‹ Le château de Versailles; histoire et descriptionChapitre 38 sur 54 · XVI, MO · texte numérisé non relu

XVI, MO

* Cette earieose scène ee passe dans l'Œil-de-BcBof, où M. le Dac trrive par retcalier de la journée des Dupes.

* Barbisr, I, 3S3. — L'Infante épousa en 1720 le prince da Brésil, devena roi de Portngali en 1750| sous le nom de Joseph I*^

su» LE CEATEAU D£ VERSAILLES

ter au départ de sa fiancée, écrivit à Philippe V ipi'il avait beaucoup de peine à se séparer de rinfaQle, mais qu'un roi étant plus à son peuple qu'à soi-môme, il n'avait pu se dispenser, depuis sa dernière maladie, de céder aux vives sollicitalioos de son peuple pour se marier promptemeot, et prévenir, par une succession que Dieu voudrait bien lui donner, les troubles et les révolutions qui srriveraieiil s'il venait à mourir avant que l'Infante fût nubile *.

Philippe V répoudit eu renvoyant en France M"» de Beaujolais, l'une des filles du Régent, Gancée en 1721 à l'inCut don Carlos, qui fut le roi d'Espagne Charles III.

Monsieur le Duc, avons-nous dit, choisit pour reine de France Marie Leczinska, ûlle de Stanislas Leczinski, qui vivait dans une obscure retraite à Wissembourg. La princesse polonaise, née en 1703, avait peu d'esprit et n'était ni jolie ni bien faite. Ce mariage, si étrange pour un roi de France, devait cependant, par le hasard des événements, donner la Lorraine à la France.

Mais il est temps de parler du jeune roi. Il était IrËâ-beso, et resta tel pendant longtemps, jusqu'à ce que le vice.deveoo le maître de sa personne, eût altéré ses traits et donné i son visage et à ses grands yeux un air d'héhinement. Dis (7S, Barbier écrivait : • Je via hier, à Versailles, notre roi....; ilt une fort belle tête. » Quelques années plus tard Casanova fut un portrait plus complet : ■ Je vis Louis XV, le beau toi,

allant à la messe ; il avoit la plus belle tête qu'Usoit

possible de voir, el il la porloit avec autant de grâce que^ majesté. Jamais habile peintre n'est parvenu à rendre l'apression de cette magnifique tëto quand ce monarque 11 tournoit avec bienveillance pour regarder quelqu'un. Si beauté et sa grâce forçoient l'amour de prime abord. ■

Son caractère avait moins de charme que sa figure etn taille. Nous lisons dans Mathieu Marais* : « Le Roi est gnoi, fort, toujours à la chasse, à la pluie, à la poussière, au Goteiii et ne se soucie guère de fatiguer ses offlcicrs ou ses coiulisans. Il aime ô aller à Rambouillet, chez le comle de Toa-

' Mathicd Minus, III, tTl.

fiETODR DE LA COUR A VERSAILLES 3S1

louse, et mande sa Chambre et sa Garde-robe pendant la nuit. n 8'arrète en chemin dans un cabaret, au lieu du Perray, où il 86 plaît mieux qu^ailleurs. Les dames le suivent, mais il ne les aime ni ne les regarde. Il ne dit jamais ce qu'il veut faire. Ils'amuseàfaire des malices à toutes sortes de gens, cou* pant les cravates, les chemises, les habits, arrachant les perruques et les cannes, et donnant quelquefois de bons coups aux jeunes seigneurs qui rapprochent. Il vient de couper les aonrcils à trois écuyers, à la Magdelaine et aux deux frères Némont et à deux autres personnes, La Pérouseet Dampierre, qui vont à la chasse avec lui. Le meilleur est d'être sérieux et de ne point souffrir ce badinage, car il n'y retourne pas. » Un jour, il fit monter un officier des Gardes du corps, pieds nus, BUT un cheval de manège, qui faillit le tuer. Quand il voyait des manchons, il les arrachait. Une fois, à Fontainebleau, tirant avec un arc et des flèches dans la galerie des Cerfs, il aperçut M. de Sourches dans le jardin et, pour lui faire peur, lui lança une flèche dans le ventre. M. de Sourches en fût trèsmalade.

Après le départ de nnfante, monsieur le Duc avait conduit, le 8 juin, le Roi à Chantilly, où se firent les négociations de aon mariage. On vint signer le contrat à Versailles le 9 août 4725, et on repartit à Fontainebleau, où la bénédiction nuptiale fut donnée à Louis XV et À Marie Leczinska le 6 septembre. La Cour ne revint à Versailles que le l*'' décembre.

Marie Leczinska monta par l'escalier des Ambassadeurs, qui était éclairé avec magnificence, aussi bien que les grands appartements du Roi et la Galerie jusqu'à l'appartement de la Reine* c On peut juger, dit Barbier, de l'effet que cela iàiaoit. >

A aon arrivée, la Reine demanda au Roi de quelle manière elle devait se conduire et quels étaient ceux en qui il avait le plus de confiance. « Beaucoup de gens, dit le duc de Luynes, croient que la Reine n'a jamais fait cette question au Roi; elle nous fit l'honneur de nous dire hier * qu'elle avoit nommément demandé au Roi s'il aimoit M. de Fleury, et que le Roi lui avoit dit: Beaucoup; qu'elle lui avoit fait ensuite la même

> 8 md 1747, T. Vm, V».

LE CHATEAU DE l,TRi!AU.LES

qoestion sur monsieur le Duc, et que le Boi lui avoit répoodu ; Assa. 1 Marie Leczinska devait son élévation si inaltoodue à

monsieur le Duc et lui en conservait une juste reconnaissance ; mais, après les réponses du Roi, elle aurait dû ne pas prendre parti poiir monsieur le Duc dans ses luttes avec H. de Fleury ; c'est ce qu'elle fit cependant, et elle s'attira du prélat rancunier une haine implacable'. Le Boi, d'après les conseils de son précepteur. la punit de son intervention d'une façon assez originale, dont le détail se trouve dans les Uomoires du duc de Luynes'.

La Cour menait à Versailles la même vie que du temps de Louis XIV. On avait conservé l'étiquette, le service compliqué de la table, du lover et du coucher, le bougeoir, etc. ; c'est à peine si de temps en temps le duo do Luynes meolionne un changement insigni&aat dans l'ancien cérémonial. Le Mercvri de France donne à la fln de chaque mois un abrégé très-sec des occupations de la Cour : chasses, jeu, appartements, collations, bals, comédies, voyages aui diverses maisons royales, et ce sommaire montre bien que, du moins en apparence, les usages du temps de Louis XTV se continuaient. Mais tout le monde, à commencer par Louis XV, ne se soumettait qu'avec une profonde répugnance à cette vie si minulteusemeni réglée et à ses usages si gênants. Louis XV n'aimait pss Versailles * ; il s'y ennuyait plus qu'ailleurs ; aussi en est-il alisentle plus qu'il peut.

Sous ce règne, Versailles perdra le caractère de résidence permanente de la royauté, qu'il avait eu sous Louis XIV, et l'expression : Versailles, c'est Louis XI F, est absolument vraie. Sous Louis XV, Versailles est une résidence ofâcielle, solennelle, oîi le Boi est quelquefois, à certains jours, pour certaines cérémonies, pour la réception des ambassadeurs, pendant le Carême, mais qu'il abandonne aussilât que l'oblîgation d'y être n'existe plus.

Aux débuts du régne, Louis XV va sans cesse à Rambouillet passer deux ou trois jours chez la comtesse de Toulouse,

' L0TNB«, IX, IM,

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