‹ Le château de Versailles; histoire et descriptionChapitre 39 sur 54 · IX, Î33.2Î · texte numérisé non relu

IX, Î33.2Î

* Binenn, I, JS3. ITîS. — Mathibc Maraib, III. 13!. mt.

RETOim DE LA COUR A VERSAILLES 353

€ qui a l>eaucoup d*esprit et qui amuse le Roi », dit Barbier ; il va à Chantilly chez monsieur le Duc, qui a de beaux équipages de chasse ; il va à Gompiègne au printemps, à Fontainebleau en automne, pour chasser. Il se plaît surtout à Gompiègne, parce que c*est un beau pays de chasse. Quand Louis XY fait un voyage à Marly, le séjour est long ; en 1725, il y réside du 45 mars au 7 avril ; il y passe toutes les fêles de Pâques, il y fait la Cène, touche les malades, entend le sermon de la Gène par Tabbé Gharaud et le sermon de la Passion par le P. Quinquet. Pendant ce temps, rinfante quitte Versailles le 5. n séjourne à Versailles du 7 au 4 0, et part pour Rambouillet. Plus tard nous le verrons s'absenter de plus en plus de Versailles, et ajouter aux voyages de Rambouillet, de ChantUly, de Fontainebleau, de Gompiègne, de Marly, ceux de Ghoisy, Trianon, la Meutte, Madrid, Bellevue, Saint- Léger, Saint-Hubert, etc., pendant lesquels il s'affranchit de l'étiquette, du travail et du contact du monde officiel, ministres et courtisans, et bientôt de la société de la Reine. Il viendra des années où Louis XV ne couchera que 52 nuits à Versailles ^ « Il est rare, dit le duc de Luynes en 1753*, que, hors le temps du Garème, où le roi voyage moins, S. M. demeure quatre ou cinq jours de suite à Versailles ; ordinairement son séjour dans ce lieu est de deux ou trois jours francs. » D'Argenson* signale en 4754 comme un fait extraordinaire que le Roi va rester huit jours à Versailles.

Louis XV avait auprès de lui son ancien précepteur, Fleury, évèque de Fréjus, qui exerçait une assez grande influence sur son royal élève. Monsieur le Duc et la marquise de Prie, un peu soutenus par la Reine, essayèrent de faire renvoyer Fleury de la Gour, afin de dominer entièrement le Roi. Le vieil évèque fut le plus fort et fit exiler monsieur le Duc et sa maîtresse (11 juin 1726], et se fit nommer premier ministre et bientôt cardinal.

Partant pour Rambouillet le 11 juin, le Roi dit à monsieur le Duc, qui devait aller le rejoindre : « Monsieur le Duc, venez

' Barksr. V, 8. 1750.

* XII, 318. — Voir aussi Barbier, 111, 288.

;!:, l LE CHATEAU DE TERSAEXES

de bonne heure à Rambouillet ; je voua attendrai pour jouer, et je ne commencerai pas sans vous, » A peine le Roi l'iait-il parti, que le duc de Charosl, capitaine des Gardes, entra dans le cabinet de monsieur le Duc et lui remit une lettre d? cachet, par laquelle le Roi le remerciait du soin qu'il aTaii pris de ses affaires, lui ordonnait de se retirer à Chantilly ei lui défendait de voir la Reine. Pendant ce temps, Fleurv portait une lettre de cachel à la Reine, par laquelle le Roi la priait absolument de ne pas voir monsieur le Duc.

La disgrâce de monsieur le Duc finit enl727;le3di*cembrp, il revenait à la Cour '. Mais la marquise de Prie était raorie. le 6 octobre I7î7, on son chflieau de Courbi^pine, en Normandie, d'une maladie que d'Argenson n'hésite pas â nommer, è peine Sgée de vingt-neuf aus, « son pauvre corps tombant ta lambeaux et les os lui perdant la chair '. »

Rentri5 on grâce, monsieur le Duc invitait te Roi à une fite à Chantilly, et ses beaux équipages de chasse décidaienl Louis XV D accepter. Il y retourna du 16 au 19 août (733'.

Le ministère du cardinal de Fleury, sans être exempt (ie beaucoup de faiblesses et de fautes, mettait heureusement fin aus deux déplorables régences des princes d'Orléans et de Bimrbon. Fleuri' fit lu paix de Vienne (173S), qui donna \i Lorraine à la France ; il rétablit l'ordre dans les finances et empêcha le Roi, autant que faire se pouvait, de se livr^aui désordres qui déshonorèrent la seconde moitié de son règne quand il fut affranchi de toute contrainte.

En 17Ï7, le ii août, la Reine accouchait de deux filles, Madame Elisabeth ou Madame Première, Madame Henriette DU Madame Seconde, u Le Roi, dit Barbier, parut charmé de son ouvrage. » Le !8 juillet <7!8, la Reine avait encore une fille. Madame Troisième, qui mourut en 1733. Enfin, le t septembre 17Î9, un Dauphin venait au monde. On célébra celte naissance par les fêtes ordinaires : concert et ballet deos la cour de Marbre [5 octobre) et feu d'artifice dans l'avanl-cour (35 décembre]. En 1730, la Reine accouchait d'un second âls,

' Barbibh, II, 26.

' D'Ahoembou, I, HO.

' Journal de la Cour, dans la Revue rétrotpectiva, :' série, U VI.

le duc d'Azyott, qui mourut aussi en 4733. BUe accouchait en 473S de Madame Adélaïde, appelée d*abord Madame Quatrième, puis Madame Troisième après la mort de la dernière de ses sœurs qui portait ce numéro. L'usage à la Cour était de désigner i>ar des noms de nombre ordinaux les filles du Roi non encore baptisées, i>ar consécpient non encore nommées, et Mesdames Première, Seconde et Troisième ne furent baptisées qu'en 4737. En 4733, la Reine avait une nouvelle fille, Madame Victoire ou Quatrième; en 4734, Madame Sophie ou Cinquième ; en 4736, Madame Sixième, morte en 4744 à l'abbaye de Fontevrault, où Louis XV faisait élever ses filles par économie, et où elles ne reçurent pas l'éducation qui convenait à leur état. Enfin, en 4737, la Reine donna le jour à Madame Lotiise ou Septième. Quand on vint annoncer à Louis XV la naissance d'une nouvelle fille au lieu d'un duc d'Anjou qu'il attendait,on lui demanda si on l'appellerait Madame Septième. a Madame Dernière, » répondit-il bruscpiement K

Les couches de la Reine et les voyages du Roi sont presque las seuls événements à mentionner pendant cette période de lliistoire du château de Versailles, période assez monotone. Bn 4732, cependant, le 3 septembre, le Roi tint un lit de justice à Versailles. C'était la première fois que cette cérémonie avait lieu autre part qu'au Parlement à Paris, n s'agissait de ces interminables querelles entre Jansénistes et Jésuites au sujet de la bulle Uniçenitus, querelles dans lesquelles le Parlement, en général composé de Jansénistes, a Joué un rôle considérable pendant le xvni® siècle. Le Roi «vait rendu, le 48 août, une déclaration qui attaquait, selon le Parlement, ses privilèges ; il refusa de l'enregistrer et fut mandé à Versailles. Barbier raconte ainsi la séance :

Le Pariement en robes rouges s'est rendu à Versailles à dix heures dn matin ; il a été reçu par le grand maître des cérémonies et introduit dans la salle des Gardes *, laquelle avoit été accommodée sur le modèle de la grand*chambre. Le Roi est revenu à la même heure de Mariy. Il s'est habillé, et ensuite quatre présidents à mortier et six conseillers de grand'chambre ont été au devant de lui, comme

* I/AiiaiiisoM, 1. 985.

* Salle u^ 110, dite enjoardliai salle du Sacre.

cela se Tait au Parlemeat, parce que, quoique lo Roi soit cliei lui. il est toujours présumé se rendre danâ son Parlement. Le lit de justice a commencé vers les oaxe heures ; le Roi éloit place dans U coin do la salle, sur un sifege élevé, avec un dais comme au Palais, et avait à ses pieds M. le prince Charles de Loiraiue, grand écu^, qui, dans ces cérémonies, a un grand baudrier avec une grande épée, et M. le duc de Bouillon, grand chambellan. Il ; a-reil ea princes du sang : M. le duc d'Orléaui!, Monsieur le Duc, U. le comte de Charolois, M, le pomle de Clermoat et le jeune prince de Conlj; douxe ducs et pairs ; et en pairs eccldsi os tiques, M. l'évSqne di Beeuvaia seulement. M. le chancelier étoit accompagné de conseillers d'Etal et de six matlres des requêtes en babil de salin, el !]j Dvoil avec le Portement quatre maîtres des requêtes eu robes rougœ. 11 y avoit aussi des gouverneurs de provinces et autres qui ont droil d'7 assister.

Cela fonnoit une assemblée magnifique par la qualité des personnes el la diversité des habillemens. M. le garde des Sceaux n'; étoit pas, et dans un coin fait en espace de lanterne, on vojoitle cardinal de Flcurj, qui regardoit ca spectacle.

Le Roi dit : •< Je vous ai Taîl venir ici pour vous apprendre mes intentions que mon chancelier va voua expliquer. »

M. le chancelier a fait un discours dans lequel, après avoir parie de la désobéissance du Parlement aux ordres du Roi, de la clémeace de S. M-, il leur a dit que le Roi ânlondoit taire enregistrer sa déclaration du 18 aofll... M. le président Le Pelletier a parlé, conlbrmément 6 l'an-Sté de la Cour, pour montrer les raisons qui avolflnt dolerminé la compagnie il refiisur l'cnre^islrempat de la diiclaralion. Son discours a été fort approuvé. Ensuite M. Gilbert de Voisin), premier avocat général, a requis l'enregistrement pour salisbireaui ordres du Roi, mais en Taisant sentir la douleur qu'il avoil de remplir son ministère dans une pareille occasion... Nonobstant tontes ces belles harangues, !e chancelier a fait inscrire l'enregistrenieDt sur le repli ; après quoi, le Roi, qui n'avoit parlé que par la boucle de son chancelier, a dit â son Parlement : a Je vous ordonne de nia propre bouche d'exécuter tout ce que vous avez entendu, el parliculièrement de faire vos (onctions sans les discontinuer. > Puis l'as-

Pendam ce temps, le vieui cardinal de Fleury trônait a Versailles ', tandis que Louis XV, heureux d'être débarrassé de tout travail, se livrait à la paresse, à l'ennui et à la chasse. I Un des spectacles les plus ridicules de ce temps, dit le marquis d'Argenson ', c'est le petit coucher de M. le cardioal

de Fleuiy. Je ne sais pas où ce bonhomme > a pris cette prérogatiye de sa place et qu*elle convint à ce poste où, ayant à la vérité toute Tautorité, il n*a extérieurement qae le titre de ministre d*Etat, comme le maréchal de ViUars. Toute la France, toute la Cour, poiloux* ou autres, useurs de parquet ou gens affairés, attendent donc à sa porte. Son Eminence rentre, passe dans son cabinet, puis on ouvre, et vous voyez ee vieux prêtre qui 6te sa culotte, qu'il plie proprement ; on lui passe une assez médiocre robe de chambre, on lui passe sa chemise ; il peigne longtemps ses quatre cheveux blancs, il raisonne, il jase, il radote, il débite quelques mauvaises plaisanteries entrelardées de discours mielleux et communs, quelques nouvelles de la ville. . . L*abbé de Pomponne lui en avoit fait ses remontrances et lui a dit qu'on s'en moquolt. Cela a cessé quelque temps, mais a repris peu après. Le bonhomme s'imagine que c'est là une consolation pour nous autres, et pour ce pauvre peuple qui a empressement de le voir; de sorte qu'il ne peut donner un temps plus loisible, sans faire tort aux affaires. »

Bn 4737, pour affermir son pouvoir, Fleury exilait le marquis de Ghauvelin, l'habile ministre des Affaires Etrangères, qui avait signé le traité de Vienne (1735), traité glorieux qui mettait fin à la guerre de la succession de Pologne, et par toquel la France acquérait la Lorraine. Mais le Roi n'aimait pas M. de Ghauvelin, et Fleury était jaloux de lui.

Pendant toute cette période, c'est le cardinal de Fleury qui gouverne; il laisse toute liberté à Louis XV. Nous n'avons

*■ Lt Mos ancien de ce mot est vieillard, yieux, sans intention iireepectneofla, lebonlionime Corneille, le bonhomme SaUy, etc.; dès cette époque, hnkommt commence à prendre le sens moderne et irrespectueox.

* Anden tmiie de mépris, on homme de rien.

pas à raconter ici l'histoire déplorable des dernières années du ministère du Cardinal : la ruine complète de la marine, la déclaration de guerre à l'Autriche, la guerre de la succcsaiOE d'Autriche, si mal commencéo et si mal menée ; nous n'avons qu'à nous occuper des faits qui se sont passés è Versailles « qui sont bien peu nombreux.

Il n'y a plus de Cour brillante comme au temps de Louis XIV. Lti Roi, sans cesse absent de Versailles, ou vivanl le plus ordinairement en particulier avec sa maltresse et qu«^ quea familiers, la Reine seule tenait la Cour avec sesenTanls. Elle assiste aux appartenaents, au jeu, aux concerts, auxcomédies, quand sa dévotion lui permet do le taire, Onjoueil chez elle tous les dimanches, si toutefois des joueurs se piésentaient. On lit dans d'Argenson ' :

La Reine vcul jouer eu lan-iqucnet les dimanches, et il ue se pr^ eonto point de coupeur ordiuairement; cboae fort ridicule que !e peu d'empressement et d'honnêteté deB courtisans. On deïienl r*publicain même fa la Cour, cm se désubusedurespeot pourlaroyanl^. et an mesure trop la considération au besoin ot au pouvoit. U Reine se promenoit dans cette nlleute; il n'y avoit que deux daaim dauB sa chambre, le comte de Noailles ot moi ; outre désertion l'acore de ses dames. La Reine dit ; n Eh bien! on prétend que je n* veux pas jouer au lansquenet ni commencer de bonne heure, Tom voyez qu'il fait bon de dire que je ne veux pas, mais c'est qu'axM veut pas. i'j songeois tout à l'heure, et même c'(!toit pendant \s sermon, je l'avouerai. » M"" do Bouffiere remarqua que c'éloil cel» qui a voit porté malheur.

En 1739, le i6 janvier, le Boi donna, dans le salon d'Hercole, un grand bal prié, dont nous empruntons le récit au Mércwt de France *.

On ayoil construit des gradins à quatre marches, et de la m^me hauteur, adossés dans les embrasures des sept croisses du salon, dont trois du cOlé du jardio, et quatre du cQté de la cour, te tout couvert de lapis cramoisis. Ces places furent occupées par les dames de la ville.

11 y avoit encore un autre amphithéâtre à quatre marches, à* 30 pieds de long vis-à-vis la cheminée el à la même hauteur àe» autres gradins, adossé contre le grand tableau des Noces de Cuia.

de Paul Yéronèse. Cet amphithéâtre, couvert de mômes tapis, fut rempli par les dames de la Cour qui ne dansoient pas.

Le gradin vis-à-vis, adossé à la cheminée, renfermoit 50 symphonistes du Roi, tous en dominos hleus.

L*enceinte pour la danse étoit en carré de 18 pieds de large sur environ dO de long. Les fauteuils du Roi et de la Reine, le pliant de M**' le Dauphin, au côté du Roi, et ceux de Madame Elisabeth et de Madame Henriette, au côté de la Reine, formoient la ligne supérieure en face du gradin de la musique. Les pliants des princesses et ceux des dames invitées, et qui dansoient, marquoient les deux lignes des côtés ; le carré étoit fermé par plusieurs rangs de banquettes, occupées par les seigneurs de la Cour nommés pour danser au bal paré.

Derrière les fauteuils du Roi et de la Reine étoient les tabourets et banquettes pour le service de Leurs Majestés, celui de M*' le Dauphin et de Mesdames de France. Les banquettes derrière les pliants étoient remplies par les ambassadeurs, les envoyés, les ministres et par des dames et des seigneurs de la Cour qui ne dansoient point.

Ce superbe salon, éclatant par lui-même de peintures, de dorures, de bronses et de marbres exquis, étoit éclairé par sept grands lustres de cristal de roche, six sur les deux côtés du Roi et de la Reine, le plus gros au milieu. Le haut de tous les gradins étoit terminé par des girandoles de lumières, sept sur chacun des grands, et cinq sur chacun de ceux des croisées, dont trois en éclairoient le fond, et les deux autres en saillie, ce qui formoit un double filet de lumières en dehors et en dedans. Les trumeaux, au nombre de six, étoient ornés de pilastres, avec leurs piédestaux peints en marbre, les moulures et omemens dorés, portant chacun une gerbe de dix g;irandoles de cristal de roche, qui par leur éclat et leur masse de lumières interrompoient le filet du pourtour.

Les quatre coins du gradin de la musique portoient chacun une tige de 25 lys dorés et guirlandes de festons de cristaux, éclairés de grosses bougies.

Les deux tableaux du salon étoient couverts de grands rideaux de damas cramoisi et ornés de festons de drap d*or, avec des chutes pareilles.

8or les sept heures du soir S le Roi passa chez la Reine ; toutes les dames s*y étoient rendues dès cinq heures. Leurs Majestés,

* • n était entré au salon tant de monde par aznis, que le Roi étant veiro^ rar les cinq heures, voir la disposition, fut obligé de donner ordre de §ÊÏt% lorlir grand nombre de femmes et d'bommes. Les buissiers de la Chambre ne pouvant pas en être maîtres, M. le duc de la TrémoiUe, premier geoliUiomme de la Chambre, fat obligé de demander des gardes du Roi à M. le maréchal de Noailies, capitaine des Gardes du corps. » (Bâbsi»» m, 197.)

360 LE CHATEAC DE VEBSAILLES

il^' le Dauphiu. Mesdames de France, les princesses du sang et Ira selgaetire et dameR de la Cour, habillés magniflquement el dont Ig parure ne se laisoit psa moins admirer par la richesse et le goùi que par l'éclat prodigieux des pierreries, se mirent en marche et arritirent au sou de tous les instrumens répandus dans toules les piÈces dea grands appartcmens, et ac placèrent dans le salon dont on tienl de parler.

Uf le Dauphin ouvrit le bal, par un menuet, avec Madame Elisabeth, SB sœur utnée; il en dansa un second arec Madame Henriette, sa sœur cadellc. Tous trois charmèrent celle illustre assemblée et firent voir autant de grâces dans leurs personnes que le ^iif y a mis de noblesse. Madame Henriette prit ù danser ensuite U. If duc de Penthièvre, qui dansa son second menuet avec Madame tHi-

Après les menuets dansés par les dames inTilées et les seigceiin de la Cour, on dansa des contre-danses oïl M*'' le Dauphin et Ueadames de France n'excellèrent pas moins. La duchesse de Luxembourg et le duc de la Trémoille se distinguèrenl dans la Mariie qu'ils dansèrent. La princesse de Rohan et le marquis de Clennoil dansèrent un pas de deux qu'ils avoient composé el qui 1^1 fort goûté. La comtesse de Rotambourg et plusieurs aulres dames de U Cour qui dansèrent à ce superbe bal se tirent distinguer, ainsi tfae le duc de Pitz-James.

Sur les neuf heures, le marquis de Livry, premier maître d'hûtd du Roi, entra dans le cercle par le cOté de la Heine, accompagni du raallre d'hôiel en qTiarlicr et suivi des offlciers de ta Boudie, portant dans dea bassins de vermeil el de magnifl<jue8 cort)eillw une collation superbe, qui j\il présentée eu Roi, à la Reine, <t distribuée ensuite à toute la Conr.

Après la collation. Leurs Majestés se retirèrent, le balparécesst, et vers les onze heures le bal masqué commença dans tous lee apparlemeDS.

Toutes les pièces en éloient éclairées d'un grand nombre de besui lustres et d'une prodigieuse quantité de girandoles de cristal de roche, posées sur de magnifiques lorchèree, dans les croisées et dus le pourtour de toutes les pièces du grand appartement. La grande galerie étoit illuminée de trois rangs de gros lustres à 12 bougiez, qui préscntoient, en 7 entrant, une perspective de lumière, réflécbje encore dans les glaces, qui produisoit un coup d'œil admirable.

Chaque pilastre de cette galerie avoit pour l'orner et pour l'éclairer une torchère dorée, sur laquelle étoit posée une girandole ft sii bobèches. Les vases précieux qui sont sur les différentes tables placées dans la galerie porloienl aussi chacun tme girandole de lumière. Dans le fond de la galerie, à la distance d'environ trois toises du salon de la Paix, on avoit dressé et Illuminé un Irèe-heen buffet pour la collation. Un pareil buffet occupoit le fond du salon de la Guerre. Le troisième étoit dans le salon de Vénua ; il avoit son

LES PBEBOËRES MAITRESSES 361

iflfae par l*escalier des Ambassadeurs. On ne peut rien ajouter à la magnificence, à la délicatesse, ni à la profusion de ces trois buffets. L'excellence des mets et des rafratcbissemens distribués le jour et la nuit, leur Tariété, et la politesse des officiers qui les servoient à tons les masques indifféremment, y confon dolent le plaisir et Tadmiration, et répondoient royalement aux grands sentimens de T Auguste Mattre qui ayoit ordonné la fête.

On dansa jusqu'à huit heures du matin, au son de plus de 900 instnimens placés sur des gradins dans toutes les pièces, excepté la galerie, où l'on avoit mis des banquettes des deux côtés pour reposer les masques. Les symphonistes étoient tous en dominos de diyerses couleurs.

Le coup d'œil de l'illumination et du nombre infini de masques qui 8*ôtoient mis sur tous les gradins, ou qui dansoient dans Tenoeinte du bal paré, étoit un tableau admirable et qui formoit le spectacle le plus noble, le plus varié et le plus brillant qu'on ait Jamais tu.

Tofates les cours du château, y compris les pavillons des ministres, étoient dessinées sur le pavé, les carreaux de marbre et les grilles, par des milliers de grosses terrines, qui formoient un amphithéâtre de lumières, dont l'aspect étoit surprenant, en arrivant de Paris. Les cours des Princes et de la Chapelle, les escaliers, les galeries hautes et basses étoient éclairées d'un nombre extraordinaire de pareils falots.

Cette I8te qui, de l'aveu des plus anciens seigneurs de la Cour, pour une des plus grandes et des plus brillantes qu'on ait dans les grands appartemens, a été ordonnée par M. le duc de la Tiémoille, premier gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté.

L'habit que le Roi avoit au bal paré, étoit de velours bleu ciselé, doublé de satin blanc, avec une garniture de boutons de diamants ; le Saint-Esprit brodé en diamants ; les parcmens du môme velours, et la Teste, d'une riche étoffe d'or. La Reine étoit en grand habit d'étoffe à fond blanc, avec des colonnes torses brodées en or, semées de fleurs nuées * de soie ; le corps de robe entièrement garni de pierreries, ayant un gros collier de diamants, d'où pendoit le diamant en forme de poire nommée le Sancy, Le fameux diamant, qui n'apas son pareil en Europe, du poids de 547 grains, nommé U Réçeni, fUsoit le principal ornement de la coiffure de Sa Majesté.

Le S6 août de la môme année. Madame* épousait par procoration, à la chapelle de Versailles, l'infant don Philippe, duc de Panne, fils de Philippe Y. La demande en mariage, faite le 23, les fiançailles se célébrèrent, le 25, dans le salon de l'ŒU-de-Bœuf.

' Qui ont plosieurs anances.

* MadanM EliMbeth, fille aînée de Louis XV.

36ï I^ CHATEAU DE VERSAILLES

L'beuro Éloil doQUâc à six licures t'i demie, dit le duc de Lu;dcs '. Toutes les priDceesoa et les grandes d'Espagne s'asseiiiblëreait cbia Uadame. M"* de Clurmout cl toutes les aulrea dsmee âloient ctiis la Reluo. M. le Dauphin donnait la main à Madame et la conduisit chez la Heine, où, tout étant réuni, on passa chex le Roi, où étoiwl tous les princes et tous les hommes de la Cour.... Un peu aiaul huit heures. In Reine se mil cd marche, siÙTie immédiatemenl de Uadame, de Uadame Henriette et de Madame Adélaïde ; eDsoiti: Madame la Duchesse, les princesses de suite, ensuite M"^ de Lu;nes et do Masarin, les dames du palais, les dajaes d'honneor des princesses ] toutes les autres dame« suiToient. La Reine CDttt par la porte de glaces dans la cabioel de rCEil-do-bceuT.,.. DaoE le fond, auprba de ta cheminée, éloit une grande table, au bout ùv laquelle le Roi 8e mit à droite et la Reine à gauche ; ensuite U. le Dauphin et Mesdames, et tous les princes et princesses, soiTani leur rang, les hommes du cOté du Roi, les femmes du cOlA de li

Tout le monde ëlact assemblé, la cérémonie commenga par ia lecture ijue fil M. Ameiot de la procuration du roi d'Espagne et ensuite du contrat de mariage. Ensuite, M. le cardinal de Rohanenm par la chambre du Roi; il étoit conduit par M. Desgranges, maître des eérémouies, précédé par M. lo curé de Notre-Dame,.., M. I« ctinliual de Itohan SI ks flauçaillGa, comme à l'ordinaire, aprèf lesquelles le Roi et la Reine ■iguàrenl ; eneultû M. le Dauphin, Uadame Infante, Mesdames, M. le duc d'Orlëaos, tous les prioeee «t princesses et légilimés, suivant leur rang.... M. le Dauphin douai la main ù Madaini' lEfanlii. qui relourun chei la Reine et ensuit* chez elle. Le Roi rentra dans son appartement, suivi des prlucee du sang. Le spectacle éloit fort beau par la magniHcence des habits ei le nombre des dames. On en compta cent quinze.

Le mariage par procuration fut célébré en grande pompe le 26. Le duc d'Orléans représentait l'infant don Philippe. Le soir, on alla Taire les compliments à madame Infante, puis la fête commença.

Le Roi, continue le duc de Lu<nie3, vint prendre la Reine dans son appartement ; ils entrèrent dans la galerie. Le Roi commença aussitôt le lansquenet, qui fut assez beau ; il j avoit quinze codpeurs. M. lo Dauphin et Mesdames jouèrent à cavagnole. La Reine jouoit au lansquenet avec le Roi, et outre cela grand nombre de tables de quadrille et de brelan. A huit heures on alluma. Le coup d'œil de la galerie étoit admirable à voir. A neuf heures, le laasqueuet Uni. le Roi et la Reine se mirent à un balcon de la galerie-

LES PREfiOÈRES liAITRESSES 363

Le Roi ayant donné le signal, on commença à tirer le feu ; il (ùt parfaitement bien servi ^.

La fête se termina par un souper.

Bn 4743, le 29 janvier, le cardinal de Fleury mourait à Issy, dans sa quatre-vingt-dixième année. Louis XV prit alors la résolution de gouverner par lui-même. Poussé par M°>® de Ghâteauroux, qui cherchait à lui inspirer quelques sentiments virils, il alla se mettre à la tète de son armée en 4744. Mais peu à i>6u les résolutions sérieuses disparurent; il laissa toute l'autorité à chacun de ses ministres, et, plus tard, quand M"^ de Pompadour prit le pouvoir pour elle, Louis XV la laissa faire volontiers.

Le 3 mai 4744, Louis XV partit pour la Flandre ; il allait se mettre à la tète de Tarmée placée sous les ordres du maréchal de Saxe. Il fut bientôt rejoint par la duchesse de Ghfiteaurouz, sa sœur, M"*® de Lauraguais, M"*® de Modène et plusieurs autres dames de la Ck)ur, dont la complaisance était nécessaire pour sauver les apparences. Après la prise de quelques villes, le Roi, accompagné du maréchal de Noailles, partit pour le Rhin, allant au secours du maréchal de Goigny, vivement pressé par les Autrichiens qui avaient passé le Rhin, pris Wissembourg et envahi TAlsace. Arrivé à Metz, le Roi y tomba malade, le 7 août, d'ime fièvre maligne trèsgrave.

Le 9 au soir, on apprit à Versailles la nouvelle de la maladie du Roi.

Le 14, à neuf heures du soir, dit le duc de Luynes*, il arriva un courrier de M. de Bouillon, avec une lettre pour la Reine. Il prit un tremblement à la Reine à l'ouverture de cette lettre ; les larmes lui Tinrent aux yeux, et elle entra dans son cabinet. M"*® de Luynes Ty suivit un moment après. M. le Dauphin et M. de Chfttillon ' y anivèrent. Personne ne savoit le contenu de cette lettre, et tout le monde étoit consterné. Au bout d'une demi-heure, la Reine sortit de son cabinet et s*en alla à la chapelle avec M. le Dauphin ; elle y

' Il fat tiré au-dessus de Latone, sur le bord de la terrasse, où Ton avait Aaré une riehe décoration de portiques, qui furent brillamment illuminés. Cette décoration a été gravée par Cochin fils.

* Oonvemeur du Dauphin.

realu environ un ipiarl d'heure. Comme la Reine sorloit do la chnpelle. Mesdames y arrivèrent ; elles (ondoionl en larmes. La Reine revint cheï elle dans le trouble et l'agilation ; on n'ouvroil pa» la porte de sa chambre qu'elle ne crût que c'i^toil un courrier; elle nous lut la lettre de U. de Bouillon, qui en effet ëloit très-effi^jsnlc. II marquoit â la Reine que son respect et son attachement pour elle, et le devoir de sa charge' ne lui permotloient pas de lui laisser ignorer l'état où se Irouvoit le Roi ; que la nuit avoil été racbeaw ci Ib malioée pou consolanle ; qne le Roi avoit eu des agitations si violentes pendant la messe, qu'il avoil demanda aussitôt le P. Pé' ruaseau ; qu'il a'étoit uonfeaaé avec beaucoup d'édificatioti et t|u'ii devoit recevoir le viatique le soir de ce m@me jour *.

Presque tout ce qui étoit ft Versailles s'étoit rendu dons ce moment chez la Reine. Sur tes aaxe heures ou annonça un courrii'r; c'âtoit celui de M. d'Argenson*.... Au nom de courrier, la Reine sortit avec précipitation dans son cabinet, prit le paquel sans attendre qu'il fût ouvert, le dëcadieta et trouva une lettre de M. d'Argenson avec le bulletin à l'ordinaire. La lettre de M. d*A^ genson n'étoit pas aussi effrayante que celle de M. de Bouillon ; elle disoit cependant k peu près ta ni&me chose et ajoutoil que le Hoi trouvoU bon que la Reine s'avançSl jusqu'à LunéTille, &1. leDanpblD et tleadames jusqu'à ChSlons. Dana ce moment, la Reine ditqo'dle voutoit partir.... Le samedi 15, la Reine alla à la messe à laobipclle, Ë cinq heures du matin ; elle partit b sept.... Le lundi 11, elk arriva h Metz â onze heures et demie du soir ; elle alla descendit chez le Roi, qui dormoil ; il se réveilla un instant après, el il la fil entrer. La Reine entra seule; le Roi l'embrassa et lui demandi pardon dti scandale qu'il lui avolt donné et des ctaagrins et pdoM dont il avolt été la cause.

Le BauphiD était arrivé sans ordre à Metz, le 47 ; il ne vil 80D père que le 21, et l'entrevue fut assez froide*.

Il s'était passé un tait grave, à Metz, avaut l'arrivée de b Reine.

Dès le mardi 1], dit le duc de Lujncs, la Pejrounie avoit parlèi M. de Soissons' sur le danger oii étoit te Roi. Le mercredi avant la messe, M. de Soissons parla au Roi en conséquence, et Irës-foriemenl ; le Roi ne lui fit d'autre réponse, sinon qu'il étoit bien Tolble, qu'il avoit un grand mal de ISte et qu'il auroit beaucoup de choses

' M, d* Bouillon éliit grsnd chambeilsn. ■ Le lettre était datée du 13.

' Le ministre de la Guerre.

* LCTTNSB, VI, U.

' De Fiu-James, premier aumflaier.

à dire. M. de Soissons lui répondit qu*il pourroit toujours commeDcer et qu'il acheyeroit le lendemain. Depuis cette conversalion, et le môme jour 12, M™® de Châteauroux étant auprès du lit du Roi, il lui prit la main et la baisa, puis la repoussant lui dit : ^< Ah ! princesse, Je crois qne je fais mal. » Elle voulut Tembrasser ; il la refusa en loi disant : « Il faudra peut-Ôtre nous séparer. » A quoi Ton dit qa'elle répondit fort bien et d'une manière très-convenable.

La maladie redoublant, le Roi se confessa le lendemain, et l'ordre fut donné de renvoyer M™« de Châteauroux et sa sœur, M"*® de Lauraguais.

Il toi résolu que le Roi recevroit le viatique le soir de ce même Jour. M. de Soissons, qui a toujours agi de concert avec M. Tévêque de Metz, lui parla pour qu'il donnât les ordres nécessaires, et ayant ensuite été informé que M'"^ de Châteauroux n'étoit pas encore partie, il pria M. de Metz de faire dire à la paroisse que l'on attendît X>our apporter Notre-Seigneur ; il rentra chez le Roi, et lui dit que toutes les lois de l'Eglise et les canons défendoient précisément d'apporter le viatique lorsque la concubine est encore dans la ville, et qu'il prioit le Roi de donner de nouveaux ordres. Le Roi n'hésita pas un moment et fit dire qu'elle sortît sur-le-champ. Outre cela, M. de Soissons avoit pris la précaution de faire en sorte que M"^ de Chftteauroux ftit avertie que si elle ne sortoit pas, il n'apporteroit pas Notre-Seigneur au Roi. Le déchaînement du peuple étoit si violent, que M. de Belle-Isle^ craignant que les deux sœurs ne fussent insultées, et pour qu'elles partissent dans l'instant, leur prêta de ses caresses à deux chevaux, qui étoient tout prêts, dans lesquels elles sortirent de la ville les stores baissés....

Aussitôt après la nouvelle du départ, on apporta le viatique ; M. l'évoque de Metz étoit présent, mais M. de Soissons communia le Roi suivant le droit de sa charge. Le Roi ordonna que l'on fît entrer tout le monde, et dit qu'il demandoit pardon du scandale et du mauvais exemple qu'il avoit donné, ajoutant que son intention étoit de le réparer autant qu'U lui seroit possible*.

La convalescence du Roi fut longue, et, quand 11 dut partir pour Strasbourg en octobre, la Reine lui demanda la permission d*aller avec lui ; il refusa sèchement et lui donna Tordre de retourner à Versailles. La campagne d^Alsace terminée et Fribourg pris par notre armée, Louis XV arriva à Paris. Il y

' GouTemmir de Metz.

* « M. de SoiseoDe, ajoate le duc de Laynes dans ane note, m'a dit que le Roi tvoit simplement répondn anx questions ordinaires en pareil cas et qui sont conienues dans le rituel. •

:m LE rUATEAD DE VERSAILLES

fut salué par les plus vives acclamations, séjourna quatre jours aux Tuileries et revint enfin à Versailles, le (S novembre.

Dès le 2S, M™> de Chfitcauroux el de Lauraguais étaient rappelées à la Cour et rentraient dans leurs charges.

Le duc de Luynes ' nous donne sur ce retour les détails les plus précis. M°'"' de Modéne et de Boufilers jouaient chez lui le mercredi 23 novembre, lorsqu'un laquais de M"» do Châteaurous apporta à ces dames des lettres de sa matiresse. U™°de Modéue passa dans un cabinet pour lire ta lettre de son amie, et, transportée de joie, donna 8 louis au courrier. M"" de Boufûers resta et lut à quelques personnes la mlssirs qu'on lui adressait. Elle était ainsi conçue ; o Je compte Irop sur votre amitié pour que voua ne soyez pas instruite tlaas le moment de ce qui me regarde. Le Roi vient de me mander par M. de Maurepas qu'il étoit bien fâché de tout ce ipii s'étoit passé à Metz et de l'indécence avec laquelle j'avois été traitée, qu'il me prioit de l'oublier, et que pour lui en dooner une preuve i! espéroit que nous voudrion-i biea revtnii prendre nos appartemens à Versailles, qu'il nous donnerait en toutes occasions des preuves de sa protection, de son estime et de son amitié, et qu'il nous rendoit nos charges. > Nous savons, par une note du duc de Luynes, que ce que nous venons de lire est la copied'iin billetécrilpar Louis XV el remis par M. de Maurepas à M™" de Chdteauroui.

La duchesse était déjà fort souffrante quand elle reîQl.i Paris, la visite de M. de Maurepas ; la maladie continua et s'aggrava, Louis XY ne chassait plus, il était d'un abatiemeal extrême ; il faisait dire des messes à la chapelle et à la piroisse pour demander à Dieu la guérison de M*"" de CUteaurous ' .

Elle mourut le 8 décembre. Aussitôt le Roi alla à la MeutK se livrer à toute sa douleur. Le 1 3, il partit pour Trianon,

Nous connaissons Louis SV jeune ; nous t'avons vu n'fW qu'un enfant méchant et paresseux. Qu'est-il devenu flf« l'âge ?

LES PREIOÊBES liAITRESSES 367

€ Sa Majesté, dit d'ArgensonS est colère par foiblesse, comme une femme et un enfant ; mais n*étant pas méchant, ni inhumain, sans être tout à fait bon et humain, il n'est que rancimier, et ses petits dépits produisent seulement un dégoût étemel de la personne haïe. Tous ceux qui s'intéressent à S. M. sont fftchés d'une habitude qu'elle a prise et qui n'est qa*un vrai tic, mais fâcheux ; c'est qu'elle parle d'un air de joie de la mort ou de l'extrémité de ses serviteurs. Tout à l'heure j'ai été témoin que la Reine lui a demandé des nouvelles d'un pauvre chirurgien de sa suite, qui s'est cassé la tète à la chasse ; le Roi a dit en riant qu'il étoit mort ou peu s^en falloit. Au fond, il en soufiTre ; mais voilà un misérable Uc. »

« Depuis quelque temps, dit ailleurs d'Argenson *, le Roi ne parle que de l'histoire des rois fainéants et qui n'ont pas gouverné "par eux-mêmes : qu'est-ce que cela veut dire ? Ne sentiroit-il pas son état, ou voudroit-il s'en tirer ? »

Le Roi avait des écoutes, des fausses portes partout, des trous avec des glaces par où il voyait et entendait tout. Un jour que MM. de Flavacourt et de la Tournelle, parlant dans leur chambre de W^ de Mailly, leur belle-sœur, disaient d'elle, entre autres vilaines choses, que le Roi ne la garderait pas, ils entendirent une voix qui criait par la cheminée : « Non, il ne la quittera jamais. » C'était le Roi qui répondait *.

Louis XV avait des vapeurs ; il tombait quelquefois dans une mélancolie noire dont rien ne le pouvait faire sortir ^. Par moments, il se jetait dans la dévotion. Toujours il était d'une grande dissimulation.

Ses occupations étaient d'une nullité désespérante. Il lisait les lettres ouvertes à la poste de Paris et s'amusait des faits plus ou moins graves dont il apprenait l'existence par ce mc^en. U faisait de la tapisserie. « Ce fut, dit le duc de Luynes en janvier 4741 ', au dernier voyage de Choisy qu'il commença à se mettre à cet ouvrage; on envoya quérir deux

* I/AiiOBfSOlf, III, 54. 1740.

^ l)'AR0BXffOXf, III, 409.

368 LE CIL\TEAn SE VERSAILLES

métiers à Paris. A ce voyage de la Meulte, il y avoit sept ou .huit mëliers. <• A la même époque, d'Ârgensoo nous dit': 0 Le Roi travaille toujours on tapisserie, et comme il Tatit dire partout des platitudes, et sur tout, ou lui a dit i hiimème : • Sire, le feu roi n'eatrepreDoït jamais (oui au plus que deux sièges à la fois, et vous eu entreprenez quatie, • parlant de sièges de tapisserie. Celte plalilude pourrait bien être une fine ironie.

A une certaine époque Louis XV s'amusa à tourner. Il avait un csbiuel de lour, où il TaisaildesLaba Itères, des étuis pour les dames. Plus tard, on le voit cherchant à se distraire en élevant des pigeons et des poules, ou en éludiam la botanique. Enfin, on le trouve faisant son cfifé' el mâme la cuisine*. Son travail avec les mioistres est irrégulier et abrÉg>}. La régularité des conseils, telle que nous l'avons vue sous Louis XIV, a disparu ; et, quand Louis XV, BprËs la mort du Cardinal, s'oc :upera des alTaires, ce sera en secret, avec des agents partiel :ers, el souvent pour contrecarrer ses ministres.

Il faut compléter ce que nous venons de dire avec un trèscurieux portrait de Louis XV, en 1713, que nous trouvoQ: dans les Mcmoiros du duc de Lujnes*.

Lo caractère de notre maître est plus difficile à dépeindre qu'on ne Ec l'imagioe. C'est un caractère caché, Don-seulcment impéoétrable dans soa secret, mais encore trâs-90uvcnt dans les mouTemeus qui se passent dans son Sme. Le tcmpërameot du Roi n'est ni vif, ui gai ; il y auroit même plutôt de l'atrabilaire ; ud exercice violent et de la dissipation lui sout nécessaires. 11 a assez soufëdI des momeos de tristesse et d'uae humeur qu'il faut conuollrepour ne la pas choquer ; aussi ceux qui l'approchent étudieal-ilj ces

autre temps, s'il est possible, à prendre ses ordres. Ces momeiis d'humeur sont- ils passés, le caractère du Roi est d'aisance et de douceur daus la société. On a vu plusieurs fois ses domestiques intérieurs, quelquefois mâme les principaux, manquer son aerrioe, il attend ou il s'en passe sans montrer aucune impatieuce.

* 111,901. Janvier 1741.

' LuïNEs, juJQ 1748. — D'Argsnsoo (VIII, 50) oous ippraid qu'il eo prenait trois fois par jour.

' Smiveairt d'an homme it Conr, II, 373.

LES PR£3n£RES MAITRESSES 369

A Cboisy, à Rambouillet, il parle familièrement & ceux qui ont rhonneur de lui faire leur cour. On est souvent tenté d'oublier qu'il est le maître, et j'ai vu quelquefois môme qu'on l'oublioit, et qu'il ne Iklsoit pas semblant de l'aToir remarqué. Au souper dans les cabinets, il est pour ainsi dire comme un simple particulier. Cette aisance dans la société parott encore plus à Cboisy que partout ailleurs ; il y est presque comme un seigneur particulier qui fait ayee plaisir les bonneurs de son château.

Le Roi aime les femmes, et cependant il n'a nulle galanterie dans Tesprit ; on ne peut même s'empêcher de convenir qu'il y a de la dureté dans son caractère. Le détail des maladies, les opérations, assez souvent de ce qui regarde l'anatomie, les questions sur les lieux où l'on compte se faire enterrer, sont malheureusement ses conversations trop ordinaires ' ; les dames mômes ne sont pas exemptes de ces questions. Il parott toujours voir d'un coup d'œil assez noir les maladies dont on lui rend compte

Il se trouve tous les jours des circonstances où il parle très à propos ; dans d'autres, ceux qui lui sont attachés voient avec douleur que le moindre discours de sa part seroit une récompense pour ainsi dire, au moins une attention capable de contenter ceux qui Font bien servi, et qu'il ne peut s*y déterminer. On voit quelquefois qu*il a envie de parler ; la timidité le retient, et les expressions semblent se refuser ; on ne peut douter môme qu'il n'ait dessein de dire quelque chose d'obligeant, et il finit quelquefois par une question frivole. Les réponses aux ambassadeurs et aux harangues de toute espèce ne peuvent presque jamais sortir de sa bouche.

Les rites et cérémonies de l'Eglise, le détail du calendrier font un peu trop souvent le sujet de ses conversations. On ne peut concevoir Jusqu'à quel point il est instruit sur ces matières ; il l'est en môme temps sur beaucoup d'autres * ; il sait assez bien ce qui regarde l'histoire de France ; il a lu assez, et lit encore. D'ailleurs tous ceux qui l'approchent lui content une infinité de faits en tous genres ; et comme il a beaucoup de mémoire, tous ces faits lui sont présens...

Nous l'avons vu quelquefois ébranlé, touché, affecté ; peut-être l'esV-il sans le paroUre ; mais il seroit à désirer qu'il le parût davantage. Pendant le règne de M"*® de Mailly, elle détcrminoit quelquefois le Roi & parler; ce n'étoit pas sans peine, mais enfin elle en est venue quelquefois à bout dans les occasions. Quand elle savoit quelqu'un affligé du silence du Roi, elle en étoit au désespoir et fhisoit tout ce qui dépendoit d'elle pour obtenir quelques paroles,

* Nous savons par une tradition de la coar de Louis XV, tradition ineooteetablement exacte, que c'était surtout aux vieillards et aux gens maladifs que I^uis XV se plaisait à parler de la mort, d'enterrement, etc.

* La géographie par exemple.

Ol se raigoil un grand plaisir d'y avoir rëuaai. Mais c'est que 11"° de lluilly HÏmoLt le Roi de bonne foi. at non-seulement sa penonnu. mais sa gloire; elle auroil désiré que tout le inonde fCU conleotdu Soi. BU moins ceux qui le servent bien.

Il est l'acile de comprendre que cet homme peu inteUigenl, maladif et désœuvré ait eu, avec le goût de la chasse, la pa&- ?ioa des femmes et la manie de changer sans cesse de place. On a déjù dit que Louis X"V résidait peu à Versailles. PcaiiaiH la période dont nous nous occupons, nous le voyons alleii Fontainebleau et s'y livrer â la chasse tous les ans & l'aiitomne ; en 1733, il y reste trois mois. Pendant les voyages de Fontainebleau, il allait souvent â la Rivière, maison de la comtesse de Toulouse. Tous les ans aussi, mais au printemps, la Cour se transportait à Complègne ; le Roi s'y livrait à In chasse. En 1733, Louis XV y reste du 25 avril au ("juillet; en 1739, on y établit un camp pour l'instruclioa dn Dauphin. A Compiègne, comme partout ailleurs, Louis Vf faisait faire par Gabriel de grands travaux pour accommoder l'habitation au goût du temps, pour faire disparaître les vastes salles d'autrefois, et disposer de petits appartements destinés aux soupers avec les maltresses et les favoris.

En octobre 1739. Louis XV acheta 100,000 écus le château de Choisy, qui devint sa résidence préférée. Après les arrangements que fit au nouveau château l'architecte Gabriel, on y était très à l'aise pour les petits soupers. La situation du lieu était fort belle et à proximité de la forêt de Sénart, giboyeuse el très-bien percée. Aussi les voyages à Cbolsy devinrent-ils extrômement fréquents', ce qui n'empêcha pas Louis XV d'aller souvent à Bamboulllet, à Saint-Léger, petite maison du comte de Toulouse située près de Rambouillet, à la Meutte ', jolie maison de M"« de Charolais, située à l'entrée da bois de Houlogne et que Louis XV rebâtit ; à Madrid, où ie Roi avait donné à M"* de Charolais une maison située dans U cour du château, à laquelle la princesse fît quelques embellissements et oii le Roi aimait à aller souper.

' On fit en 1719 uc« nouvelle route, plus conrta et pitu cominod», pour ■lier de Verssilln à ChoiBj (Luvnbb, IX. Ul]. * Impropremeut appelée la MueLLe.

LES PBEBOÈBES MÂITBESSES 371

Le lundi gras de 1737, Barbier nous montre Louis XV allant au bal de TOpéra à Paris, incognito, lui neuvième.

Il ayoit soupe à Versailles avec plusieurs seigneurs. L'an d*eux avoit acheté neuf dominos. Le Roi avoit une robe bleue avec un domino couleur de rose. Us descendirent de la grande calèche dans la me Saini-Nicaise. Il n*y avoit que trois ou quatre hommes à cheval, en redingote. Le Roi et les autres vinrent à pied depuis la rue Sûni-Nicaise jusqu'à l'Opéra S et comme ils n'avoient pris par inattention que sept billets et qu'ils étoient neuf, on les arrêta à la porte, et ils donnèrent deuxécus de six û'ancs pour entrer tous ensemble. Le Roi fût plus d'une heure et demie sans être reconnu de personne. M'^® de Charolais le reconnut, parce que quelque jeune seigneur lui en fit apparemment la confidence par galanterie, n se divertit beaucoup. Il fUt bien poussé, et ils s'en retournèrent à pied chez M. le Premier au Carrousel, où étoient les équipages et où ils se déshabillèrent....

Le duc d'Ayen * avoit soupe avec le Roi, qui ne lui avoit rien dit de la partie. Après que tout fût retiré, le Roi, éclairé par un garçon de la chambre,' monta à la chambre du duc d'Ayen qui étoit couché, n cogna. Le duc d'Ayen demanda qui c'étoit ; le Roi dit : « C'est moi. » Le duc dit : « Je ne sais pas qui c'est, je suis couché. » Le Roi dit : « C'est le Roi, » et ayant répété, le duc, qui reconnut sa Toix, lui ouvrit et lui dit : « Et où allez-vous, Sire, à l*heure qu'il est ? — Habille-toi promptement. — Et pour où aller ? — Ne t'embarrasse pas. — Altendez donc que je sonne, je n'ai point ici de souliers. — Non, dit le Roi, que personne ne vienne. -^ Où allons-nous ? — Au bal de l'Opéra. — Allons donc, dit le duc, je vais chercher les souliers que j'ai quittés. »

Lui habillé, ils sont descendus dans les cours. Le Roi, qui n*avoit pas de cordon bleu, prit ik duc sous le bras pour passer les postes gardés par les sentinelles des Gardes du Roi. Le duc dit : < C'est moi, le duc d'Ayen. ^ J'ai bien l'honneur de vous reconnottre, monseigneur, dit le Garde de sentineUe. » Ils passèrent et allèrent Joindre les calèches qui l'attendoicnt où étoient les seigneurs du complot. Après son souper, le Roi avoit écrit lui-môme deux lettres : l'une à M. le premier écuyer pour donner ordre smvlechamp de faire trouver des calèches par de là la grille et d'envoyer des relais à Sèvres, et l'autre à la Reine pour lui apprendre qu'il allait incognito et en secret au bal de l'Opéra, et qu'cUe ne fût point inquiète.

n rentra à six heures du matin dans Versailles : il fallut passer par les appartemens, qui étoient fermés et gardés. On cogna à une porte. Le Garde du corps ayant demandé qui c'étoit, on dit : « Ou-

* L'Opéra était tlon au Palais-Royal.

* Capitaine das Gardes en exerdee.

•in LE CHATEAU DE VERSAILLES

VKZ. scntÎDcllc, c'est le Roi. — Le Roi doit être couché A prës^^ul, jiiD'ouvrirai poiDt, ol tous ne passerez pas, qui que voua m;a, qu'avec U lumière. " II a blJu, sans autre raisoD, attendre et alli'i cbcrchcr de la lumière. Alors ii a ouvert, il a reconuu le Roi. • Siit, a dit la sentinelle, je demande excuse à V. M-, mais Je □« àva laisser passer ici personne ; ainsi, ayez la bonté de me rdever du ma consigne. » Le Roi a été très-content de l'maciîtudû de sa garde.

Nous le relrouvODS à l'Opéra le 9 janvier 1739; il s'y amusa beaucoup et y reviat,le33jaQvier,assisteràta reprêseotaiioa à'Alcesle, en compagnie de M""" de Mailly et de M°"> de Flavacourt, sa sœur, qui venait de se marier. Après le speclacie, on alla souper à la Meutte'. Le jeudi-gras de celle aoaée, Louis SV alla encore au bal de l'Opéra. En 174i, au retour de Metz, il resta cinq jours à Paris, couchant aux Tuileries".

Avec le goût des voyages el des continuels déplace m eals, Louis XV a le goût des femmes. Sa première maStresse connue est M"'" de Mailly, l'aînée des demoiselles de Nesle. Elles étaient cinq sœurs : M""" de Mailly, de Vinlimille, de Fiavacourt, de Lauraguais, de la Tourneite. et a\-aieDt ud« sœur naturelle. M™ de la Gutche. Louis XV eut, ou chercha à avoir, les six sœurs pour maltresses. Il <■ lorgna > au moins la sixième'.

I Une dame du palais, dit d'Argenson en 1740 *, m'a coaté que la plus grande faute éloit à le Reine si le Boi avait pris une maîtresse; elle se conduisoit en bégueule. Aussi personne au monde n'a-t-il moins d'esprit que la îteiae ; elle n'a rien à elle, elle n'est que ce qu'elle voit être aux autres ; le torrenl de l'exemple la gagne plus que personne ; elle a vu qu'ea France il étoit de bon air de dédaigner son mari, elle a pris ce bon air. Elle disoit : « Eh quoi 1 toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher 1 «

Sous prétexte de santé, elle refusait de recevoir le Boi- D'Argenson nous raconte encore que la Reine avait peur des esprits, et que, quoique le Roi fût auprès d'elle, il fallait

LES PREBOÈRES MAITRESSES 373

qu'elle eût une femme qui lui tint la main pendant toute la nuit et qui lui fit des contes pour rendormir. Comme elle était très-frileuse, elle mettait des matelas sur elle, de sorte que le Roi étouffait et se retirait chez lui tout en sueur. D*Argenson en raconte bien d'autres que nous passons sous silence.

La dame du palais qui a fait toutes ces confidences à d*Argenson a été, il me semble, plus sévère que de raison envers Marie Leczinska. J'admets toutes ses maladresses, mais la plus adroite de toutes les femmes, M™* de Pompadour, ne parvint pas à fixer Louis XV.

c Pour ce qui est de la société, ajoute-t-il, le Roi, au commencement de son mariage, vouloit jouer chez la Reine les soirs et y causer ; la Reine, au lieu de le mettre à son aise et ramuser, faisoit toujours la dédaigneuse et la sotte railleuse, voulant paroitre prendre de Tempire sur son mari, et d'ailleurs tenoit des propos fort ennuyeux, ce qui écarta le Roi et le fit tourner à passer ses soirées chez lui, d'abord avec des hommes, puis avec des femmes, comme la cousine de Cha- Tolais, puis U°^^ la comtesse de Toulouse. »

Entre la fréquentation de ces femmes et une maltresse, il n*y avait qu'un pas ; Louis XV le franchit aisément.

C'est en 4736 que M"*® de Mailly, l'une des douze dames du palais de la Reine, devint la maîtresse de Louis XV. « Le Roi, dit d'Argenson S ne pouvant plus se tenir aux seuls attraits de la Reine, a pris pour maîtresse, depuis six mois, M** de Mailly. Elle est bien faite, jeune, mais laide, une grande bouche bien meublée, et avec tout cela drôle. Elle a peu d'esprit et nulles vues. Aussi M. le Cardinal est entré dans cet arrangement, voyant qu'il falloit au Roi une maitresse. Il lui a fait donner 20,000 francs une fois payés, et la preuve de tout cela est que son mari, qui n'avoit jamais été qu*en fiacre, a depuis quelque temps un joli équipage et de bon goût ; on se décèle toujours par quelque chose. Cette affaire est menée secrètement, comme toutes les galanteries le devroient être. On a amené les choses de loin; les entre-sols et petits cabinets du Roi oot cent issues ; la Meutte est excel-

' En Mptembre 1736, t. I, p. 220.

lente pour cela. Les allées qui conduisent de la MeuUe au logement de H"° de Gharolais à Madrid sont étroites cl coupées de barrières ; on y voit toujoura des traces de eali-dies quand le Roi a couché à la Meullc. car M'" de Cliar«lais esl en pleine confiance. •

Maintenant écoutons Barbier ' : ■ Il y a longtemps (pie l'on (lerle de la comtesse de Mallly pour être la maltresso du Roi ; mais la chose paroU certaine. Elle n'est pas jolie; ellea vingisept è vingt-huit ans ; elle est bien faite, amusante et a de ïtfprit. Cette intrigue se mène toujours secrètement, parce que le Cardinal retient; mais il n'est pas possible que les geas de Cour et les officiers ne voient. On dit qu'à Versailles, quand le Roi sort et revient de souper de ses petits appartemens, H passe quelquefois seul de sa chambre dans ses garde-robes, et y reste deux heures. On ne doute pas que ladite dame n'y soit entrée par derrière, par le moyen de Bachelier, premier valet de chambre du Roi. •

M'"* de Mailly avait un appartement dans l'aile du nord, tju rcz-de-cbauseée du pavillon dit de Noailles ; c'est la partit nord de la salle 24 '.

Kn 1711, le Roi lui donnaun nouveau logement si tnfiaupr^ de ses entro-sols, et qu'on appelait l'apparUment rrrt^ Cfi appartement est celui qu'on appelle aiijourd'bui Yaj^aritwieti de M"* Dwbarry. Il est situé au-dessus des appartements de Louis XV, avec lesquels il communique par l'escalier D*3t. Cet appartement a été occupé BUc«essivement par toutes les maîtresses en litre de Louis XV : M°°*' de Mailly, de ChflleaDroux, de Pompadour et Dubarry.

M°" de Mailly, dit le duc de Luynes *, était alors extrêmement vive et assez légère. Elle parloit beaucoup ; malgré taul cela, elle savoit garder un secret. Un autre contraste aussi singulier, c'est que, quoique capable de prendre successivement des impressions diS'érenies, elle avoit beaucoup d'amis et étoit constante dans l'amitié. Son malheur étoit une bu-

' NovtmLra 1717. T. III, p. 113.

* BtoncBL'

* D'AROBNeoH. III, 3e( : IV, 40.

mear, passagère à la vérité, mais trop fréquente et trop forte. •

M"^ de Mailly avait, pour dormir, une toilette d'un luz^ prodigieux. On lit dans le duc de Luynes * : « Le Roi passa ensuite à Tappartement de W^\ de Mailly ; elle étoit éveillée, mais dans son lit, toute coiffée et la tète pleine de diamants ; mais elle couche toujours ainsi. » Elle n'était pas toujours aimable avec le Roi, qui même lui passait des mots d'une rudesse Inattendue. « L'autre jour, dit d'Argenson', elle perdoit au jeu, et le Roi lui en marquoit son chagrin. Elle lépondit : « Gela n'est pas étonnant, car vous êtes là. » Louis XV lui disait aussi quelquefois des choses peu ga* lantes. M. du Luc avait écrit à M"^« de Mailly pour lui recom* mander quelqu'un et terminait ainsi sa lettre : « Un mot dit de la belle bouche d'une belle dame comme vous finira l'affaire. > Quand le Roi lut la lettre : « Ah I fit-il, pour une belle bouche, vous ne vous en piquez pas, je crois *. o

On ne peut pas toujours souper. Pour varier leurs plaisirs, le Roi, M"* de Mailly et M""* de Vintimille étant à Fontainelileau, allèrent un jour, de grand matin, voir le rut des cerfs dans la forêt; ils furent désappointés, les cerfs n*ayant fait qna blâmer. « Voilà des passe- temps royaux, » dit d'Ar- Censon, qui raconte le fait^.

Bn même temps qu'il avait M»** de Mailly pour maîtresse déelarée, Louis XV eut M°^* de Vintimille pour maîtresse non déclarée. Elle s'était mariée en 1739 à M. de Vintimille, fils du marquis du Luc. Le Roi lui avait donné 400,000 écus et €6i0 livres de pension ', avec l'expectative d'une place de dame du palais de la Dauphine. Le ménage fut bientôt désuni ; le mari ne pouvait souffrir sa femme ; il disait a que cette grande balbreda * puoit comme un diable », et ne l'appelait que son « petit bouc >. Louis XV ne fut pas de cet avis. La trouvant sous la main, il la prit. Elle était laide, mais avait

' 12 août 1739, à Madrid. T. III, p. 7. ' 1739, t. II, p. 192.

* D^AJiGBitoiv, II, 363. Décembre 1739.

^ S octobre 1740. T. III, p. IW.

* D'ARomioif, II, 272. — Luynee dit 200,000 livres.

* Ortnde femme mal bâtie.

beaucoup d'esprit et amusait le Roi. M"'" de Vinlimille fui de toutes les parties, de tous les soupers, et son crédit éUit coasidérablti '. Sa faveur devint publique quand, devenue grosse, elle tomba malade à Chois}'. » Le Roi. dit d'Argen&on', a toutes les attentions, et plus, pour M'"" de Vîntimille, ipie

si elle étoit sa maîtresse dfelarée Le Roi est encore

retourné la voir à Choisy ; entin elle arrive mardi en triomptie à "Versailles dans une litiàre, avec quantité d'escortes... On assure qu'elle a beaucoup d'esprit, mais de la dureté, delà méchanceté et de l'aigreur. » Le Roi lui faisant des reproches sur son caractère, lui dit un jour : o II faudroit vous coup«i la t6te et vous mettre du sang d'agneau, car vous âtes sigrc et méchante'. »

M'"° de Vintimille accoucba, lo 2 septembre 17i<, d'un fils que M. do Vintimille déclarait hautement et cyniquemeoi ' n'être pas le sien. Le Roi faisait porter son souper chex elle ; il allait la voir sans cesse, et, lorsqu'elle mourut, le 9 septembre, à deux heures du matin, il donna les signes delà plus vive douleur '.

e On est entré chez le Roi ce matin à dix heures, dit l< duc de Luynes '. La Pejronaie y est venu le premier ; le Roi lui a demandé des nouvelles ; La Pcyronnie ne lui a réponrin autre chose sinon qu'elles étoient mauvaises. Le Roi s'est retourné de l'autre côté et est demeuré entre ses quatre rideaux. Il a donné ordre que l'on dise la messe dans si chambre. La Reine envoya deux fois savoir si elle pouvoit voir le Roi, comme elle y va tous les jours, et on répondit toujours qu'elle ne pouvoit pas. M. le Cardinal y a été aussi deux fois sens pouvoir entrer ; cependant, à la fin de la messe, 11 est entré avec l'aumftnier du Roi, et est resté peu de temps avec S. M. M. le comte de Noailles est le seul qui soit entré. » Le Roi ne se leva qu'à une heure et demie.

' Baubhii. III, 301.

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