LE CHATEAU DE LOUIS XIH
partisans de la politique espagnole, Marie de Hautefort prit parti pour la Reine contre Timplacable cardinal et se prononça hardiment contre lui et pour ceux qu'il frappait. Richelieu résolut de se débarrasser de la favorite, et, pour cela, de la perdre dans l'esprit du Roi. Il lui apprit que, dans l'intérieur de la Reine, M^^* de Hautefort se moquait de son amour, de son humeur et de ses manières ; puis, il lui reprocha sévèrement un attachement qui était trop vif pour n'être pas con« damnahle aux yeux de la religion. L*amour-propre et la dévotion décidèrent Louis Xni à rompre avec M^i* de Hautefort en 1 635.
Deux ans après, le Roi s'éprenait de M"* de la Fayette, Tune des filles dlionneur d*Anne d'Autriche, née aussi vers 1646 et réputée très-belle quoique brune, dans un temps où la mode ne permettait qu'aux blondes d'être distinguées. Louis Xin aima sérieusement cette nouvelle amie. « W^^ de la Fayette, dit M. Cousin, commença par être flattée des hommages du Roi ; puis, quand il lui ouvrit son cœur, quand il lui montra ses tristesses intérieures, ses ennuis profonds parmi les grandeurs de la royauté ; quand elle vit un des plus puissants monarques de l'Europe plus misérable que le dernier de ses sujets, elle ne put se défendre d'une compas^ sion affectueuse, elle entra dans ses peines et les adoucit en les partageant. Le Roi, se trouvant à son aise avec une femme pour la première fois de sa vie, laissa paraître tout ce qu'il y avait en lui d'esprit, d'honnêteté, de bonnes intentions, et il connut enfin la paix et la douceur d'une afiection réciproque. M^*<* de la Fayette, en efiet, finit par aimer Louis Xni ; U^9 de MotteviUe qui, plus tard, devint son amie et reçut ses plus intimes confidences, l'assure*, et nous la croyons. M"« de la Fayette n'aima pas seulement le Roi comme un simple gentilhomme, avec le plus entier désintéressement, sans s'enorgueillir ni sans profiter de sa faveur ; elle l'aima comme un frère, d'un sentiment aussi pur que tendre. Cette liaison dura deux années, jusqu'en 4637, toujours noble, tou-
*■ > La Fayette avonant tout haut qu'elle l'aimoit et de la manière qu'il sembloit vouloir Têtre, deyoit faire le bonheur de sa vie. • (M°** ds
MOTTBTILLl.)
chante et véritablement admirable. M"* de la Fayette, c'est M"« de la YaUière, mais M^^* de la Yallière qui n^a pas failU. »
Cependant Tamitié se transforma peu à peu et devint ches Louis xni une passion assez vive, pour qu^un jour, en 4S37, il supplia M^^* de la Fayette de venir demeurer à Versailles, c pour y vivre sous ses ordres et y être tout à lui* ». Cette proposition l'effraya et fut cause qu'elle eut ridée de q[uitr ter la Gour et de se mettre en religion. Mais laissons M"^ de Motteville nous raconter la fin de cette histoire :
Cette infidélité, qui ne dura pas, ne fit qu^avertir le Roi de se tenir sur ses gardes, en lui faisant remarquer le péril q[u'il STsit couru. Dès qu*il s'en fût aperçu, il résolut de l'éviter. Le refus de la Fayette lui fit ouvrir les yeux. La honte qu*ils eurent de oe petit dérèglement rappela leur vertu et leur piété, et la peur qu'ils eurent tous deux, elle de lui et lui d^elle, leur firent prendre la résolution de se quitter... J'ai su depuis de la comtesse de Fleix, parente de La Fayette, qu'au sortir de la chambre du Roi, où elle avoit dit adieu à ce prince, elle descendit dans son appartement, dont les fenêtres donnoient sur la cour du château', et ayant entendu le carrosse du Roi, qu'il avoit fait venir pour dissiper le chagrin où il étoit ', pressée de la tendresse qu'elle avoit pour lui, elle courut le voir au travers des vitres Quand elle l'eut vu partir, elle se tourna vers la comtesse de Fleix et lui dit, touchée de douleur : « Hélas i Je ne le verrai plus. »
La Gazette * complète ce tableau ; pour être plus sec, son dessin n'en est pas moins expressif.
Le 19 mai, le Roi partit de Saint-Germain, et fût coucher à Versailles. Le môme jour, la demoiselle de la Fayette, l'une des filles d'honneur de la Reine, s'est rendue religieuse dans le monastère des filles de la Visitation, et a été grandement regrettée du Roi, de la Reine et de toute la Cour.
Le 20, le Cardinal-Duc a passé ici (Paris;, retournant à Ruel, et le lendemain 21 fut voir le Roi à Versailles.
Entrée au couvent des Filles de Sainte-Marie de la Visitation, rue Saint-Antoine à Paris, le 49 mai 1637, W^^ de la
* M"™** DB MoTTEViLLB, Ménioires.
' De Saint-Germain.
* En se retirant à Versailles.
^ Oatette de 1637. p. 34«.