‹ Le château de Versailles; histoire et descriptionChapitre 47 sur 54 · XV · texte numérisé non relu

XV

* CapiUioe des Gardes en quartier.

que tu ne voEs paa le Roi ? a et un Garde du corps lui jeU sod chapeau ù baa. M. DidrcTillo, écuyer du Roi auprès de M" le

Daupliin, avoit déjà saisi l'homme fortement par les deux épaules, mais éioit prêt à lu Iflcher (c'est do lui que je le saisi, croyant qne c'étoit un paysan étourdi. Le Roi ayact porté sa main à l'endrôii du coup, qui est entre la quatriëme et la cinquième câte, la rdin pleine de San;; et dit ; « Je iuis blessé, et c'est cet bomme qui m'» frappé. •' Le voyant arrôtiS, il ajouta ; « Qu'on le g;anJe et qu'on m le tue pas. »

11 y Bvoit eu un espace de quelques secondes depuis le moment du coup jusqu'à celui où l'ëcuyer du Roi saisit ce misérable. U auroit pu profiter de ce temps pour ee sauver aQ milieu de» hommes et des cbevaus ; mais soit 6l<mncmcnt de l'horreur de son crime ou indifférence pour la vie, il resta Le Roi perdoil beaucoup du sang ; cependant il remonta son escalier ' sans être soutenu.

11 dcvoil coucher à Trionon ; aussi n'y avoit-il ni liage pour lui, ni draps dans son lit, ni valet de chambre, ni mSmc M. de la UartiniËre, premier chirurgien qui éloit venu à ^'ersaillis et retourné à Trianou. On coucha le Roi sur ses matelas, sans draps ; tous ceux qui se trouvèrent autour de lui le déshabillërenl. On avertit M. Ilévin, chirurgien de M"'" la Dauphinc. Le Roi avoitde l'étoufTcment dans ce momenL ; M. tlévîu le saigna. M. de la ilW' tiniërc étant arriva, sonda la plaie ; la sonde entra jusqu'à la dtle et lui Ht voir que l'ouverture, no perçoit point dans le baa, m^ seulement un peu en bout, et éloit en tout do la lonfrueurd'enviion quatre pouces', sans avoir vraisemblablement rien oS'ensé, ce qoi

s'est vérifié depuis à n'en pouvoir pas douter On saigna le Roi,

le soir, une seconde fois. La nuit n'a pas été fort boiine, d'autant plus que le Roi a coutume de se coucher sur le cOté droit, qui est celui de la plaie, et qu'il a été obligé do se tourner de l'autre câté^ cependant il a dormi. U. do laMartiniëre lui a dit que s'il éloit un simple particulier, il auroit pu se lever en robe do chambre dès aujourd'hui, et l'on regarde la guérison de cette plaie comme use affaire de deux ou trois jours.

L'assassiQ avait à sa disposition un couteau à deux lames: une lame de couteau et une lame de stylet beaucoup plus courte et plus étroite ; il s'était servi de la seconde.

La Reine prévenue accourut auprès du Roi, qui lui dit: ■ Je suis assassiné, s Dès le premier moment, le Roi demanda j un prôtre et les saintes huiles ; 11 se confessa à l'abbé Soldiai, aumônier du Grand-Commun.

SUITE DU RÈGNE DE IfADAME DE PÛBIPADOUR 453

Dès le 40 janvier, Louis XV était guéri de sa blessurCi et le soir il jouait au tri*. Le 20, il sortit pour la première fois et alla se promener une heure à Trianon ; le 24 , il chassait le daim.

M"* de Pompadour avait été sur le point d'être renvoyée Elle était restée plusieurs jours sans voir le Roi, qui ne lui envoya pas môme un billet. Louis XV faisait à la Reine et à son confesseur Jes plus vives déclarations d'amitié et de sagesse. Mais, dès le 13, il descendait chez la marq[uise| passait une demi-heure chez elle, et le 14, il y restait deux heures *. Dès le 24, W^^ de Pompadour reparaissait chez la Reine et allait lui faire sa cour pendant le dinêr. Rien n*était changé.

A quelque temps de là, le 26 janvier 1757, M°>« de Pompadour avait avec M. de Meinières, Fun des présidents du parlement de Paris, une longue entrevue sur les affaires du moment. Le président a raconté lui-môme cette curieuse conversation *, dans laquelle la marquise laissa voir les craintes qa*elle avait sur les dangers de la monarchie. Le président désirait obtenir pour son fils une place de cornette ou d'enseigne ; il sollicita une audience de M*"* de Pompadour, espérant que la protection de cette dame lui faciliterait Tobtention de la faveur qu'il sollicitait. La marquise accorda Faudience, espérant de son côté gagner à la cause du Roi un membre important du Parlement. « M"'^ de Pompadour, dit M. de Meinières, étoit seule, debout auprès du feu; elle me regarda de la tète aux pieds avec une hauteur qui me restera toute ma vie gravée dans Tesprit, la tôte sur Tépaule, sans faire de révérence, et me mesurant de la façon du monde la plus imposante. » La marquise reprocha au président son opposition au Roi et lui déclara d'abord que le Roi ne ferait rien pour son fils, à moins que lui-môme ne changeât de conduite. Il faut lire cette conversation, que sa longueur nous empoche de reproduire ici, pour se rendre compte de rhabilelé et de la finesse à Taide desquelles M*"* de Pompadour gagna le prési-

* Lirnm, XV, 366.

* Ufthbs, XVI, nu

* MéUm§êê de lauraturê it tThistoire recaûllis et publiés ptr U Société 4m Biblîopliaaf frtnçoi«, 1856, p. 134.

IM LE t'IUTEAU DE VERSAILLES

denl, qui se relira séduit eï émerveillé. » J'avoue, dil-Il, que je fus émer\'eillé de la facililc de l'élocution, de la justesse des termes, et que je la coDSidérois avec autant de plaisir que d'attention en l'entendant parler si bien, o

Nous avons dit que Louis XV ne travaillait pas avec ses ministres; mais il se plaisait à travailler quelquefois en secret avec des hommes à lui. En 1741, nous le trouvons correspondant secrètement avec le maréchal do Noailles sui les alTatres de l'Etat ■.

Le style des lettres de Louis XV .est si familier, qu'il en est trivial et bas, dit Sainte-Beuve * ; ce sont des dictons, dts proverbes. * On se demande où ce jeune homme né sur le trône a pris celte quautilô de locutions populaires, vulgaijœ, surannées; on sent qu'il a dû beaucoup commérer avec sa domesticité et avec les gens de service.

0 Voici un passage, entre cent, ob la pensée n'est pas plus élevée que l'espression :

J'adresso ma lullrc your vous au comte de Noailles *, aân qoe M. Amclol ', qui lui caverra, ne sache pas que je vous4crU. t:td« pins cela lui docucra un petit ttrc-laisse* doat je me réjoiUs d'i-

• Un roi qui fait une niche à sou ministre en se frotunl les mains, et qui appelle cela lui donner un petit tire-laisse, et n'est plus du Louis XIV. En écrivant, comme eu agissaot, Louis XV s'est classé. Son style est de l'homme même : il trahit la paresse et un sans-géne excessif. C'est le ton d'un roi qui se laisse aller. •

Il est à propos de dire ici que Louis XV n'a jamais eu aucunes relations avec les principaux écrivains de son temps; il avait pour les gens de lettres une sorte de mépris, et ne voulut jamais voir tout cela, comme il les appelait.

' Corrtipoiuianci dt LotUa XV if <f» marft^al di Noailtet, publié* ft M. Camilla Rouseet, i vol. ia-ë".

* Nouveaux IvnJU, X, 131.

' Le secoQd fils du maréchal.

* Le miaisue des affairea élranpères.

' AocieD terme familier, empruntd d'ua certain jau, et qui sa dit quand UD bomme Tient i Stre frustré ù l'improviBle d'un* choce qu'il eniTail >» pouvoir lui manquer {Diclioxaairi di Lillr^.

SUITE DU BÈGNE DE lIABAlfE DE POMPADOUR 455

En 4752, Louis XV établit, avec Taide du comte de Broglie, un ministère des Affaires étrangères, qui dura vingt ans, soigneusement caché à tout le monde. Le Roi se passa l*étrange fantaisie d*avoir à la fois, pendant ces vingt aimées, deux ministères en exercice : Tun public et actif, dirigé surtout par K^ de Pompadour, Tautre secret et consultatif, dirigé en apparence par lui, en réalité par le comte de Broglie, chef de cette diplomatie occulte ^ En toute circonstance le gouvernement secret contrecarra ou gêna le gouvernement ofâ<* ciel, et ne sut rien faire'.

Sn 4758, au mois de juin, le prince Xavier de Saxe, comte de Lusace, frère de la Dauphine, vint à Versailles *.

Sn 4759, au plus fort de la guerre de Sept-Ans, la détresse du Trésor est telle, que le Roi ne paye plus ses domestiques, les gens de rScurie, l'équipage de chasse. Il est forcé de vendre sa vaisselle*.

A répoque où nous sommes arrivés, c*était la mode, au cbftteau, de s^amuser à imprimer des livres '.

Plusieurs imprimeries princières ou particulières (turent établies temporairement au château de Versailles. En 1758, la Dauphine débute : élévations de cosur à Notre- Seigneur Jésus-Christ, imprimé de la main de Madame la Dauphine, 1758, in-16. Cet opuscule fût exécuté sous la direction de Ch.-J.-B. Delespine, ancien imprimeur dn Roi, alors huissier du cabinet de la princesse.

he duc de Bourgogne, frère aîné de Louis XVI, veut avoir son imprimerie à lui ; il fait venir de Paris un membre du syndicat des imprimeurs, nommé Philippe Vincent, et donne : Prières à Fusaçe des Enfants de France, Versailles, de rimprimerio de Mgr le doc de Bourgogne, 1750, in>12.

11"^ de Pompadour ne pouvoit rester en arrière ; elle veut avoii

*■ Lm agents principaaz fiireot la chevalier d'Bon, M de Breteuil, M. de Saini-Prieet, le priace de Conty, MM. Tercier, Durand, Hannio, !• général Dumooriez, eUs.

* Voir : Correspondance uerèie inéditt â% Louis XV tur la politique dhmmgirê^ publiée par Boutaric, 2 vol. io-8®. — Le toeret du Rai. Corres» pomdmnee de Louis XV avec ses agents diplomatiques, par le dac db Bro» •L», 2 vol. in-S.

* Barbibb, VII, 58.

* Barbibr, VII, SOO.

' Ba 1718, Louia XV avait déjà rédigé un livre de géograpliia. Cours des principaux fleuves et rivières de VSurope, ei l'avait imprimé dans Fimprimerie particnlière du cabinet du Roi, alors dirigé par GoUombat.

aussi sa petite imprimerie, comme elle avoit déjii son alelier de grarurc. Tout la monde con&olt Rodogunt, prineeue des Parlhei, tragédie, au Nord, 1160, iu— *", ayec une calampo on lêle. gra»*c par les belles maina de ta favorite, bous les yeux de Bouclier, et arec l'aide de Cars *.

Eulia, aprËs la murt de son D'ère, Louis, dcveou Dauphin, eg raison de aou goût el de ses singuiièrea aptitudes pour les iris mâcauiquûs, ae mit également à l'imprimerie, et, en 1766, il imprima et publia : Maximes morales et pùtiliquet tirées de TéUmapt, imprimées par Louis-Auguste Dauphin, k Versailles, de l'imprîmerà de Mgr leDaupliia, dirigée par &.-M. Lottin, KeS, pet. iD-8°*.

Il existait aussi à Versailles uoe imprimerie du Cabinet du Roi, sur laquelle l'Encyclopédie' donne quelijues détails- Les imprimeurs ordiDsirea libraires du Rot furent créés par Louis XIII en <630, pour exécuter les travaux d'impression des Ëdits, ordonusDces, rùglemeots et déclarations des rois de France ; ils étaient de ses ofliciers domestiques, des conmensaus de sa maison, avec altrîbutious de gages. Il a';ea avait [que deux, dont l'un avait, depuis 1719, le titre additionnel do préposé à la conduite de Vimprinierie du coitiut dt Sa Majesté.

Eu t76i, les préliminaires de la paix furent si^és à Paris avec l'Angleterre, paix honteuse qui lui livra presque toutes nos colonies : Canada, Pays d'en-haut, Ixiuisiane, c'est-à-dire toute l'Amérique septentrionale, l'Inde française, plusieurs Antilles, le Sénégal. L'Angleterre reprenait possession de Port-MahoD et exigeait encore la démolition de DuDkerqae. Mais c'était la fin de la guerre, et c'était tout ce que demao' daient Louis XV et If"* de Pompadour. On célébra des fêtes à Versailles en t'bODneur de cette paix déshonorante.

' • C«lte édiUon n'a pu été composés par M™" de Pompadour, mais »om 8«s ysux, dans bod appartement à Verasllles, pour lui donner une coinaisBancB de l'Imprimerie. • (Catalajiit du litres dt la iMioliifUê dt {*•> M"" la marquiit di Pompadour, Damt du Palais dt la Btiut, Paris. ITtS, ia-S".] — L'exemplaire de M"" de Pompadour, relié «n maroquia à cobpar(imenta. fut vendu 30 livreB 5 sais i 1* vente de W de Pooipadoar, dont )b biblioltèque comprenait 35!S ouvrages, Z3S bellets, opéras, eutates, airs, motels, sonates, 36 ouvrageE à gravures.

* Dicliottnairt dt gécgrapkit ancie»»* tl modernt à l'tangt du Itlrsiri a dt l'amattur dt lierti, par Dkschaupb, Didot, tSTO, ia-S°, col. 13ÎI. — Voir anaai Peiunot, Impriaieriispartieuliiru.

» 17M, in-foUo, VIII, 6».

Bn 4764, le 45 avril, M.^^ de Pompadour mourait à Versailles, Agée seulement de quarante-trois ans. Elle était malade depuis longtemps ; épuisée par l'anémie, elle crachait le sang, avait de terribles palpitations de cœur, et ne pouvait trouver un moment de repos. Jaune, décharnée, elle cachait, à force de blanc et de rouge, les ravages que la maladie imprimait à son visage autrefois si frais et si aimable. La malheureuse femme payait cher la satisfaction d*ètre une sorte de reine de France. Bnfin, dans un voyage de Ghoisy, pendant le mois de mars, le mal fut plus fort que sa volonté^ eUe fut contrainte de garder le lit. Une diminution de la maladie permit de la transporter à Versailles, mais elle n*y arriva que pour mourir bientôt après.

Depuis quelques années, le Roi ne pouvait plus lui donner le revenu qu*elle recevait autrefois; et pour continuer à vivre sur le même pied, elle s*était couverte de dettes. Quand M"** de Pompadour mourut, elle n'avait plus que 37 louis chez elle.

n pleuvait lorsqu'on emporta du château le corps de W^^ de Pompadour pour le transporter à Paris, où l'on devait l'inhumer au couvent des Capucines de la place Vendôme. On dit que Louis XV prononça ces mots : c U^^ la marquise aura aujourd'hui un mauvais temps pour son voyage. » Au même moment la Reine écrivait au président Hénault : t Au reste, il n'est non plus question ici de ce gui n'est plus, que si elle n^avait jamais existé. Voilà le monde, c'est bien la peine de l'aimer *. »

Bn 4765, le Dauphin mourut à Fontainebleau le 20 décembre. Pendant qu'il était malade, Louis XV écrivit au duc de Choiseul une lettre dans laquelle on lit : « Dernière réflexion qui me perce le cœur et que je n'ai confiée à personne, l'état de mon fils ! Il est vrai que dans ce moment il paroi t mieux ;

* M. Le Normaoi cTBtioIIes profita de U mort de ea femme pour se remarier. Il eveit vécu jusqu'alors avee des filles d*Opére ; il épouse Tune dTeUee, M"* Raime, Ou fit sur ce mariage étrange le quatrain suivant :

Pour réparer Miêêriam Que Pompadour cause à la France, Son mari, plein de confiance, Vient d'épouser Bêm fMieam,

mais s'il me manquoitl Je sais ce qu'on peut dire à cela. Mais un enfant I Pe Dde nt bien des années, et quoique je nu porle bieu, c'est d'un bien petit secours. Au moins avec mon fils je suis sûr d'un successeur fait et ferme. El c'est toul, Tis-à-visde la multitude républicaine. ' On ne pouvait voit plus juste.

Bti 1768, le roi de Danemark vint visiter Versailles. Onlt mena à Trianon, à Marly, à la Machine, aux Gobelins, a Sèvres, elc. Il plul à tout le monde par les mots aimables qu'il ne manquailpas de dire loules les fois qu'il en trouvait l'occasion.

Le 24 juin f76S, Marie Leczinska mourait après avoir été malade pendant deux ans ; elle était Sgée de soixantecinq ans. Louis XV, pendant sa maladie, était veou la Toir plusieurs fois chaque jour, et lui avait témolfoé quelque amitié.

En 1770, Madame Louise partit de Versailles pour se Tatrc carmélite à Saint-Denis.

M. du BcaumoDt, arcbcvSquc ôa PoHs, èloit depuis loo^ l^iii[)« le seul dépositaire lîu secret de la vocalion de Madame Louise; die le chargea, le 30 juin 1770, de l'aniioticer au Roi son père, bAd d't*leair son conscotement pour son entrée en icligion. Qoelle fat II BUrprtse du plus sensible des pères, â la nouvelle de cette résolotion d'une fille qui lui ëtoit si chère 1 11 recula de quel<;[ues pas, et dit au vertueux prélat, de ce Ion qui déchire l'ame : « Et c'est TOUS, M. l' archevêque, qui m'apportez une pareille nouvelle? • M. de BeaumoDt, interdit, demeura sans réponse ; et on assure qu'il a avoué depuis que, s'il avoit pu préroir toute la peine que cette nouvelle causa au Roi, jamais il ne se seroit chai^ d'une telle commission. Le Roi ëtoit appuyé sur le dos de son fauteuil, la tête dans ses deux mains, et il ne lui échappoit que ces mots dictés par le sentimonl : « C'est crue!.... c'est cruel I » Enfin ce religieux monarque sacrifie t{)Ute sa tendresse à la religion : < Si Dieu la demande, dit-il, je ne puis pas la lui refuser ; " puis, se touruant vers M. de Beaumont : <• Je répondrai dans quinze

Louis XV accorda la permission, et, le H avril 1770, Madame Louise entrait aux Carmélites, y prenait le nom de

soetir Thérèse de Saint-Augustin et commençait son postulat'; elle prit Thabit le 10 septembre 4770, et le voile le i*^ octobre 4774.

Madame Louise, après avoir revôtu l'habit de Tordre, reçut une ▼isite du Roi son père; le monarque, saisi à Taspect du vêtement de sa fille, lui dit avec tendresse et doideur : « Vous avez donc renoncé à tous vos titres, à tous vos droits ? — Non, mon père, puisque je conserve encore le titre de votre fille et tous mes droits sur votre âme- »

Pendant ce temps Louis XV prenait M"» Dubarry pour maltresse. Mais avant de parler d'elle, il faut achever la triste histoire des scandales du règne de M"^* de Pompadour et perler du Parc-aux-Gerfs.

Quelques écrivains du xvui* siècle mal informés ont donné sar le Parc-aux-Cerfs des détails inexacts et surtout fort exagérés. La vérité sur ce déplorable sujet est déjà assez grave, pour qu'on n*y ajoute rien, et il suffit de présenter les faits dans leur réalité, à Talde des renseignements donnés par le marquis d'Argenson, le duc de Luynes, Tavocat Barbier et Jlm» Dubausset, dont les Mémoires sont absolument dignes

datBL

Possédé du démon de Tennui, Louis XV essayait de se distraire dans de honteux plaisirs. La santé de M'"^' de Pompadour se détruisant peu à peu, le Roi, poussé par la marquise elle-même, chercha ses distractions auprès de c grise ttes », comme le faisaient les courtisans vicieux de son entourage. Les < petites mal tresses », les o amours volages » commencèreai dès 4754. D'Argenson' affirme le fait, sans donner

<eo LE CHATEAU DE VERSAILLES

aucuns détails sur les coTumcacemenls de ces désordres, mais bienlAt ou n'eu aura que trop.

Saint-Evremond disait un jour à la duchesse de Mazarin: ■ L'amour ne fait pas de tort à la réputation des damés; mois le peu de mérite des amants les déshonore. * Celle maxime peu austère peut s'appliquer aux rois. Les amoars de Louis XIV sont pleines de scandales, mais elles ne I'ddI pas déshonoré, et Louis XV s'est avili avec les Pompadour et les Dubarry, et il a perdu son honneur au Parc-eux-CerIs.

De 1750à 175G la conduite de M"*» de Pompadour fui un détestable mélange d'hypocrisie religieuse et de proxénétisme, dont il faut parler pour arriver à l'origine du Parc-aux-Certs.

n II n'y avoit plus alors que de l'amitiô entre elle el \t Boi, » dit M'"' Duhausset '. Mais la marquise entendait rester BU pouvoir et ne voulait pas qu'une nouvelle maîtresse la Qi renvoyer. Elle livra le Boi aux femmes de la Cour, à la seule condition que la nouvelle favorite ne visât pas à devenir une rivale. Le Roi s'adressa d'abord à l'honnèle M""» de Périgonl qui, sans bruit, se retire aussitàt dans sa terre de Chalais. Le belle M'"" de Coislin ne fut pas si difficile, mais elle s'eotendit avec les ennemis de M*"" de Pompadour et essaya delà faire renvoyer'. Ce fut elle que le Roi congédia (1750). La comtesse de Choiseul remplaça bientôt M*"" de Coisliu (lïôl. et plut au Rot par son babil et sa franchise; mais à son tour elle cabala contre la toute-puissante marquise et fut renvoyée* (1733).

Ce fut alors que M'"^ de Pompadour, pour être certaine de ne plus Être menacée par une nouvelle maltresse, commença, avec l'aide de Lebel et de Bachelier, premiers valets de chambre de Louis XV, à jeter au Roi de jeunes Elles sans imporlence, • heeutés inconnues », dont il s'amusait et qu'il changeait à volonté, b en les récompensant quand il les ren- Toyolt, soit pour les marier ou autrement*. * On ne connaît

* Femme de chambre et confidente de II marquise, qui a laissé de trbcurieui mémoires.

' Voiraur l'imperlioence do M°"* de Goifllîn envers M°" do Pompadour les mémoires de Û"" Duhausset, p. 113.

* D'AnOENBON, VII, i8, 43, DO, 361.

' Babbibh.

pas le nom de toutes ces favorites de passage. On sait cependant qu*en février 4753 Louis XV eut pour maîtresse la fille de M»« Trusson S puis celle de la présidente Nicquet de Montpellier, puis d'autres jolies filles de Paris que lui amenait Lebel*.

Lebel était à la fois premier valet de chambre du Roi et concierge du château'. Son logement était situé au reas-dechaussée dePaile du côté de la chapelle^; il se composait de six pièces, que Lebel mettait à la disposition de son maître et de ses petites mal tresses. # Les cabinets du sieur Lebel, dit d'Argenson*, sont le réceptacle de ces mystères plus que jamais ; on y sacrifie à Tamour et au secret ; il y accourt diverses beautés de Paris. •

Suivant l*usage des malfaiteurs, il y eut un nom d'argot pour désigner la chambre de Lebel. Bachelier et Lebel rappelaient le trébuchât, « parce qu*on y prenoit de jeunes oiseaux*. »

. Bn mars 4753, Louis XV eut pendant quinze jours une jeune fille de quatorze ans qui servait de modèle à Boucher, et qu'on acheta 40,000 livres à sa mère qui était pauvre ^ Elle fut remplacée en avril 4753 par la petite Saint-André, trèsjolie fille, nièce d'une coifieuse. c Gela a fait plus de difficulté que les précédentes acquisitions ; mais avec de Targent, on a ébloui la tante revèche, et on a amené la petite fille jeudi dernier à Versailles, après lui avoir fait raccommoder les dents, ravoir baignée et lui avoir fait un trousseau honnête *. » Elle fut logée dans une maison louée au Parc-aux- Cerfs. En même temps on voit paraître la Morphise, dont la faveur dura deux ans.

* Celte M"'* Tnissoo wt-elle la mâme que le femme de chambre de la Deuphine, qae noua avons tq figurer parmi les actricea du théâtre dea petits eabineta?

* D*AROBlfSON, VII, 408, 400.

* A cette époque le concierge est un régisseur et non pas un portier.

* Voir plan n^ 6, R. — Cette aile du chftteau a été rebfttie sons XV par Gabriel.

* D*ABOBifaoN. VIT, 408.

' irABOBifSON, VII, 436, 440.

* D'AnOBicsoif , VII, 4M. 15 avril 1753. — VIII, ».

Manquant de date, je place ici au hasard la Dorothée. C'élail la fille duo porteur d'eau de Strasbourg. Dubany, « le plus mauvais sujet qu'il y eût en France » et qui derait doQDer plus Lard une maîtresse à Louis XV, essayall dés lors de lui en fournir une. Il amena la Dorothée à Compiègne, où était la Cour. Le Hoi la vit au théâtre st fut aussitât séduii par sa merveilleuse beauté. Mais Lebcl, " pour l'acquit de sa conscience >>, éveilla les soupçons de son maître et lui dii: 1 Votre Majesté ne guérit pas de cela comme des écroueIles,> La protégée de Duharry fut évincée'.

Mais revenons ù M"-" de Pompadour et voyons ce qu'elle faisait pendant ce temps. Ayant obtenu uti tabouret,^ mettait en conséquence un manteau ducal à ses armes ei ein housses de son carrosse, s'asseyait comme les duchesses, et voulait Être dame du palais de la Reine. Cette place devait lui donner une situation régulière et assurée à la Cour, et lui servir à conserver sa position politique, car en réalité elle était une sorte de premier ministre, et tenait avanltoaio diriger les affaires de l'Etat. La Reine s'y opposa, alléguant qu'elle ne pouvait avoir pour dame du palais une femme séparée de son mari, et qui ne pouvait s'approcher des autels pour y r-;cevoir la commuuîou.

llmo ((e Pompadour se mit à l'œuvre pour résoudre le problème, et, avec le temps elle parvint à triompher de tous les obstacles. Elle se jeta dans la dévotion et prit pour confesseur un jésuite, le P. de Sacy, qu'elle voyait souvent ; elle affectai! de se conduire d'après ses conseils. On perlait tout haut de la cessation de tout commerce avec le Roi. La marquise prétendait avoir fait depuis la mort de sa fille de sérieuses réttesions. Elle s'occupait de son salut, dit le duc de Luynes', elle priait Dieu longtemps dans la journée ; elle assistait aui offices de l'Eglise avec piété. Mais le confesseur refusaii l'absolution. Four la donner, il exigeait que la marquise retournât auprès de son mari. Malgré les assurances que sa pénitente lui donnait sur l'honnêteté de sa vie, il souleuaii avec raison que sa présence seule à la Cour était un scandale

LES PETITES liAITRESSES 463

La lutte fut longue ; le confesseur tint bon, la marquise aussi ; elle voulait rester à la Cour. Les courtisans se partagèrent en deux camps. Les uns disaient que M"^« de Pompadour devait se retirer, si elle se repentait réellement de sa conduite passée ; les autres croyaient qu'elle devait rester, parce que sa conversion pouvait agir sur l'esprit du Roi et le ramener à une vie plus chrétienne. Elle donna tort à tout le monde, resta et ne se convertit point.

Il y avait quatre ans que ces débats duraient. Le 6 février 4756, la marquise fut nommée dame du palais de la Reine. Pour arriver à ce résultat, M"**' de Pompadour avait feint de vouloir se retirer ; elle avait écrit à son mari pour lui demander pardon de sa conduite et le prier de vouloir bien la reprendre, En même temps, M. de Soubise, Tun de ses amis, qui eût mieux fait d'apprendre son métier de général que de se mêler à de pareilles intrigues, alla prévenir le mari que, s'il agréait la demande de sa femme, il désobligerait le Roi. M. Le Normant d'Ëtiolles n'avait nulle envie de reprendre la marquise; il s'empressa d'obliger le Roi, et la lui laissa.

Après le refus du mari, la pauvre reine n'avait plus d'objection à faire, n'osant pas dire la vraie raison de sa répugnance, qui eût été un blâme de la conduite du Roi. Elle céda ; mais le P. de Sacy persista à refuser l'absolution à la marquise. On se passa de ce directeur incommode ; M"** de Pompadour trouva un prêtre complaisant, communia et fut nommée dame du palais. Elle cessa dès lors de faire la dévote, quitta les confesseurs, continua à diriger les affaires du royaume, en même temps qu'elle était la « surintendante du Paro-aux-Gerfs' », et disait hautement que TEtat lui avait obligation de ce qu'elle faisait*. Beaucoup de gens trouvaient cependant qu'il était scandaleux de voir la fille d\m drôle condamné à être pendu pour concussion, devenir une des dames de la Reine '.

Pendant ce temps, une des maîtresses du Roi fut Marie-

* M"^ Duhanssei nous apprend que c'est ainsi qu'on l'iippelait.

* ITAiiOBHSOif, VII, 457.

* D'Arokison, IX, 198.

Louise O'Murphy, OU, comme on disait alors, la Uorphise, figée de seize ans et d'uue rare beauté. Sa condition était des plus humbles. Son père, ancien soldat irlandais, plus tard on prétendit qu'il avait été officier, exerçait l'état de cordonnier; sa môre était revendeuse à la toilette; elle-mÈme iTBTailIait chez une couturière qui spéculait volontiers sur tes charmes de ses ouvrières. Lebel donna 100 louis à 11 couturière, 1000 écus à la mère, qui, dit-on, avait déjà fait argent de son autre fille. La Uorphise fut amenée à Versailles et plut beaucoup au Roi, qui lui donna une maisoi au Parc-aux-Cerfs, avec une femme de chambre, une cuisinière, deux laquais et une gouvernante chargée de garder U I grisetle •'.

Le Roi faisait venir la Morphise au chSleau, où elle avait un logement', et la montrait à l'un do ses compagnons, le doc d'Ayen, « ce qui lui donna un grand air de faveur; » aussi racontail-il volontiers la chose. Les ministres ne parlaient d« la Morphise qu'avec respect. Elle eut trois enfants du Roi; elle accoucha d'une fille à Paris, en juillet 1754*; on mit l'eafautdans un couvent; le Roi paya sa pension et lui assun 8000 livres de rente viagère. La Cour était alors à Compiègne : « On prc^tnud, ilil le dm' rie Ltiyncs, que la place qui est vacante pendant ce temps est remplie par une autre à Compiëgne. »

Le goût du Roi devenant de plus en plus vif pour Morphise, les ennemis de M"" de Pompadour voulurent s'en servir pour faire chasser la marquise. Préparée à son nouveau rôle par la maréchale d'Bstrées, Morphise demanda au Roi comment se portait « sa vieille >. Aussitôt la maréchale fut exilée, Il Morphise mariée et renvoyée {1756). On trouva un officier du régiment de Beau7oisis qui consentit à épouser la Morphise. « jam utero laborans >, moyennant 50,000 livres ; on donnait aussi à sa femme 300,000 livres de dot et un trousseau magnifique*. Ce furent MM. de Soubise et de Lujac, colonel

' D'Ahoihbon, vit. ko, m, iK ; VIIT, It.

* D'Abobnbok, VIII. 3.

' LuYNBB. XIH. *3Si XV, SIS.

' Ldtnb*, XV, 32S.

de Beauvoisis, grands amis de la marquise, qui firent ce mariage '.

La Morphise fut remplacée par sa sœur, Marie-Brigitte, qui avait dix-sept ans. « C'est un goût de notre monarque, dit d*Argenson % d'aller ainsi de sœur en sœur. » Il passa ensuite à d'autres. En janvier 4756, il est question d'une M^^* Fouquet, fille d'une coifieuse ; elle était très-jolie et spirituelle, et cepoidant elle ne parait pas avoir plu longtemps à Louis XV, qui la maria assez mal et ne lui donna que 40,000 livres'. En février, on lit dans le duc de Luynes : « Des deux maîtresses que le Roi a actuellement, il y en a une qui peint fort bien et qui a peint le Roi ; celle-là est grosse. L'autre s'appelle Robert ; c'est une fille extrêmement jolie, qui a de l'esprit et qui est fort bien élevée. Il y en a une qui demeure au Parcaux-Cerfs et l'autre dans le château. »

« n y avoit ici, dit le duc de Luynes en 4757 \ un appartement dans les cabinets destiné aux maîtresses particulières du Roi; il est démeublé depuis deux ou trois jours. » Damiens venait de blesser Louis XV, qui avait renoncé pour un moment à ses habitudes dépravées.

L*appartement, d'après M^^ Duhausset *, était dans le haut du château, du côté de la chapelle, c'est-à-dire dans Tattique Richelieu, et se composait de deux chambres, qui existent encore et que nous avons retrouvées *.

Le Roi y arrivait par le balcon de la cour des Cerfs ^, et Tescalier des petits appartements. Parvenu à l'avant-dernier palier de cet escalier (4), en suivant sa marche sur le plan

' La Iforphiflê se maria trois fois et mourut en 1814 (voir la Oén€alo$%ê de la wMUwa dû Bourbon, par L. Dussisnx, p. 108.

* D'AnoBifsoK, IX, 15», 170. — LuTKBs, XV, 325.

* XVI, Ml. 15 janvier 1757.

* Mdmoiret, p. 106.

* La disposition actuelle, qui est encore celle du temps de Louis XV, eai toute différente sur le plan que Dubois a fait, en 1732, du second étage da château. Il est donc certain que Tappartement des petites maîtresses a éHé fait pour elles. — Voir notre plan n® 10.

* L'appiartement du Roi avait cinq sorties sur ce balcon : Tune débouchait de TalcOve même de sa chambre et était fermée par une grille. Le Roi pooTait aussi gagner l'escalier des petits appariemenis, C, qu'on appelle aujourd'hui l'esealisr de la forge^ par la salle du conseil (125) et le cabinet a (▼oir le plan n® 9).

LE CHATE4n DE VERSAILLES H" 10, Dous lo voyous entrer dans ooe petite chambre {%), où se trouvent de grandes armoires; tournant à droite, il emvait UB long corridor (3} éclairé par sept fenêtres sur la cour des Cerfs", puis entrait par la porte i, qui existe encûre, dans un grand carré (3), sur lequel s'ouvrait la part« (() de l'appartement*.

L'appartement des petites maîtresses se compose de deux pièces élégantes (1 et 8) et do dépendances situées à côté U chambre à coucher (7) est la mieux décorée ; on y trouve uoe alcôve avec deux petits cabinets. La corniche, les lambris, le couronnement de l'alcùve sont orui^s de sculptures du plus joli style, mais qui n'ont jamais été dorées. Toute la chambra est peinte en gris. La fenêtre B, d'où l'on a la plus belle vue, donne sur le parterre du Nord, et sa terrasse occupe l'avantcorps central de la façade septentrionale du principal corps du château.

Le service de cet appartement se faisait par l'escalier designé actuellement sous le n" 17, et qui débouche près du vestibule de l'oncien escalier des Ambassadeurs.

Malgré les petites maltresses, il est encore question, de temps en temps, de quelques femmes do la Cour comme mal- Iressps du Roi, ou dont le Roi est i^j.ris : en l'iJvriur 175-j, duchesse de Broglie ', — en août (755, M™ d'Estrades, qui «*t disgraciée ', — en janvier 175S, M'°' de Cambis, très-bien fei^^ mais pas jolie; elle vient de se marier, ne veut pas consommer le mariage, vient logerchez U™ de Pompadour, pendant que le mari se retire à la campagne*, — If"* de Noé, en février 1756, et M""" de Coëtquen, en janvier 1757 *. Toutes out-elles

' Ce corridor ■ élâ détruit quand U. Quest«l ■ dâtnoli U qualriènt étage de U cour des Ceifs. Il • été remplacé put la rampant du Uôl Aujourd'hui ou arrive • U poclc 0 par un couloir «ondire (3 Ut] <}ui aune sur la chambre î et débouche directemeut sur la carré 5.

* Notre plan, n" \0, eil extrait d'uD plan maDuicritda I81S apparteunl i H. Faiier pars. Noua STons marqué ea blanc les paitiea qui la raltacbut i la deecription que nous TeDons de faire ; le reUe de L'étage qui ne doiu intéressa pas est en partie haché. Le* partie* en teinlea grisa* mdI la VDUB9urB9 de la galerie des Glacea (B) et du mIob de la Onora (lO).

' D'Aroknson, VMI, *», «0.

' Idem. IX. M. 39.

' Idim. iX, 1fll, 17».

' Idtm, IX, 199, 3T8.

LES FBTITES MAITRESSES 467

été les maliresses du Roi, on ne le sait pas, mais elles ont passé pour ravoir été ou pour avoir été proposées.

n faut maintenant sortir du chftteau et aller dans le nouveau quartier de Versailles, construit sur remplacement de l'ancien Paro^ux-Cerfs de Louis XIII et qui en avait conservé le nom. Nous y trouverons une ou deux maisons apparte* nant à Louis XV, dans lesquelles on logeait les petites maltresses qui ne demeuraient pas au château.

Dès 1753, Louis XV avait une maison dans le Parc^aux- Cerfs, où demeura la Morphise, mais on ne sait pas où elle était située. Bn 47S5, il devint possesseur d*une nouvelle maison dans le Parc-aux-Cerfs, rue Saint-Médéric, n<> 4 ^ Il le fit acheter en secret par un huissier au Ghûtelet de Paris, nommé Vallet*.

n n*y avait d'ordinaire qu\ine maîtresse, quelquefois deux» dans les diverses maisons du Parc-aux-Gerfs. Louis XV j allait à Toccasion ; plus souvent on lui amenait la grisette au château, et il disparaissait chaque jour quelques heures sans qu^on sût ce qu*il était devenu*. Le cas échéant, M<n« de Pom« padour mettait son ermitage de la rue Maurepas à la disposition de S. M., et M^^^ de Gharolais, sa maison de la Meutte.

liais outre les maisons où demeuraient les petites maîtresses, il y en avait d'autres pour les accouchements. LXine d'elles était située avenue de Saint-Gloud^.

Le personnel occupé au service des plaisirs secrets du Hoi se composait de M°^ de Pompadour, surintendante, de Bachelier« de Lehel, d'une M"** Bertrand, qui était chargée, soos le titre de gouvernante, de la garde des pensionnaires,

' La nraiion de Louis XV n'existe plus aujourd'hui ; elle a été rebâtie et •Bl Zmwuùib «a petit hôtel. II. Ch. Vatel, qui a tu le plan de l'ancienne mehiw. b'« «aearé qu'il n'y ayait place que pour une maltresse.

' Pour les détails relatifs i Tachât de cette maison, voir Lb Roi, II, tSS. — - Louis XV revendit cette maison en 1771 au prix de 20, 000 livres et non

rde 40,000, somme le dit M. Le Roi. (Renseignement eommuniqué par du Vat^ qui a fourni 4 M. Le Roi tous les documenta relatifs 4 wita

* D'AneiHsoii, Vil, 439.

* M. Le Roi dit, mais sans preuve, que cette maison était située sur i'emplaeement de la villa Moricet, au csrrefour de Montreuil (II, 400). liais alors ravenoa de Saint-Cloud n'allait pas Jusque-là ; die s'arrêtait à une iMrrièare établie 4 la hauteur de la rue de Provenoa.

de Guimard, l'un des garçons bleus, de M™= Dubausset, première femme de chambre de M'"* de Pompadour, qui à l'occasioD assistait aux couches et faisait baptiser l'enfanii 6s nourrices, gardes-malades, valets et servantes de confiance. On avait organisé aussi un service spécial pour les pensions et les dois destinées aux enfants et aux mères. Celle caisse fonclionnail avec ordre et répartissail entre les eafanls survivants led pensions de ceux qui mouraient. Il y avait des londs pour payer les jeunes filles aux parents qui les livraient à Le Bel, quand le Roi, après avoir vu leur portrait, les acceptait. Toutes ces dépenses se faisaient à l'aide des acquits à caution, c'est-â-dire de sommes délivrées au irésur royal sur la simple signature du Roi, sans qu'il fût fait mention de l'objet de leur destination. La Cour des Comptes, pas plus que le ministre, n'avait d'observation à faire sur cette nature do dépenses.

Le nombre des bîilardsde Louis XV est d'environ vingtcinq ou trente. Ou cite sept ou huit enfants morts en bas-âge, l'abbé de Bourbon, un M. de Bourbon-Créqui, Benoit le Duc, abbé de Saint-Martin do Paris, Auguste, abbé d'Adouvilie, Langlois de Villepaille, êcuyer cavalcadour, le comédien d'Orvigny, cinq filles protégées plus lard par Mt-sdames fille; de Louis XV, M"" de Saint-André, une fille de la Morphise mariée à un personnage important, sans parler de quelques enfants dont Louis XV avait Sxé l'état en marianl leur mère dès que la grossesse était constatée, et en couvrant ainsi leur naissance du pavillon marital au moyen d'une forte dot, comme la cbose se passa pour la Morphise '.

On enlevait aux filles devenues mères leurs enfants pour les élever secrètement dans un collège ou dans un couvent, et on leur faisait croire que leur enfant était mort. Aux enfants, on disait qu'ils étaient les fils de riches Américains qui les avaient envoyés en France pour y faire leur éducation.

Le Boi se faisait passer auprès de ses petites maîtresses pour un seigneur polonais; on l'appelait M. le Comte. Sa générosité et sa belle mine plaisaient à toutes.

' L. Ddbsibui, Oéit/alojit i* la mmwk it B«tirtn, p. tOt, où Im

•ouiccB sont indiquâes.

Mais il faut entendre maintenant M^« Duhausset :

Madame ' me fit appeler un jour et entrer dans son cabinet où étoit le Roi^ qui se promenoit d*un air sérieux. « Il faut, me ditelle, que vous alliez passer quelques jours à Tayenue de Saint- Cloud, dans une maison où je vous ferai conduire; vous trouverez là une jeune personne prête à accoucher. » Le Roi ne disoit rien, et j*étoi8 muette d*étonnement. « Vous serez la maltresse de la maison et présiderez, comme une déesse de la Fable, à Taccouchement. On a besoin de vous pour que tout se passe suivant la yolonté du Roi et secrètement. Vous assisterez au baptême et indignerez les noms du père et de la mère. » Le Roi se mit à rire et dit : « Le père est un très-honnête homme. » Madame ajouta : « Aimé de tout le monde et adoré de tous ceux qui le connoissent. » Madame 8*ayança vers une petite armoire et en tira une petite botte qu'elle ouvrit. Elle en sortit une aigrette de diamant, en disant au Roi : « Je n*ai pas voulu, et pour cause, qu'elle fùt plus belle. — - Elle l'est encore trop, » et U embrassa Madame en disant : « Que TOUS êtes bonne ! » Elle pleura d'attendrissement, et mettant la main sur le cœur du Roi : « C'est là que j'en veux, » dit-elle. Les larmes vinrent aussi aux yeux du Roi, et je me mis aussi à pleurer, sans trop savoir pourquoi. Ensuite, il me dit : « Guimard vous Terra tous les jours pour vous aider et vous conseiller ; et au grand moment vous le ferez avertir de se rendre auprès de vous. Mais nous ne parlons pas du parrain et de la marraine ; vous les annoncerez comme devant arriver, et un moment après, vous aurez l'air de recevoir une lettre qui vous apprendra qu'ils ne peuvent venir. Alors vous ferez semblant d'être embarrassée, et Guimard dira : « Il n'y a qu'à prendre les premiers venus ; » et vous prendrez la ser- Tante de la maison, et un pauvre ou un porteur de chaises, et ne leur donnerez que douze francs pour ne pas attirer l'attention. — Un louis, ajouta Madame, pour ne pas faire d'effet dans un autre sens.... Guimard, dit le Roi, vous dira les noms du père et de la mère. Il assistera à la cérémonie qui doit être le soir, et donnera les dragées. Il est bien juste que vous ayez les vôtres, et il tira 50 louis qu'il me remit de cette mine gracieuse qu'il savoit prendre dans l'occasion et que n'a voit personne autre que lui dans son royaume. Je lui baisai la main en pleurant. « Vous aurez soin de l'accouchée, n'est-ce pas ? C'est une très-bonne enfant, qui n'a pas inventé la poudre, et je m'en fie à vous pour la discrétion ; mon chancelier vous dira le reste, » dit-il en se tournant vers Madame, et il sortit. « Eh bien, comment trouvez-vous mon rôle, dit-elle? — D'une femme supérieure et d'une excellente amie, lui dis-je. — C'est à son cœur que j'en veux, me dit-elle, et toutes ces petites filles qui n'ont point d'éducation, ne me l'enlèveront pas. Je ne se*

« If "^e aa Pompadoar.

470 l£ CHAIXAU DE VERSAILLES

rois pas aussi tranquille, si j« Tojois quelque jolio femme 4e U Cour et de la villts ttinler sa conquête. > Je demandai fa Madame si !■ jeune personae savait que c'était le Roi qui éloit le pèi«. • Je ne le crois pas, dit-elle, mais comms il a paru aimer celle-ci. ta i craint qu'on ne se soil trop empressé de le lui apprendre ; sans mIi on dit à elle et aux autres, dit-HjUa en levant les épaules, que t'ttt an seigneur polonais, parent de la Heine et qui a un apparleuKOI au cliSteau. Cela a été imaginé û cause du cordou bleu que U Roi n'a pas souvent le temps de quitter, parce qu'il Ibudroil ehaaffi d'babit, et pour donner une raison de ce qu'il ■ un logement n cbdlcau si prbs du Roi.

C'Aloient deui petites chambres du cOlâ de U chapelle. oiîV Roi se rendoit de son appartament, sans Sire vo que d'une leatinelle qui avoit sesordrea, et qui ne savolt pas qui passoit par cA eodroit. Le Roi alloil quelquefois au Paro-aux- Cerfs, ou reeerali ces demoiselleB à l'appartement dont j'ai parlé.

Je m'arrête ici pour faire mention d'une singulière aventure cpû n'est sue que de six ou sept personnes, maîtres ou valets. Dam l« temps de l'assassinat du Roi, une jeune SUe, qu'il aroil vue plo- «ieurt [ois, et h qui il avoit marqua plus de teodresee qu'i nu entre, se déaespéroil de cet afTrcux événement. Le mëre abbesae, car ou pouToit appeler ainsi celle qui avait l'intendance do Pvo- Bux-Cer&, s'aperçut de la douleur exlraordinaire qu'elle Itooignolt, et ât si bien qu'elle lui lit avouer qu'elle savoît que leici* gneur poLunais était le roi ùa France. Elle avoua mGnie qo'aUt avait rouillé dans ses poche?, et qu'elle en avoit tiré deux IcItnM, dont l'une éloit du roi d'Espagne, et l'autre de l'abbé de Broplie. C'est ce que l'on a su depuis, car ni elle, ni l'abbesse ne savoient les noms. La jeune lllle lut grondée, et on appela U. Le Bd, premier valet de chambre, qui ordonnoit de tout, et qui prit les letlrt* et les porta au Roi, qui [ut fort embarrassé pour reroir une per^ sonne si bien instruite.

Celle dont je parle s'étant aperçue que le Roi venoit voir sa Mmarade secrètement, tandis qu'elle étoit délaissée, guetta l'arrÎTie du Roi, et au moment où il entroit, précédé de l'abbesse qui devoit se retirer, elle entra précipitamment et furieuse dans la chambre ob étoit sa rivale. Bile se jeta aux genoux du Roi. « Oui, vous êtes le roi de tout le roj'aume, crloit-elle ; mais ce ne seroit rien pool moi si vous ne l'étiez pas de mon cœur; ne m'abaudonnca pas, mon cher Sire ; j'ai pensé devenir folle quand on a manqué de voua tuer. » L'abbesse crioit ; « Vous l'êtes encore. » Le Roi l'enibrassa, et cela parut la calmer. On parvint à la taira sortir, tt quelques jours après on conduisit cette malheureuse dans une pension de folles, où elle rut traitée comme telle pendant quelques jours. Mais elle savoit bien qu'elle ne l'étoît pas, et que le Roi avoit été bien véritablement son amaul. Ce lamentable accident m'a été raconté par l'abbesse, lorsque J'ai eu quelque relation arec

LES PETITES BCAITRESSES 471

eUe lors àé l'aoooiichement dont il est question, mais je n*en ai Jamais eu ni avant ai depuis.

Je retiens donc à mon histoire.

Hadune me dit : « Tenez compagnie à l*accoucbée, pour empd- <âier qu'aucun étranger ne lui parle, pas môme les gens de la maiaoD. Vous direz toujours que c^est un seigneur polonais fort riche, ei qui se cache à cause de la Reine, sa parente, qui est fort dévote. Vous trouverez, dans la maison, une nourrice à qui Tenfànt sera remis, et tout le reste regarde Guimard. Vous irez à Téglise comme léBfeoin ; et il fondra foire les choses conmie le ferolt un bon bour^ geois. On croit que la demoiselle accouchera dans cinq ou six Jours ; vous dtnerez avec elle et ne la quitterez pas jusqu'au mo- OMOt où elle sera en état de retourner au Parc-aux-Cerfo, ce qui, Ja Bi^pose, sera dans une quinzaine de jours, sans qu'elle coure ancon risque. »

Je me rendis le soir même à l'avenue de Saint-Gloud, où je trouvai l'abbesse et Guimard, garçon du château, mais sans son habit bleu. Il y avoit de plus ime garde, une nourrice, deux vieux domestiques, et une fille moitié servante, moitié femme de chambre. La jeune fille étoit de la plus jolie figure, mise fort élégamment, mais sans rien de trop marquant. Je soupai avec elle et avec l'abl^esae, qui s'appeloit Madame Bertrand. J'avois remis l'aigrette de Madame avant le souper, ce qui avoit causé la plus grande joie à la demoiselle, et elle fût fort gaie. Madame Bertrand avoit été femme de charge chez M. Lebel, premier valet de chambre du Roi, qui l'appeloit Dominique, et elle étoit son confidentissime. La demoiselle causa avec nous après le souper et me parut fort naïve. Le lendemain j'eus une conversation particulière et elle me dit : « Comment se porte M. le Comte ? » C'étoit le Roi qu'elle appeloit ainsi, «n sera bien fftché de n'être pas auprès de moi, me dit-elle, mais il a été obligé de faire un assez long voyage. » Je fus de son avis. « C'est un bien bel honmie, me dit-elle, et il m'aime de tout son cœur, il m'a promis des rentes, mais je l'aime sans intérêt, et s'il vouloit, je le suivrois dans sa Pologne. » Elle me parla ensuite de ses parens et de M. Lebel, qu'elle connoissoit sous le nom de Durand. « Ma mère, me dit-elle, étoit une grosse épicière-drogoiste, et mon père n'étoit pas un homme de rien, ajouta-t-elle, il éloit des six corps, et c'est, comme tout le monde le sait, ce qu'il y a de mieux ; enfin, il avoit pensé deux fois être échevin. » Sa mère avoit, après la mort de son père, essuyé des banqueroutes; mais monsieur le Comte étoit venu à son secours et lui avoit donné un contrat de 1500 livres de rente et 6000 francs d'argent comptant. Six jours après elle accoucha, et on lui dit, suivant mes instructîona, que c'étoit une fille, quoique ce fût un garçon, et bientôt après on devoit lui dire que son enfant étoit mort, pour qu'il ne restât aucune trace de son existence pendant un certain temps ; ensuite on le remettroit à la mère. Le Roi donnoit dix ou douze

i'.'i LE CE-iTEAl] DE VERSAILLES

mille livres de rente â cbacuD do ses envols. Ils héritoictit tes mudes autres, à mesure qu'il en mouroit, et il y en avoît déjà sept ou huit de mort. Je revins trouver Madame, à qui j'avois écrit tous les jours par Guimard. Le lendemain le Roi mo fit dire d'entrer : Il ne médit pas une parole sur ce que j'avois fait, mais me remit tme labalii?re d'or, Tort grande, où éioieat deui rouleaux de Tingt-dnq louis chacpjc. Je lui fis ma révérence et m'en allai. Madame me El beaucoup de questions sur la demoiselle et rioit beaucoup de i^ naïvetés et do tout ce qu'elle m'avoit dit du soigneur polonais. ' D est dégoûté de la princesse et je crois qu'il partira dans deuxmoii pour toujours pour sa Pologne. — Bt la demoiselle, lui dis-je? - On la mariera, me dit-elle, on province, avec une dot de 40.000 écus au plus, et quelques diamants. « Cette petite avonlure quime mettait dans la confidence du Roi, loin de me procurer plus de marques de bonté de sa part, sembla le reiroidir pour moi, psrcp qu'il étoit houleux qucje fusse instruite de ses amours obscure. Il étoit aussi embarrassé des services que lui rendoil Madame.

Outre ses petites mallresscs du Parc-aui-Certe. le Roi bïoîI quelqucloia des aventures avec des dames de Paris....

Depuis 1757 nous ne savons plus rien sur le Parc-am-Cerfs que par Barbier. Les mémoires de d'Argenson et le journal du duc de Luynes sont arrêtés par la mort de leurs auteurs. Cependant les désordres se continuèrent jusqu'à la mort de M™" de Pompadour (176i)et le commencement delà faveur de M""" Dubarry (1768).

M"" de Romans appartient à cette dernière période. Anne Couppier de Romans, d'une bonne famille parlementaire, était de Grenoble. Elle y vivait avec sa tante. M""" Morin, qui l'amena à Paris, en 1761, chez une M""* Vemier, sa sœur probablement, qui logeait à côté du Palais-Royal, et don- ' noit à jouer à gens comme il faut'. >

• Cette jeune et belle personne avait alors dix-sept ans. Sa peau de satin était d'une blancbeur éblouissante que relevait encore une magnifique chevelure noire. Les traits de sou visage étaient d'une régularité parfaite, son teint était légèrement coloré ; ses yeux noirs bien fendus avaient à la fois te plus vif éclat et la plus grande douceur ; elle avait les sourcils bien arqués, la bouche petite, les dents régulières et bien placées avec un émail de perles, et les lèvres d'un rose tendre sur

' Bu(B[BR, VII, 4SS.

lesipielles reposait le sourire de la grâce et de la pudeur... sa goi^e était bien formée et n^excédait en rien les belles proportions. La mode et Téducation ravalent habituée à la laisser voir à moitié.avec la même innocence qu'elle laissait voir à tout le monde sa main blanche et potelée, ou ses joues où rincamat de la rose se mariait à la blancheur des lys ^ »

« La demoiselle, dit Barbier, n*a pas voulu aller loger au Paro-aux-Gerfs, où il y avoit eu des filles de basse condition, et elle a fait son marché d'une autre façon. La première connoissÀnce s*est faite dans les jardins de Marly '. Le Roi lui a loué une maison à Passy, d'où elle se rend à Versailles dans un carrosse à six chevaux qu'on lui envoie.... Comme elle a beaucoup d'esprit, on croit que cela pourroit inquiéter M^^ la marquise de Pompadour, et que celle-ci pourroit peut-élre obtenir le titre de maîtresse. On en parle depuis longtemps à Paris ; mais comme c'est chose indifférente pour l'Etat, il n'y a rien de bien éclairci sur ces faits, et l'on en parle différemment. *

U}^ de Romans donna un fils à Louis XV, le 43 janvier 176!!, Tabbé de Bourbon, le seul des bâtards du Roi qui ait été reconnu. Barbier nous apprend que M^'** de Romans avait déclaré à Louis XV que cet enfant lui était trop cher pour le laisser aller en nourrice, et qu'elle voulait le nourrir ellemême. < Gela n'est pas maladroit, » ajoute- tril.

Lee marché » du Roi avec W^^ de Romans s'était fait à llnsu de M^** de Pompadour, à qui cette favorite donnait de vives inquiétudes. Elle dominait le Roi ; elle allait promener au bois de Boulogne son fils qu'elle portait dans une corbeille « toute chamarrée des plus belles dentelles ; » elle s'asseyait sur l*herbe et donnait à tèter à Tenfant. M"'*' de Pompadour eut un jour la curiosité d'aller la voir. Mais on peut lire dans les Mémoires de M™* Duhausset * le piquant récit de cette expédition.

Plus tard, W^^ de Romans se maria et devint M"*<> de Cavanac.

* Mémoires dt Coionova.

* M"** Campan (IIl, 29) raconte autrement la première entrevue; nous eroTooe qu'elle est dans l'erreur.

* Page 2t4.

474 tE CHATEAU BE VERSAILLES

Nous avons âéjà dit que ces scandales cessëreoi avec li Taveur de M"" Dubany. Louis XV vendît sa aiafsoo de la rat

Saint-Médéric en 1771.

El l'on e'étonoe des révolutions qui vîMinent boulCTerser les royaumes, quand ceux qui les gouvernent doanemdi' pareils exemples et avilissent ainsi l'aulorité qu'ils diseni tenir de Dieu, oubliant la malédiction do la Bible contre le^ grands coupables :

L'Ëtcmcl esl IcdL à la colère et riche en bonté ; il pardonne riDiqiiitâ et la rébellion, mais II ne tient point le coupable poiu iTinocenl, et il punit l'iniçpiité des pères fur les enfants jnsqn't 1t troiaiëme et à le quatrième génâration '.

Entre la mort de M"* de Pompadour et l'arrivée de M'"" Duiiarry il ^"ccoule un întervulle do cinq années, pendant lesquelles, grâce à l'absence complète de mémoires et de documents, nous avons la chance d'ignorer absolumeai l'histoire des amours du Boi. Le Parc-aux-Cerfs, pendant (t temps, continua à lui Toumir ses petites maîtresses, et, quand M""> Dubarry, l'une d'elles, présentée comme tant d'autres par Lebel, fut devenue maîtresse déclarée, le Parcaux-Gerfs dura encore plus de deux ans, et la maison de la rue Saint-Médéric ne fut vendue qu'en 1771. Nous croyoas que le Parc-aux-Cerrs ne disparut tout à fait à cette époque. que parce que Louis XV était arrivé à un état d'épuisemeai et d'hébËtement tel, que ses continuelles absences d'espril faisaient croire < qu'il se livrait à la boisson. ■ L'histoire de la petite menuisière de Trianon, en 1774, prouve bien que W"» Dubarry, comme M"'" de Pompadour, ne se faisait pas faule, à l'occasion, de donner une maîtresse d'un jour

ICABAME DUBÂBRT 475

à S. M., pour maintenir son crédit de favorite et pour enlever un moment le Roi à ses humeurs noires.

W^ Dubany, née le 49 août 4743, à Yaucouleurs, avait vinglHSiz ans quand elle devint la maîtresse de Louis XV. Slle était fille naturelle d*une nommée Anne Bécu. Le parrain, I>umonceau, était un riche financier, Tun des fournisseurs de vivres de Tannée. Poussée par la misère, Anne Bécu vint à Paris et s'adressa à Dumonceau, qui plaça la mère et la fille eheat sa maîtresse, la Frédérique, Tune des courtisanes en renom du moment. Peu de temps après, Dumonceau mit la petite Jeanne Bécu, déjà fort jolie et très-délurée, chez les religieuses de Sainte-Anne, couvent destiné à recueillir des jeunes filles afin de les empêcher de se perdre. Mais Jeanne Bécu ne put rester longtemps soumise à la règle sévère du couvent ; elle revint auprès de sa mère. Bientôt après, la Frédérique congédiait Anne Bécu, à cause, disait-elle à Dumonceau, des relations trop familières qu*elle avait avec un moine de Picpus nommé Gomard. Jeanne Bécu se fit alors marchande ambulante de mercerie, métier scabreux, surtout avec les beaux yeux de la marchande.

Pendant ce temps, Gomard était devenu aumônier du Roi. n plaça Jeanne en qualité de femme de chambre chez une IC"^ Lagarde, femme d'tm fermier général. Une aventure avec les fils de la maison la fit renvoyer ; elle entra alors, comme demoiselle de boutique, chez une marchande de modes de la rue Saint-Honoré. Elle s'appelle à ce moment M"* Lançon. U, elle ruine le coiffeur Lamet, qui était devenu son amant. Un peu plus tard elle entre chez une M™* Duquesnoy, qui tenait une maison de jeu, rue de BourboD, et elle y prend le nom de M"« Lange. G*est là qu'elle rencontra le comte Jean Dubarry, qui allait mettre un terme à sa vie d'aventures.

Ce Jean Dubarry était un petit gentilhomme de Toulouse, vicieux, ruiné, et venu à Paris pour y chercher fortune, n s'était mis dans les vivres, employait son argent au jeu et aux femmes, et cédait ses plus jolies maîtresses à ses amis du grand monde. Le goût de procurer des femmes aux puissants pour en tirer profit était ancien chez ce personnage ; car déjà il avait voulu donner à Louis XV Dorothée, fille du por-

leur d'eau de Strasbourg. SI"" Lange était un sujet d'fUle pour ce brocanteur CD galanterie. On Vil dans les rapports delà police du temps, à la date du 14 décembre 4764 : r Le marpis Dubarry, à qui l'on a l'obligation d'avoir amené à Paris de Strasbourg la belle Dorothée, et d'avoir mis dans le monde la demoiselle Beauvoisin. a Tait paroltre en loge, lundi dernier, à la Comédie italienne, la demoiselle Veauvarnier, sa maîtresse. C'est une personne de l'âge de dis-neuf ans, grande, bien faite, l'air noble, et de la plus jolie figure. Certaiaemeni 11 cbercbe à la brocanter avantageusement. Quand il a commencé à se lasser d'une femme, il en a toujours usé de même. Mais aussi il Tant convenir qu'il est connaisseur, et que 53 marchandise est toujours de débit'. " L'inspecteur de police avait raison. Après l'avoir eue pendant quatre ans pour maîtresse, Dubarry donna M"" Lange à Louis XV,

Le duc de Richelieu ayant dit un jour à Dubarry, pendant un souper, qu'il regrettait que le Roi n'eût pour maltresses que des filles du Parc-a us-Cerfs, et qu'il serait désireux de lui voir une maîtresse déclarée, Dubarry prit le duc au mot, insista et obtint enfin celte réponse : * Eh bien, va voir Lebel ; peut-être par son moyen, ta favorite obtiendra-t-elle pour un jour les Imnaeurs du Louvre'. ■> Ce qui fut dit fui fait, et voici la fin de l'histoire, telle que nous la racoDt« Dutems '.

Louis XV avoit un valcl de chambre nommé Lcbcl, qui étoit ea grande faveur aujirfes de lui. Il donnoit un soir h souper fi M. de Saint-Foix, qui étoit ami de M"" Lange ; c'étoit alors le nom de M'"* Dubarrj : elle étoit du souper, ainsi que quelques autres femmes, liées avec Saiat-Foix et Lebel. Le Koi, instruit do celle partie, eut la curiosité d'eu 8tro le spectateur ; ce qui lui éloit facile de faire, au moyen d'une fenSlre scerfete pratiquée dans le mur de la salle à manger de Lebel, laquelle dannoii dgns sou apparlcmcat. M"' Lange parut ei jolie au Roi. qu'il fit le Icpdemain plusieurs questions sur son compte fa Lebel. Celui-ci voulue en dégoûter 1c Roi par plusieurs raisons ; mais le Roi persista à la voir, et s'emporta même contre le valet de chambre de ce qu'il

' Journal dt la paliel, dins Sotitmirt il Mela»jit publiés pu RodMfNl, lt!5, t. IL

* Tm privit dit marfcKul de SieheKeu, t. IL

* Mtmoirtt d'un voyagtur jui ii riftii, H, ii.

MADAME DUBARRT 477

s'opposoU à ses désirs ^ Enfin M*** Lange fût amenée au Roi ; elle plut extrêmement à ce prince, qui la goûtoit tous les jours davantage, et voulut l'envoyer au Parc-aux-Cerfe. Mais M. Dubarry dirigeoit encore ses actions ; il voulut mettre à profit cette inclination du Roi ; il lui fit comprendre que si elle alloit au Parc-aux- Gérfo, elle seroit confondue dans la foule de celles qui habitoient ce séjour et seroit bientôt oubliée ; il lui persuada d'épouser sur-le-champ son frère, qui devoit aussitôt après se retirer en pro- ▼ince.

Le Roi donna l'ordre, à Lebel de la marier, et, le mariage fait, de la lui amener à Compiègne. Ce fut alors que Lebel résista et chercha à empêcher le Roi de se lancer dans cette aventure. Impatienté, Louis XV menaça son fidèle Dominique de le frapper avec les pincettes qu'il tenait. Lebel se tut ; mais il était sujet à des coliques hépatiques, et cette scène détermina une crise qui remporta subitement *.

M"* Lange épousa donc le comte Guillaume Dubarry. Au moment du mariage, il fallut changer Tétat civil de Jeanne Bécu, fiille naturelle. Le comte Jean Dubarry arrangea Tafifaire avec Paumônler du Roi, Gomard de Yaubemler, et quelques autres. On produisit un faux acte de baptême duquel 11 résultait que la future comtesse était née le 19 août 1746, ce qui la rajeunissait de trois ans : qu'elle était fille de J.-J. Gomard de Vaubemier, le frère de Taumônier, mort depuis longtemps et ne pouvant protester contre cette paternité dont on lui faisait honneur. Dans cette transformation générale de la famille, Anne Bécu, Tancienne cuisinière, devenait marquise'.

Le comte Guillaume Dubarry épousa demoiselle Jeanne de Yaubernier le 4^' septembre 4768, en vertu d'un contrat stipulant à chaque article la nullité complète du mari, qui devait rester absolument séparé de sa femme, et qui en efiet repartit immédiatement pour Toulouse.

' Ce n'est que plus tard qii*eut lieu cette dispute.

' Vie privée du maréchal d$ Riekelieu,

' Tous les faits de cette histoire ont été mis au jour, sTec les piècas à l'appui, pendant le scandaleux procès que ae firent, de 1825 à 1833, les Bécu et les Gomard pour savoir à qui appartiendraient les épaves de la flueceseion de la Comtesse. Les Bécus furent déclarés seuls héritiers de H^* Dubarry, mais ils s'étaient ruinés complètement pour obtenir cette dédskm.

M"'° Dubarry fui alors logfe à Versailles, dans l'appariement de Lebel'.et y fut îa maîtresse très-secrète de Louis XV, qui évitait, portant le grand deuil de la Reine, d'afficher ses plaisirs. Enfin, le 22 avril i 769 ', M"" la comtesse Dubarry fut présentée au Roi par la comtesse de Béaro, et figura dès lors à Versailles comme maîtresse déclarée '.

On avait eu beaucoup de peine à trouver une femme ife qualité pour présenter M™ Dubarry. M°" de Béam se fît payer cher. Elle était ruinée ; on lui donna 100,000 livres comptaol, on lui fit gagner un procès de 100,000 écus, qui durai! depuis plus d'un siècle, et son fils fut admis dans les carrosses du Roi et aux soupers des petits appariements '.

La présentalion se St, comme toujours, dans le cabinet àa Roi'; nous en empruntons le récita MM. de Concourt*.

Lu grand jour était venu. Paris accourait h Vetsaillea, La coriosilé ds tout un peuple battait la grdte du cbBteau. La présenlslioD devait avoir lieu le soir après l'office. L'heure approchait. Riclielieo, rcmpUasanl sa charge de premier ^eotilh omise, était auprès daltol. Qiaiseul était de l'autre cdté. Tous deux allendaient, comptaient les minutes, a'ob«drvBieut, guettaieul le bruit, épiaient le Roi. L« Roi, mal A l'aîRe, inquiet, agité, regardait à tout moment sa muntrs et s'éloannit d'attendre. H allait et venait, marmottait des pacolet qu'il ne finissait pas, s'ïmpaltciitiiit du bruit qu'il eut.'niiail aoi grilles et anz avenues, et dont il demandait la cause à Cboisenl. « Sire, répondait Choiaeul avec sa floesae sarcastiqae, le peuple, informé que c'est aujourd'hui qiie M*"* Dubarry doit avoir l'tioDueur d'être présentée 6 Votre Majesté, est accouru de toutes parts pour être témoin de son entrée, ne [lauvaDt l'être de l'accueil que Votre Majesté lui fera. »

L'iieure est depuis longtemps passée. M°>" Dubany ne parait pu Choiseul et ses amis rayonnent de joie. Richelieu, dans un coin de fenêtre, sent l'assurance lui manquer. Le Roi va vers la fenêtre,

' Lebel demeurait dans l'aile Oabri«l au rei-dxhanwfc.

' Gaieittde Fntnet.

' Le duc de Choiseul s'opposa autant qu'il le put W cette pr6s«DttlioD ; il slla jusqu'à s'efForcer d'introduire auprto du Roi une H"" Millin, fcmiit d'an Diédecia, jeune et diarmante, mais nwins jolie que la Dubarry cl qv ne rdussit pas & séduire le Roi. {Sovtuniri d'im ekna»-Uftr (U. de Bdintll. Paris, Aubry, 1860, iu-li).

* Antedottt sur àT" la eomttut Duharry, ITM. ' Satie a" 130.

* La Duèarry, ooaTella tditioa, 1S7B, p. tt. — Voir loasi let SetMtûf de M. de Belleval, p, lit.

KABAKE: IIUBABII 479

dans la unit : ricoa. Rnfia il se décide, et il oiiTre la bouche pour contremander la présentation. « Sire, voilà M°^® Dubarrj, 8*écne Richelieu, qui vient de reconnaître la voiture et la livrée de la fliTorife ; elle entrera si vous en donnez Tordre. » Et, sur ces mois, W^ Dnbany paratt derrière la comtesse de Béam.Blle entre, parée des cent mille firanes de diamants que le Roi lui a envoyés la veilley parée de cette coiffare superbe dont le long échafaudage lui a ftât manquer Fheure de la présentation, parée d'un de ces habits triomphants que les femmes du xviii^ siècle appelaient « un habil de combat », armée de cette toilette où les yeux d*nne afveD^e^ l^ituition de M™* du Deffont, voit le destin de TEurope et le sort des ministres. Et c'est ime apparition si rayonnante, si ^q^kmiaaanta, (ju'aa premiar nwment de surprise les plus grands «nnfflnis de la fietvorite ne peuvent échapper au charme de la femme et renoncent à calomnier sa beauté.

IfBM Dubany fut ensuite présentée à Mesdames, qui la reçureiit assea bian, elle lendemain elle assista à leur dîner.

M"* Dubarry était extréisenient jolie, et l'on a pu dire sans exagération que la perfection de son corps et de son vUsage semble avoir réalisé lldéal de la jolie femme française du dix-huitième siècle ^

Mais la beauté et la grâce ne sont pas tout ici-bas, et les diaffmea de W^ Dubarry n'étaient pas suffisants pour faire oublier son passé et la flaire admettre à la Cour ; 11 y a là un fait scandaleux d*autocratie qui passe toute limite.

Le plus curieux, c'est que la nouvelle maîtresse, qui allait adiever d'arilir la royauté et de perdre la monarchie, était regardée par les dévots de la Cour, amis des Jésuites que Choiseul venait de chasser, comme im sauveur, comme une nouvelle Esther, qui allaita son tour chasser Aman et tirer le peuple de Toppression ^. Ils réussirent en effet ; Choiseul fut

^ Ob a de M'^ Dubarry on baste par Pajou (mosée du Louvre) ; deux nvîsMBli portraits par Drouais, dont l'un a été gravé par BeauvarlÂt ; une copia d'an portrait peint par Drouais, exécutée par de Creuse et placée au ■rasée de Versailles.

' Jommûl d$ Hardy, manuscrit de la Bibliothèque nationale, cité par MM. de QoD00urt« p. 1. — Quelque étrange que soit le fait, U est certain, tl la preuve s*en trouve dans la Correspondanoe du comte Mercy- Argeniraa wmc Marie-Thérèse, dans laquelle on lit (T. I, p. 451): t Dans une occasion où tonte la famille royale se trouvait réunie chez Mesdames (en mai ITTS), b Roi y étant, le hasard fit tomber la conversation sur le duc de CboJieiil, et Madame Adélaïde se permit sur le chspitre de cet andsa mi-

chassé par M""" Dubarry el remplacé par le duc d'Aiguillon. j'uD des leurs.

Si le parli dévot croyait pouvoir s'applaudir de la nouTclIe Esther, la masse des courLisaas el du public éclairé de Paris témoigaa son mécontenleoienl de ce scandale iaouî par (ouïes sortes de chansons, de petits vers, de plaisanteries et de sarcasmes. Le quartier général de cette guerre de chicanes était chez ta belle duchesse de Gramout, sœur du duc de Cboiseul, qui aurait voulu être la maîtresse el gouverner avec son frère.

La Dubarry attaquée se défenditsvec vivacité; elle demanda le renvoi de Choiseul à Louis XV, qui écrivit d'abord, en )77i>, la lettre suivante à sou ministre :

Je commence par M. d'AigiilllDn. Commonl pouTei-ïoai croire qu'il puisse tous remplacer? Je l'aime bssci, il est vrai, à cause ii tour que je lui ai joué il y a bien longlomps ', maïs ha! conuBC il est, quel bicD pounoîUil faire ?

Voua faites bien mes affaires; je suis coulent de vous; nuà garez-voua des entoura el des douueurs d'avis ; c'est ce que j'ai toujours bal et ce que je déteste plus que jamais. Voua couDoisiB M"" du Barry : ce c'est assurément point M. de Richelieu qui a* l'a fait coDDoItre, quoiqu'il la connût, el il D'osé pas la voir; elli seule foi? qu'il l'a vue un raomcut, c'est par mou ordre exprès. J'iiJ peusé la ccnnoltre avant soc mariage. Elle est jolie, j'en siû content, et je lui recommande tous les jours de prendre garde am» à SCS entoura et donneurs d'avis, car vous croyez bien qu'elle n'a manque pas. Elle n'a nulle bainc contre vous ; elle connoUvolK esprit cl ne vous veut point de mal. Le déchaînement contre ellei été aËTrcus, à tort pour la plus grande partie. L'on seroil àses pieds si Ainsi va le monde.

Bile est très-jolie, elle me plaît ; cela doit Gulfire. Veut-on qui je prenne une fille de condition ? Si l'archiduchesse était tellt qntji la désirerais, je la prendrais pour femme avec grand plaisir ; miL'ji' Toudrois la voir et ta connoltre auparavant. Son frère en a M chercher une, et il n'a pas réussi. Je crois que je verrois mieu que lui, car il faudra bien faire une fin ; et le beau sexe autreoioil me troublcroit toujours ; car trës-certainemeni voua ne verrei p»

Diglre les prnpos le» plus hisardét «n tout geon. Slle s'avtnca mima j»qu'i dire i]jb l'eiil du duc de Choiseul aviit sauvj la raligiOD m Pnon. puisqu'il était manifeste que le projet de M miDiaire avait étd de le dfnin de foDil eo comble. •

' Le Rni lui tviit enlevi M"^ de Chlteaaroui quBDâ il «tait i" d'Agéaoii.

de ma part odo dame de Maintenon. En voilà, je pense, assez pour cette I6is-ci.

Je n'ai plus besoin de tous recommander le secret sur tout ceci. Mon écriture n*est pas meilleure que la vôtre ^

On ne se rend pas compte au premier abord de cette phrase : « Si rarchiduchesse étoit telle que je la désirerois, je la prendrois pour femme avec grand plaisir. » La correspondance secrète de Louis XY publiée par M. Boutaric permet d'expliquer le fait. Le Dauphin venait de se marier ; la vue de la jeune Dauphine, Marie- Antoinette , avait donné l'idée à Louis XV d'épouser une de ses sœurs ; il voulait faire une fin, comme il le dit ; et, si le projet eût réussi, il serait ainsi devenu l'oncle de ses arrière-petits enfants et le beau-frère de son petit-fils I

« n porta ses vues, dit M. Boutaric, sur Tarchiduchesse Slisabeih. Il chargea M. de Broglie * d'ordonner à M. Durand *, qui se rendait à Vienne en mission, de prendre sur la princes^ les renseignements les plus complets. — c 6 juin 4770. Comme l'on ne sait ce qui peut arriver, si Durand n'est pas parti, montrez-lui ce billet, sinon envoyezlui-en la copie bien chiffrée. Qu'il en examine bien la figure de la tète aux pieds, sans rien excepter de ce qu'il lui sera possible de voir de l'archiduchesse Elisabeth, et qu'il s'informe de même de son caractère, le tout sous le plus grand secret, et sans trop donner de suspicions à Vienne, et il en rendra compte sans se presser par une occasion sûre. »

Cette curiosité fut pleinement satisfaite par une dépèche en chiflDres qu'envoya M. Durand.

Juin 1T70. — La personne dont il s'agit étoit, avant la petite Téfole, la plus belle de sa famille ; elle n*est pas grande, mais très-bien prise dans sa taille, sans tache ni difformité sur son corps, dn moins à ce que dit imc femme qui pénètre jusque dans Tintérieur le plus intime. Ce n'est que depuis peu que les cils de ses panpiëres, que la petite vérole avoit fait tomber, conunencent à teparoltre. Cette maladie a grossi les traits de son visage ; le nez •t le teint ont souffert, le bas du visage est effilé, la bouche assez

' Rê9Mê de Parti, juillet 1820, IV, 43.

' Chef dtt ministère eecret.

* L'on des prindptax ageott d« et mimstbre.

in LE CHATEAU DE VERSAILLES

bJOD garnie sens Strc k l'intérieur d'une façon parole ; sa cli«yelure Qsl t)IoDde liranl sur le chaiaia, le froat s'a rien d'irrépUei, les yeux sonL bl^us, le regard a de la douceur et de la vivaciM. 11 a'j a rien do choquant dans cet assemblago, la Ûgure est gracieuw el 1b démarclic est fort noble. Le caractère platt encore daTanla^e. On y trouve da la dignité sans hauteur, de la gaieté cl de l'aâabilité.

» Ce beau projet en resta là ', »

Mais on en forma un autre qui était encore plus étrange. Louis XV, pour mettre sa conscience à couvert, parait avoir eu l'idée d'épouser M™ Dubarry. On lit, en effet, dans une lettre du baron Plchler au comte de Mercy, en dote du 4 décembre 1771, ce qui suit : « On dit que le Boi et le duc d'Aigu ill ou ont de fréquents pourparlers avec Madame Louise Is Carmélite, qui doit fortement travailler à engager te Pape i dissoudre le mariage de M""" Dubarry pour la mettre a même d'épouser le Roi. » C'était Marie-Thérèse qui faisait demandet à M. de Mercy par le baron Picbler, si ce bruit invraisemblable était fondé. Le fait était vrai, et Madame Louise était occupée en février 1772 à ces incroyables négocia tioas, snr lesquelles il est regrettable de n'avoir pas quelques détails*.

Mais il faut revenir à M™ Dubarry.

Elle fut d'abord logée dans l'apparlemcnt du Lebel, pendanl que Louis XV, la cachait aux yeux des courtisans '. Après si présentation, le Roi lui aurait donné, si l'on eu croyait les Anecdotes, l'ancien logement de M"' de Pompadourau rez-decbaussêe ; mais les documents conservés aux Archives nationales nous montrent M"'" Dubarry installée dès 1769 à l'appartement des maîtresses '.

* Cerrnponiaiu4 tecritt de Lotit XV, I, liS, ilO, ' MaacT, I. 173.

' Elis iTail ilors tes cuiiinea al oS^cea prit U rampt et l» tUfdU. ainsi qu'on la lit Eur uiia oots conservée lui ArchiTsa aationalet (cirli» 0'. 1TT3). L'éluda de» lieux permet de dire que probeblement 1m eatiîM de M'"" Dubarrj' éteieut établies dona la BOUE-aol du psvîUoD ocàdeaU] i» l'tile lepteatriODale des Ministres, servent aujourd'hui de magasin k !'*■ (ifailecte du cbftleau. On communiquait de cee cuisines i rsppartemvit lii Lebel, per la cour basse dudil pavilloD, par une voûte passant aoua 1i nnf*. de laquelle on gagaail le païasge souterrain, qui existe encore aons licM de la Cbapelle et déhoucba dans le pavilion de l'aile Oabrial.

* Une note inscrile sur Un plan de cet apparlement dit fomialltnBl i Anfit» apparleintni de M'"' la to^iUtM IMarry m 47il (eartan 0' IHlj'

En 1770, le 22 juillet, la Cour étant à Gompiègne, Gabriel reçat Tordre d'approprier Tappartement de la comtesse S et il y fit quel(iues changements que Ton reconnaît encore aisément. Les registres des Bâtiments sont constamment d*accord avec les plans des Cartons des Archives. Le Registre de 1770 mentionne en effet les dépenses de charpente, de menuiserie et de serrurerie faites à Tappartement de M™« Dubarry. En 1778, Gabriel fit un nouveau cabinet de bains pour la comtesse ; on trouve dans le carton 0* 1773, à la date du 22 juin 1772, le devis des travaux évalués à 14,950 livres, et. dans le registre des Bâtiments de 1772, le détail des sommes payées au plombier, au senTirier, au menuisier, au doreur Brancourt, au marbrier Dropsy, au sculpteur Rousseau, au fabricant de bronzes dorés Gobert et au fournisseur de cuivrerie. Le réservoir et la chaudière étaient au-dessus du cabinet, à l'étage supérieur. Mais il ne reste, dans ces bains, que quelcpies rares sculptures aux boiseries, et la place bien évidente des deux trous pratiqués pour les robinets dans le lambris.

L*appartement de M°^^ Dubarry se composait de quatre pièces éclairées sur la cour de Marbre : la chambre à coucher \ un grand cabinet *, un salon ^, et une bibliothèque ', -^ et de quatre autres pièces éclairées sur les cours intérieures : une grande pièce servant de lingerie et de garde-robe, la salle à manger, une antichambre et un cabinet de bains.

La chambre à coucher, le grand cabinet et le salon sont les

' ArchiTes nationales (plans manuscrits des maîBons royales, carton Q* 1773). On 7 trouye un plan de Gabriel, avec cette date : 22 juillet 4770 ^ et cette mention. Plan des changemem et augmentations à faire à Vapparf» mêmi de M^^ la eomtêise Duharry, Les Anecdotes disent que M'"^ Dubarry ftii logée dans Tappartement de Madame Adélaïde, que Louis XV envoya dans Pappartement du Dauphin. Le fait est faux. Madame Adélaïde avait am bibliothèque au second étage, dans une partie de l'appartement des — itrssses; on lui enleva la partie de cette bibliothèque située au^-deesus de MO aaloo (13S), partie qui fut réunie i Tappartement de M"**^ Dubarry. Le plan de Gabriel de 1770 le dit expressément.

* SHaée au-dessus de la chambre i coucher de Louis XV (126).

* Sitaé au-dessus du salon des Pendules (127). ^ fiitné to-desstts du cabinet du Roi (130).

' Rartie de la bibliothèque de Madame Adélaïde située an-dessus dtt salon de Madsme Adélslde(13t). — M°^* Dubarry eut ausd une oollactioa da livres, dont une partie se trouve aujourd'hui à la UbUothèqne de la TiOè dft VsmiUes.

IS-l LE CBATEAU DE VERSAILLES

plus jolies pièces do l'appartemeDl; leurs ëiégantes boiseries sculptées el dorées sont intacles. La décoration cal surlant riche dans les arrières-voussures el les ébrasements des fenêtres, qui forment en quelque sorte de charmants petit» csbiaets. Les deux L composant le chiffre du lîoi s'y rencontrent avec les torches de l'Amour; c'est bien l'orne m en ta lion qui convient à l'appartement d'une maîtresse, et la dale certaine de toute la décoration de cet appartement remonte à jjmo de Pompadour.

Partout les cheminées sont en très-beau marbre et éli^gammeal sculptées. La bibliothèque est intacte, et conserve encore ses armoires. On y remarque une petite alcôve destiaét à recevoir un lit de repos ou un canapé ', el, au plafond de cette alcôve, une rosace du dessin le plus charmant.

On montait chez M""* Dubarry par l'escalier du Roi. 11 y avait aussi dans les derritros de cet appartement plusieurs escaliers de service*. Sous Louis XVI, l'appartement de M"" Dubarrj' fut donné à MM. de ViUequier et de Maurepas.

M"** Dubarry fll dû sod appartement de Versailles, dit U. Le Roi', uno snite de boudoirs dâlicienx. Les objets qui en CaiaaieDl l'omtment lont décrits dsns les mâmoires des IbumiSBears de Ia emlessc, coiiscrvJs auï Archives àc la préfecliirc do Soine-el-Oise.

Dans le salOD, od voyait sur la cheminée une magnifique pendule 6 colonnes, ornée de figures de porcelaine; au miliea une superbe table ornée de porcelaines de France : le dessus, qui était le morceau principal, représentait un tableau en miniature d'après Lfrprincc; les garnitures de bronze, parrailcmcnt ciselées et ioria d'or mat. U ; avait aussi un très-beau forte-piano anglais, qv'on avait Tait organiser à Paris par le fUmcus Clicot, avec flûtes el ^ loubet, un mouvement pour le luth et deux autres pour les 070bales; la caisse, que l'on fut obligé d'y ajouter pour contenir le* tuyaux et les souffleta, était plaquée en bois rose et à mosalquei blanches et bleues, et tr&s-richement garnie de broDies dorés d'or

' Od Toit de Mmblablei slcfivea d«iu les petit* appartameati ib li

* La cuisioe de M"" Dobarry jltit bien probibloment Mlle qui « tmn ■u ni-de-cbauBsée de la petite cour qui prfcède la coui dea Cërfi, *1 iut laquelle il eiîate encore un eacieu fourneau potager. A dté de oMIetai' •ine, lea «DCieug plans placent un escaUer, par laqnel pouvail m ùiitlf •erviMde U cuieine de la comtease. 11 y * «ajourdliai on caUriAni* l'emplaMuent de cet eecilier de terrice.

* Madaau Hubarry, 1768-17(3, brochare in-8°. Pari*, Domonlia.

MADAME DIJBARRY 485

mat. Sur un des côtés était une superbe commode, d'ancien laque, de la première cpialité, le panneau du milieu à magots très-richement habillés; les frises plaquées en ébène; les garnitures de bronse ciselées et dorées d*or mat; le marbre blanc de statuaire* Rt de Tautre côté une autre belle commode, ornée de cinq morceaux de porcelaine de France, à fleurs et filets d'or, très-richement garnie de bronzes bien ûnis.et dorés d*or mat ; le dedans doublé en tabiB Tert et galonné d*or ; le marbre blanc de statuaire. Sur chacune de ces commodes se trouvaient : d'un côté, un très-fort groupe de bronze et de couleur antique, composé de quatre figures représentant l'Enlèvement d'Hélène par Paris, le tout sur un pied de bronze doré d'or moulu ; et de l'autre côté, un autre groupe de bronae, plus petit, et d'après Sarrazin, composé de cinq enfants qui }oa%it avec un bouc ; le tout sur im pied de marqueterie de Boule et orné de bronzes dorés d'or moulu. Enfin un fort lustre de cristal de roche, à six luminaires, et ayant coûté 16,000 livres, était appendu au milieu de la pièce. Comme l'on jouait souvent dans ce petit salon, M"^* Dubarry avait fait faire une botte de jeux, dont les mémoires nous ont conservé la description. Elle était en acajou, doublée en tabis bleu, galonnée en or; elle renfermait quatre bottes à quadrilles en ivoire, le trèfle, le pique, le cœur et le carrean en or incrustés sur chacune desdites bottes et entourés d'un cartouche avec nœuds de rubans, le tout en or et aussi incmaté; les 80 fiches et les 20 contrats distingués par le trèfle, le 'pique, le coBur et le carreau, aussi en or et incrustés.

Dans la chambre à coucher, il y avait une commode ornée de faUeanx de porcelaine d'après Watteau et Vanloo, richement garnie de Inonxes très-bien finis et dorés d'or mat; un secrétaire en •nnoire, de porcelaine de France, fond vert et à fleurs, richement garni de bronzes dorés d'or moulu. On voyait sur les meubles deux curettes à mettre des fleurs, en porcelaine de France, fond peCil Tert, à marines en miniatures, ime cuvette gros-bleu caillouté d*or, arec des sujets de Téniers, en miniature, et deux autres Boiiis grandes et décorées de môme. Sur la cheminée, une pendule dorée de Germain ; elle représentait les Trois- Grâces supportant un laae dans lequel était un cadran toumaot, et au-dessus un Amour iadiqaait l'heure avec sa flèche ; le tout était élevé sur un piédestal dselé et doré.

Le cabinet ne le cédait pas au reste. Sur la cheminée était une .pendnle à vase et serpent, en bronze doré d'or moulu, le cadran toomant; le piédestal garni de trois morceaux de porcelaine de Virence, fond bleu, avec des enfants en miniatures ; le dard du ser - IMBl tÊÏi en marcassite. On y voyait aussi une très-jolie table à gradins, en porcelaine de France, fond vert et cartouches à fleurs, Me ilchement ornée de bronzes dorés d'or moulu, le dessus du ttoir oottTert d'un velours vert, et les pièces d'écritoire dorées. les étagères on remarquait, parmi tme quantité d'objets de

m LE CHATEAU DE VERSAILLES

loulQB sortes : uoc cassoKe d'ancion taque, fond noir, ouvrage en or dis rcliaf et aventurme, avec passages et magots; cinq U^ua al soucoupes d'ancieD Saie, à tableaux et à miniatures, avec h Uiâièroet la botte à thë pareilles ; udc care, composée de quatre gn» flacoue, un gobelet et sa soucoupe, le tout de cristal de rocbc; sji petits flacoDS de Bobême ; deux cuillerée ot un eotottooir d'or; la dix flacons garnis d'or, et le tout dans une boite de bois des lodei, garnie de relours rouge. Cette jolie cave arail 6lé achetée h la Tente de M'"" de Lauraguais. Enfin, on remarquait encore dans ce cabinet un baromélre et un Ibermomâlre de Passcmant, monlës (rë»-ricli«menl en bronzes dorés d'or moulu, et ornés de trois plaques de p»colaine de France, à entants an miniatures '.

C'est dans ce somptueux appartement que M"" Dubarrj- recevait les courtisans el les ambassadeurs qui venaient à sa toiletle. C'est là qu'elle donnait à souper au Boi, aux grands de sa Cour, aux ministres, aux ambassadeurs, même su nonce. Elle metlail ou bas de l'invitation : ■ Le Roi m'honi>rero de sa présence. »

Si le Roi soupait quelquefois chez M"" Dubarry, la comtesse sûupait encore plus souvent chez Louis XV. Bile était toujours des soupers qui suivaient les chasses et qu'on appelait les soupers des cabinets, s M""" Dubarry, dit M. de Bacourl', triait toujours de ces soupers; d'autres femmes s'y trouvaient aussi, telles que la maréchale de Mirepoix,ls comtesse de Bosen, la comtesse d'Harrllle. Il y avait en onlte une treniaine de courtisans, pris parmi ceux qui rempliasaienl des charges de Cour, et une vingtaine de personnes choisies entre celles qui fréquentaient la Cour et les chasses. Le prince de Poix, fils alnê du comte de Na«illes,7 assistait de droit, car il était déjà gouverneur de Tersailln, Trianon, Marly, etc., tandis que son père, qui était en exercice de ces charges, en avait la survivance. Celte manière bizarre de donner une place au fils, en en réservant l'exercice

' Je croîs qu'il «Bt à propos d'arrSler ici cette dtatioa et de db pii pWtrer dans Us partiel secrites de l'appartement de cette /«icae, duel b luie éhoaté couvrait sa chaise percée et sno meuble de toileLle secrMe, Ji marqueleries, de velours brodée d'or, de maroquins, de cuivre* dorée <( A moeilques .

* Introduction à la Comtpoiulanti t*lrt li cemlt dt Miraien il b tenu delà Merck, pendant les années ITSS. I7M) et ITBt, recu^lie, miie* ordre et publiée par M. Ad. de BicoCKT, Paria, ISSt.S vo1.iti-8°,t.I,p. >>

et la survivance au père, n'était pas sans exemple pour les charges de la Cour.

» A ces soupers, le Roi jouait au piquet, toujours avec M<°* Dubarry, le plus souvent contre la maréchale de Mirepoix et le prince de Soubise, et quelquefois contre le marquis de Ghauvelln, qui était au rang des favoris du Roi. C'est môme vers cette époque que le marquis, faisant la partie du Roi, tomba mort, frappé d'apoplexie. On l'emporta dans la galerie. Le Roi se montra à peine sensible à cet événement.

» Pendant cette partie du Roi, il s'en formait d'autres dans l'appartement. On finissait avant le Roi, afin de s'approcher de lui. Louis XV était remarquablement poli, surtout avec les femmes, et quoique, au temps dont il est ici question, il eût déjà plus de soixante ans, il avait encore un très-beau visage et le sourire agréable. »

£n24769, Louis XV avait donné à M"® Dubarry le pavillon de Louveciennes, dont elle fit un charmant séjour, et où Louis XV se plaisait à souper joyeusement et sans gène. On buvait au même verre, et la comtesse servait les convives avec la cuillère dont elle se servait elle-même. Elle appelait Louis XV, la France^ comme d'autres appelaient leur laquais Ckampaçne. Dans une querelle avec le Roi, elle lui dit, en pleurant il est vrai : a Vous êtes un menteur, et le plus grand menteur du monde. » Elle traitait le Dauphin de grand garçon mal élevé ; elle appelait la Dauphine la Rousse, Ce langage trivial était l'inverse de l'étiquette et de la politesse raf* finée de la Ck>ur, et c'est ce qui amusait le Roi.

On conserve au musée du Louvre ^ un charmant dessin de Moreau le jeune représentant un diner de Louis XV et de M"** Dubarry à Louveciennes. Ce dessin de Moreau et quelques lignes de M°^' Lebrun * nous montrent l'intérieur de la foyorite.

« Tous les jours, dit M"**" Lebrun, nous allions prendre le café dans le pavillon si renommé pour le goût et la richesse de ses ornements. La première fois que M°*® Dubarry me le

* Musée des dessins, n® IIM, Fit$ dotméè à UuHciinnêt le S7 déesmbre 1771.

' En 1786 M""* Lebran fit le portrait de M">* Dubsrry à LouTdcisiiiMS.

4SS LE CH,iTEAIT DE TEIISAILLES

fil voir, elle me dit : a C'est dans celle salle que Louis XV me faisait l'hoiineur de venir dîner. II y avait au dessus une tribune pour les musiciens et pour les chaaleurs qui se faisaient entendre pendant le repas. « Le salon était ravissant; on y jouissait de la plus belle vue du inonde, et les cheminées, les portes, étaient toutes du travail le plus précieui; les serrures pouvaient être admirées comme des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie, et les mcuble:3 étaient d'une richesse et d'une élégance au-dessus de toute description. ■

W^ Duharry avait uu hôtel à Versailles, avenue de Paris [n" 5), qui fut construit en M7î par son architecte Ledous'; le jardin était aux numéros 7 et 7 £û'. Elle avait aussi un hôtel à Paris, rue de la Jussienne, d" 16, qu'on a démoli en 1880 pour l'agrandissement de l'hôtel des Poslcs. C'est là qu'elle se réfugiait pendant les jours de mauvaise humeur de son souverain et maître, ou venait se délasser quelquefois, en compagnie do joyeux viveurs, de l'ennuyeux et vilain métier qu'elle faisait à Versailles."

J'ai hâ le de finir celte esquisse biographique de M^Dubarry; je ne puis pas cependant ne pas parler encore desoa luxe. Le duc d'Aiguillon lui avait donné une voiture de 60,000 livres ' ; le scandale fut tel, qu'elle ne put s'en servir. Ses toilettes étaient nombreuses et très-riches ; il faut en lire le détail dans les comptes de M''* Dubarry publiés par MM. de Concourt. On y trouve mentionné, en 1773, « un grand habit avec grand corps satin fond blaoc, dessin de guirlandes de roses, brodé en nœuds de papillons roses et paillettes d'or et d'argent, 5840 livres >, et bien d'autres. Elle aimait avec passion les bijoux, les pierreries, les diamants, les perles. Elle avait une grande parure, pour les jours de réception, composée de 4iS0 diamants pour la pièce de corps, les tailles de derrière et de devant, les épaulettes, le Irousse-queue ou nœud de derrière, et la rose pour mettre à la ceinture. Le Boi avait fourni 965 diamants, les plus gros, et cependant la jOr rare fut payée au joaillier S99,<29 livres. Elle commandai

' G'Btt aujourd'hoi tm quartier d« MTdene.

' BiCRiDicoNT, 1773, Il décembre ; lT7t, St anil.

* Bàcudvokt, 1770, V, sot; XIX, SU.

MADAME DUBARBT 489

Torfèvre Roettiers une toilette tout en or, q[ue Texcès de la dépense empêcha de terminer. EUe fit faire par Gouthière pour 756,000 livres de bronzes destinés à Louveciennes ; eUe ne les paya pas, et le malheureux ciseleur ruiné mourut dans la misère. Elle aimait les porcelaines de Sèvres et avait un magnifique service avec petites roses et guirlandes qu'elle paya 24,438 livres. M. Le Roi^ nous a appris qae M°^« Dubany avait coûté à Louis XV 1S,481,803 livres de ce temps, soit environ 40 millions de francs d'aujourd'hui, soit encore 8 millions par an. C'était payer cher une femme, qui n'avait d'autre rôle à jouer que de réveiller les sens du Roi et de l'amuser par le sans-façon, et (quelquefois par la crudité de son langage ou par la liberté de ses allures, ce qui cependant n'excluait pas chez elle la noblesse du maintien, signalée autrefois par les inspecteurs de la police, et l'aisance des manières aussi parfaites qae si elle avait vécu toute sa vie à la Cour *. M. de Belleval, l'im des chevau-légers de la garde du Roi, assez lié avec le duc d'Aiguillon, capitaine- lieutenant de la compagnie, qui le présenta à la favorite, a écrit dans ses Skmveniri quelques pages sur M°*« Dubarry, qu'on lira avec plaisir :

J*avoi8 déjà aperça souyent la comtesse, dit-il, mais de loin, assez pour juger l'ensemble de sa beauté célèbre, mais pas assez pour les détails. Elle étoit nonchalamment assise, plutôt môme coudiée, dans mi grand fauteuil, et avoit une robe fond blanc à guirlandes de roses. M°^ Dubarry étoit l'ime des plus jolies femmes de la Cour, où il y en avoit tant, et certainement la plus séduisante par les perfections de toute sa personne. Ses cheveux, qu'eUe portoit souvent sans poudre, étoient du plus beau blond, et eUe en avoit une profusion à n'en savoir que faire. Ses yeux bleus, bien ouverts, avoient un regard caressant et franc qui s'attachoit sur celui à qui eUe parloit et sembloit suivre sur son visage l'efiet de ses paroles. EUe avoit le nez mignon, une bouche très-petite et une peau d'une blancheur éclatante. Enfin , l'on étoit bientôt sous le charme, et c'est ce qui m'arriva si fort, que J'en oubliai presque ma supplique dans le ravissement où j'étois à la contempler. J'avois vingt-cinq ans alors. Elle s'aperçut bien de mon trouble, que d'ailleurs M. le duc d'ÂiguiUon lui fit remarquer avec beaucoup de finesse et en lui tournant un compliment comme il savoit les faire.

' Madawiê DuUntry^ 1768-1703, brochure in-S®, Paris, Dnmonliii. ' Anêedciu iur if"* la comtêae Dubërry^ par Pidansat de Mairobert.

49(1 LE CHATEAU DE VERSAlLtES

Jy lui présonlai alors ma supplique, en y joignant quelque* eiplicatioDB et en appuyant fortemenl eut la uécessilé qu'il y avoit de se presser et sur l'âspoir que nous meltions tous en elle pour sau. ver la tle de ce malbeurcui Carpentler'. <• la vnuE promets de parler au Roi, Monsieur, me râp on dit-elle, cl J'espère que S. M. ne me refusera pas celle grSce. M. le duc «ait bien que ses amis eodI les mieuB, et je le remercie de no pas l'oublier, x ajouta-l-elle en 80 tournant vers lui avec un charmant Bourire. Elle me qucslionai ensuite sur ma famille, sur le lempa depuis lequel je servois, cl nous congédia en me disant que j'aurois bientôt de ses nouveUeg. EUu lendit la mais au duc d'Aiguillon qui la baisa ca lui disant; n C'ust pour le capitaine- lieu tenant ; n'y aura-UU rien pour li compagnie ?» Ce ^ la fil rire cl me ralut la même bveur qu'an duc, dont je m'empressai de profller.

Le lendemain, comme j'étois de gonlo, un laquais & la livrée liien connue de ta comtesse et qui avoit été demander après moi è uotn hOtel Tint me trouTor et me dit que sa maîtresse m'altondoil h sit beurea. A l'beute fixée, je me présentai Ë la porte de son apparlftment où l'on me tlt entrer. Il y avoil plusieurs personnes, et le Roi y ëtoit debout et adossé à la (géminée. En m'aperccTanl, M'"' Dobarry dit ft S. M, : « Sire, voilà mon chevau-légcr qui vient Me son remerciement 6 V. M. — Remerciez d'abord W"" ta comtoaH, mo dit Louis XV, cl dites à votre protégé que, si je lui fais grlOi par son attention à mon service il faut qu'il Dtsse oublier U bnK dont il s'est rendu coupable. •> Je ne sais plus bien ce que Je lipondis au Roi; mais M. le duc d'Aiguillon, qui étoit présent, t!i dit depuis que j'ovois dit en qu'il falloil, cl que le Hoi avoilél* content de moi et m'avoil su gré d'avoir choisi M™° Dubany pwt lui faire demander la grflce de Carpenlier....

M*"" Dubarry étoil bonne et atmoil & obliger ; eu voilà aoe preuve de plus, que l'on peut ajouter Ë toutes les autres. On n'i jamais pu lui refuser cela, même ses plus grands ennemis. Bim différente en cela de M"'^ de Pompadour, qui n'oublioit jamais la injures et ne savoit point ce que c'étoit que pardonner, U'"' Dubirtj n'avoil point de rancune, et elle étoil la première b rire de toutes les chansons que l'on faisoit sur elle. Je Âis étonné comment, pour n'y avoir pas été élevée, elle avoit pris le ton et les manières des femmes de la Cour. U lui écbappoil souvent des propos légers ei que l'on n'avoit pas l'habitude d'entendre à Versailles ; mais elle savoil Bon monde et ne se domioit toute liberté que devant le Roi, que cela amusoil par la nouveauté.

Malgré le charme et la grâce de la favorite, il fiit difficile i Louis XV de former une société à M™' Dubarry ; il lui fallut,

itdadéMrtar et à'tat

IfADAME DUBARBT 491

au début, acheter, moyennant 400,000 livres par an, la maréchale duchesse .de Mirepoix, pour servir de soupeuse à sa maltresse. Peu à peu M"^<^» de Valentinois* de THÔpital, de Montmorency, de Flavacourt et d'Aiguillon, suivirent Fexemple de U°^^ de Mirepoix; les ducs de Richelieu et d'Aiguillon, le prince de la Marche et le prince de Gonty entraînèrent plusieurs de seigneurs à leur suite. Mais beaucoup de gens de la Cour pensaient comme la comtesse de Boufflers qui, après la mort de Louis XV et Texil de la favorite, éoivait au roi de Suède Gustave III, la lettre si virile qu'on va lire '.

Jamais mie nation délicate sur rhonneur et une noblesse naturèUement ûère n*ayoient reçu d'injure plus insigne et moins excusable que celle que le feu Roi nous a faite lorsqu'on l'a vu, non content du scandale qu'U avoit donné par ses maîtresses et par son sérail à l'âge de soixante ans, tirer de la classe la plus vile, de l'état le plus infâme, une créature, la pire de son espèce, pour l'établir à la Cour , l'admettre à table avec sa famille, la rendre la maltrease absolue des grâces, des honneurs, des récompenses, de la politique et des lois, dont elle a opéré la destruction, malheurs dont à peine nous espérons la réparation. On ne peut s'empôcher de regarder cette mort soudaine et la dispersion de toute cette ioftme troupe comme un coup de la Providence. Toutes les appa« rencea leur promettoient encore quinze ans de prospérité, et, si leur attente n'eût été déçue, jamais peut-être les mœurs et l'esprit national n'auroient pu s'en relever.

M"^ Dubarry n'était pas seule de sa famille à la Cour. Jean Dubarry, son ancien amant, y avait un assez grand crédit, qa*il employait à se faire donner de l'argent pour payer les dettes qu'il contractait sans relâche. En 1773 cependant, le duc d*Alguillon et l'abbé Terray mirent fin à ce chantage, ce qui ne se fit pas sans bruit*. Il y avait aussi à la Cour une bellesoBur de la favorite. M"® Glaire Dubarry, femme d'esprit, placée auprès de la Dubarry pour la conseiller et diriger sa maison; — le marquis Elle Dubarry, beau-frère de la favorite, qui épousa en 4773, une demoiselle de condition fort riche, M^ de Fumel, et qui prit le nom de comte d'Argicourt* et

* Publiée par M. Geffroj.

' Correspondance de Merey^ I, 465.

* /^Mi. IT !M.

' Idem, II, 56.

devint colonel du régiment de la Reine ; sa femme (Vit attachée à la comtesse d'Artois; — un neveu du mari de la favorite, le vicomte Dubarry, qui entra en 1770 comme cornette aui chevau-légers de la Garde el épousa, en 1773, M"* de Tournon ; c'était un hommo fort distingué et trÈs-méritanl, le seul ayant ce caractère dans la famille.

Mais il faut quitter M™ Dubarry et les siens, et revenir i l'histoire de la famille royale pendant celle dernière période du règne de Louis XV.

Le Dauphin, Qls de Louis XV, avait laissé trois fils : le duc de Berry, devenu Dauphin à la mort de son père, le comte de Provence et le comte d'Artois. Ces trois frères devaient régner, et, comme à toutes les époq.ues de notre histoire, la dynastie allait finir avec le règne du dernier '.

Louis XV maria ses trois pelits-ûls : le Dauphin (Louis SVI) à Marie- Antoinette, archiduchesse d'Autriche, le 16maH770; — le comte de Provence [Louis XVIII) à Marie-Josèphe-Louise de Savoie, le U mai 1771 ; — le comte d'Artois (Charles SI à Marie-Thérèse de Savoie, sœur de la comtesse de Provencf, le !6 novemhre (773. Ces trois mariages se célébrèrent dans la chapelle de Versailles et furent l'occasion de grandes fêtes.

Au mariage du Dauphin, on inaugura, le 47 mai 1770, la Douvelle salle de l'Opéra par la représentation de Persée, œuvre de Lulli, dont nous parlerons en détail au chapitre X. □ y eut, le ^ 9, bal paré à l'Opéra, puis feu d'artifice et illuminations dans les jardins, qui eurent beaucoup de succès*. Tout le jardin était éclairé par plus de 160,000 lampions ou terrines. Le Tapis-Vert, le bassin d'Apollon, dont le pourtour était décoré de vingt grandes arcades et de pyramides, la tête da Canal, où l'on avait élevé une décoration représentant un temple dont le fronton supportait un soleil de 480 pieds de circonférence, et la flotille du Canal, formée de iO gondoles, dont tous les agrès étaient éclairés par des lanternes, formaient la partie principale de cette illumination. Dou2e

' Lw CapJlieiiB directs Gniasent trec las trois Gis d« Philippfr-lo-Bal (Louis X. Philippe V, Chtrles IV). — les Valais irec 1m troi* fili d* Uenri II (Pr■ni^)U II, Cturles IX. Heori III).

* Grihm, Corrapondanee. VII, S.

MADAME DUBARAT 493

bosquets et les allées qui y conduisent étaient aussi couverts de feux. La salle des Marronniers et la salle du Bal avaient été transformées en salles de danse, et 120 musiciens composaient les orchestres du parc. Nicolet ^ joua plusieurs pièces dans le bosquet Dauphin. Gaudon, le prédécesseur de Nicolet, avait aussi un théâtre dans une allée. La fête dura jusqu'à six heures du matin, et finit trop tôt de Tavis de tout le monde^

c Jamais fête, dit la relation officielle, ne s'est passée avec autant d'ordre et de tranquillité ; car, malgré la foule innombrable d'un peuple immense répandu dans les jardins, le service du feu d'artifice, de l'illumination et Tenlèvement de toute la charpente qui avoit servi au feu, furent faits avec une promptitude et une facilité qu'on n'avoit point lieu d'espérer. Sept cents hommes de la Garde suisse, distribués avec intelligence dans les passages, bosquets et allées^ et pouvant tous se donner des secours mutuels ; une chaîne de Gardes françoises placée autour du feu d'artifice pour empêcher le i)euple d'y pénétrer lors de son exécution, ont été un sûr garant de la sûreté publique. Cette illumination, dont le succès a été si heureux, est en partie due aux dessins du sieur Ghalle, dessinateur du cabinet du Roi, et à l'intelligence et aux soins du sieur Girault, architecte et contrôleur des Menus-Plaisirs, qui en a donné les projets en partie. »

Le 24 , il y eut bal masqué dans la galerie et dans les salons d'Hercule, de Mercure et des Tribunes, avec des buffets abondants aux salons de Vénus, de la Guerre et de la Paix. Les spectacles continuèrent à l'Opéra : le 24 mai, avec Athalie ; le S6 mai, avec la seconde représentation de Persie ; le 9 et le 43 juin, avec l'opéra de Castor et Pollux de Rameau ; le 20 Juin, avec Tancride ; ils finirent, le 44 juillet, avec Sémiramis.

En février 4774, le roi de Suède Gustave III, sous le nom de comte de Gothland, arriva à Versailles. Il soupa, le 9, avec

* Nicolet, d'abord directeur d*an théâtre de la Foire^ doTena célèbre, où Fou wpréeentait des comédies grivoises, des danses de corde et des aoimaaz Mvantf, était à cette époque directeur du iktàtrû Nieokt, qui prit en im la BOB de théâtre de U Qaieté, On j jouait les pièces si amusantes da Taconnet. M"'* Dubarry avait obtenu pour Nicolet et ses sauteurs û tHre da « grands danseurs du Roi. • (Jâl).

î VERS.4ILLES

le Roi; il assista, te IS, à un bal donné chez la Daupbine; le 18, il alla à la chasse ', Pour obtenir les boanes grâces de la Dubarry, il donna un riche collier à son chien Tavori.

Le comte de Provence se maria le 14 mai 1771. Vers lessii heures, il y eut appartement dans la Galerie, où le RoijoM au lansquenet ; puis S. M. alla souper au grand couvert dans la salle de spectacle. Le 13, Louis XV lini appartement dans la Galerie et y assista au trf's-beau feu d'artifice qu'avaient priiparé les artificiers du Roi, Torré, Morel el Seguin, et dont un précieux volume de !a bibliothèque de Versailles nonS représente les détails*. Las hauts du parc et le Fer-â-cheval furent le théâtre d'une brillante illumination. Le 1G, Il ramille royale vit jouer, à l'Opéra, la Heins de Qolconde ; le iû, il y eut bal paré à l'Opéra ; le 23, on donna la seconde représentation de la Reine de Qolconde ; le sa, on joua les Projeté il l'Amour, ballet héroïque de Moudonvilte, Le 31, Oaston à Bayard, tragédie de Debeltoy. Le 5 juin, la seconde représeatetion des Projets de l'Amour termina les Tètes du mariage da comte de Provence.

Le mariage du comte d'Artois, en 1773, amena de nouvelles fêtes. Le 18 novembre, la Cour assista t^ l'opéra d'/m«wr; le (9, il y eut bal paré dans le salon disposé sur la scène de la salle de l'Opéra. Après le bal, la Cour revint à la Galerie des glaces voir le feu d'artifice qu'on n'avait pu tirer le 16, à cause du mauvais temps. Nous ne nous doutons pas aujourd'hui de ce qu'étaient les feux d'artifice d'autrerois ; pour eo donner l'idée, nous mettons sous les yeux du lecteur, en l'abrégeant un peu, la description qu'on lit dans la Qazetit'. Le feu commença par une batterie de 800 gros marrons ' et 700 fusées d'honneur. On vit ensuite une cascade de feu tomber dans l'eau des deux bassins du parterre du Nord, du centre desquels s'élevait un grand jet. Enfin commença le

' GarrROT, Ovtlavt III al la eimr de Frano, I, 113.

' Cet album est composd ds 15 iquarelles dessioées par HiurisiD. Il Fiol favoir sous lea yeux pour lire la description du feu qui le tronTe daoa 1< Benuil dti /Mu tl ipfclatUi iomtit dnanl Sa UajtiH ptndaat l'ann/t IT7I, p«çe1T.

• fffl«*«« de 1773, p. 13t.

* Bapice de pétaâ.

drame pyriciue des Forges de Vuleain. Vulcain présidait aux travaux des Gyclopes, quand Vénus parut sur son char; une symphonie se fit entendre ; Vulcain aida la déesse à descendre de son char et ramena sur la scène ; il lui donna les flèches que TAmour avait forgées pour sa mère. Mars, accompagné de ses guerriers, parut à son tour au milieu d*un bruit formidable ; Vulcain lui remit les armes que les Gyclopes avaient forgées pour son usage, puis il alla visiter les forges. Vénus, TAmour et les Grâces continuèrent à rester sur la sodne, et quand Mars reparut, l'Amour lui décocha une flèche, qui le rendit aussitôt amoureux de Vénus. Mars déclara sa passion à la déesse; mais Vulcain, averti par les Gyclopes, 86 hftia d*accourir plein de colère. Un combat s'engagea entre Vuleain et ses forgerons, d'un côté, et Mars et ses guerriers, de l'autre. Vulcain, battu et furieux de sa défaite, mit le feu à ses forges et tout s'enflamma ; Mars fut obligé de s'enfuir au milieu d'un embrasement général et du fracas des bombes et des pétards.

Torré, qui avait fait exécuter ce beau feu d'artifice avec une précision étonnante, fut complimenté par le Roi et la famille royale.

M^ Dubarry n'assista à aucune de ces fêtes.

Une nouvelle cour se reformait ; mais elle fut, comme l'anei«me, divisée en petites coteries séparées et jalouses. Le Roi , sa maltresse et ses courtisans forment le principal groupe, très-souvent absent de Versailles, comme autrefois. Viennent ensuite les petites cours du Dauphin et de la Dauphine, logés dans les appartements de la Reine; du eomte et de la comtesse de Provence; du comte et de la comtesse d'Artois ; de Mesdames. Madame Adélaïde occupe une partie de l'appartement du Dauphin, au rea^e-chaussée ; Mesdames Sophie et Victoire sont logées dans l'ancien appartement des Bains * ; la salle 54, située au dessous du salon de la Guerre, leur servait de salon commun ; c'est là qu'elles tenaient le cercle et que se faisaient les présentations.

Nous avons pour nous renseigner sur la Gour de Versailles i la fin du règne de Louis XV un témoin judicieux et exact,

* StllM il, 53, 54, 55, et ptrtU da 56, tvee da nonkfiraaM déptadanoea.

u itiTfiB H ntunus

r de Muie-Tlkérfat e Dnphiiie an milico d«s écndli 4* taMe opte* 9d ItaUnnîeot. La eoncsiMnidanoe Kcrik dt It-ét Mmj «we nspéiatrioe Muie-Tbéitee • offre k taUns-fa fkM maplsl. ^oduorfoit faUgapt, mais lotOoiin la ptas fidila de eeUe GMiraaajéa.

Le Bol cal arrivé à ira Id Mal d^e&Issemeot, que k bniil Be répand qa^ Ixott. > T. IL m'ordoaae de loi dûv, écrit H- de Ucrc7 le l$ avril 1T7I , si le Roi se lirre à la boisson. Lt bmil qui s'en eei répandu s'est pas foodé, et peut pron- ■ir de ce qm roo namqne mutcdI dans ce moDarqnc de abaiMaa dlaqail ^oi reMcmbI«ot aux effets de l'îTTesst, qoaiqii^Aa nlte aatait pas les raitea. D est coostaDl que li ttl« do Bai s'aSiïblU de plus en plus, et il s'y joint un ei fia doit oecBSiotuier an monanine le désonlre général rtBTimras de toatea parla. Ce tableau n'est que Uup : TCfit retracé dans mes d*pAefa«s. et je m'abstiens d'tn en- DiQ^er darantage V. H. ■

Louis XV ùiiL titajonrs de petit» TOjages à ses malEcms ptaiaanea. V^ Dobany Toodrait 7 Oire venir ta Dauphiue et la comtesse de ProreDce, afin d'apporter un peu de gaieli el d'agrémenU dan? la société du Roi, qui derenait de p'.UJ en plus triste et sujet aux vapeurs, et qui s'ennuyait dans sa société particuUëre. « Son premier goût pour la favorite, écrll 11. de Mercy le 46 juin tT73, étant amorti par le temps, et cette femme ayant infiniment peu de ressource dans l'espril et dans le caractère, le Roi ne trouve plus cbez elle qu'une dissipation médiocre et entremêlée de tous les încooTénients dont il éprouve à chaque instant les effets. Ce sont de continuelles importunités pour obtenir des grâces souvent injustes, presque toujours pour des gens peu estimables et qui n'ont d'existence que celle que leur donne l'intrigue. Tout cela répugne au Boi, lequel, avec un fond d'indifférence el de faiblesse inexplicable, connaît cependant très-bien le monde qui l'environne, et l'apprécie avec une justesse dont on ae peut douter. Il se voit sans cesse entraîné à des complaisances qui n'aboutissent qu'à augmenter les haines, les tn-

. ' PobliJtpuUM. D'AnielhelOaSrOr, »7f, 1 roL in-B». Pu», DiliK-

MADAME DUBARAY 497

casseries et le désordre ; mais Thabitude a sur le caractère du Roi une force si invincible, qu'elle le tient attaché à ses liens, qui vraisemblablement ne seront jamais rompus que par quelque événement extraordinaire dont on ne peut prévoir répoque. » L'opposition de Mesdames et du Dauphin fit échouer le projet de M»°« Dubarry, et le Roi continua cette vie d'habitudes et de distractions malsaines auxquelles il est bien curieux de voir M°*® Dubarry essayer de le soustraire.

Le Dauphin, comme ses deux frères, a été mal élevé par le duc de la Vauguyon, leur gouverneur ; il n'aime que la chasse et le travail manuel. On lit dans une lettre de M. de Mercy, en date du 47 juillet 4773: «Tout l'ascendant que M">* la Dauphlne a sur M. le Dauphin n'a pu encore détourner ce jeune prince de son goût extraordinaire pour tout ce qui est ouvrage de bâtiments, comme maçonnerie, menuiserie et autres de ce genre. Il a toujours quelque chose de nouveau à faire arranger dans l'intérieur de ses appartements; il travaille lui-même avec les ouvriers à remuer des matériaux, des poutres, des pavés, et se livrant des heures entières à ce pénible exercice, il en revient quelquefois plus ûitigué que ne le serait un manœuvre obligé de remplir ce travail. J'ai vu en dernier lieu M°^« la Dauphine excessivement impatientée et chagrinée de cette conduite ; je puis en juger par la vivacité des plaintes qu'elle m'en fit. » Il ne faudra i>as s'étonner quand plus tard on trouvera le Dauphin devenu roi se transformer en ouvrier serrurier et forger avec son eotnpagnon Gamain.

Bn juillet 4773, le Dauphin organisa un petit théâtre dans son appartement : c'est encore à M. de Mercy que nous devons ces détails*, c Dans le courant du mois, dit-il, M. le Dauphin a fait donner dans son appartement de petits spectaeles joués par les comédiens français et italiens ; ce sont des i>arodies et autres pièces de ce genre, qui remplissent danx ou trois heures de la soirée. Les apprêts en sont fort •iBiples et peu coûteux ; on établit un petit théâtre dans ime antiehambre (447), et la famille royale s'y rassemble après le

* Lettre da 17 joillet 1773.

souper ; il n'y a d'aulres sj)eclateurs que les personaes du service. Ces sortes d'amusements paraissent d'autant plus utiles, qu'ils éloignent les conversations sur tout ce qui se passe à la Cour. ■>

I^ fait le plus curieux de cette partie de la vie du Dauphin, c'est qu'atteint d'une légère infirmité qui l'einpôclie d'fttw le mari de la Dauphine, il reste sept ans sans y porter remède, et qu'il faudra que Joseph II. empereur d'Allemagne et frère de Marie-Ânloinelle, vienne en France pour le décider à subir rinsignifiante opération qui lui permettra de donner un héritier à la Couronne.

La Dauphine n'a elle-même qu'une instruction Irès-iucomplète; elle écrit fort mal; elle parle mal le français; élit lit trâs-peu, malgré les conseils de se mère; elle aime le plaisir et s'y livre souvent follement avec son beau-frère le comte d'Artois, jeune étourdi fort compromettant, qui onlralnara plus tard Marie-Antoinette à toutes sortes de partie aux courses, à l'Opéra de Paris, à des fêtes auxquelles Louis XVI n'assistait pas. Et cependant Ma rie- Antoinette n'avait aucune sympathie pour ce compagnon de plaisin. Quand le comte d'Artois tomba malade, en juillet 4776, louM la Cour remarqua avec surprise l'indifférence de la Reine, llercy lui en ayant fait le remarque, elle répondit ■ qu'elle ne prenait aucun intérftt au prince son beau-frère ; que, liée avec lui par des occasions de pur amusement, toute amili£ cessait avec ces amusements, parce que le jeune prince n'avait aucune qualité qui pût lui concilier plus d'affection. — Je suppliai la Reine, ajoute U. de Mercy, de garder cette réflexion pour elle seule ' . ■

Le comte de Provence, qui prendra te nom de Uonsîeur quand son frère sera devenu Louis XTI, est sérieux de car»tère, intelligent, instruit, mais fourbe. Louis XVI le jUfteait ainsi. En juin 1774, les priocas et princesses étant réunis, eurent l'idée de répéter quelques scènes de comédie ; on flo joua une du Tartufe. Le comte de Provence, ayant joué ce rôle : c Gela a été rendu à merveille, dit le Roi ; les person-

' T. Il, p. UT. — Bo même lempi, il eoga^trall la DiapbÏDe i o dire tout banl • la pea d« eu qu'elle hîsul de Mmtiaiir. •

nages y éloient dans leur naturel K » La Dauphine n'ayant pas d'enfants, le comte de Provence se flatta trop tôt de voir la couronne passer à sa branche. Désabusé par la stérilité de sa femme et par la naissance d'un Dauphin, il devint l'ennemi de Marie-Antoinette, et ennemi d'autant plus dangereux qu'il n'agissait que dans l'ombre. M. de Mercy parle, le 28 juin 4774, d'odieuses dénonciations et de viles calomnies adressées par le comte et la comtesse de Provence à Louis XY contre leurs beaux-frères et belles-sœurs. À son avènement, Louis XYI avait trouvé toutes ces lettres parmi les papiers du feu Roi *. Louis XV avait monté pour le comte de Provence une maison d'un luxe prodigieux et qui, dit M. de Mer^, dépassait toutes les bornes de la raison. La comtesse de Provence en eut une non moins considérable. C'était peutêtre pour témoigner leur reconnaissance envers le Roi, que le comte de Provence et sa femme calomniaient leurs frères et sœurs, ou dénonçaient leurs propos imprudents.

Un mot de Marie-Antoinette peint les trois frères. Mariée en vertu de combinaisons politiques, et sans tenir compte de son cœur, à un prince qui la délaisse, Marie-Antoinette exprime un jour à Marie-Thérèse cette plainte si amère : c Plus je suis convaincue que, si j'avais à choisir un mari entre les trois, Je préférerais encore celui que le ciel m'a donné ; son caractère est vrai, et quoiqu'il est gauche, il a toutes les attentions et complaisances possibles pour mol '. >

Ces jeunes princes étaient si mal élevés, qu'à l'occasion ils se battaient à coups de poing. La Dauphine a raconté en 477S à M. de Mercy, sous le sceau du secret, une de ces scènes da pugilat. Le comte de Provence avait sur la cheminée de sa chambre une très-belle pièce de porcelaine à laquelle il tenait beaucoup. Le Dauphin aimait à la prendre et à la manier ; on Jour il la cassa, c Le comte de Provence, dans son premier moment de colère, s'avança sur le Dauphin ; ils se colletèrent et se donnèrent quelques coups de poing. » La Dauphine eut d'abord Tidée d'appeler au secours ; mais comprenant la gravité de mettre des gens de service au courant de ce qui se

* 9i * Mbrot, II, 184.

' Lcttrt da 15 décembre 1775; Mbrot, II, 404.

50U LE ClfATEAt' CE VERSAILLES

passait, elle se décida à so jeter entre les combattants, les sépara, et en eut la maîa toute égratigaée *.

Les comtesses de Provence et d'Artois sont laides et maussades. C'est encore M a rie -Antoinette qui va nous les faire connaître ; elle Écrit à sa mèro le 14 juin 1776 : « Je n'ai riea à dira contre mes Le lie s -sœurs, avec qui je vis bien ; mais si ma chère maman pouvait voir les choses de près, !a comparaison ne me serait pas désavantageuse. La comtesse d'Artois a un grand avantage, celui d'avoir dos enfants ; mais c'est peut-être la seule chose qui fasse penser à elle, et te n'est pas ma faute si je n'ai pas ce mérite. Pour Madame, elle a de l'esprit, mais je ne voudrais pas changer de réputation avec elle. »

La sœur du Dauphin, Madame Clotilde, le gros Madamt, comme on l'appelait, était fort bien élevée, Irès-douce, trèsaimable ; mais, née en 1739, ce n'était qu'un enfant de onie ans en 1770, et dès qu'elle eut seize ans elle fut mariée {1775) et partit pour le Piémont, où elle devint une sainte.

Madame Elisabeth, autre sœur du Dauphin, née en IT61, n'avait que six ans à l'arrivée de Marie- Antoinette à la Cour.

Restaient les filles de Louis XV, Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie; Madame Louise, la Carmélite, était à Saint- Denis. Ces princesses étaient devenues ce que deviennent toutes les vieilles Qlles dépourvues d'esprit, d'intelligence et d'instruction ; elles étaient d'une dévotion outrée, tracas- Bières, jalouses, médisantes et mécbantes, et ne s'occupaient qu'à faire des cancans et à intrigailler. Madame Adélaïde, en sa qualité d'aînée, était le chef de cette coterie. Mesdames s'emparèrent d'abord de la jeune Dauphine, isolée et saas autre guide sérieux, dans cette Cour dangereuse, que M. de Mercy. Ma rie- Antoinette se soumit volontiers à l'influence de Mesdames; elles obtinrent que la Course tiendrait chez elles, que les présentations se feraient chez elles, la Dauphine étant trop jeune et trop inexpérimentée. Elles s'acquittaient fort mal de leur râle, mais elles annulaient la Dauphine, et cela sufâsait pour donner satisfaction à leur vanité. Marie- Antoinette, sur les conseils fort sages de Marie-Thérèse,

' Mbbcy, I, 313.

IfADAME DUBARRY 501

ant enfin affranchie de cette domination, le mécontenteit et la jalousie de Mesdames ne connurent plus de bornes; s donnèrent libre cours à leur méchanceté. Les cabinets Mesdames devinrent le principal foyer des attaques et des >mnies lancées contre Marie-Antoinette, et qui du rez-deussée du château se répandaient promptement dans toute leur et à Paris.

:arie-Antoinette a écrit à Marie-Thérèse ime lettre (42 juil- 1770), dans laquelle elle donne le détail de sa vie, en mtant ce qu*elle fait chaque jour :

otre Majesté est bien bonne de vouloir bien sUntéresser à moi lôme de vouloir savoir comme je passe ma journée. Je lui dirai c que je me lève à dix heures ou à neuf heures, et, m*étant ha- Se, je dis mes prières du matin, ensuite je déjeune, et de là je ; diez mes tanles, où je trouve ordinairement le Roi. Cela dure [a*à dix heures et demie ; ensuite, à onze heures, je vais me coif- A midi, on appeUe la chambre, et là tout le monde peut entrer, pii n*est point des communes gens. Je mets mon rouge et lave i mains devant tout le monde ; ensuite les hommes sortent et les les restent, et je m*habille devant elles. A midi est la messe; si toi est à Versailles, je vais avec lui et mon mari et mes tantes à cesse; s*il n*y est pas, je vais seule avec M. le Dauphin, mais ours à la même heure. Après la messe nous dînons à nous deux ant tout le monde, mais cela est fini à une heure et demie, car 8 mangeons fort vite tous les deux. De là je vais chez M. le tphin, et s'il a afiaires, je reviens chez moi, je lis, j'écris ou je 'aille, car je fais une veste pour le Roi, qui n'avance guère, maîs père qu'avec la grflce de Dieu elle sera finie dans quelques ées. A trois heures je vais encore chez mes tantes où le Roi it à cette heure là ; à quatre heures vient l'abbé ^ chez moi ; à I heures tous les jours le maître de clavecin ou à chanter jusk six heures. A six heures et demie je vais presque toujours X mes tantes, quand je ne vais pas promener ; il faut savoir que Q mari va presque toujours chez mes tantes. A sept heures on e jusqu'à neuf heures, mais quand il fait beau, je m'en vais proaer, et alors il n'y a point de jeu chez moi, mais chez mes tes. A neuf heures nous soupons, et quand le Roi n'y est point, s tantes viennent souper chez nous ; mais quand le Roi y est, UB allons après souper chez eUes, nous attendons le Roi, qui vient inairement à dix heures trois quarts ; mais mol, en attendant, ne place sur un grand canapé et dors jusqu'à l'arrivée du Roi ;

L'êhhé de Vennond, lectsor de Marie-Antoinette ; c'était le Mn da lire accoacheur.

502 LE CHATEAU DE VEBSAnXES

mais quand il n'y est pas, nous niions n Voilà toulo nolrd journée. Pour ce que el fStes, je me réservi; à le lui mander une autre fois.

Celle vie moDotoDe, aggravée par les exigences de l'éiiqtiette. fiait par devenir insupportable à la Dauphioe. Bile ' cberclia à se di&lraire en moalant à cheval, mais sa mère l« lui défendu ; elle donna chez elle des coDcerts, qui lui permirent de satisfaire soQ goût pour la musique. On lit Aua une lettre de M. de Mercy ' :

Depuis que M"" la Dsuphine a repris du goût pour Is musique. Il se tient do tempa en tempe chez elle * de pettta concerts, où h réuuil la jeune ftiniillo royale ; Mesdames n'y parsiasenl point «rtlnatremont. J'ai vu un de ces concerts, et je do puis exprimer canbien M*"" la Dauphlne y est cbarmaole, attentive envers losl 11 monde, marquant avec jugement et dignité des bontés b un cfaactll, et doimant par là un spectacle de grSces et d'agrémeDUi, qui d^ok longtemps n'était plus connu à celte cour-ci. Ces mdmc6 conwrti se répètent chez Madame', gœur da M. le DaupbiD; j'ai obleoull U""* la Dauiihine qu'elle voalQt bim y aBsister, et elle j a mtot cbanté un soir.

Elle donna aussi des bals tous les lundis du carDâvaldc t77< . ' Tout le monde sort enchanté de ces petites fAlea >. dit

M. rio Mcrcy, et plus loin ;

M""^ la DauphïDQ a rendu ces fdtcs cbarmautcs par les gri^ dont elle a combla les dames qui y ont été admises. M. le DsaplûD y a paru de son citlé tout différent de ce que l'on était accou'umi do le voir ; il s'est beaucoup amusé do la danse, et a parlé i tout k monde avec un air de bonté qu'on no lui connaissait pas jusqu'ù M momenl-lli.

Un cLangcment si avanlaffeux est allKbué avec grande raisosi jjraa ja Dauphinc, et lui donue un droit de plus aux hommsgei h public. Indépendamment des bals chez M™ la Dauphin tesse de NoaillcH * en n donné plusieurs chez elle, que Son AllïM Boyalc a honorés de sa présence. Elle y est venue la première toi avec M. le Dauphin qui la conduisait sous le bras ; il dit en eDinU t la comtesse de Noailles : « J'espère, Madame que vous vondia bien recevoir le mari et la femme; nous ne venons pas ici poni)

' 1772, lî luio.

■ An saloudela Pau (lit).

' Uadame Cloliliie.

' Dame d'haiineur de la Daupliiu

MâD.VME DUBARRY 503

apporter de la gône, mais pour partager vos amusements. » Après ce début honnête, M. le Dauphin passa toute la soirée à danser, à parler et à donner des marques de bonté et d'attention à tous ceux qui se présentaient devant lui ^

La Dauphine aimait beaucoup à jouer avec des enfants. M. de Mercy signale les inconvénients de ce goût de la jeune princesse.

Depuis quelques semaines, dit-il ', M*"® la Dauphine a repris la coutume de jouer avec des enfants, et malheureusement sa première femme de chambre en a deux, c'est-à-dire un garçon de six à sept ans, et une fille de douze, Tun et l'autre très-bruyants, malpropres, et remplis d'inconvénients. M"*^ la Dauphine passe une grande partie de la journée avec ces enfants, qui gâtent ses habits, déchirent et cassent les meubles, et mettent le plus grand désordre dans Tarrangement des appartements. Mais ce qui est bien pire encore, c'est qu'au moyen de cet amusement, M*"" la Dauphine ne trouve plus de moments à faire ses lectures.

Telle était l'existence de la Dauphine, de cette jeune femme dont on avait fait à Vienne le portrait suivant : « G est une princesse accomplie, tant par les qualités de sa belle âme que par les agrémens de sa figure ; elle a un discernement fin, de la bonté dans le caractère, de la gaieté dans l'esprit; elle aime à plaire, dit des choses agréables à un chacun, et possède à un suprême degré toutes les qualités qui peuvent assurer le bonheur d'un époux '. »

Une grande partie du temps de Marie-Antoinette était employé à lutter, avec l'aide des conseils de M. de Mercy, contre les cabales des princes et princesses, beaux-frères, bellessoeurs et tantes qui lui étaient tous hostiles, les tantes surtout qui provoquaient de continuelles piquanieries ^. Elle avait de plus le Roi à ménager, à cause de la froideur extrême qu'elle témoignait à la Dubarry, ce qui froissait Louis XY et réloignait de la Dauphine.

Marie-Antoinette, qui regardait M"*« Dubarry comme « la

* Mbrgt, I, 134.

• Ziwt Schilderungen des Wiener Hofes im XVIII Jahrkundêrt. Heraas gegebea von Ed. Wertbbimbr. Wieo, 1880, ia-8^.

* Mbrgt, II, 119.

plus sotte et impertiaenlo créature qui soil imaginable ■, et voulait pas lui parler. * Elle a joué tous les soirs avec nous è Marly, écrit-elle à sa mère !e 9 juillet (770; elle s'est trouvée deux fois à côté de moi et je n'ai point tâché justement do lier conversation avec elle ; mais quand il le rallait. Je lui ai pourtant parlé. » Depuis, malgré les conseils de Marie-Thérèse, la Dauphine aiTecta de ne plus adresser la parole à la créaivn, comme elle l'appelle. L'histoire des négociations continuelles qui ont lieu entre M'™ Dubarry, le Roi, M. de Mercy el la Dauphine, pour obtenir d'elle un mol ô la matlresse est racontée tout au long dans la correspondance de M. de Mercy; il suffit d'en donner ici l'analyse.

En septembre 1771, M. de Mcrcy eut une entrevue avec le Boi chez M™ Dubarry. Louis XV se plaignit à l'ambassadeur de Marie-Thérèse de ce que la Dauphine se livrait à des préventions et à des haines qui lui étaient suggérées, et de et qu'elle traitait mal, même avec affectation, les personnes qu'il admettait dans sa société particulière. Il lui dit que, sans songera gêner les préférences que la Dauphine jugerait 1 propos de marquer aux uns et aux autres, « on ne lui demandait en général que d'accorder strictement le traitement que toute personne présentée était en droit d'attendre; qu'une conduite opposée occasionnait des scènes à la Goor et y échauffait l'esprit d'intrigue et de parti. » Louis XT ajouta qu'il lui répugnait d'avoir des explications avec ses enfants, et termina en disant : < Voyez souvent M"* la Daii> phine ; je vous autorise ô lui dire tout ce que vous voudra de ma part ; on ' donne de mauvais conseils à If* la Dauphine, il ne faut point qu'elle les suive. ■

M. de Mercy alla trouver la Daupbine et l'engagea à saUS' faire le Boi ; il lui donna entre autres raisons celle-ci: f Que si elle voulait annoncer par se conduite publique qu'elle avait connaissance du rôle que jouait à Versailles la comtesse Dubarry, alors sa dignité exigeait qu'elle demandât au Roi qu'il fût interdit à cette femme de paraître désormais au Cercle ; mais que si elle voulait paraître ignorer le vrai éUl

' 0» désigne ^lidemoieat Madame Âddlalds. Madame TicUira. gitca •ai Gonieik de la marquiM de Durfort, teaait une CDoduita ploi laodMl.

MADAME DUBARAY 505

de la favorite, il s'ensuivait la nécessité de la traiter sans affectation et comme le serait une femme présentée, pour laquelle on aurait le moins d'égard ; que cela serait effectué si, dans une occasion où la comtesse Dubarry paraîtrait au Cercle, M°*<^ la Dauphine, en faisant sa tournée, lui adressait une seule fois la parole ; que par là tous les motifs spécieux de plainte cesseraient, et que, si après cela, on la voulait engager à des complaisances plus étendues, elle se trouverait avoir des armes pour s'en défendre. » Madame Adélaïde fit une vive opposition à Tidée d'obéir au Roi ; cependant il fût décidé que le 14 septembre, lorsque la Dauphine verrait M°>« Dubarry au Cercle, elle lui dirait un mot. M. de Mercy assista à l'entrevue.

Le 11 au soir, dit-il, je me rendis au cercle ^ ; la comtesse Dubarry 7 était avec sa compagne '. M™* la Dauphine m'appela pour me dire qu'elle avait peur, mais que tout rarrangement subsistait. La partie de jeu étant sur la fin, M°*® la Dauphine m*enyoya me placer auprès de la favorite, avec laquelle je liai conversation. Dans le moment tous les yeux se tournèrent vers moi. M™® la Dauphine commença à parler aux dames ; elle arrivait de mon côté et n'était plus qu'à deux pas, lorsque Madame Adélaïde, qui ne la perdait point de vue, éleva la voix et dit : « n est temps de s'en aller, partons ; nous irons attendre le Roi chez ma sœur Victoire. » A ce mot, M™* la Dauphine s'éloigna, et tout l'arrangement fût manqué. Cette petite scène fut suivie de bien des propos tenus chez Mesdames ; elles blâmèrent beaucoup mes conseils ; M™® la Dauphine eut cependant la bonté de prendre ma défense, surtout après que M. le Dauphin eut dit avec beaucoup de phlegme : « Pour moi. Je trouve que M. de Mercy a raison et que vous avez tort. »

Ce môme soir, tous les ambassadeurs, le nonce y compris, étaient priés à souper chez la comtesse Dubarry. Malgré la petite humiliation qu'elle venait d'essuyer de nouveau chez M°^ la Dauphine, elle redoubla d'égards et d'attention envers moi. J'expliquai au duc d'Aiguillon tout ce qui s'était passé dans la soirée, et cela me servit d'exemple pour prouver de quelle source provenaient les inconvénients et à qui il fallait s'en prendre ; cela produisit le bon efifot de mettre M°^® la Dauphine à couvert des tracasseries.

Le Roi, dans l'impatience de savoir le traitement qu'avait éprouvé 1« favorite au cercle, était venu le lui demander à l'issue du conseil d*Btat, et avant d'aller souper avec la famille royale. Après le

* Qui M tentit à ce moment chas It Dauphine (salle 116).

* M"* d<e Yalflotiiiois.

sou LE CHATEAU DE VERSAILLES

souper do la comlesso Dubany, le Roi rcTÎnt cbe» elle et resta une heure cl demie avec nous ; il s'opprochait de moi â tout momeol ■veo une sorte d'cmbamiB ; âoSn m'ay aot comme pouaaà dan» m uoiu de la chambre, il me dit ; « Eh bien, M. de Mercy, tous aia

vu M'"" la Dauphinc? » Il ajouta tout de suite : « Vos aTîanc tmalifiuul (Tu&re : il faudra que jo vienne b votre secoure. »

Enfin Marie-Anlolnctte parla à M™' Dubarry le 3 janvier (77Î. La comtesse, accompaKQée de M""" d'AiguilIoa el dt Mirepoix, étant venue, suivant l'usag>>. Taire sa cour à la Dauphine, la princesse adressa d'abord la parole à M°" d'Aiguillon. Passant ensuite dcvonl la favorite et la regardant sens gène ai atfeclation, elle lui dit : ° Il y a biea du monde aujourd'hui à Versailles, » après quoi elle parla tout de suite à M"'* de Mirepois.

Le 26 juillet 177î, M'"* Dubarry, après de nouvelles négociations, eut une seconde satisfaction. Etant arrivée chez la Dauphine après la messe du Roi avec la duchesse d'Aiguil- Ioa, « W™ la Dauphine adressa d'ahord la parole à cette dernière, et se tournant ensuite vers la favorite, elle dit ([uelques mots sur le temps, sur les chasses, de f^^on que, 30DS interpeller directement la comtesse Dubarry, celle-ci pouvait cependant croire que ces paroles s'adressaient aussi bien à elle qu'à la duchesse d'Aiguillon. La favorite et le Roi furent très- satisfaits de cette concession de Marie- Aatoioeite: mais la Dauphine fit remarquer ensuite au Dauphio, au comte et à la comtesse de Provence, que Mesdames les avaieat tous mal conseillés et mis dans un grand embarras, car il était difficile de se dédire sur une résolution prise, quoiqu'on en reconnût les inconvénients, ce que le Dauphin trouva fort juste.

Ajoutons pour terminer que M™ Dubarry eut l'idée étrange de gagner Marie- An toi nette au moyen de splendides pendants d'oreilles formés de quatre brillants d'une beauté et d'une grosseur estraordinaire. Le joaillier voulait les vendre au prix de 700,000 livres. M"» Dubarry sachant que la Dauphine aimait beaucoup les pierreries, chargea le comte de NoaiUti de montrer les pendants d'oreilles à la Dauphine et de lui dire que, si elle voulait les avoir, elle lui en ferait faire esdeau par le Roi. La Dauphine rejeta l'oflre maladroite «'

MADAME DUBARRT 507

déplacée qu'on lui faisait, en répondant simplement qu*elle avait assez de diamants et n*en voulait pas augmenter le nombre ^

Au commencement de Tannée 4774, M°*« Dubarry, quoique toute-puissante et dominant complètement le vieux Roi, commença à s'inquiéter de la fin prochaine de Louis XV. Informé des inquiétudes qui agitaient le parti de la favorite, M. de Mercy se mit en campagne pour savoir ce qui se passait et en informer l'Impératrice, c A force de soins, lui écrivitil % j'ai découvert que leurs craintes étaient fondées en partie sur des propos que le Roi commence à tenir de temps en temps sur son fige, sur l'état de sa santé, et sur le compte effroyable qu'il s'agira de rendre un jour à l'Btre suprême de l'emploi de la vie qu'il nous a accordée dans ce monde. Ces réflexions, occasionnées par le trépas de quelques personnes de l'âge du Roi, et mortes presque sous ses yeux \ ont fort alarmé les gens qui retiennent ce monarque dans ses erreurs actuelles, et dès ce moment un chacun a cru devoir songer aux moyens de trouver un abri selon les événements possibles ^ d La coterie Dubarry essaya, mais sans succès, de se rapprocher du Dauphin et de la Dauphine.

Tout en négociant en vue de l'avenir. M"'' Dubarry et ses amis s'efforcèrent d'arracher le Roi à ses sombres pensées et à le distraire de ses terreurs. On multiplia les parties de plaisir et on les rendit plus vives que par le passé. On revint à la théorie de M'"*' de Pompadour : amuser le Roi en lui procurant de nouvelles amours. Dans la dernière de ces parties, qui se fit à Trianon, on amena au Roi la fille d'un menuisier qu'il avait trouvée fort jolie. La jeune fille, assez souffrante, ne consentit à se livrer au Roi qu'avec peine ; elle couvait déjà la petite vérole dont elle mourut quelques jours après, et elle communiqua le germe de son mal à

' Mbrct, I. 203, 205, 209, 263, 33Ô. II, 95.

• Le 19 février 1774.

' Le marquis de Chauvelin était tombé mort en Jouant aux cartee, le 23 novembre 1773 ; le maréchal d'Armentières venait de mourir subitement, ainsi que l'abbé de la Ville, directeur aux Affaires Etrangères. Ce dernier avait été frappé au lever du Roi.

^ Mbbct, il no.

LE CHATEAU DE TERSAILLES Louis XV, qui dès le lendemain se trouva, à son tour, Irèssouffrant.

IL resta quelq[ues jours à Triauon et Tul amené à Versaiilea, où il mourut le tO mai t774. Son corps fut conduit sacs cérémonie â Saint-Denis. On a dit et répété souvent qu'on ce lui avait pas fait de service. Cette erreur est démentie par la Qazttte de France, qui nous dit, au mois de juiliet, il est vrai ' : « Le 27 de ce mois (juillet), on célébra dans l'église de l'ubbaye royale de Saint-Denis le service solennel pour le repos de l'âme du feu Roi. Le corps avait été descendu quelques jours après sa mort, suivant l'usage observé pour les rois qui meurent de la petite vérole. Mais la représentalioQ était placée sur un magnifique catafalque, sous un grand pavillon, au milieu d'une cbapelle ardente éclairée par un grand nombre de cierges, n La GdMtte donne ensuite une longue description de la cérémonie.

Qaulti, IT1(. p. BM.

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