Le château des Pyrénées
— Pierre, dit vivement le baion en sadressant au soldat. Jean Couteau, ton père, veille
U LE CHATEAi
à doux pas de cette maison, de façon à ce que personne n'en puisse approcher. Va te joindie à lui, il a le mol do passe pour ceux qui doivent se présenter.
Pierre Couteau sortit et le baron do la Roque so tourna vers son novou et il lui dit :
— Par la mort-Dieu î mon neveu , je ne m'attendais pas à vous trouver en ce lieu, ni en si aimable compagnie, après ce qu'on m'a dit de vous. Aussi, au moj)ient d'entrer, j'ai été si fort surpris de vous voir là. que j'ai passé à trois fois devant la porte, pour être bien sûr que ce fût vous. Ne pourriez-vous envoyer ailleurs cotte domoisello , car nous
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avons à causer de choses [)liis graves que de galanterie ?
^ — Monsieur, dit le chevalier en s' adressant à son oncle, mademoiselle est la fille de M. le conseiller Barali ; un malheur que je ne puis vous dire Ta amenée en ce lieu, et nous allions le quitter loisque vous êtes entré.
— Ah ! diable! dit le baron, c'est la demoiselle Barati? C'est tout diiïéient; qu'elle reste, qu'elle reste.
Cependant, d'Auterive regardait le baron avec le plus grand élonnement et en même temps avec la curiosité la }>lus inquiète. De- ])uis quelques heures, il vivait au milieu dé-
veneiueiis si précipités, si extraordinaires, qu'il se demandait si l'arrivée du l^arou de la Roque ne se rattachait pas à cette vaste association dont tous les membres étaient inconnus les uns des autres. 11 hésitait à lui faire une question et le regardait fermant tranquillement la porte et les fenêtres, barricadant le tout avec un soin extrême et avec une exacte connaissance des lieux.
— Que faites-vous donc, mon oncle? dit d'Auterive.
— Je m'assure contre la visite de quelques curieux, car nous avons besoin d'être seuls avec ceux qui vont venir, et puisque made-'
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moiselle est ici, elle voudra Jiicii assister à noire entrelien.
Le chevalier baissa la voix et dit au baron :
— Je n'ai aucune idée de ce que vous allez me dire, monsieur, mais je crois devoir vous avertir que cette maison est pleine de gens qui peuvent venir ici d'un instant à l'autre.
Le baron regarda d'Âuterive comme pour deviner sa pensée.
— Vous êtes pâle, mon neveu; auriez-vous peur, vu que le parlement s'est un peu mêlé denosafiinres?
LE. CHATEAl'
. — Mou cher oncle, répartit d'Auterive avec un air de dédain, quelqu'un de ceux qui sont ici m'a fait planter un coup de couteau qui , s'il n'eût rencontré une côte, m'eût troué le cœur tout net. Quoique le coup ne soit pas dangereux, la douleur n'en est pas moins assez vive pour que je pâlisse.
Le baron parut éprouver une surprise ti isle, mais qui semblait s'adresser à tout autre chose qu'à la blessure du chevalier.
— Quelqu'un de ceux qui sont ici t'a frappé, chevalier, reprit-il ; qu'as-tu donc trahi?
— Il vous importe peu, mon oncle; mais si vous voulez m'en cioire nous sorliions à
DES l'VKEMSliS.
l'instaiil (le celle maison, ou du moins vous it me permettrez d'en sortir avec mademoiselle, pour qui, vous le comprenez connue moi, ce n'est i)as un asile convenable.
— Ceci élail vrai, reprit brusqueiiieiil !c baron, quand elle y était avec on godeiuieau comme vous ; mais ma présence esl un ciîaperon suilisanl. D'ailleurs, nionsieui' mon neveu, si la demoiselle ici présente est la demoiselle Barati, comme vous le diies, elle avait l)0ur se retirer, a[krès l'arrestation de son père, vingt autres endroits plus convenables que celui-ci. Il laut donc qu'elle y ait été amenée par des motifs que je ^enx savoir.
— MonsieuJ', ceiie dcmoiiiciie est sous ma
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I)rolecliuii. et quelque respect que je vous doive, je ne soutîriiai pas. . .
— Doucement, monsieur mon neveu, dit le baron en regardant le chevalier avec une expression toute particulière : ne criez pas tant : vous savez peut- être l'adage des Arabes : La parole est d'argenl, mais Je silence est d'or.
D'Auterive recula, et, regardant de même le baron en lui présentant la main ouverte, il répartit :
— Sans doute; mais il arrive une heure où l'on peut retourner l'adage, et dire que la parole est d'or.
DiiS TYRENKES.
— Et l'heure est venue! s'écria briiyaiiiment le baron eu frappant clans la main (ie son neveu : tous reiix de l'association vont venir tout à l'heure ici. Nous pouvons frapper le grand coup maintenant.
D'Auterive ne comprenait pas trop, mais baron continua :
— Ce qui nous nianquait, c'était de l'argent. Eh bien! maintenant, mon neveu, nous en avons par sacs, par tonneaux, [)ar montagnes. Les souterrains de la Roque en regorgent; nous partirons tous celte nuit pour la montagne , chacun j)rendra tout ce quil pourra emporter, et avec cela...
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. — J.e baron laiiya au plal'ond un regard énergique, et d'Âulerive, que les mots monceaux d'or ramenèrent à l'idée desfaux-monnayeurs, reprit la conviction que le baron était de la société.
Celui-ci, à qui sa joie donnait une espèce de délire, reprit tout à coup :
— Et ceux de là-iiaui, en bont-ib ?
— Tous, dit le ciicvalier.
— Les connais-tu?
— M. le duc de N..., la duchesse..., monseigneur l'évcque de C...
DF.S PYRKMIF.S. 13
— O n'est pas possil)lo! s^Vria lo baron; le dur...! l'évèque de C... !
— Certes, ce sont de i)his grands seigneurs que nous, mais nous sonnnes d'aussi bonne nol)]esse qu'eux, et ils peuvent forl bien t'tre de l'association dont nous sommes.
— Nous parlons gre<' . mon neveu : ils n'onl pas le même intérêt que nous ; le duc de N... et surtout l'ëvêque de C... nous feraient brûler vifs s'ils sout^çonnaient la vérité.
Que dites- vous, mon oncle? Nous brûler vifs ! mais si un tel supplice était réservé à un
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tel crime, ils seraient les premiers à monter sur le bûcher.
— Non, non, ils ne monteront pas sur le bûcher, ce sont gens qui savent prendre leurs précautions. Si l'affaire réussit, ils en prendront la meilleure part; si elle manque, c est nous qui paierons les pots cassés.
— C'est ce que nous n'avons pas à craindre, mon oncle: je tiens en mes mains la preuve de la participation au crime, et, maintenant que l'afïaire est découverte, il faut qu'ils nous sauvent ou périssent avec nous.
— Que dites-vous là, laifaire est découverte? Mais quelte preuve en avez-vous?
— Elipardieu! larreslalion de Barati.
— Il n'en est point.
— Je le sais, mais on le soupçonne.
— Je le conçois, sa conduite au parlement lors de la révocation de l'édit de Nantes...
— Mais, mon oncle, nous parlons hébreu, à présent. Que diable la révocation de Nantes a-t-elle à faire en tout ceci ?
Le baron regarda son neveu avec stupéfaction et défiance.
— Parmi ceux qui sont là-haul, n y a-t-ii point des gens de la religion ?...
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— Ma loi. mon oncio, rëpavlil d'Âulerivo. '\o rrois qiip la rp]it»ion ii"a iMon à voir h jial'cillo afl'airo, ol, aiilanl que j'en puis juger, ce sont îoiis iorl hoiis cillioliques.
— En ce cas, mon neveu, nous parlons plus que grec ou liéhreu. nous ne nous enlendons poini du tout.
— y on ai peur, mon oncle, dit d'Aulerive.
— >îais enfin, pourquoi es-lu dans celle maison ?
— Vous me pcrmellrez , mon oncle , de vous demander d'abord poiu'qiioi vous y êtes venu.
^ — Me pronez-vous pour un traître, chevalier ?
— C'est ce que j'allais vous dire quand vous m'avez adressé votre question.
Comme ils disaient ces paroles, la femme Vergïies parut à la porte et leur dit :
— Monsieur le chevalier, on s'impatiente là-haut ; il faut prendre un parti. Partez, c'est le plus prudent, car le duc prétend qu'il eût fallu en finir sur le champ avec vous, au risque de ce qui pourrait en arriver.
— Tu as raison, ma fille, dit le chevalier;
seulement, rassure la duchesse, dis-lui que je T. ni. 2
18 ut CUATEAl;
possède les papiers eii question ei qu'elle n*a qu'à faire de s'inquiéter des fureurs de M. le duc.
— De par tous les saints, dit le duc, qui avait suivi Rosine et qui se précipita l'épée à la main dans la chambre, vous ne nous quitterez pas ainsi, monsieur d'Auterive. »
— De par tous les diables, ûl l'évêque de C...^ en avançant à son tour, il nous faut les papiers.
Le chevalier ne se trouvant plus seul et sûr de pouvoir appeler Jean et Piene Couteau à son secours, pensa que ce qui! avait de mieux à faire, pour lui et pour ses complices, était
de détruire toiUe trace de leur association en donnant la cassette au duc.
— Voici, lui dit-il, qui vous sauve et qui doit nous sauver tous ; tous, vous m'entendez bien, monsieur le duc? et n'oubliez pas que si une seule personne était oubliée dans la grâce générale, fallût-il donner ma vie à sa vengeance, je n'hésiterais pas à le faire.
— Tout cela est arrangé par une intervention meilleure que la vôtre, dit le duc. M. de G... est un intermédiaire que je pouvais écouter ; ii a ma parole.
L'évêque (il un signe d'assentiment.