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LE CHATEAU DE LOUIS XUI

fit preuve au Pas de Suze et en d'autres affaires, son tempérament délicat et ses goûts lui faisaient aimer son cabinet et une société d*amis choisis. Saint-Simon, Cinq-Mars, M°*® de Hautefort, M"« de la Fayette, furent les principaux favoris de Louis XIII. Elevé à la Cour de son père, la plus grossière qui se puisse imaginer S tout enfant Louis XIII manifesta le dégoût le plus profond pour les désordres de toutes sortes auxquels il assistait, et devenu homme, sa conduite resta d'une convenance parfaite ; il eut une grande amitié, de vives sympathies pour les deux femmes que nous venons de nommer, mais elles ne furent jamais ses maîtresses, et le temps des scandales, dont Versailles devait être le déplorable théâtre, n'était pas encore arrivé.

Marie de Hautefort fut la première affection de Louis XIII. Née en 4616, elle fut admise à douze ans parmi les filles d'honneur de Marie de Médicis. Le Roi la vit pour la première fois à Lyon en 4630; il fut frappé de sa beauté et de sa modestie, et lorsqu'il se vit obligé, après la journée des Dupes, d'éloigner la Reine-mère, il lui 6ta la jeune Marie et la donna à la reine Anne d'Autriche, dont elle devint bientôt l'amie la plus dévouée, tout en étant pour Louis XIII l'objet d'un amour platonique.

La Cour étoit fort agréable alors, dit Mademoiselle de Montpensier, dans ses Mémoires. Les amours du Roi pour M'^® de Hautefort, qu'il tâchoit de divertir tous les jours, y contribuoient beaucoup. La chasse étoit un des plus grands plaisirs du Roi ; nous y allions souvent avec lui. M"®* de Hautefort, Chémerault et Saint-Louis, filles de la Reine, d'Escars, sœur de M"® de Hautefort, et Beaumont vcnoient avec moi. Nous étions toutes vêtues de couleur, sur de belles' haquenécs richement caparaçonnées, et pour se garantir du soleil chacune avoit un chapeau garni de quantité de plumes. L'on disposoit toujours la chasse du côté de belles maisons, où l'on trou voit de grandes collations, et au retour le Roi se mettoit dans mon carrosse avec M'*^ de Hautefort et moi. Quand il étoit de belle humeur, il nous entretenoit fort agréablement de toutes choses... L'on avoit régulièrement trois fois la semaine le divertissement de la musique, et la plupart des airs qu'on chantoit étoient de la composition du Roi ; il en faisoit même les paroles, et le sujet n'étoit jamais que M"® de Hautefort.

* Voyez le Journal de Jean Héroard sur l'enfance et la jeunesse de Louis XllI, publié par SouLii el Ed. Barth^lbmt, 2 vol. in-8°, 1868.

c Quand M"<* de Hautefort n'auroit pas été aussi sage que belle, ramour du Roi ne lui auroit pas été fort dangereux*. • Nous lisons, en effet, dans les mémoires de M"^ de Motteville :

J'ai oui dire depuis à madame de Hautefort que le Roi ne Ini parloit que de chiens, d'oiseaux et de chasse ; et Je Tal vue avec toute sa sagesse, en me contant son histoire, se moq[uer de loi de ce qu'il n'osoit s'approcher d'elle quand il l'entrctenoit.

La passion du Roi était singulièrement jalouse ; il aurait voulu que personne ne parlât à W^^ de Hautefort, que personne même ne la regardât avec quelque attention. M"« de Hautefort se fatiguait de cette jalousie un peu puérile, et quelquefois ne craignait pas de témoigner l'ennui qu*elle lui causait. De là des brouilles qui suspendaient les divertissements de la Cour, et rendaient le Roi absolument muet lorsque! venait le soir chez la Reine.

C'étoit, dit mademoiselle de Montpensier, une mélancolie qui rcfiroidissoit tout le monde, et pendant ce chagrin le Roi passoit la plus grande partie du jour à écrire ce qu'il avoit dit à M'^ de Hautefort et ce qu'elle lui avoit répondu : chose si véritable, qu'après sa mort on a trouvé dans sa cassette de grands procèsverbaux de tous les démêlés qu'il avoit eus avec ses maîtresses, à la louange desquelles on peut dire, aussi bien qu*à la sienne, qu*il n'en a jamais aimé que de très- vertueuses.

Pendant que Louis XIII aimait si tendrement M*^* de Hautefort, celle-ci ne l'aimait pas et le rebutait volontiers ; aussi le Roi était-il, nous dit M"»® de Motteville, très-malheureux :

Malheureux de toutes les manières, car il n'aimoit pas la Reine, et il étoit le martyr de M"« de Hautefort, qu'il aimoit malgré lui. Il avoit quelque scrupule de rattachement qu'il avoit pour elle, et il ne s'aimoit pas lui-même. Parmi tant de sombres vapeurs et de fâcheuses fantaisies, il sembloit qu'une belle passion ne pou voit avoir de place dans son cœur. Elle n'y étoit pas aussi à la n:iode des autres hommes qui en font leur plaisir; car cette âme, accoutumée à l'amertume, n'avoit de la tendresse que pour sentir davantage ses peines.

Dans la lutte de Richelieu contre Anne d'Autriche et les * Cousin, Madame de Hautefort^ chap. i.

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