‹ Le château de Versailles; histoire et descriptionChapitre 46 sur 54 · VII · texte numérisé non relu

VII

SUITE DU RÈGNE DE MADAME DE POlfPADOUR 449

La manufacture royale de porcelaine de Vincennes avait été transférée à Sèvres en 4753. Ses merveilleux produits étaient exposés chaque année à Versailles. M™* de Pompadour, (pii protégeait avec ardeur la manufacture, se transformait pendant les expositions en marchande, et vendait de ses jolies mains les belles porcelaines tendres qui resteront comme le plus charmant modèle de Part décoratif du xviu* siècle.

Hais la marquise avait de plus hautes visées. Pour être certaine de rester la maîtresse en titre et gouverner la France, elle organisa, à l'usage du Roi, tout un honteux service de c maîtresses passagères, de petites maîtresses, • de filles sans importance, dont nous parlerons plus loin avec quelques détails. Nous voulons seulement dire ici que, dès 4755, M*^ de Pompadour est devenue le premier ministre de Louis XV , qu^elle tient la place du grand cardinal de Richelieu. C'est elle qui gouverne avec Taide des frères Paris ; c*est éUe qui chasse les ministres Maurepas, d*Argenson et Machault ; c'est elle qui nomme Tabbé de Bernis ministre des affaires étrangères et le remplace plus tard par M. de Ghoiseul; c'est elle qui enlève le commandement de Tannée de Hanovre au maréchal d'Estréesetle remplace par le maréchal de Richelieu, qui fait nommer M. de Soubise, maréchal de France après sa défaite à Rosbach, qui comble sa famille de Civears prodigieuses, lettres de noblesse, charges, etc., qui bouleverse les alliances de la France, lui fait perdre toutes ses colonies, et qui enfin mène à grandes guides l'ancienne monarchie à sa ruine.

Quant au Roi, il laisse faire. S'il travaille avec ses ministres, c'est irrégulièrement et pour quelques instants. Aussi les ministres et leurs bureaux deviennent-ils tout-puissants. Louis XV reconnaît lui-même qu'ils ont plus d'autorité que loi^ Rien ne pouvait décider le Roi à s'occuper des afiaires de TBtat. M"** de Tencin écrivait au duc de Richelieu en 1743:

« Il faudroit écrire à M"** de la Toumelle pour qu'elle essayât de tirer le Roi de l'engourdissement où il est sur les

* LUTHM, XIV, 372.

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afTaircs publiques. Ce que moa frère' a pu lui dire là-des- Hus, B été inutile : c'esl, comme il vous l'a maDdé, perler aux rochers. Je ne couçois pas qu'uu homme puisse roulcir être nul, quand il peut être quelque chose. Un autre que TOUS ae pourroit croire à quel poiut les choses sont portées. Ce qui se passe dans son royaume paroit ne pas le regarder ; il n'est affecté de rien ; dans le conseil, il est d'une indidérence absolue ; il souscrit a tout ce qui lui est préseaû. En vérité, il y a de quoi se désespérer d'avoir affaire à un td homme. »

Le duc de Luynes signale aussi, à plusieurs reprises, l'eunui que le Roi montrait quand il était obligé de travailler avec SCS ministres, el l'indilTcrence qu'il témoignait sui affaires de l'Etat*. Et cependant Louis XV est en lutte avec les Parlements pour les querelles du Jansénisme, avec le clergé pour l'impôt du vingtième, avec les Etats du Lan^^u^doc. Paris se révoltait à plusieurs reprises, quoiqu'on pendil les émeutiers.

La faiblesse de Louis XV était extrême; il ne faisait mtmt pas exécuter ses décisions '. Quand le duc de Fronsac. Sis du duc de Richelieu, au mépris des ordres du Roi, quille son poste u l'armée de Hanovre, devant l'ennemi, et vi.'ui audacieuse ment se montrer à Versailles, au lieu de le punir, Louis XV l'invite à souper".

Les changements de ministres sont assez fréquents; tes Intrigues permanentes. Toute la machine gouTemementale se détraque ; l'armée, la marine n'ont plus de discipline ; on voit un amiral fuir devant l'ennemi sans combatb« «t brûler son vaisseau. Les finances sont en plein désarroi; on dépense, on gaspille, mais pour l'inutile, et on manque i'sTgent pour le nécessaire. Les choses en arrivent à ce point qu'on dé&nit ce gouvernement une anarchû dépensière*. Ob \ vole partout, au Canada principalement, et ces vols éhonlK I joints au manque de secours amènent te perte de cette pK- /

' Le cardinal de Tendo. |

' LUTNBB, décembre 1742 ; Juin, Juillet 1743. — D'AbqbhbOu, VI, t'< ' LuYNES. 175<, aoQl et septembre (Bxlmordinaira). * LorNBB,

' D'AiiGSNBON, VI, 403.

cieuse colonie. Quand elle nous fut arrachée sans retour, on dit q[ue M"*® de Pompadour, toute joyeuse, s'écria : ? Enfin, le Roi va pouvoir dormir tranquille. »

L*opposition qui devait quelques années plus tard emporter la monarchie, devenait de plus en plus vive. A Versailles, on jetait partout, même chez le Roi, des billets d*une incroyable violence. En voici un :

Tu vas à Choisy et à Crécy ; Que ne vas-lu à Saint-Denis !

Le peuple commençait à se déchaîner. Les philosophes attaquaient la royauté et les privilèges des Ordres. Voltaire luttait contre Tintolérance ; le Parlement, contre Tautorité royale ; les lits de justice se multipliaient sans résultats, et Louis XV en était réduit à dire : « Ces robes rouges veulent me mettre en tutelle ; c'est une assemblée de républicains, m Une autre fois, il dit : a Ils me désolent par leurs querelles ; tes gens finiront par perdre TEtat. Au reste, en voilà assez. Les choses dureront autant que nous. »

Tout à coup, au plus fort de ces luttes, le 5 janvier 4757, à six heures du soir, Louis XV fut blessé par Damieus, à la porte de la salle des Gardes S au moment où il allait monter dans son carrosse rangé contre les marches de la cour de Marbre. Le duc de Luynes raconte ainsi Tévénement*.

Après dtncr le Roi revint de Trianon pour voir Madame Victoire qui éioit un peu incommodée. 11 avoit donné Tordre à cinq heures et demie pour retourner à Trianon ; ses carrosses Tattcndoient à la porte de la nouvelle salle des Gardes. Le Roi descendit à six heures, précédé par M. de Montmirail, ayant à sa droite et à sa gauche IL de Brionne et M. le Premier, en avant M. de liaudreville, écuycr de quartier, M*'' le Dauphin à côté de lui, du côté gauche, et M. le duc d*Ayen ' derrière lui. Il y a plusieurs marches de la salle des Gardes dans la cour ; le Roi étoit au bas do la dernière marche, lorsqull se sentit firappé du côté droit et dit : « On m'a donné un grand coup de coude. » On vit en même temps un homme environ de quarante-cinq ans, habillé de brun avec une redingote brune, qui avoit son chapeau sur la tête. M^*" le Dauphin lui dit : « Est-ce

* Stile n<> 37.

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