LÉ CHATEAU B£ LOUIS XIII
de Marbre, elle a été entièrement remaniée sous Louis XIY S qui en a changé le style et y a mis les colonnes qu'on y voit actuellement.
A Touest du château se développaient le jardin et le parc. Trois documents nous permettent de reconstituer la topognn phie du jardin et du parc de Louis XTII. L'un est le tableau n<> 765, qui nous donne une vue très-fidèle du jardin en 1667 ou 4668, c'est-à-dire du parc de Louis XIII, mais avec les premiers changements opérés par Louis XIY, de 1662 à 1667. On y voit en effet la grotte de Thétis, construite en 4662, le petit palais de la Ménagerie, élevé en 1663 et 1664 ; le parterre du Nord et Tallée d'Eau, établis en 1664 et 1665, la transformation du Fer-à-cheval, le commencement du grand canal, déjà en forme de croix, etc. Le second document est le plan n® 2973 de la Chalcographie, qui confirme tous les renseignements fournis par le tableau dont nous venons de parler et en atteste la scrupuleuse exactitude. Le troisième document, le plus ancien, est une gravure de Pérelle, qui représente la façade du château de Louis XIII sur le jardin, avec une partie du parc jusqu'au bassin de Latone actuel.
De l'examen de ces trois documents il résulte que le parc de Louis XIII, entouré de murs, a la même étendue qu'aujourd'hui, et que le tracé actuel, dans ses grandes lignes, est déjà fait. Le parc est encore traversé par le ru qui sort de rétang Puant pour aller se jeter dans le ru de Galie. La gravure de Pérelle et de N. de Poilly nous montre le château précédé comme aujourd'hui d'une terrasse, d'où l'on descend, par un escalier central, sur un parterre formé de carrés de broderies. Une allée en pente conduit au Fer-à-cheval; il est bordé de chaque côté d'une double balustrade décorée de vases de fleurs, et entoure un bassin ovale avec jet d*eau. Au delà, est l'Allée-Royale, ou Tapis-Vert, percée en 1638, et à rentrée de laquelle sont les deux bosquets appelés : celui du nord, le bosquet du Dauphin, celui du sud.
^ Dtns les dernières années de Tempire, cette façade t été restaurée ptr M. Questel, Tintelligent architecte du palais de Versailles, qui a apporté à eette restauration le go(lt et le respect de l'œuvre d'autrefois qui lui sont
le bosquet de la Girandole* ; à son extrémité est un grand bassin.
On voit clairement ce que Le Nôtre et Louis XIY changeront à ce premier dessin. On agrandira la terrasse du château ; les parterres de broderies deviendront, après plusieurs changements, le parterre d*Eau actuel, avec les deux bassins décorés des admirables bronzes de Relier; l'allée en pente qui conduit au Fer-à-cheval sera remplacée par un système d*escaliers; TAlIée-Royale sera élargie; les deux bassins qui précèdent et terminent cette allée deviendront les bassins de Latone et d'Apollon; les massifs de bois compris entre les grandes allées seront transformées en splendides bosquets ornés de sculptures, de fontaines et d'eaux jaillissantes; mais le tracé primitif existe dès Louis XIII et n*est pas de Le Nôtre.
Il est de Lemercier et de Jacques Boyceau. Lemercier fit le plan général, et Boyceau dessina les parterres.
Jacques Boyceau, sieur de la Barauderie, est im personnage absolument inconnu jusqu'à présent et sur lequel il convient, étant donnée son importance incontestable, d'entrer dans quelques détails. Il était intendant général des jardins des maisons royales de Louis XIII, et regardé par le Roi comme un très-habile homme. En même temps il avait le titre de gentilhomme ordinaire de la Chambre de Sa Majesté. Sous Henri IV, dont il avait été le serviteur dévoué et intelligent, il s'était distingué à la bataille de Goutras et avait été chargé de plusieurs affaires importantes. Après la mort de son maître, comme on disait alors, il consacra les dernières années de sa vie aux plaisirs de Louis XIII et à Tembellissement des jardins de ses maisons royales de Paris, de Saint- Germain, de Fontainebleau et de Versailles; il travailla aussi pour le palais du Luxembourg que Marie de Médicis avait fait construire. C'était un homme instruit; il faisait de beaux vers et composa un très-bon livre intitulé Traité du jardinage selon les raisons de la nature et de l'art '. Cet ouvrage fut publié en 4638, après sa mort et celle de son
^ Aojoardliui quinconces da Nord et du Sud.
* Ce beau volume est excessivement rare ; nous n'en connaissons qu*un exemplaire, celui de la bibliothèque de l^Ecole d'horticulture, au Potager de Versailles*
neveu, Jacques de Meneurs % par la veuve de t| dernier *. Le Traité du jardinage^ imprimé par ordre de Louis XIII, est un volume in-folio accompagné de nombreuses planchée remarquablement gravées; elles représentent des parterres de broderies en guiUochis 1, des bosquets et des pelouses. Boyceau est im dessinateur de premier ordre; le goût de ses dessins est excellent, et leur élégance est parfaite. Ses idées sur les jardins sont assez modernes ; il ne veut pas, comme les Italiens, d*éternelles allées droites, et partout des carrés ne différant que par le nombre ; il veut de la variété dans les formes, comme il y en a dans la nature, qui n*est jamais la même; il aime les eaux, les fontaines jaillissantes et les ruisseaux. Il conserva celui qu'il trouva dans le parc de Versailles. Ses parterres, d'un dessin varié et élégant, sont composés de sables de couleurs différentes et de pelouses également de couleurs diverses en forme de tapis de pied. Il veut, pour décorer les jardina, des cabinets, des fontaines avec groupes de sculptures et colonnes, des balustrades et des perrons, des palissades en bonne ordonnance d'architecture avec arcades, niches, pilaa* très, chapiteaux, corniches et frontons, des orangers en caisse, des grottes décorées de rocaille et de cqguillages, des volières, des fleurs surtout.
L*homme connu, il faut dire ce qu'il a fait à Versailles. On voit, d'après son livre ^ qu'il y a planté des bois ou bosquets, décorés de palissades ou bordures, et qu'il y a dessiné deux parterres : l'im, est un parterre de pelouse, dans le parc; l'autre est appelé le parterre du château, et il en donne la gravure. Or, en comparant la gravure de Boyceau et le tableau n® 765, il est évident que ce dernier parterre est celui qui est entre l'Orangerie de Louis Xin et la façade méridionale du château.
^ Jacques de Menoors succéda à son oude dans sa charge.
* 11 existe une médaille représentant Boyceau, au musée de la Monnaie ; elle a été gravée dans le Magoêin piUoruçue (1879, p. 176). — Le traité du jardinage est accompagné dW beau portrait de son auteur.
* Ces parterres de broderies formaient de grands dessins «éostée en buis taillés et en tapis de gazon ; le parterre était entouré d'tfoe platebande de fleurs garnie d'ifs (voir le tableau n® 765).
^ Page 66.
Le château dé Louis XIII avait quatre dépendances : rOrangerie, la Ménagerie, le Potager et le Parc- aux- Cerfs.
Sur le versant méridional de la butte qui dominait le château, Lemercier avait construit une Orangerie, que Ton peut voir sur notre gravure et sur le tableau de Van der Meulen^; elle était bordée à droite et à gauche par un grand escalier et entourée de tous côtés par une grille. BUe se composait, en haut, d'un grand parterre de broderk^ avec cinq bassins, dessiné par Jacques Boyceau, et, en bas, du bâtiment de TOrangerie, qui, avec ses escaliers entourait un jardin également décoré de cinq bassins et de jets d*eaa. L*Orangerie de Lemercier était construite sur remplacement occupé aujourd'hui par le parterre de broderies qui s'étend entre le palais et TOrangerie de Mansart.
Louis XIII avait fait établir, dans une ferme située à l*une des extrémités du parc, une Ménagerie où Ton renfermait divers animaux sauvages^ des sangliers, et surtout c le vol du Roi », c'est-à-dire les divers équipages d'oiseaux de fauconnerie. Louis XIII aimait passionnément voler, c'està-dire chasser au faucon.
Il semble, mt un contemporain, que le Roi ait quelque secrète intelligence sur les oiseaux et une puissance inconnue aux hommes. Et, à la vérité, outre une inclination grande dont il les aime, il a une Inimitable adresse à les traiter, soit à les leurrer * ou à les faire voler ; ce qui ne peut se représenter par discours.
Ce contemporain de Louis XIII et du duc de Luynes, habile fauconnier lui-même, est Charles d*Arcussia de Câpre, êeigneur d'Esparron, auteur d'un excellent traité de fauconnerie ', auquel nous empruntons les pages suivantes, qui font connaître un art complètement perdu aujourd'hui, mais très-répandu à cette époque.
* Déjà cité page 18.
* Le leurre est un morceau de cuir rouge, façonné en forme d'oiseau, que l'on pend à une lesse, et dont les fauconniers se servent pour réclamer leurs oiMtux. Lmrrer^ c^est dresser un oiseau au leurre, ou y rappeler Toiseau qui, de son gré, ne revient pas sur le poing sans être convié par le leurre qu'on jette en Tair.
' Imprimé à Rouen, en 1644, in-4^.
LE CHATEAU DE LOUIS Xm 25
Fauconnerie du Moi et vols que Sa Majesté a inventés.
Le Roi s'exerce à toutes sortes de vols. Se peut dire avec vérité (jull n'y a fauconnier au monde qui lui puisse rien apprendre en cette science. J'en parle pour en avoir vu les efifets. Et si je dirai encore (ju'il n'y a sorte d'oiseau que les siens ne prennent; les aigles môme ne s'en peuvent sauver Or j'ai estimé être à propos de faire voir à combien de vols Sa Majesté s'exerce, et la plupart de son invention, et quels oiseaux ont été pris par les siens. Je les mets ici par rang, et premièrement :
Le vol du milan, de l'aigle pêcheur, du milan noir, de la buse et autres semblables oiseaux, se fait avec des gerfauts, tiercelets de gerfauts et sacres.
Le vol du héron, avec des gerfauts, tiercelets de gerfaut, sacres, sacrets et faucons.
Le fiauperdrieu, le jan-lo-blanc, l'oiseau Saint-Martin et le chathuant, se prend avec les faucons qui volent par corneille.
La cannepetière, le courly, le chouquas, le hobereau, le corbeau, la corneille et l'épervier, par faucons.
Le canard, par faucons ; c'est le vol pour rivière.
Le gabereau, la poule d'eau, la chouette, l'arondelle de mer, la cresserelle et le vanneau, par tiercelets de faucon.
Le butor, par sacrets.
Le cocu et le sabat, par tiercelets de faucon de passage.
La perdrix, par'laniers, sacres, sacrets, faucons et tiercelets, autours et tiercelets, et alettes. '4
La caille, par éperviers et émerillons.
L'étoumeau, par émerillons.
Le lièvre, par gerfauts, alphanets, sacres, laniers, faucons et autours.
Le lapin, par autours et tiercelets.
Autre petite volerie que Sa Majesté a inventée pour son plaisir.
LA Toi de la pie se fiait par tiercelets de faucon et éperviers en compagnie.
La huppe se prend avec deux émerillons.
Le geai, le pinson, la gorge-rouge, le verdier, le pêcheveron ou martinet, l'œil de bœuf, la mésange, le rossignol, le pivert ou bôchc-bois, par éperviers.
La piegrièche, par trois émerillons, ou i*épervier.
Le merle, par émerillon, ou Tépenrier.
L'alouette légère et le cochevy par deux émeriUons
La grue, par trois émeriUons.
Le ralle d'eau et le ralle des champs, par éperviers.
Le moineau, par éperviers et piegrièches.
Le burichon ou roitelet, par éperviera, ômerilloiiB ou piegrièches.
La cliauve-80uris, par tiercelets de faucons niais et par cresserelies.
Le pigeon cillé, par émerillons et tiercelets de faucon.
Ordre de la fauconnerie du Boi,
Le Roi se lëTe au point du jour, prie Dieu en son oratoire; puis déjeûne ; cela fait, il monte au cabinet des oiseaux, où il y a... généralement de toutes espèces d'oiseaux de proie, desqu^ le sieur de Luynes en avoit la charge, pour ôtre les dits oiseaux du cabinet du Roi. Bt sous le dit sieur de Luynes, le petit Buisson» et son frère, que S. M. nomme Buissonnet.
M. le baron de la Châtaigneraie est grand fauconnier de France» et en cette qualité tous ceux qui tiennent des oiseaux, portant les yervelles' du Roi, le reconnoissent... Le dit sieur baron m'a assuré avoir cette année sept vingts pièces d*oiseaux sous aa charge, pour laquelle il a payé 50,000 écus à M. de la Yieuyille.
Le sieur de Luynes a la charge du vol pour milan, duquel le sieur de Gadenct son frère est aide ; pour ce vol il y a 10 hommes entretenus. Outre cela il a un vol pour corneille, et autre toI pour les champs, et le vol des émerillons.
Le vol du héron est sous la charge du sieur de Lignié ; il a 12 oiseaux entretenus, bien qu'à présent il y en ait plus ; outre cela il a 4 lévriers et 15 hommes.
Pour le vol de corneille, les sieurs de Ville et de la Roche le tiennent à moitié ; ils ont 24 pièces d'oiseaux entretenus et 16 hommes.
Le vol des champs est en la charge du sieur Lasson, qui pour cet effet a certain nombre d'oiseaux entretenus, 6 hommes et 18 espaigneux. Il a aussi le vol pour pie de la grande fauconnerie.
Le vol pour rivière a pour chef le sieur du Buisson. 11 a 6 hommes entretenus et 8 oiseaux. Il faut noter que de chaque volerie il y a double vol.
Il y a un vol pour héron et un autre pour corneille sons le maître de la Garde-robe, tenu par le sieur de Bay, où sont entretenus 16 hommes et 18 oiseaux. Les chefs sont le comte de la Rochefoucault et le marquis de Rambouillet, maîtres alternativement de la dite Garde-robe.
Plus à la Chambre sous le premier gentilhomme, il y a un vol pour les champs tenu par le sieur de Rambure, de 4 oiseaux et 18 espaigneux, et 3 hommes entretenus.
* Anneaux attachés aux courroies qui tenaient les oiseaux fixés par les pattes, et portaient le nom ou les armes de celui à qui l'oiseau appartenait.