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LE CHATEAU DE LOUIS IIH

le joignant. La terre de Versailles comprenait encore 68 arpents de terres labourables, prés, bois taillis, avec maisons, jardins, mare et fontaine au lieu de Mortamer^ et la Grange- Lessart *. La Grange-Lessart était une grande ferme qui contenait : granges, écuries, cours, deux clos de 3 arpents, bois taillis d'un arpent, 473 arpents de terres de labour, de bois taillis, bruyères, prés et pâtis; elle était affermée 1950 livres. — Le Roi devenait aussi possesseur de la grande garenne de Versailles, située sur le chemin de Paris et contenant 5 arpents de bois taillis, de prés et de terres. Enfin, de la seigneurie de Versailles relevait en plein fief celle de Glatigny, affermée 1000 livres par an.

En 1632, Louis XIII acheta 46 lots de terres comprenant 85 arpents et 46 perches, 5 quartiers et une maison. Xi résulte des actes, que le Roi, ayant enclos de murs son parc, y avait renfermé diverses terres qu'il n'avait pas encore, achetées ou payées. Cette année, il paie 4975 livres 10 sols, 24 arpents et 65 perches appartenant au curé de Versailles. Il indenmise aussi Féglise de Versailles pour t arpents ; le président de la Barre pour 43 arpents et 34 perches ; on paie au sieur Claude Gourlier, hôtelier, une maison que S. M. lui avait prise pour loger ses chiens.

A partir de 4632, le domaine est à peu près constitué ; aussi les achats deviennent-ils plus rares : en 1634, 4 arpent et 42 perches ; en 4644, le 43 avril, 56 arpents de bois taillis, qui lui sont vendus par Jacques Lemaire, sieur des Moulineaux, lequel venait de les acheter, par acte du 22 mars 1644, à Jean Martin, Marguerite Lebrun, sa femme, et Germaine Lebrun, veuve d'Etienne Lemaire, sieur des Couidrais. C'est la dernière acquisition. Le domaine de Versailles a donc été constitué principalement avec les héritages des Lebrun et la terre des Gondy.

Ce fut Lemercier, que Sauvai appelle le premier architecte de son siècle, que le Roi employait déjà à ses travaux du

* Sans doule le lieu dit des Morlemete, situé au sud-ouest de la pièce d'eau des Suisses, et dont une ailée du parc» allant de la pièce d'eau des Suisses au bassio de Choisy, porte le nom.

* Située sur le plateau de oatory, où sont les docks du génie et de lurtillerie.

Louvre *, qui fut chargé d'élever la nouvelle résidence royale. Le château de Louis xni, tel que nous le voyons représenté sur le tableau de Yan der Meulen * et surtout sur le beau tableau de la salle 37, n<> 765 *, ainsi que sur les estampes dlsraél Silvestre ^, était une œuvre pleine d'élégance et de goût, qui fait le plus grand honneur à son auteur, et qui est certainement l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture française du zvii® siècle.

Le château était bâti en pierre et briques, de forme carrée *, et flanqnié de quatre pavillons aux angles. La longueur de chaque côté, en y comprenant les pavillons des angles, était de 48 mètres ; les façades extérieures étaient percées de neuf fenêtres. Le château était entouré d'un large fossé, bordé des deux côtés de balustrades en pierre. Il s'ouvrait à l'est •. La cour, appelée aujourd'hui la cour de Marbre ^ était fermée par un portique en pierre, composé de sept arcades ornées de grilles en fer doré, « où l'or et le vert étoient très-bien mêlés ensemble * d ; l'arcade du milieu, plus large que les autres, servait de porte. Extérieurement, un balcon, décoré d'une balustrade en fer doré, régnait tout autour du château, en suivant le portique de la cour, et servait à dégager les

*■ Lemercier a construit au Louvre le beau pavillon de l'Horloge et Taile située à la droite de ce pavillon. Les autres œuvres de Lemercier sont : la Sorbonne, le Palais-Cardinal (aujourdliui Palais-Royal), le Val-d&-Grftce, Saint'Rocb, le grand château de Richelieu et le fameux escalier en fer à cheval de la cour du Cheval- Blanc à Fontainebleau. Lemercier mourut en

* Musée de Versailles, salle 34, n^ 725. Ce tableau a été gravé par Baudouins (Chalcographie du Louvre, n^ 545). Voir aussi la planche 544, pour la face antérieure du château.

* La date de ce tableau est évidemment de 1668, car il représente le grand canal commencé en 1667-68. Le tableau n^ 765 donne le château, ses dépendances et tout le parc, et est absolument conforme au plan de Silvestre gravé en 1667. Il est regrettable que nous ne connaissions pas le nom de l'auteur de cette peinture si remarquable par son exécution et sa perspective; c'est probablement l'œuvre d'un artiste flamand.

* Chalcographie, n^» 2540 et 3505.

' Voir le plan n^ 2.

* Voir la gravure Château de Louis XIIl du cêté de la cour. ^ A cause de son dallage en marbre.

* Mademoiselle db Scudéry, La Promenade de Versailles^ in-12, 1669. Ce volume est orné d'une jolie vignette, qui représente le château de Louis XIII .

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appartements du premier étage '. Deux rangs de bustes de marbre, représentant des empereurs romains, ornaient les façades de la cour, dont le premier étage se terminait par une balustrade en pierre surmontée de vases et de groupes* Les pièces du second étage étaient éclairées par des œils-debœuf ouverts dans le toit, tels qu'on les voit encore aux façades nord et sud de la Qour de Marbre. Les toits et les cheminées, d'un beau modèle, étaient décorés de vases et de divers ornements de couleur bleue, (pii, avec le blanc de la pierre et le rouge des briques reproduisaient les couleurs de la maison de Bourbon *. Les toits, presque tout couverts d'or, resplendissaient au loin.

Aux deux angles de la cour, il y avait, à la hauteur du premier étage, deux élégantes tourelles ou lanternes en maçonnerie, reposant chacune sur une trompe, au bas de laquelle se trouvait un petit bassin de marbre, en forme de coquille, où un triton de bronze doré jetait par son cornet des eaux abondantes*.

Les appartements étaient très-beaux * ; M"« de Scudéry en vante la riche décoration et le bon goût. En 4664, l'auteur de la Relation des Plaisirs de l'Ile enchantée disait en parlant du château de Versailles : a II charme en toutes manières ; tout y rit dehors et dedans, Tor et le marbre y disputent de beauté et d'éclat ; et quoiqu'il n'ait pas cette grande étendue qui se remarque en quelques autres palais de S. M., toutes choses y sont si polies, si bien entendues et si achevées, que rien ne le peut égaler. »

Les escaliers, établis dans la partie centrale de chaque aile, étaient de marbre ; le c rampant », en bronze doré, d'un fort beau travail ; les côtés peints « en bassetaiUes dorées ». Le vestibule, au fond de la cour, servait de passage pour aller aux jardins ; il était à jour et permettait de jouir de

^ On remarque sur les deux pilastres d'angle, à Tentrée de la cour de Marbre, des pierres carrées incrustées dans lesdits pilastres, qui indiquent la place des scellements des corbeaux du balcon.

• Voir Recherches sur les drapeaux français..,, par Gustave Dssjar- DIN8, Paris, 1874, gr. in-8® avec planches en couleur. — Le château actuel présente plusieurs décorations tricolores : le pavage de la chapelle, etc.

* Denis, Poème descriptif de Versailles, mss. de la bibl. de Versailles. ^ La disposition des appartements se trouve sur les plans n^ 3, 4 et 5.

la vue qui s*étend au loin. Il était orné de peintures et de dorures, et pouvait être, « à l'aide de lambris qui se mettoient et s'ôtoient facilement », transformé en salle de bal ou de comédie.

Bn avant du château, des deux côtés de l'avant-cour, s^élevalent deux bâtiments, longs de 42 mètres et destinés au service. Celui du sud renfermait les écuries du Roi. Il en reste à peu près tout le rez-de-chaussée, construit en pierre, et dont on voit les arcades sur la cour Royale et sur la cour des Princes. Du bâtiment du nord, il ne subsiste encore que la partie la plus rapprochée de la cour de Marbre ; ici la construction est en pierre et en briques.

AU nord et au sud, chacun de ces deux bâtiments était flanqué parallèlement d'un second bâtiment plus petite Des angles de ces deux petits bâtiments de service partait un mur d'enceinte, en briques avec chaînes de pierre, surmonté d*uae balustrade en pierre. Ce mur se terminait des deux côtés en quart de cercle et allait rejoindre deux élogauts pavillons, qui formaient l'entrée de Tavant-cour, fermée par une grille. Enfin, une place en demi-lune, précédant Tavunt-cour, était formée des deux côtés par une rampe semi- circulaire, avec balustrade en pierre, qui commençait aux deux pavillons de rentrée de l'avant-cour et venait linir à deux obélisques marquant le commencement de la place. Les obélisques, en briques avec chaînes de pierre, reposaient chacun sur de grosses boules eu pierre, et se terminaient aussi par une boule en pierre. Au delà, enfin, était une grande place, qui devint sous Louis XIV l'avant-cour et la place d'Armes actuelles Les trois avenues de Saint-Cloud, de Paris et de Sceaux ne datent que du règne de Louis XIV *.

Sépares du château de Louis XIII, les deux grands bâtiments de service y ont été réunis par rarchilecte Levau, en 4669, lorsque Louis XIV commenta à agrandir le château de son père.

Quant à la façade orientale, celle qui est au fond de la cour

' En 1662, on bâtit, à feztr^milé occidcutale du bûtimcnt du nord, U fameuse grotte de Thétis, au-dessus de laquelle était uu réservoir. Elle est représentée sur le tableau d° 765.

* L'aveuue de Paris est de 1664 {Comptes den Bâtiments'.

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