se plaisait à faire et à défaire, pour refaire mieux encore. Le portique de Louis XIII fut d'abord démoli ; les tourelles de maçonnerie qui se trouvaient aux angles furent remplacées en 4671 par d*élégantes volières en fer forgé, exécutées Tune par Mathurin Lebreton, l'autre par Christophe Mangin, et dorées par Goy, dont le nom revient sans cesse dans les Comptes des Bâtiments *. £n 4673, on établit une fontaine décorée d'un groupe en bronze doré, représentant deux amours embrassant un triton qui tenait une corne d'abondance, d'où sortait un jet d'eau \ Le groupe avait été fondu par Duval, l'un des fondeurs les plus célèbres de l'époque. Mais en 4684 on détruisit la fontaine ; la cour fut alors pavée de marbre blanc et noir, et les fenêtres furent décorées de ces beaux balcons en fer ciselé et doré, que nous admirons encore et qui furent forgés par l'habile Delobel.
Le nombre des hommes, ouvriers ou paysans corvéables, employés aux travaux du château et des parcs de Versailles, fut toujours très-considérable. On lit dans Dangeau, à la date du 27 août 4684 :
Durant cette dernière semaine on dépensa pour Versailles 250,000 livres ; il y avoit tous les jours 22,000 hommes et 6000 chevaux qui travaiUoient.
Le 34 mai 4685, Dangeau met dans son journal :
Par le calcul que l'on fait de tous les gens qui travaillent présentement ici ou aux environs pour Versailles, on trouve qu'il y en avoit plus de 36,000 travaillant actuellement.
* Oq voit ces volières sur Tune des gravures des Fêtes de 1674 (n*^ 3510 de la Chalcographie) et sur la vue du ChAteau gravée par Silvestre eo 1674, n° 2543 de la Chalcographie'.
* Dbnis, Poème descriptif de VereaUlee (manuscrit de la hihliothèque de VersaUles).
Avec un pareil nombre d'ouvriers, il ne faut pas s'étonner si les accidents, blessures et morts, sont fréquents sur les chantiers. Les Comptes des Bâtiments nous apprennent qu'il y a un chirurgien chargé de panser les blessés, et que les secours donnés aux blessés ou aux veuves des ouvriers tués varient de 30 à 50 livres. Le 6 mars 1 678, on donne 40 livres à un manouvrier « en considération de ce qu'il s'est rompu une jambe r. Le 15 avril de la même année, un autre manouvrier obtient aussi 40 livres • en considération de ce qu'il a eu la jambe fracassée *.
Les maladies sévissaient cruellement parmi ces foules, à cause de la gelée ou de la neige, malgré lesquelles on les fait travailler à prix d'or *, et surtout à cause du remuement de vastes espaces de terres marécageuses. Les fièvres à accès étaient très-fréquentes. M"'o de Sévigné parle, dans sa lettre du 42 octobre 1678, de la mortalité qui frappait les travailleurs.
Le Roi, dit-elle, veut aller samedi à Versailles, mais il semlïle que Dieu ne le veuille pas, par rimpossibililé que les bAtimens soient en état de le recevoir, et par la mortalité prodigieuse des ouvriers, dont on emporte toutes les nuits, comme de THOtel-DieiL des charrettes pleines de morts.
Le Roi lui-même, qui sans cesse visitait les travaux, avait constamment des accès de fièvre*.
A peine le château neuf fut-il achevé, que Louis XIV le trouva trop petit. Mansart, qui dès 1676 dirigeait les travaux de Versailles, construisit alors la grande aile du midi, entre rOrangerie et la rue de la Surintendance (4 679-81), et la réunit au château par le bâtiment qui est au fond de la cour des Princes, au rez-de-chaussée duquel se trouve un vestibule conduisant au jardin. Cette aile fut destinée à loger les princes de la maison de Bourbon ^.
Pendant ce temps (1671-1680), on travaillait, sur les des-
* Paul BoiTBAU, Moniteur universel, 3 et 11 janvier 1855 (articles rédigés d'après les Butographes iuédits de Louis XIV et de Louvois conscrrés au Dépôt de la Guene (Corresp. génér. de Louvois, DCGXIX).
* Leroi, Journal de la santé du Roi.
* De là le nom de cour des Princes, d'escalier des Princes.
sins de Levau el de Dorbay, à la merveille du château neuf, au grand escalier, appelé depuis Tescalier des Ambassadeurs et qui fut détruit sous Louis XY. Mansart élevait sur la terrasse du premier étage du palais (4679) la Grande galerie, que nous appelons aujourd'hui la galerie des Glaces et qui ne fut achevée qu*en 1684. En 4684-82, Mansart construisait une nouvelle chapelle entre le château et la grotte de Thétis*. On continuait la décoration des appartements; on faisait les peintures des plafonds et leurs frises en stuc doré ; on ornait toutes les pièces de marbres, de dorures, de sculptures en bois doré et en marbre, de cuivres ciselés et dorés aux ferinetures des portes et des fenêtres*, de glaces et de miroirs de Venise. Les bases et les chapiteaux des colonnes et des pilastres étaient aussi de bronze doré et faits par Tuby; les parquets en marqueterie et une partie des meubles étaient exécutés par Boulle, Oppenord et Poitou, les plus fameux ébénistes de Tépoque. Lyon fabriquait les plus riches brocarts et les plus beaux damas brochés d*or pour Tameublement du palais ; Vigarani peignait des tableaux pour fermer en été les cheminées*.
Quand Louis XIV vint habiter en 4682 le château neuf, tout était à peu près terminé, la Grande galerie exceptée. Le jardin et les parcs étaient également achevés à peu près. Il faut bien dire à peu près, car rien ne finit avec Louis XIV. En effet, le château neuf, malgré Taile du midi, étant encore trouvé trop petit, il le fit agrandir. En 4684, Mansart commença raile Neuve ou aile du nord *, achevée en 4688. Pour rétablir, on détruisit sans pitié la grotte de Thétis ^ et les
* Celte chapelle, remplacée en 1710 par la chapelle actuelle, occupait, au premier étage, le salon d'Hercule, et, au rez-de-chaussée, le vestibule qui conduit de la cour de la chapelle au Jardin
* Ces beaux cuiyres sont de Dominique Cucci. ^ Comptes des Bâtiments de 1665.
^ Mansart travaillait très-vite, et cette rapidité satisfaisait Timpatience de Louis XIV. Ainsi, Mansart ayant apporté les plans de Taile du nord, et le Roi ayant fait des critiques à son projet, Mansart refit son travail en vingtquatre heures (Danqbau, 3 avril 1685). Dangeau nous apprend en môme temps que la nouvelle aile donnait 55 logements de plus pour des courtisans.
'On construisit alors le Chftteau-d^Eau pour remplacer le réservoir placé sur le bfttiment de la Grotte.
réservoirs de Louis XIII, qui furent reportés plus «a nord, là où ils sont aujourd'hui ^
Avec ses deux ailes, le château avait un développement de 580 mètres de façade sur le jardin, et 375 fenêtres. Cette immense façade est décorée par des avant-corps formés de colonnes d'ordre ionique, surmontées d'une centaine de statues en pierre; le dessus de Tat tique est terminé par une balustrade en pierre et des piédestaux, qui supportaient alors des trophées et des vases enlevés sous le premier empire. Avant cette destruction, la façade était beaucoup plus élégante et moins lourde, ainsi qu'on le peut voir sur les vues de Silvestre, sur la belle aquarelle de Portail [n? S267 du musée) et sur la face septentrionale de Taile du nord (Opéra), où ces ornements ont été conservés*.
Les architectes qui avaient été employés à ces grands travaux étaient : Louis Levau, premier architecte, aidé de François Levau, Lemuet, Dorbay, Pierre Gittard, Bruand, Pierre Cottard et Blondel. En 1676, Mansart parait pour la première fois dans les Comptes des Bâtiments, et, le 26 février 4677, il recevait une gratification de 6000 livres', « à lui accordée en considération des soins et de la conduite qu'il a des bâtimens du Roi ». L'année suivante, on lui donna une gratification de 4000 livres, pour la môme raison. Louis XIV le récompensa largement de son activité et de son entier dévouement à son œuvre. Ses appointements, qui étaient d'abord de 6000 livres, furent portés à 10,000 livres en 4687. En 4683 il fut anobli, et en 4693 fait chevalier de Saint-Michel, ainsi que Le Nôtre*. Le 25 novembre 4684, le Roi lui donna 50,000 livres et l'agrément pour la charge d'intendant
' L'aile du midi prit alors le nom d^ancienne aile.
^ La Marliuière (Dict. géogr.^ art. Versailles, p. 03, 2® col.) nous apprend que Louis XIV voulait établir sur cette façade de grands combles très-ornés de plombs dorés et de lanternes. 11 y aurait eu un nombre iafioi de logements dans ces combles. Les modèles furent exposés dans voA galerie du Potager ; mais les guerres qui survinrent empôcbèrent l'exécu' tion de ce projet.
* Il ne faut pas oublier que l'on doit multiplier par 5 pour avoir la val^^ actuelle de la livre de ce temps. Ce serait donc aujourd'hui une ^\i&x^ tion de 30,000 francs.
^ Ce furent les deux premiers artistes décorés de cet ordre.
des Bâtiments qu*avait Gobert, à qui on voulait 6ter cet emploi K Le 28 juillet 4694, Mansart obtint la charge d'inspecteur général des Bâtiments, avec 40,000 livres de pension, et la permission de se défaire de sa charge d'intendant des Bâtiments, qu'il vendit en effet 130,000 livres à Blondel, en 4699*. Le 8 janvier 4699, il fut nommé surintendant des Bâtiments en remplacement de M. de Villacerf, qui avait succédé à Louvois. « Cet emploi, dit Dangeau, vaut plus de 60,000 livres de rente ' et donne un fort grand commerce avec le Roi. » Mansart garda cependant sa place de premier architecte, qui rapportait 48,000 livres et t une infinité de commodités ^ ». Le 47 janvier de la même année, le Roi lui donna les 8000 livres pour les Manufactures, accordées à M. de Villacerf quelques mois auparavant*. Le 45 juin 4700, Mansart reçut encore 400,000 livres pour payer une charge de conseiller d'Etat achetée par lui, en 4699, pour son fils*. A la fin de l'année, quand Tarchitecte du Roi maria son fils à la fille de Samuel Bernard, dont la dot s'éleva à 400,000 livres % il obtint des lettres de noblesse pour le banquier, qui avait, il faut le dire, toujours fait de grandes avances d'argent au Roi pendant la guerre*. En 4704, le gendre de Mansart, M. de Montargis, achetait 4,200,000 livres une des charges de TExtraordinaire des guerres. Enfin, Saint-Simon dit que Mansart gagnait beaucoup aux ouvrages et aux marchés, mais son témoignage est suspect.
Mansart avait sous ses ordres Robert de Cotte, son beaufrère et son élève, qui le remplaça comme premier architecte en 4708. Ses dessinateurs étaient Augustin-Charles Daviler*, Cauchy et Cailletau dit Lassurance *®, au talent duquel Saint- Simon, jaloux de Mansart et de Robert de Cotte, comme de
' Danokau.
- Danokau, 1691, 28 juillet; 1699, 16 mars.
^ Au 11 mai 1708, Dangeau dit que la charge Taut 52,000 livres.
' Dangbau, 1708, 11 mai.
' Danobau.
• Danobau.
"^ Samuel Bernard avait six enfants, qu'il dota de la mdme façon.
** Danobad, 1700. 15 décembre.
^ Comptes des BâiimenU, 1685.
'• Mort en 1724.
tout favori, attribue le mérite des œuvres du premier architecte, < qui, dit-il, le tenoit sous clef ».
Bérain, dessinateur du cabinet du Roi, Vigarani et Lepautre, tous les trois pleins dUnvention, sont les principaux décorateurs que nous ayons à citer avec Lèbnm et Mignard, qui dirigeaient : le premier, les peintres, le second, les sculpteurs.
Pendant que Ton construisait le château neuf, on agrandissait la place Royale, appelée aujourd'hui la place d'Aunes, qui se bordait d'hôtels. Vers 4666 ou 1667, on travaillait aux trois grandes avenues qui partent de cette place et portent alors les noms de Grande- Avenue, au centre S d'avenue de Saint-Gloud et d'avenue du Parc-aux-Gerfs '. fin 1683, elles étaient terminées ; les ormes qu'on y avait plantés étaient entourés d'épines pour les protéger contre les attaqaes des maraudeurs ; et les épines étant insuffisantes, on chargea, en 1684, quatre gardes armés de pistolets de défendre les jeunes arbres. En 4687, on continuait encore à apporter les plus grands soins aux plantations des avenues.
En même temps, Louis XIV faisait bâtir toutes les dépendances du château : la Ménagerie (1663-65), l'ancien hôtel de la Surintendance (4 670), le Trianon de porcelaine (1670), rebâti en 1687 par Mansart et Robert de Cotte, l'hôtel de la Ghancellerie (1673), le château de Clagny pour M™« de Montespan (1676-83), première œuvre de Mansart à Versailles, le nouveau Potager (4676-83), la Petite et la Grande-Ecurie (4679-«2), Marly commencé en 1679, le Grand-Commun (4682-85), le nouvel hôtel de la Surintendance (1682-88), la nouvelle Orangerie (1684-87), le Jeu de paume (1686), la chapelle actuelle (1699-1710), la Vénerie, le Chenil, les réservoirs, le Châteaud'Eau, etc. Il faut encore ajouter à cette liste déjà bien longue, les immenses travaux destinés à fournir de l'eau aux fontaines du parc et aux besoins de la ville nouvelle qui se créait.
* C'est l'avenue de Paris. — Elle a été replantée en 1798 par M. Pioche, ingénieur en chef du département de Seine -et-Oise.
* Voir aux Archives de Seine-et-Oise (A 279), un plan de Matis, géomHre arpenteur de Louis XIV, sur lequel cette avenue, appelée depuis avenae de Sceaux, porte le nom d'avenue du Parc-aux-Cerfs.
Condamné à bâtir Versailles malgré lui, et poussé par le Roi, Golbert se résigna, et apporta à la direction et à la surveillance des nouvelles constructions le même zèle et la même énergie qu*il mettait à tout ce q}xi s'accomplissait dans les divers services de son administration. Toutes les semaines il envoyait au Roi une note sur l'état des travaux ; il terminait ainsi celle du 4 mai 4672 : < Voilà, Sire, le détail de tout ce qui se fait à présent; toutes les semaines j*aurai l'honneur d*en rendre compte à Votre Majesté, et j*espère que dans les semaines suivantes elle apprendra quelque progrès qui la satisfera davantage. Je la supplie de me faire savoir si ces relations lui sembleront ou trop longues ou trop courtes, afin de suivre en cela comme en toutes choses ses volontés. »
Golbert voyait tout par lui-même et avait des sous-ordres excellents. Le premier fut un sieur Petit, contrôleur général des bâtiments, jardins, tapisseries et manufactures du Roi ; il était chargé < d'avoir Toeil ^ » sur tous les ouvrages qui se faisaient à Versailles et d*en hâter l'exécution*. Petit fut remplacé, en 4672, par Lefebvre qui, d'après Golbert, avait « plus d'action ».
On a de Golbert à Lefebvre une instruction ' qui montre bien ce qu'était le ministre. Golbert ordonne au contrôleur général de visiter tous les jours les travaux et de faire exécuter ponctuellement les ordres et mémoires qu'il reçoit; de commencer la visite tous les jours dès cinq heures du matin [on était alors au 30 septembre 467S); de contrôler le nombre des 36,000 ouvriers et de se mettre en état de répondre à tout ce qu'il lui demandera quand il viendra à Versailles. Aucun détail n'échappe à l'attention de Golbert ; il recommande à Lefebvre d'avoir soin que le petit parc soit toujours propre et en bon] état, ce qui ne devait pas être facile à obtenir, étant donné les travaux de toute espèce
* 11 était bon d'avoir l'œil ouvert sur ce qui se passait dans les maison s royales, car Petit signalait à Golbert, dans une lettre de 1665^ que les gens de service, lorsque la Gour quittait Saint'Germain, volaient tout, jusqu'aux serrures et aux tablettes des appartements.
' Comptée dm Bâtim$ntty 1068.
' Lettres^ Imtructûm «1 JÙmùiru de Colhft, V, 337.
qui 6*accomplissaient partout. Il le charge aussi de s^aseurer que Le Bouleux, le célèbre jardinier de TrianoD, ait des Oears pour le Roi pendant tout Thiver *.
Les comptes étaient vérifiés avec soin par les greffiers de récritoire, charge occupée en 1 672 par un sieur Bellefin et plus tard par le sieur Goullot. Ce dernier, en 1683, employa 46 journées à la vérification des comptes, et reçut 600 livres pour sa peine *.
^ M. Lefebvre mourut d'apoplexie, à Versailles, le St aviil 1096. — Malgré la surveillance qu'il exerçait, M. Lefebvre fut trouvé en faste d rabroué par Louvois, qui apportait la mdme rigueur que Golbert dans Texercice de ses fonctions de surintendant. Un jour Louvois avait trouTé que des parquets étaient fixés avec des vis trop courtes 1 (Momtteur «atHrsel, 3 et 11 janvier 1855, art. de Paul Boitbau, d'après les papiers des Archives de la Guerre).
' Comptés dit Bâtimtnttf 1963.