I.E CHATEAT
— Dépêchons, mon frère, dit-il on niAnio temps: anéantissons (-05^ papiers.
— Rosine, dit le duc, apporte un brasier et préviens les personnes qui sont là-haut que nous tenons notre salut dans nos mains ; qu'elles ont le droit d'assister à celte cérémonie.
Pendant ce temps, le baron s'était approché du chevalier et lui dit tout bas :
— Je le jure sur mon àme, je n'aurais jamais supposé que le duc pAî rtre aussi de l'afïaire.
— Lui et bien «l'autres, mon oncle.
ni; s PVUKMCiîs. il
— Moii&it'Lir (.io la Uoque aussi ! s'ëci'ia le (îîic d'iHi air presque joyeux ; mais toute la province eu était doue ! Ma foi, barou, je m'étais imaginé qu'où s'était passé de vous et qu'où avait pris votre château sans que vous vous eu fussiez douté.
Le haiuii prit un aii' l'oyue, et son neveu, (jui, uialgi'é l'air jadieux du duc, craignait quelque méprise ci (juelque catastrophe, lui dit tout bas :
— Taise/.-vons.
— Mais par la tiiort-î)ieu ! s'écria le duc. quelle est cette jeune iille (pii s<' cache la-bas dans ce coin?
— Monseigneur, dit rapidement d'Auterive, c'est celle à qui nous devons tous notre salut, celle qui a soustrait ces papiers de chez son père.
— Mademoiselle Barali ! s'écria le duc.
— Et qui n'est venue ici que pour me remettre ces papiers.
Le front de M. TS\ . . se rembrunit,
— Chevalier, elle en sait plus qu'il n'en faut, ce me semble,
— La vie de son père est dans nos mains.
f>::S PVRENKSS.
reprit le baron , et nous répond de son silence.
— C'est vraij c'est vrai ; mais voici venir madame la duchesse, mon frère, M. de Frias, el...
— M. de Frias vivant ! s'écria le baron en reculant.
— Le baron de la Roque ici ! s'écria M. de Frias.
Ces deux exclamations se perdirent d'abord dans le bruit de la voix du duc, qui continua à annoncer les personnes qui entraient ; mais probablement une explication allait im-
24 I.K CH.VTtAI.
niëdiateiricnt avoir lieu, lorsciuuii coup frappé à la porte extérieure jeta toute rassemblée dans une attente })leine d'inquiétude.
Le baron de la Roque seul dit :
— C'est Jean Couteau, c'est un ami. un frère.
11 alla vers la porte, et Jean CoiUt.'au. avançant la tête et parlant a voix basse, se mil à dire :
— C'est un groupe de sept ou huit peisonnes qui ont demandé à entrer, en disant comme mot de passe : I.c silence est (For cl la parole rsl d'argent.
DIS l'^m'iM:! S. 2')
— C'est le reste de la troupe, dit le due. laites entrer. J'avoue que je suis eurieux de Toir tous nos eonfi'èi'es, et sui-ioul de connaître eniin celui qui a si bien noué celle association, que lui seul éiail notre maître à tous.
Le baron <!<' la iJoque, deineuré l\ la porte. tit entrer 1 un aj)!'ès l'auîre cinq ou six honinies; le piemier, en apercevant ie (hic. s'écria : C'est une traliison! et il voulut nieliro l'épée à la niaiu.
— i!él reprit le duc- en rianl, liî'Jiirric.n' lU' Lancv ? ïudieu ! mmv un liorniiie de bi re!ii'i'.?n
qiii a!(;:qp.e la iiio;;)ii(('> {]r ne!!'-" s;ii;:{(' iV,!.
26 I-E CîI.VTFAU
VOUS me semblez avoir fait bon marché de vos principes,
DaiUres eiitrèreiît, le duc les nomma tous par leur nom et se mil à les plaisanter, tandis que ceux-ci, rassemblés autour de M. de la Roque, lui disaient à voix basse :
— Êtes- vous sûr de ne pas nous avoir amenés dans un piège ?
-— En tout cas, dit le baron de la Roque, nous sommes armés, aussi nombreux qu'ils le sont, et nous verrons si 1 on nous prendra aussi facilement qu'on le croit. D'ailleurs, il tient l'acle a association , et encore vaut-il
mieux que (.l'Aulerive le lui ait reuiis ici que dans son palais,
— Silence, messieurs, fit tout à coup le duc; ne jouons pas la comédie entre nous, je vous prie ; ce qui est lait est fait. Seulement, puisque l'affaire est découverte, le meilleur est d'en finir et de nous mettre tous à l'abri d'une trahison en détruisant cet acte.
Le duc en parlant ainsi posa la cassette sur la table et s'écria :
— Par l'enfer! cette cassette a été ouverte, le cachet est briLsé,
— Qu'importe, dit Tévéque de C,.., si les
28 J.F. CriAiKAl-
papiers s'y irouvent; si la serrure est leriuée, CesL un accident.
Leduc, armé d'uii poignard, lit sauter la serrure et vit en eifet un cahier dont chaque l'euillel était plié et cacheté. H le tira et le niontranl ii toutes les personnes présentes, il
dit :
Le voici, messieurs: le reconnaissez-
vous
Le cahier avait une couverture sur laquelle étaient dessinés diveis signes. Tout le monde se précipita, et loiit le monde, les nouveaux venus comme les aulies. déclaièrenl que ce-
tail bien sur un caliiof pareil qu'ils avaienl mis lo5U' signalure.
Le duc le garda et, onlr'ouvrant le premier feuillet, il dit :
— Vous savez, messieurs , qu'en cas de rupture de la société, soit de commune volonté, soit pour cause de force majeure, l'acte lui-même règle le partage des sommes qui pourront appartenir à la société.
Le baron de la Koque et les siens, en entendant cela, se regardèrent d'un air étonné. Ce|)endant une idée soudaine parut frapper le baron, et il murmura tout bas :
ZQ LE CHAT£À«
— • Ce sont eux !
Mais le duc avait déjà porté les yeux sur la page qui enfermait^ disait-il , ces dispositions. A peine en eut-il lu quelques lignes, qu'un étonnement extrême, une colère soudaine éclatèrent sur son visage.
— Qu'est ceci ! s'écria-t-ii d'une voix éclatante. Un acte d'association pour profiter de la mort du roi et des dispositions du régent, afin de rétablir la religion ! Un complot contre l'état, messieurs ! un crime !
A cette déclaration, le baron de la Roque et ceux de son parti se groupèrent dans un coin, tandis que le baron, à qui l'entretien
qu'il avait eu avec d'Auterive avait l'ait soiipçoniier que le duc était compromis dans une affaire grave, et à qui les paroles du duc sur le partage à faire avaient en partie révélé la nature do cette affaire, s'écriait :
— Que comptiez-vous donc trouver dans cette cassette, monsieur le duc? Ah ! c'était donc l'acte d'association des...
— Silence, de grâce! fit d'Auterive, qui comprit alors que le baron, ayant Tmi par découvrir ce qui se passait dans les souterrains immenses qui se trouvaient sous son château, avait voulu faire servir à l'accomplissement du complot des religionnaires les richesses des faux-monnaveurs.
èi LE (HVTK^U
— Baslps armes, messieurs! reprît le diic; bas les armes! vous êtes mes prisonm'ers.
— Pas encore . répondirenl-ils en tirant leurs épées.
— Monsieur d'Auterive , dit le duc en s'armant aussi, je vous demande main-forte; je considérerai comme rebelle quiconque ne m'aidera pas à Jîieniparer de ces misérables î
Dans l'emportement de son zèle, et peutêlre de sa haine contre les protestans, le duc oublia qu'il eût dû penser à sa sûreté plutôt qu'au châtiment des coupables, et un engagement sanglant allait commencer, lorsque, tout
à coup, la porte extérieure fut ouverte avec fracas, et Jean Couteau, le visage pâle, bouleversé, le corps tout tremblant, se précipita dans la cbambre en montrant la porte et en disant d'une voix étouffée et saccadée :
— Le voilà qui vient ! le voilà !
— Qui donc? s'écria-l-on de tous côtés, probablement avec une égale terreur.
— Lui ! le mort ! le sorcier Pastourel ! . . .
Au inèino instfuit, Je berger que nos lecleurs coiinaissenl sous le nom de Pastourel parul à la porlo. Il éUiit velu duue longue cape hruiiee! [loilail si* houlolle année de fer,
38 !•: CHATEAl-
sur laquelle il s'appuya ; puis il promena un regard tranquille sur toute l'assemblée.
Le duc lit un mouvement de terreur en apercevant le visage pâle du berger, et quelque exclamation soudaine allait trahir sans doute le secret de cette terreur, lorsque Pastourel lui fit un signe par lequel il lui ordonnait le silence. Puis il dit d'une voix calme, mais imposante :
— Remettez vos épées dans le fourreau, messieurs ! Rosine ! apporte ici le brasier. Monsieur le duc, jetez-y les papiers que vous tenez.
h^ dur hé^iu',. Pmm)tb\ im de desson*
DES PYRÉKGCS. 39
son inaiiteau une cassette absolument pareille à celle qui avait été remise au duc et en tira une liasse de papiers dont l'enveloppe était exactement semblable. A cet aspect, le duc obéit, et Pastourei, l'imitant, jeta de même dans le brasier les papiers qu'il avait apportés.
— Messieurs, dit-il pendant que les papiers brûlaient, il n'y a plus ici de crime, ni d'un côté ni de l'autre. Monsieur le duc, vous n'avez rien lu ; baron de la Roque, vous n'avez rien deviné.
— Soit! dit le duc.
-^~*> Volontit^rs» dit In bofoii'
/iO LE CHATEAt/
— Messieurs, reprit Pastourel eu s'adressant aux autres personnes, retirez-vous avec la plus parfaite confiance sur les suites de cette affaire : il n'y a plus aucune trace.
— En êtes- vous sûr? dit le duc avec respect. ,
— Je vous l'affirme.
— Comment diable voulez-vous, sécria le baron, que je croie à la parole d'un gardeur de moulons !
— Comte de Prias. rei)rit Pastourel, dites à cet homme qu'il peut me croire.
i)î;s pyrk.véks. 41
— Kt je pense qu'il fera bien, dit le comte, à moins qu'il ne se soucie d'entendre évoquer le souvenir de i'hosprtidilé qu'il m'a si singulièrement ofîerte il y a quinze ans.
— Vous avez raison, dit le baron en baissant la tête. Mais, pour Dieu! dussé-jc le payer de ma tète, je veux savoir le mystère de ce (jue jai vu l'avanl-dernière nuit en mon château.
— Xe le souhaitez pas. dit Paslourel.
— J'ai dit que j'y engageais ma lèlc î Dail- Icurs, si je n'en avais pas le cœur net. je n'oserais plus rentrcî' chez moi.
Kt vous n y l'cnliricz jainiiis. [.<• ch;\(<';>!i di»
4*2 IvC CHATEAl'
la Roque esl ijrûlé jusqu'au ras du sol à l'heure qu'il est.
— Mon château incendié! s'écria le baron. Et qui a fait ce crime, qui m'a dépouillé de ma dernière ressource?
— Qui a pu ainsi anéantir les immenses richesses qui étaient encore enfouies dans les souterrains ? Ht le duc.
— Moi! dit Paslourel; et quand vous en saurez la raison, vous m'en remercierez l'un et l'autre. Le parlement peut y envoyer, s'il le veut maintenant : il n'y trouvera ni les armes et les munitions quvT vous y amassiez, mes* Meur? <\t'. h religion, n\\m nuif^Wïms qui wm
nr.s p>RrîMits.
servaient à faire de la fausse monuaie, messieurs de la noblesse. Laissez-moi, messieurs, avec M. le duc et M. le baron de la Uoque ; nous avons à nous parler.
Alors, s'adressant à chacun en particulier, il dit d'abord au chevalier :
— Monsieur d'Auterive, vous pouvez reconduire mademoiselle Barali chez elle ; son père ne tardera pas h être mis en liberté, car rien ne l'accuse. Monseigneur de C..., il faut que vous soyez demain malin en votre palais épiscopal, que vous n'avez pas quitté. Comte de Prias, votre flîs vous attend pour s'embarquer ftvec vo«s»
Uh I.E CIIATEAI
— Don José ! reprit le baron. Non ! non ! il me doit un compte sanglant!
— Monsienr (VÂulerivo, reprit Paslourei en jetant sur le baron un regard menaçant, le devoir que je vous impose une fois rempli, je vous conseille de profiter d'une permission de voyager i» rétrangcr que M. le duc vous accorde.
Puis s'avancant vers la duchesse, il lui dit :
— Madame la duchesse, on vous attend à votre hôtel ; vous y donnerez vos ordies pour une grande ièle qui aui'n lieu demain.
î.;i duchesse, (jui n'avait pas (juitté Pastou-
DES PVRi;\KKS. 4;)
rel (li's W'HK «lojuiis qu'il éîail «Milrc^ l'.ii dll tout hasotavor soumission :
— Soit, monsieur! soit î mais pins lar<!...
— Faites ce que Dieu vous inspirera, ré- })artit Pastourel.
Tous sortirent après avoir ainsi reçu un ordre ou un avis delà bouche de Pastourel. Et alors il demeura seul avec le baron de la Hoque et Ic'duc de N... I.eur enlieiien duia jusqu'au lendemain.
Nous profilerons une fois encoip des privilèges du romanciei' pour franchir les temps comme nous avons franchi res[)ace. et nous
retournerons au vieux château de la Roque ou plutôt parmi ses ruines.
Seize ans s'étaient écoulés depuis le jour où les deux associations dont nous avons parlé avaient été si brusquement dispersées, et le souvenir de cette affaire était tout à fait elîacé. Le bruit de l'accusation portée par M. de Fourvières avait, à la vérité, circulé dans le public, mais l'inutilité des recherches faites par le parlemeni, soit chez Barati, soit chez d'Âulerive, avait fait considérer cette accusation comme une lubie du président, et la fameuse dénonciation anonyme comme une mystification.
L'incendie cki château de la Roque coïnci-
itk^
DKS PYRÉNÉES. 47
dant avec cette accusation, avait paru d'abord uue preuve de la réalité du crime ; mais lorsqu'on apprit que le château avait été surpris, saccagé et brûlé par les bergers de la montagne, on n"y vit qu'une vengeance des persécutions que le baron avait fait subir aux fabricans de draps de Lavelanet; et, soit qu'une autorité supérieure ou une influence secrète eût fait taire la première ardeur du parlement à poursuivre cette affaire, soit toute autre cause, toujours est-il qu'on n'y donna point de suites ; trop de gens d'ailleurs étaient intéressés à ce que tout cela tombât en oubli, pour qu'il en fût trop parlé.
De vagues accusations circulèrent, des insinuations qui s'adressaient encore plus haut
i.r (.:iivTr\i
que !«• «lue de X... ruroiit faites dans quelques réunions du pailemcni; juiis on mêla à celte iiistoire des cireonslances de sorcellerie, des apparitions de j-evenans, et enfin, au bout de quelques années, il n'en resta qu'un souvenir >i vague que personne n'eût pu dire véritablement ce (lui s'était passé.
Cependant la plupart des principaux personnages avaient successivement disparu du monde.
Ainsi, Ion n avait jamais entendu parler du comle de Fiias ni de son lils don José.
Le duc de N..., après s'être démis de son tçouvernement . était retourné à Paris. Mais
UEâ PYRK.NÉES. 49
(.omnie il iiy avait point alors île gazette pour annoncer les réceptions faites chaque jour par le roi ou par le régent, ce n'avait été que long-temps après qu'on avait appris que la duchesse n'avait point reparu.
D'un autre coté, Barali, après avoir repris sa place au parlement, avait successivement vendu tous les biens qu'il possédait; il s'était défait au bout d'un an de sa charge de conseiller et avait quitté Toulouse avec Clémence. On savait aussi qu'il s'était retiré à Paris; mais il s'y était si bien caché qu'on n'en avait plus entendu parler.
On savait de mémo dans le pays que d'Auterive avait luTitt- de quelques biens qui lui
avaient été légués par un grand oncle paternel avec le titre de comte. On le savait attaché à la maison du roi et marié : mais on ignorait quelle femme il avait épousée.
La seule personne qui n'eut point quitte le pays, c'était le baron de la Roque. Cependant, il n'était point retourné à la Roque, comme il en avait d'abord manifesté le dessein, et il n'avait point fait rebâtir son château à l'endroit où le premier avait existé. Sa nouvelle habitation se trouvait à plus d'une demi-lieue de l'ancienne et dans un site beaucoup moins sauvage.
C'était bien encore la juaisoii du seigneur qui constate sur la ])ierre ses droits seigneu-
UiLH PYRÉNÉES. 51
riaux ; à chaque anglede réiiorme bâlinieut se trouvait bien une tourelle ; mais l'une des tourelles était la cage d'un escalier dérobé , la seconde servait de fruiîier ; ainsi des deux autres. On avait creusé de très larges fossés devant la principale façade du château moderne, mais ils étaient tapissés d'espaliers et plantés en potager.
Enfin, le baroii Je la Roque n'avait guère conservé de tous les vestiges déjà bien elfacés quinze ans auparavant de sa puissance seigneuriale, que le privilège du pigeonnier, privilège qu'il trouvait jadis Tort méprisable, et le droit de chasse sur îoiUes les forêts environnantes, droit assez inutile, car son âge et
52 'l.K (■.U\TIÎAL
plus oiicore une rnipllp infirmité lui infenlisaient cet exeirico.
Le baron de la Koque était aveugle. Sa fille Charlotte le soignait avec un devoûment dont rhumeur bizarre du vieillard ne lui tenait pas toujours compte.
Quant à la mère de Charlotte, la baronne de la Roque , elle avait égalomenl disparu du monde . quoiqu'on connût le lieu de sa retraite.
Galidou. accusé davoir été le j)remier insli- ^ gatcur derincondie du chAîeau du baron, avait passé en Espagne, et jamais son père n'avait pai'u s'inquiéter de ce qu'il était devenu.
»ES P\IIK\ÉES. 53
Lepèi'cGali élail uiorl, et sa tiile Catherine, après avoir hérité de tous ses biens, avait épousé i^ierre ('/Oulcau, tlont la tournure ca~ vahère lavait séduite.
Quant au vieux Jean Couteau, il vivait chez son fils, dont il menait paître les troupeaux sur la montagne, car Pierieconliimait le commerce de laines et de draps de son beaupère.
Mais jamais et à aucun prix on e\M pu décider Jean Couteau à conduire ses troupeaux dans ce même pâturage où il avait vu tomber Pastourel, <'t lorsque hi nécessité de ses atfaires le conduisait seulement en vue des ruines du vieux château, il n'y passait qu'en trem-
54 l'B CHATEA.B
blantet en se protégeant contre leur voisinage par des signes de croix et des prières ardentes.
Nous serons plus braves que Jean Couteau, et nous accompagnerons à cette ruine un cavalier de vingt-huit à trente ans, qui s'y rendait sans paraître le moins du monde intimide par la mauvaise réputation de ces ruines.
Le jour commençait à luire et le soleil était déjà sur l'horizon lorsque notre jeune homme attacha la brrde de son cheval à une branche d'arbre . traversa les restes chancelans du pont-levis, et entra hardiment dans la cour. Il gagna une petite porte basse, gravit quel-
Dl'.S PYRÉNÉES. 55
ques marches, el se trouva dans une salle voûtée, que r incendie aval I épargnée.
Un homme, arrivé à l'extrême vieillesse, était assis sur un lit en assez bon état. Des livres, des inst rumens de mathématiques, un fourneau, des alambics , garnissaient cette pièce.
Lorsque le jeune homme entra, le vieillard le salua d'un geste de la main, et continua à lire un in-folio qu'il tenait sur ses genoux.
Le jeune homme, sans doute accoutumé aux manières du vieillard, lui fit signe de ne pas se déranger et se mit à jouer avec un énorme chien des montagnes, couché dans un coin de
56 l'K CUATEAC
celte salle. Le chien vint le llaller, et le jeune homme, prenant sa tête dans ses deux mains, lui dit, comme si le chien avait pu le comprendre et eu lui présentant un mouchoir :
— Sens bien ce mouchoir, Pied-Gris, sensle bien, et si jamais être exhalant lodeur suave et parfumée qu'il répand, vient du côté de ces ruines, ne mords pas. entends-tu? Fais beau h ce mouchoir, fais beau, enlends-lu?
Le chien, comme s'il eût compris, flaira le mouchoir, le prit dans sa gueule, et après l'avoir fait voler en Taii' et ravoi?*r(^ssaisi, le rapporta au jeune homme. Oliii-ri Ir reprit et ajouta :
nF5 r"VRÉ.MiliS. -il
— C'est bien, Pied-Gris, c'est bien, rar lu es de taille à faire peur à de plus intrépides qu'une jeune fdle. Sens , sens î
Le chien flaira encore le mouchoir et agi(a la queue, puis il retourna piès du vieillard.' qui venait de Tenner son livre.
Le vieillard, qui s'élail signe après avoir fini sa lecture, preuve que, maigre sa demeure et la singularité des objets dont elle élait mou- Mée , il ne s'orrupnit point d'œuvres cahalis-
62 hH CHATEAU
tiques et coupables ; celui-ci, disons-nous, se tourna vers le jeune homme et lui dit d'une voix plutôt douce que faible et encore assurée :
— Eh bien ! Bernard, quoi de nouveau?
— Tout va de mal en pis, maître Pastourel; tout va de mal en pis ! Le comte d'Auterive est airivé cette nuit, et, au lieu d'aller loger chez son oncle le baron de la Roque, ce qui était fort naturel, ce me semble, il a poussé plus loin jusqu'au manoir de Saint-Quentin, acheté depuis pe!i par celte espèce d'aventurier qui se fait appeler le marquis de Yeroni, titre que je croyais éteint avec le dernier prince de Puzzano . qui , vous le savez , a été brûlé il y a
quarante ansàNaples, sa patrie, et sur la Chiaïa pour crime de sorcellerie.
— Qui vous fait douter, Bernard, répartit le vieillard avec émotion , des droits de cet étranger à porter le titre de marquis de Veroni ?
— D'abord ce que je viens de vous dire, maître Paslourel, et ensuite, c'est que ce brave homme baragouine l'italien comme un cuistre, gasconne le français comme un Toulousain et parle admirablement bien le patois de ce pays-ci.
— Si vous étiez sage, Bernard, reprit PasloureL ce seraient autant de preuves qu'il a
64 i.E rnvTF. \r
tiroil à ce iiire. car s'il es» d'une fjiçon ou (l'aiiUe le vrai descendanl du prince de Puzzano, il a dCi è!!'e exilé, abandonné, et son éducation n*a pas du être aussi soignée que la vôtre, marquis de Veiay ; mais il vous importe peu de savoir ce qu'il est.
— An contraiie. de par tous les diables! cela m'importe d'abord parce qu'il vient beaucoup trop souvenl chez le baron, avec lequel il est des mieux ; ensuite parce que , malgré ses quarante ans bien sonnés, quoiqu'il ne prétende en avoir que trente-six, il fait à (Charlotte des complimens qui no me vont point du tout.
— Efes-vous jaloux à ce point ?
i>ES PYRÉNÉES. 65
— Jaloux de tout, maître Pastourel, même de cet autre aventurier qui a nom Vasconcelios, et qui, malgré sa mine de pendu décroché de la potence , tourne toujours aux environs du manoir de M. de la Roque.
— Y serait-il entré ? dit le vieillard avec quelque inquiétude.
— Une fois il l'a essayé et il s'est fait annoncer chez le vieux baron comme un voisin qui désire faire sa connaissance ; mais je ne puis vous dire quel effet a produit sur le vieillard la voix de ce Vasconcellos, mais on eût dit que le baron voulait percer les ténèbres qui l'entourent, et il a tellement accablé ledit
Portugais de questions, que celui-ci s'est re- T. m. 5
LE CUATEAU
tiré après y avoir répondu tant bien que mal, et que depuis, lorsqu'il est revenu, ça été toujours, à ce que m'ont dit les gens du baron, à l'heure où celui-ci fait, après dîner, cette sieste d'où ne l'arracheraient pas cent mille coups de canon tirés h ses oreilles.
— Ainsi donc... fit Paslourel.
— Tous les jours à deux heures le baron est ivre comme un pot, et ronfle comme un tuyau d'orgue : or, ce Vasconcellos, en choisissant cette heure , me semble manquer à toutes les lois de la bienséance, et j'en aurais querellé Charlotte i)lus de vingt fois , si à la première elle ne m'avait dit : « Il faut qu'il en soit ainsi. »
DES PYllÉNÉBS. 67
— Et elle a raison, reprit Pastourel, et vous faites bien de la croire.
— Du diable si je la crois, répartit le jeune marquis de Velay en se levant; je trouve, moi, qu'il faudrait qu'il en fût autrement, mais lorsque Charlotte me dit avec son doux sourire qui me fond le cœur, ou ce regard impérieux qui me glace : // le faut, j'obéis. J'obéis comme un niais, et pourtant cela doit avoir un terme, et ce sera h mon tour de dire aujourd'hui il le faut. Et si elle n'obéit pas comme j'ai obéi , c'est qu'elle me trompe et qu'elle ne m'aime pas.
— Et quelle est l'injonction ii laquelle vous
68 I.K CHATEAt.
prétendez qu'elle doit obéir pour vous prouver qu'elle vous aime?
Le jeune Bernard haussa les épaules et répartit :
— Une injonction à Charlotte ! vraiment il y aurait de quoi me faire chasser pour l'éternité ; ce sera une prière, Pastourel , et une prière aussi humble qu'un homme puisse la faire.
— Et que lui demandera celte piière , Bernard ?
— De me suivre en Espagne, si , comme je le prévois, le comte d'Aulerive n'apporte pas
DES rVRÉXÉES. 69
ie consentement de mon père à mon mariage avec elle. ^
— Et <iui vous lait supposer que ce consentement sera refusé?
— Une excellente raison ; c'est qu'il l'a ét^ déjà une fois , lorsque je l'ai demandé moimême à monsieur mon père.
— Sans doute, mais à la seconde demande que vous lui avez adressée, le duc de N..., votre père, ne vous a-l-il pas répondu qu'il vous enverrait le comte d'Aulei'ive avec- des pleins pouvoirs pour Unir cette affaire ? Que trouvez-vous donc d'alarmant à cela ?
70 I.E CflATKAW
— D'al)or«i , je ae coiupreuds pas le choix du comte d'Auterive, lequel est parfaitement étranger à notre famille. Ensuite parce qu'il vient ici avec sa femme.
— Que vous importe?
— Qui le mène par le bout du nez. . .
— Que vous importe encore ?
— Il m'importe, parce qu'il faut que ce mariage plaise à la comtesse, et je crains qu'il ne lui plaise pas.
— Et |>otJrquoi, Bertiard i
DES TYRÉtNÉl-:?*. 71
— Pal' Dieu ! les iiianiiiis de ce pays-ei sont de grands imbéciles de vous prendre peur un sorcier si vous ne devinez pas pourquoi ce mariage ne plaira pas i\la comtesse.
Un éclair de gaîté passa sur le visage décharné du vieillard- et il dit au marquis de Veîay :
— Bahl la comtesse d'Aulerive?
— C'est qu'avec ses trente ans, c'est bien la plus agaçante , la plus folle , la plus capricieuse, la plus pétulante femme qu'on puisse imaginer.
Pa^iomei Umm échîippfr nn hve mwvà et
murmura : « 0 vengeance céleste ! » Mais il parut se repentir aussitôt de cette plaisanterie mondaine, et reprit d'un ton humble et sérieux :
— Sa sûreté lui ordonnera de ne pas se montrer trop rebelle, de crainte que le comte ne devine le motif de sa résistance.
— C'est que vous navez pas idée de Clémence, dit Bernard ; on dirait une duchesse qui a épousé un manant et qui lui impose sa volonté. Jamais on ne s'imaginerait , à voir M. d'Auterive si tre nblant devant sa lemme. que c'est lui qui s'est mésallié eîi épousant la fille de ce cuistre d<^ Barati. qui entasse liards
Dli8 l'YRÉiNKKS. 73
surécus et deniers sur sacs d'or dans une mansarde de la rue de la Huchelte, à Paris.
— Il est tout k l'ait devenu avare , comme le baron est tout à l'ait devenu ivrogne, murmura Pastourel. Le vice esl comme le poison de Brabantio : quand il a attaqué un homme, il le ronge jusqu'à la moelle des os.
— Ne pariez pas de poison, Pastourel, car je crains que ce soit seulement en l'art d'en composer que tu ne sois sorcier.
Si le jour qui pénétrait dans cette salle voûtée eût été plus vif, le jeune martjuis de Velay eût vu pâlir Pastourel, mais celui-ci p.nrlait plutôt connue un étourdi f}ui laisse échap[iei'
7^4 l-E CHATEAI/
une parole inconsidérée que comme un homme qui exprime un soupçon véritable, el Pastourel reprit :
— Ainsi, lu redoutes l'influence de la comtesse d'Auterive?
— D'abord, je suis persuadé que c'est elle qui a empêché son mari de descendre chez le baron, ce qui, ainsi que je vous l'ai dit, était une chose fort convenable.
— Il nie semble , reprit Pastourel, quelle ne devait avoir aucun empressement à se loger chez une rivale.
esasî5|ifî t'rmi àonr i'^iro t^nrorp , dit Bef*^
DES l'VKEMiES
iiard , puisqu'elle a choisi la demeure de ce marquis de Yeroiii qu'elle ne doit estioier en aucune façon.
— Qui sait? répliqua Paslourel.
— Pardieu! fit le marquis, vous me raviriez de m'apprendre qu'ils s'estiment tout de bon et que les grâces ianl'aronnes du marquis ont séduit la comtesse.
— Ce n'est guère probable pour le passé, car j'* ne pense pns qu'ils se soient jamais vus.
-- D'où savez vous cela f
76 I.K CHATËAL'
— Il VOUS sutlit que je le sache. Et ii'avezvous pas autre chose à m' apprendre?
— l ne chose Tort surprenante , en vérité : c'est que Charlotte prétend venir vous rendre une visite. Cela ne m'a i)oinl étonné , caitoute lennne est curieuse de voir des sorciers: mais ce qui me confond , c'est qu'elle entend y venir seule ; cest qu'elle m'a Ibrinellement déclaré que si je taisais mine de raccompagner ou de la suivre, c'en était Fail de toutes nos relations et qu'elle ne me reverrait de sa vie.
— Es-tu jaioux de moi comme de Veroni et de Vasconcellos ?
DES PYRÉNIÛEÏ, 77
Mîo padre, dit le marquis d'un lou singulier ^ mio carissimo padrc , je ne sais trop ([uel métier vous laites, mais vous êtes le con- (ident général de tous les habitans de ce pays, et il n'est individu qui ne vienne vous consulter quand il est embarrassé pour se tirer de quelque méchante atï'aire. «l'y ai vu venirce Veroni et ce Vasconcellos, et cela ne m'étonne point, car je les crois fort embarrassés d'un passé que ni l'un ni l'autre n'ont jamais raconté h personne ; mais ce qui me surprend, ce qui me fait peur, c'est que Charlotte ait quelque conseil à vous demander. Du diable si c'est quelque chose d'honnête, car enfin je lui ai donné les seuls bons conseils qu'une jeune fille puisse entendre : si mon père consent, nous nous marions... s'il ne consent pas.
78 LE CHATEAC
nous nous enfilions , voilà qui est simple et décent.
— Il y a dans votre premier conseil, reprit Pastourel, une chose que vous avez complètement oubliée : c'est que si votre père consent, il faut aussi que le baron consente.
— Hum ! lit le marquis de Valey, il me semble que c'est trop d honneur pour ce vieil ivrogne et qu'il me baisera les mains quand je lui apprendrai que sa fille deviendra un jour duchesse de N...
— Monsieur le marquis de Velay, futur duc de N..., répartit Pastourel, vous êtes trop présomptueux : le baron refusera.
— En ce cas, j'enlève.
— Charlotte refusera , malgré l'honnête conseil que vous lui avez donné.
— Ah çà , tout conspire donc contre mon bonheur.
— Tout, et vous plus que qui que ce soit.
— Moi?
— En vous montrant le plus hautain gentilhomme que j'aie rencontré, en vous imaginant que vous faites beaucoup d'honneur à la fdle du baron de la Roque en recherchant sa main, en traitant d'aventuriers ce Vascon-
SO r.E CHATEAt
rèllos cl co Veroiii, qui vous valent bien , en soupçonnant Charlotte, qui est un modèle de vertn, et en parlant avec cette légèreté à un homme à qui lu dois l'honneur.
— Pardi ne , pour quelques mauvais sacs de louis que tu m* as prêtés, vieux sorcier, tu deviens bien impertinent! dit le marqtjs en Taisant siffler le fouet qu'il tenait à la main.
— De par l'enfer! dit le vieillard- en se ievant de son lit et en déployant sa 4j|fu'élaijjej s'il n'y avait en toi un sang qui te protège,, tu aurais paye ce mot de ta vie !
Le jeune homme baissa les yeux devant le
t^egàrd perçant de Pasloiirel, et dit d'un toii plus humMe :
— Jai tort; eh bien! oui, j'ai tort; mai» c'est que je no vous ai pas tout dit.
— Qu'y a-l-il encore ?
— Hier, en arrivant au château du baron
de la Roque, j'ai demandé Charlotte ; on m'a
^dit qu'elle était dans les jardins avec Vascon-
•«içllosv. Ceci a commencé à me donner une
cortâinftîlose d humeur. Cette humeur était
' VitiKpvessentinient, car au coin d'une allée
j'entends causer derrière une charmille et je
reconnais la voix de Charlotte et celle de
Vasconcellos. L'occasion était belle. Je m'ap-
T. iir. 6
$2 ■ LE CUATEAD
proche pour écouter, et je veux que le diable me confonde si ce n'était pas le bruit d'un baiser.
— C'est possible, dit P^stourel.
— Possible ! s'écria le maïquis. Elle est donc coupable, et c'est vrai, je ne me suis pas trompé ! ^"
— Ne lavez-vous pas entendu t
— J'ai cru l'enteudre, car si je l'avais réellement entendu , j'aurais pas^ mon épée^u travers du corps de ce Vasconcellos. 3iais le vent agitait les arbres, j'ai cru me tromper. Je me suis encore avancer ils m'ont entendu, et
DES rVHKNUES.
lorsque Charlolle a tourné son visage vers moi , il y avait tant de .calme dans ses traits, tant d'assurance dans son regard, que j'ai été lionteux de ce que j'avais cru entendre. Mais je veux que le diable m'étouffe si ce n'était pas le bruit d'un baiser. Seulement il y manquait la rougeur, le trouble , l'émotion ; mais ce bruit d'enfer, je l'ai depuis ce temps dans les oreilles ; il faut que j'en finisse avec ce Vasconcellos.
— Je vous ai défendu de chercher à lui parler; un seul mot imprudenl, et votre bonheur est perdu.
— Toujonî':4 la nirme menare, dit lo maiquis. En voilà assez... Oui. voilà assez long-
Si ï ft CnATEAt'
temps que je me laisse mener par vos conseils,
je yeux m'en adranchir J'agirai à ma
guise... Je nai plus besoin de vous.
— Quèles-vous donc venu l'aire ici? lui dit Paslourel.
— Eli mon Dieu ! je suis venu pour vous dire qu'elle viendra vous faiie une visile celte nuit.
— l'I avec les soupçons que vous avez. marquis, von. /los venu ?
— Que diable vouliez-vous que je lisse? réparlil Bernard : elle m'ou a pri<\
DES PVnÉAÉES, 85
— Et vous avez obéi ?..
Bernard prit tout à coup un air triste.
— Tenez , vieux sorcier, lui dit-il , vous vous moquez de moi et vous avez raison; mais, que voulez-vous, je l'aime ! Pourquoi? comment ? je n'en sais rien. Quand je suis loin d'elle, je me dépite, je la juge, je vois bien que ce n'est pas une aussi merveilleuse beauté qu'on le dit : je la trouve impérieuse, iroide, vaine ; je m'imagine quelle se joue de moi , qu'elle n'a de Taux seuiblans d'auiom' que pour mon titre ; il me semble mèuie qu'elle me traite (|uelquerois comme un petit garçon ; mais ({uand je la vois, (piand je suis près d'elle , il n'y a ni colère, ni soupçon, [ni resseuiiment
86 'E «UATEAO
qui lieniie , je ne vois plus que par ses yeux, je n'entends plus que par ses oreilles, je sens par elle, et il me semble que je grandis; enfin, voyez-vous, je lui appartiens comme les damnés apparlienent au diable ; elle m'a dit de venir ici, et je suis venu. Tout le long du chemin, je me suis dit que j'étais un imbécile de venir, et je suis venu de même, et quand vous m'aurez dit à quelle heure elle peut venir, j'irai lui porter votre réponse , plus obéissant que Pied-Gris , votre chien. C'est à se casser la tête d'être ainsi possédé , mais je le suis... Allons, voyons, dépêchons, dites-moi h quelle heure elle pourra vous voir?
— Je Uf )»u»s N('i*-> 'i' ii'i'c OMi'ore. repnriit
niis PYUl:;^^:Es. 87
Paslourcl ; cela dcpeiuîra de l'heure uù ic comle d'Aiiterive viendra aujourd'liiii.
— Le eoiïile viendra ! s écria Bernard stupéfait.
— N'est-il pas arrivé hier soir? répartit Pastourel d'un air grave.
— Et la comtesse, dit le marquis en essayant de ricaner, viendra-t-elle aussi ?
— H faudra hien qu'elle s'y décide, répartit le vieillard du même ton.
Bernard demeur;) un moment silencieux, l'assurance An Pîî^to'H'l îc confondait. D'un
autre côté , il pensait que si ce que venait d'annoncer le vieillard se réalisait , il pourrait avoir foi en sa parole, et quoiqu'il n'eût aucune propension à croire à la sorcellerie, il se dit que s'il voyait venir d'abord le comte d'Aulerive , puis la comtesse , il vendrait son âme au vieillard, fût-il le diable en personne, pour en obtenir la possession de Charlotte.
Il est possible que nos lecteurs se soient demandé si un homme qui parle avec cette in-^ soucieuse légèreté de la femme qu'il dit aimer l'aime véritablement. Esl-ce la faute du siècle où nous vivons ou de la littérature que nous faisons? Je ne sais, mais je conçois aisément que l'on doute d'une passion si soupçonneuoe.
DES i>)réméi::s. 89
et qui ne semble avoir qu'un res[)ecl assez cavalier pour l'ange de ses rêves.
C'est qu'à cette époque , on n'avait point iVanges de ses rêves; c'est qu'on aimait très simplement, par conséquent très vivement une femme sans la poétiser à un degré si nébuleux qu elle disparaîtrait^si on soufflait sur elle. Ou Taimait comme un être qui < st d'une nature pareille à la nôtre, mais on lui parlait chapeau basetavec décence ; enlin, l'amour avait cette libre allure que, de nos jours, on i)ousse jusqu'à faire de la grossièreté, ou qu'on suppriiU'* jusqu'à faire de l'élégie.
D'un autre côté , ce n'est pas non plus une chose laro que ces passions qui sentent et
90 LU CIIATEAV
calculent [)Oiii' ainsi dire le poids de leur joug, mesurent la force de leur esclavage et ne peuvent cependant s'y arracher. De toutes les formes de cette passion si divine de l'amour, c'est peut-être celle qui est la plus difficile à définir, quoiqu'elle soit assez commune.
Si nous ne nous trompons point, il y a dans ces passions, sans cesse en révolte contre elles-mêmes , beaucoup de cette obstination qui pousse un homme qui se sent quelque vigueur d'àme et d'esprit à résoudre un problème qui lui échappe sans cesse, à aplanir un obstacle qui renaît dès qu'on le croit disparu ; une lois la lutte engagée, cela devient une sorte de voi tige incessant ; cent fois vaint,(i. on recoin nif'nc' reni fois le combat ? \i\s^
DFS 1»VRÉ^ÉES. 91
qu'au jour où cette passion fiiiit comme toutes les passions humaines , par la victoire ou par une autre passion.
Ajoutez à ces raisons excellentes cette raison suprême que j'ai donnée quelquefois et dont les hommes d'esprit se sont moqués : // V aimait parce qu'il V aimait (raison qui ne m'appartient pas, que j'ai entendu donner à l'amour par une des femmes les plus célèbres de nos jours . raison qui m'a immédiatement exphqué les contradictions, les impossibilités, les anomalies apparentes, qui me les a illuminées d'une clarté admirable, // l'aimait parce qu'il r aimait), et vous comprendrez tout de
92 1.E r.llArEAl DES PYRÉKÉES.
iLst-ce qu'il y a uue autre raison à l'amour que lui-même? coiuiue il n'y a aucune raison à Dieu que Dieu : il est parce qu'il est.
Donc, indépendamment de tous les commentaires explicatifs que nous avons donnés à l'amour de Bernard de Velay pour Charlotte, il suffit de savoir qu'il l'aimait, pour qu'il
n'y ait pas le moindre mot à dire contre la réalité de cet anioiu", dût-on en discuter la convenance.
Xï
Nous en sommes restés au moment où Pastourel venait d'annoncer k Bernard la visite probable et prochaine du comte d'Auterive. Le jeune amoureux n'avait pas encore fini ses
9ft
i.E rn\'j K vi
li'llr'xlonsniî sujol <lo colle (îéclnrnlion oxlraor- (liiîaire. que Pied-gris, le eliien de Paslourel. se prit H gémir d'une façon joyeuse et en remuant la queue, et presque aussi lot une femme de trente-ciinq ans. à la tournure élancée et leste . la jamlje fuie . le pied bien tourné, la taille encore élégante et dans le costume d'une riche paysanne, entra ton! li conp et se jeta tout essoufflée sur le fauteuil quavait occujyé un monienl auparavant le marquis de Velay.
— Kîi bien! Catherine Couteau, lui dit Paslourel. quelle nouvelle ? Je croyais que ce serait ton mari qui viendrait.
— Ah oui. vraiment ! lit (Catherine de celle voix parficulière aux femmes du Midi, qui a
quelquefois toute T impertinence des daines de la halle parisienne, et d'autres fois toute la douceur des inflexions les plus moelleuses d'une bourgeoise à l'état de se'ductrice ; avec cette différence que le fausset impertinent de ces voix n'arrive jamais au Glapissement trivial de la dame de la halle ni au tendre miaulement de la bourgeoise ; cette voix garde dans la première circonstance une verdeur et dans l'autre une harmonie sonore que les climats pluvieux ne connaissent pas. — Ah ! oui vraiment ! lit Catherine de sa voix aiguë, il a trop peur pour ça. Je ne sais ce que mon bonhomme de beau-père lui a fourré dans la tête, mais Pierre est devenu poltron comme un poulet devant un coq ; il va bien encore à la montagne, ajouta-t-elle en regardant fièrement
99 LE COATEAU
Bernard, qui s'était mis à rire , et il peut y rencontrer un loup, ou un ours, ou un homme, quand même il porterait une épée au côté, et Une sourcillerait pas; mais qu'on lui parle d'approcher des ruines, et il devient tout pâle, tout tremblant. Le vieux Jean prétend que vous êtes un revenant et un sorcier, et Pierre croit son père comme l'Evangile ; moi qui ne crois ni le vieux ni mon mari, je suis venue vous dire la nouvelle, quoiqu'ils me l'aient défendu tous les deux.
— Pierre aussi? dit Pastourel.
— Eh oui, devant son père, parce qu'il en a une peur affreuse, comme s'il était en âge de recevoir le fouet; mais le vieillard n'a pas
eu les talons tournés qu'il m'a dit de venir jusqu'au torrent pour voir si nos bûcherons travaillaient, et il m'a apporté ma mante dans laquelle il a caché mon chapelet/et il savait bien, mon homme, que je ne m'arrêterais pas au torrent et que je viendrais jusqu'à la ruine.
— 11 te connaît, Catherine.
— Et je le connais aussi, répartit celle-ci ; il ne me demandera pas où je suis allée, mais il grillera d'envie de le savoir, et je ne lui en dirai rien.
— Tu le lui diras, ma fille, dit Pastourel en souriant. Une femme ne peut rien taire à son mari.
100 I.R CH/VTEAC
— Bail ! bah ! répartit Catherine d' un air singulier, si Pierre est curieux, moi je ne suis pas causeuse.
Bernard se mit à rire en disant : — Pauvre Pierre !
— Hé, monsieur le marquis, lui dit Catherine ^ mariez- vous avec mademoiselle de la Roque, et après quinze ans de ménage, vous aurez bien vos petits secrets ; pourvu encore que vous ne fassiez pas comme d'autres que nous connaissons, qui n'ont pas attendu plus long-temps pour planter là leurs femmes et leurs enfans.
Bernard rougil à celte parole el s'écria •
PRS PYRÉ.\ÉËS. 101
— Que veut dire cette impertinente?...
— Silence! fit Pastourei; Catiierine a peutêtre raison, mais il ne s'agit pas de cela maintenant : il s'agit de la nouvelle qu'elle m'apporte, et qui doit être bien importante, car, ajouta-t-il en se retournant vers la paysanne, tu es arrivée tout essoufflée.
— -Ce u est pas la nouvelle qui m'a essouftle'e, car elle n'a rien de bien pressé ; mais dà, reprit-elle en baissant la voix, c'est qu'en arrivant ici, j'ai fait une vilaine rencontre.
— As-tu rencontré une pie ou un moine? lui dit Bernard.
— Ni pie, ni moine, ni ane, ni marquis, répartit Catherine. Ce que j'ai rencontré, c'est un homme en habit noire, à face jaune, les yeux flambans et creux comme une chandelle dans une lanterne , les mains longues et sèches, un véritable fantôme de parchemin habillé de serge, qui m'a arrêtée au bord du torrent et qui m'a dit d'une voix caverneuse:
— C'est bien là, n'est-ce pas, la ruine du château de la Roque ?
11 m'a fait tellement peur , que je lui ai répondu avec une révérence. Puis il a ajouté :
— N'y a-t-il pas là-dedans un homme appelé Pastourel ?
BRS PVnÉlVÉES. 10*
— Eh oui, ai-je fait. Eh bien! m'a-t-il répondu, dis-hii que j'irai le trouver dans une heure.
 cette nouvelle, Pastourel parut assez étonné pour que Bernard , qui l'examinait , devinât aisément que sa science de sorcier était complètement prise en défaut. Pastourel s'en aperçut, et voulant remettre Bernard dans l'incertitude où il l'avait mis un instant auparavant sur la portée de son pouvoir, il répartit :
— Il est arrivé plus tôt que je ne pensais. Puis il examina une sphère et reprit :
loi' LE CUATEAr
— J'ai négligé cette inclinaison d'un millième de degré. Je me suis trompé d'un jour.
« Catîierine serra son chapelet entre ses mains, mais Bernard, d'abord étonné comme la paysanne lui dit :
— Et quel est cet homme que vous attendez ici? vous devez le connaître ?
— Il veut rester inconnu, dit Pastourel.
Bernard allait répliquer, mais Catherine s'écria aussitôt :
— C'est yraijCar jelui ai demandé sonnom, mais il m'a dit : « Je îe dirai à Pastourel. » Cet
homme m'ii fait peur, et ne voulant pas vous laisser seul avec lui, je lui ai proposé de m'accompagner, ce à quoi il m'a répondu : « Nous ne devons nous voir que seuls et dans la nuit. J'irai à huit heures du soir. » A huit heures, dans les ruines ! me suis-je écriée. « Qu'il matlende , je le veux ; dis-lui que la parole est d'argent et le silenee d'or. »
— Qu'il vieime, murmura Pastouiel en jetant involontairement un regard sur son chien, et en le reportant sur un long poignard oriental pendu au chevet de son lit; qu'il vienne. Mais les autres. . .
— Voici ce qui s'est passé : ce matin, le comte d'Auterive a envoyé un de de ses laquais
Kt. CHATEAW
dire à mon mari d'aller le trouver chez Veroni...
— Le marquis de Veroui ! fit vivement Pastourel, comme s'il avait craint qu'un autre nom ne fût donné à la personne dont Catherine voulait parler. . .
— Oui, oui ! répondit-elle en regardant Bernard, chez le marquis de Veroni ; Pierre, qui a été soldat dans la compagnie de M. d'Auterive, s'y est rendu tout de suite, et m'a raconté alors que le comte lui avait dit de venir vous avertir qu'il viendrait vers huit heures du soir.
— C'est bien cela, dit Pastourel. . .
I>BS PYRÉNÉES. 107
— Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'au moment où il allait quitter le château de... du marquis de Veroni, la comtesse d'Auterive l'a attrapé au passage et lui a recommandé de vous annoncer qu'elle viendrait à huit heures.
Pastourel prit un air triomphant en regardant le marquis de Velay et celui-ci eut peine à dissimuler le mouvement de surprise mêlée de crainte qu'il éprouva.
— Qu'ils viennent, qu'ils viennent! dit Pastourel. Marquis, vous pourrez dire h celle qui vous envoie qu'elle peut venir dans la journée.
— Je le lui dirai, répartit Bernard, vérila-
^08 l.Z r.HVTKAI
blemeiit domine par ce contlit de circonslauces. Mais honteux de l'obéissance qu'il montrait, il reprit aussitôt d'un ton menaçant:
— Mais fussiez-vous Satan en personne, si quelque chose s'oppose à mon bonheur, n'oubliez pas que c'est à vous seul que je m'en I>rendrai.
— Va-t-en, (ou que lues, lui dit Pastourel, il n'y a d'autre obstacle à ton bonheur que toi-même. Va-t-en, car une menace nouvelle te coûterait trop cher, et il y a long-temps que je t'aurais abandonné à la brutalité sauvage de ton caractère et aux malheurs qu'il t'attirera si je n'avais j)romis de te protéger.
uEs pYniii\i;Ks. 10'J
Bernard hésita à obéir ; mais comme il subissait avec révolte l'amour de Charlotte, il subit de même la crainte superstitieuse c[ue lui inspirait Pastourel, et sortit en murmurant :
— De par l'enfer ! je saurai ce qui en est !
!1 quitta tout aussitôt la ruine, remonta à cheval et s'éloigna au galop pour retourner dans la maison de M. le baron de la Roque.
Nous le laisserons aller vers ( elte maison, et nous resterons avec Catherine et Pastourel.
A peine furent-ils seuls, que le Ion de la conversation changea tout à coup, et que Catherine prit vis-à-vis de Pastourel un air plus
110 t.E CIIATKAV
amical en répondant à la question que lui fit celui-ci.
— Etlefillou?...
— Ne m'en parlez pas, reprit Catherine, il. est fou, il veut absolument épouser mademoiselle de la Roque.
— ïu ne lui as donc pas répété ce que je t'avais chargé de lui dire.
— Je n'y ai certes pas manqué, mais il se croit marquis pour tout de bon, et il dit qu'il est de naissance à épouser mieux que la fille du baron, si cela lui plaît.
BBS PVaiNSBS. 111
— Ah! se (lit Pastourel, j'ai été trop imprudent, j'aurais dû comprendre que la vanité est le fond de ce caractère.
— Et une terrible vanité ; certainement il était beau, il y a une quinzaine d'années , dit Catherine, et si à celle époque je ne l'avais pas cru mon frère, je l'aurais trouvé à ma guise, mais il a quarante et un ans bien sonnés, s'il avait véritablement l'Age que vous avez dit lorsque vous l'avez apporté chez mon père ; il a donc quarante ans, et ce n'est pas à cet âge qu'on pense à une jeune fille de vingt ans.
— Catherine, reprit Pastourel, ce n'est pas là le danger; si Charlotte l'aimait et qu'elle
voulût ré[)0user, il arriverait à cet "entêté ce qui plairait à Dieu.
— Dà ?. . . dà ! . . . fil Catherine , je sais bien ce qui plairait à sa femme au bout d'un an de mariage. Vous l'avez fait marquis par je ne sais quel moyen, et il a de l'argent plus qu'un vrai marquis, mais pour le faire marquis tout à fait, nemii, nenni^ père Pastourel, il n'y entend rien, et il est resté Galidou.
— Et s'il ne veut pas être sage , il le redeviendra.
— Cest ce que vous m'avez dit de lui dire , et ce que je lui ai répété ; mais bast ! « Catherine, m'a-t-il répliqué, je tiendrai mon rang.
BRS PYBÉiSÉEfi. 113
J'ai dil dans le temps que je brûlerais et de'truirais le chaleau de la Roque, et je l'ai fait; je t'ai dit que par dessus le marché je veux épouser la fille de ce vieux baron, et je l'épouserai. On ne me mènera pas comme on le croit, dis-le au vieux patriarche des moutons de ton père, et il sait mieux que personne que je puis faire ce que je veux. »
— Eh bien î reprit Pastourel avec une indignation à laquelle se mêlait une certaine douleur, dis-lui, qu'il vienne, car enfin, s'il y tient, faut-il encore qu'il réussisse sans danger pour lui et pour nous tous.
— Comment î dit Catherine d'un air indigné,
ii4 LE OUATBAV
VOUS l'aiderez à désoler ce gentil marquis de Velay?
— Au ton dont tu lui parlais, dit Pastourel, je croyais que tu n'étais pas de ses amies.
Bah! bah ! vieux père, dit Catherine en minaudant et écriant, on déteste un homme qui vous a dit des douceurs quand il était tout blanc-bec et qui ne fait plus attention à vous quand il est un homme, mais l'on devient raisonnable avec l'age et je ne me souviens plus de ce qui s'est passé il y a huit ans.
— 11 y a huit ans? dit Pastourel.
— Oui, oui, vous n'étiez pas encore rentré
dans le pays , et il était venu visiter les propriétés de son père avec son gouverneur. Pauvre enfant ! il étaitbien gentil dans ce temps-là !
Pastourel regarda Catherine d'un air étrange et lui dit :
— Et tu étais encore jolie.
— Mais dà, il avait dix-huit ans et moi vingtsept, on m'appelait encore au pays la belle Catherine.
— Et il devint amoureux de toi? dit Pastourel.
— Ça vous étonne, père?
H 6 Lï CIIàTEiU
— Non, non; mais toi. lu l'as aiaié?
— Pécaïre ! il était si câlin, si éLonnanl,que j'ai eu toutes les peines du monde ii me défendre de ce sentiment-là.
— Et tu l'en es défendue long-temps?
— Toujours^ dit Catherine en se levant d'un air digne.
Paslourel ne répondit pas, mais il passa sa main sur son front dun air pensif en nsuraïurant :
— C'est une destinée !
»ES rVRÉ\ÉES. 117
Puis il reprit tout haut :
— Eiilin, tu es pour lui contre Galidou ?
— Âh ! c'est un faux marquis, qui fait l'insolent et oublie qu'il a été trop heureux de manger notre pain. N'est-ce pas qu'il n'épousera pasmadenioiseile de la Roque?
— Je l'espère ; mais pour venir ici il faut qu'il croie que j'y consente. Je te charge de le lui persuader.
— Je vous le promets , et il ne l'épousera pas?
— <Jela te lient bien au coeurî
118 I t CBAItAfî
Catherine devint pâle, et reprit avec un accent singulier de menace :
— Si vous l'aimez, qu'il n'épouse pas Charlotte, entendez-vous, ou il lui arrivera malheur et à vous aussi I
— Oublies-lu , reprit Pastourel . que je puis te punir d'une telle menace?
— Bah î bah ! reprit Catherine, c'est bo» pour les autres, ce ton-îà et ces airs ! Vous n'êtes pas plus sorcier ou magicien que ma jarretière : vous avez cru l'histoire du marquis que je viens de vous faire. Galidou, ou monsieur le marquis de 'reroni, comme vous l'avez bajttisé sur ]<*s i'onts uu diable, népou-
nrs pvuÉNÉKs. 110
sera pas iBademoiwScile de la Roque, je vouslè prédis j moi! Je vais vous renvoyer, iiiiles'-y j)ien attenlioii I
Catherine sortit à ces mots d'un air courroucé, et Pastourel, la regardant sortir, se dit tout haut :
— Cette paysanne me généra plus que toutes les autres!
Nous prions le lecteur de lemarquer ces mots : loutes Us autres.
Il y en avait dune d'autres? Lesquelles? Si le lecteur veut bien continuer cette histoire, il les rcconnaîlj'a, comme il a déjà reconnu Ga-
120 LK CHATEAi: DES PYRÉNÉES.
Jidou SOUS le nom de marquis de Veroni. Du reste, et avant d'aller plus loin, il est bon que je déclare qu'en tout ceci je n'ai fait que raconter, depuis le commencement, une histoire dont l^s preuves m'ont été fournies par un descendant de l'une des familles dont j'ai dû taire les noms et les titres, mais qui est vraie sous presque tous ses rapports, et dont je n'ai fait que coordonner les événemens à ma guise.
FJ.\ DE LA DîDXIIvME PARTIE.