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da moment avaient changée en citadelle. Le capitaine Taylor, jeune homme de vingt-quatre ans, s'était can* tonné là, comme une ligne d'arant-postes^pour surveiller tous les mouvements d'une guerre mystérieuse qui, ouvertement ne se montrait nulle part aux Anglais, et les dévorait partout.
Un soir, au lever des premières étoiles, mistriss Katrina Taylor, femme du capitaine, jeune Anglaise créole de vingt ans, et attachée à la fortune aventureuse de son mari, était plongée dans la plus vive inquiétude, et, assise sur l'angle d'un petit bastion, elle prétait l'oreille à tous les bruits qui montaient de la rivière, ou de la route de Joudpour.
Non loin d'elle, un jeune domestique de race malaise, accoudé sur un parapet du château foit et voilé par un massif d'euphorbes, plongeait ses regards sur la rivière, comme s'il eût cherché dans les bambous des berges un être humain ou un animal féroce embusqué devant une proie.
Aucune lumière ne brillait dans l'intérieur de la maison. Les grandes constellations de l'Inde éclairaient seules de leur éclat mystérieux et doux les angoisses de cette veillée.
La jeune fenune imita, par un bruit de lèvres, la plainte sourde d'un insecte, et le domestique accourut
SIS LE GHATIÂU DBS TROIS-TOURS.
comme un chien fidèle, en se faisant quadrupède, pour ne pas dépasser la hauteur du parapet.
Il se pelotonna aux pieds de sa maîtresse et tendit son oreille pour écouter.
— Que penses-tu de ce retard, Kindly? dit la jeune femme à yoix très-basse.
— Je ne le trouve pas extraordinaire, dit le Malais. U y a loin d'ici aux ruines de la pagode de Djemah... Le capitaine Taylor a plus de cinquante cipayes arec lai ; avec cette escorte, oh né craint rien.
— Et que regardais-tu là, si attentivement? reprit la jeune femme.
— Je regardais couler la rivière...
— Qu'on ne voit pas couler, interrompit Katrina; tout cela est sombre comme le fond d'un puits... Avec tes yeux de panthère noire, tu as vu quelque chose sur les berges... parle-moi franchement, Kindly.
— Je sais que Madame est courageuse, dit le domestique, et alors je puis lui faire part de ma découverte... Il n'y a pas un soufQé d'air dans le vallon et j'ai vu remuer les herbes...
— C'est le tigre, dit froidement mistriss Katrina.
— Ohl non, Madame, le tigre ne prend pas tant de précautions dans les herbes ; il ne craint pas de trop les agiter. Quand je vois remuer avec prudence une chose