XIX
* GouTemeur do Roi.
* Danf Vaila da Midi, au premier étage, sur remplacement aotael de la galerie des Batailles.
3U LE CHATEAU DE YEilSAlLLES
tembre oo inveslit la place ; le leademaÎD on ouvrit ta trancliée. Le Roi venait, toutes les après-midi, voir les opérations. Un jour qu'il faisait le lour de la place avec une escorte, le fort fit une sortie considérable qui donna sur les troupes du Roi et le lit prisonnier ; on le mena dans le fort, et il fut obligé de payer une rançon de plusieurs milliers de livres qui furent distribuées aux troupes '. Tous les jours, il y avait tpielque chose de nouveau, une attaque, une sortie, une mine. t On voyoit des soldats tomber comme morts et on emportoil les officiers sur une civière et les soldats sur les épaules, D'autres regagnoient leurs troupes en boilaot. » Le 39, eut lieu !a grande attaque. Le Roi entra dans le fort après la capitulation ; la garnison sortit avec les honneurs de la guerre, et le Roi donna le cordon rouge a son commandant. Toul Paris avait ^-u ces manœuvres*.
Le Régent était venu à Versailles avec sa mal tresse. M"* d'Averne, qu'il allait bientôt remplacer par M™ de Falari, et avec les roués, ses amis. La vio scandaleuse qu'ils menaient au Palais-Royal se continue à Versailles. Dès le 31 juillet i7S, Uathieu Marais signale dans son journal les désordres qui souillent le château et son parc. « On vit en débauche ouverte à Versailles, dit-il. Il n'y a personne à la Iftte qui puisse contenir les courtisans et les dames. Les princes ont des maîtresses publiques, et il n'y a plus ni politesse, ni civilité, ni bienséance. Ce n'est plus la Cour du Grand Roi, qui d'un regard arrêtoil les plus libertins, et on y voit régner tous les vices sous un Roi mineur qui n'a point encore d'autorité. >
A la fin de juillet, en effet, quelques courtisans, perdus de vices, se livrèrent, la nuit, dans un bosquet, à une scène de débauche telle, que le Régent fut obligé de punir les coupables. On en exila cinq et on mit le sixième à la Bastille*.
En octobre, la Cour se transporta à Reims pour le sacre da Bol, qui eut lieu le 25, et le 2ï février 17i3, Louis XV était
' BjUibos, 1, 240.
' Daadet, géographe du Roi, publia une csrts Toit corisiue da camp i» PorchéfonlaiDe.
* Babbixh, 1, SÎS. — Matbisd M&BAis, II, 31S. — jKmMt/ Mtartfi.
déclaré majeur au Parlement. Mais le Régent resta premier ministre.
Le 40 août de la même année, le cardinal Dubois mourait à la Surintendance. « G*étoit, dit Saint-Simon, un petit homme maigre, effilé, chafouin, à perruque blonde, à mine de fouine S à physionomie d'esprit. Tous les vices, la perfidie, Tavarice, la débauche, Tambition, la basse flatterie combattoient en lui à qui demeureroit le maître. Il mentoit jusqu'à nier effrontément étant pris sur le fait. Malgré un bégayement factice, auquel il s*étoit accoutumé pour se donner le temps de péné* trer les autres, sa conversation instructive, ornée, insinuante, Tauroit fait rechercher, si tout cela n'eùtété obscurci par une fumée de fausseté qui lui sortoit de tous les pores et faisoit que sa gaieté attristoit. »
Son élève, le Régent, le suivit de près. Le 2 décembre 4723, le duc d'Orléans terminait sa vie en compagnie de la belle duchesse de Falarl, sa dernière maîtresse *.
« Il me semble encore le voir arriver, dit le marquis d'Argenson ', la veille de sa mort, de VEtoile, petite maison que M"^ la duchesse d'Orléans s'était accommodée dans le grand parc de Versailles au milieu des bois. Il faisoit un vilain temps ; le Régent avoit un commencement de rhume qui lui causa le catarrhe suffocant dont il fut étouffé; il avoit un gros surtout rouge et toussoit beaucoup ; le col court, les yeux chargés et tout le visage bouffi ; l'activité de l'esprit paroissoit même se ressentir de l'embarras des organes corporels ; il cherchoit ce qu'il vouloit dire. Il me donna ses ordres, m'ordonna de partir dès la nuit suivante ^, et je m'entretins une demiheure avec lui, puis il me souhaita bon voyage ; le lendemain, à pareille heure, il décéda. »
Quelques heures avant sa mort, Saint-Simon était venu lui parler d'affaires, c Nangis, dit-il, m'avoit succédé chez M. le duc d'Orléans et expédié en bref ; il le fut par M°>*Falari,
* La PaUtioe dit aoasi qu'il ressemblait à un jeune renard.
* La Régent mourut dans la salle n? 49, au rez-de-chaussée. ' Edition Ratherr, I, 49.
^ Le marquis d'Argenson était alors intendant du Hainaut et Cambrésis ; il fut ministre des Affaires Etrangères de 1744 à 1747. — Son frère, le comte d'Arganson, fut ministre de la Querre de 1749 à 1757.
aveoturière fort jolie, qui avoll épousô tin sventurier, trère de la duchesse de Béthunc. C'étoit une des maîtresses de m malheureux prince. Son sac étoit fait pour aller travailler chez le Roi, et il causa près d'une heure avec elle en attendant celle du Roi. Comme elle étoil tout proche, assis près d'elle, chacun dans uu fauteuil, il se laissa lomber de côté sur elle, et ODcques depuis n'eut pas le moindre rayon de connoiBsance. pas la plus légère apparence.
■ La Falari. effrayée au point qu'on peut imaginer, cria au secours de toute sa force, et redoubla ses cris. Voyant que personne ne répondoit, elle appuya comme elle put ce pauvre prince sur les deux bras contigus des deux fauleuils, counil dans le grand cabinet, dans la chambre, dans les antichambres sans trouver qui que ce soit, enfin dans la cour et dans la Galerie-Basse'. Gétoît sur l'heure du travail avec le Boi, que les gens de M. le duc d'OrlÉans étoient sùra que persomu ne venoit chez lui, el qu'il n'avoil que faire d'eux parce qaH montoil seul chez le Roi par le petit escalier de son caveau ', c'est-à-dire de sa garde-robe, qui donnoit dans la dernière anlicbambre du Roi, où celui qui portoit son sac l'attendoil, el s'étoil à l'ordinaire rendu par le grand escalier ni pv la salle des Gardes. Enfin la Falari amena du monde, mais point de secours qu'elle envoya chercher par qui elle troavt sous sa main. Le hasard, ou pour mieux dira U Pioviâenee, •voit arrangé ce funeste événement i une heure où chacoa étoil d'ordinaire allé a ses afTaires ou en visite, de sorte qu'il t'écoQla une bonne demi-heure avant qu'il vint ni médecin li cblrurgien, et peu moins pour avoir des domestiques de M. !• duc d'Orléans.
■ Sitfil que les gens du métier l'eurent envisagé, ils le JQgèrent sans espérance. On retendit à la bâte sur le parqatt, on l'y saigna ; il ne donna pas la moindre signe de rie pour tout ce qu'on put lui faire. En un instant que les premien furent avertis, chacun de toute espèce accourut; le grand elle petit cabinet étoient pleins de monde. Bq moins de deux heures tout fut fini, et peu à peu la solitude y fut aussi
' La gthris de Loali XIII.
* L'eMilierde lijooniia dwDnpM.
BETODR. BS LA COUR A YEBSAIIiLES 347
grande qu'aroit été la foule. Dèe que le secours fût arrivé, la Falarl se sauva et gagna Paris au plus vite.
9 La Yrillière fut des premiers averti de Tapoplexie. Il CBonii aussitôt rapprendre au Roi et à Tévèque de Fréjus, puis à monsieur le Due, en courtisan qui sait profiter de tous ks instants critiques ; et dans la pensée que ce prince pourroit bien être premier ministre, comme il Vy avoit exhorté en rarertissant, il se hâta de retourner chez lui et d*en dresser à tout hasard la patente sur celle de M. le duc d*Orléans. . •
» Fréjus, dès la première nouvelle de Tapoplexie, avoit fait l'kSiira de monsieur le Duc avec le Roi, qu'il y avoit sans doute préparé d'avance sur Tétat où on voyoit M. le duc dXMéans, surtout depuis ce que je hii en avois dit, de sorte que monsieur le Duc arrivant chez le Roi, au moment qu'il 8Bt In mort, on fit entrer ce qu'il y avoit de plus distingué en petit nombre amassé à la porte du cabinet, où on remarqua le Roi fort triste et les yeux rouges et mouillés. A peine ftitF-oQ entré et la porte fermée, que Fréjus dit tout haut au Bot qne dans la grande perte qu'il faisoit de M. le duc d'Orléans, dont l'éloge ne fut que de deux mots, S. M. ne pouvoit mieux foire que prier monsieur le Duc là présent de vouloir bien se charger du poids de toutes les affaires et d'accepter la place de premier ministre comme l'avoit M. le duc d*Orléans. Le Roi, sans dire un mot, regarda Fréjus, et consentit d'un signe de tète, et tout aussitôt monsieur le Duc fit son remerdment. La Yrillière, transporté d'aise de sa prompte politique, avoit en poche le serment de premier ministre copié sur celui de M. le due d'Orléans, et proposa tout haut à Fréjus de le foire prêter sur le champ. Fréjus le dit au Roi comme chose ccmTenable, et à l'instant monsieur le Duc le prêta. Peu après monsieur le Duc sortit ; tout ce qui étoit dans le cabi» net le suivit ; la foule des pièces voisines augmenta sa suite, et dans un moment il ne fut plus parlé que de monsieur le Duc. »
Le nouveau ministre prit possession de l'appartement du
Régent, c'est-à-dire de l'ancien appartement de Monseigneur *.
Monsieur le Duc était entièrement dominé par sa muitresse,
^ SAniT-SivoN, XVI, 160.
Ï1K LE CUATEAll DE VER3A1UE3
la marquise de Prie, et ce fui elle qui en réalité gouverna la
France.
« C'étoit vÉritablemenl la (leur des pois que M"* de Prie alors, dit d'Argensoa ' ; la plus jolie figure, et parée encore plus de grâce que de beauté, un esprit délié et qui alloil à tout, du géuie et de rombition, étourdie avec de !a présence d'esprit. Enfin on sait qu'elle a gouverné l'Etat pendant deui ans. Dire qu'elle l'ait bien gouverné, c'est autre chose. Au fond elle étoit grande libertine et indifférente sur le vice. ■ Totis les contemporains sont d'accord sur la beauté et les vices de la nouvelle déesse qui venait s'installer dans le tempie, qu'on semble vraiment n'avoir bâti que pour y faire trôaer M'" de la Vallière, M"* de Montespan, lu Falari, M™' de Prie, M'"" de Mailly, M'"" de Châteauroux, la Pompadour et la Dubarry, pour ne citer que les plus en vue parmi ces reines de joie. Saint-Simon nous dit de la marquise de Prie : • Avec de la beauté, l'air et la taille de nj-mphe, beaucoup d'espril, ei pour son ûge et son étal de la lecture et des conuol5sance«. c'étoit im prodige de l'excès des plus funestes passions, ambition, avarice, haine, vengeance, domination sans ménagement, sans mesure, et depuis que monsieur le Duc fut le maitre, sans vouloir soufiriria moindre contradiction, ce qui rendit son règne un règne de sang et de confusion*. ■ n ajoute plus loin * : « Belle, bleu faite, plus charmante encore par ces je as sais quoi qui enlèvent, et de beaucoup d'esprit, extrêmement orné et cultivé par les meilleures lectures, avec do la mémoire et le jugement de n'en rien montrer. »
jfm* de Prie, toute-puissante, avait pour conseil les frères Paris, qui jouèrent pendant tout le règne de Louis XV on réle important. Comme elle ne se souciait pas de se brouiller avec l'Ajigle terre, elle continua de toucher la pension de 40,000 livres sterling [un million de livres françaises) que l'Angleterre payait à Dubois, et s'occupa surtout des affaires intérieures. Elle persécuta à outrance les protestants, en lançant contre eux la cruelle déclaration de 1724, qui aggravait
• XVI. îflO.