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morte, je dis : Il y a un ennemi de notre espèce là-dessoas, on honmie on nn étrangleur.
— Oui, dit la jeune femme , ce serait possible... ces monstres-là savent tont^.. Ils se sont embusqués là-bas, dans le rarin, pour attendre le retour de mon mari et de nos gens.
— Oh f le capitaine Taylor, remarqua le domestique, n'est pas homme à se laisser surprendre, comme une gazelle à l'abreuvoir. Il flaire la chair indienne d'une lieue. L'autre jour, le capitaine disait : c II y a dans ce vallon trois senteurs dominantes, l'euphorbe, le géroflier et le tulipier jaune ; quand la brise de la rivière m'apporte une quatrième odeur, je me dis : Il y a des Indiens fauves dans les buissons. Alors, il faut trois choses, bon cœur, bon pied et bon œil. » C'est que, voyez-vous, Madame, le capitaine Tajlor était né pour cette guerre. II nous faudrait cinq o$ciers comme lui, dans cette présidence, et ce serait bientôt fait.
Mistriss Katrina fit un geste brusque pour commander le silence. Le serviteur interrompit sur le champ son éloge du capitaine Taylor, et, avec la jeune femme, il prêta l'oreille à un bruit nouveau qui venait du côté de Joudpour.
Kindly secoua la tête et attendit l'ordre pour s'expliquer.
~ C'est le rent qui se lève sur le lac, dit-il, et qui passe sur le bois de mimosas; voyez. Madame, comme la lune se lève rouge^ avec son croissant couché : signe de tempête et de vent.
Katrina n'écoutait plus, elle réfléchissait.
— C'est intolérable ! dit-elle après une pause, la mort vaut mieux qu'une pareille vie. . . Écoute, Kindly. . . . connais-tu bien la route qui mène aux ruines de la pagode?
— Oui, Madame... et je devine votre pensée. •• J'ind seul.
— Tu feras ce que j'ordonnerai.
-— Si votre ordre est raisonnable, Madame.
<— Eh bien t nous dirons au lieutenant Murphj de nous accompagner avec sa petite garnison de réserve.
•-^ Madame, le lieutenant refusera de vous obéir : son devoir est de rester ici pour garder le cantonnement.
■*^ Eh bien! j'irai seule, dit Katrina en se levant... Que peut-il m'arriver?
Kindly, pour toute réponse, se voila le visage avec ses deux mains.
— Demande à Murphy la clef de la petite porte de fer, ajouta-t-elle, et partons.
Ces dernières paroles avaient été entendues par un grave personnage qui entrait sur la plate-forme au même moment.
UNE NUIT DE TE&REtJR. 231
C'était M. Fabianus Parker, commissaire envoyé par la Compagnie des Indes pour étudier la question des étrangleurs.
M. Parker avait dirigé le théâtre d'Adelphi, à Londres, et créé, à Drury-Lane, le rôle de Fra*Diavolo dans l'opéra d'Auber, traduit en anglais, musique et paroles.
Grâce à deux chutes^ il était entré en faveur auprès d'un personnage influent à Foreign-Office, et, rêvant la fortune du nabab, il avait présenté à la Compagnie des Indes tant de lettres de recommandation, qu'il pouvait prétendre à tout; mais, à force de choisir son but d'ambition, il venait de se fourvoyer dans sa carrière, car le poste sollicité et obtenu non-seulement offrait peu de chance de fortune, mais abondait en périls de tout genre et ne pouvait conduire un fonctionnaire civil qu'au nœud coulant d'un étrangleur.
L'Angleterre est le pays où abondent de pareils fonctionnaires sinécuristes. Les administrations métropolitaines ont seulement le soin de les envoyer aux Indes ou dans les autres colonies lointaines. C'est Une façon comme une autre de débarrasser le gouvernement des importuns.
Trop avancé pour reculer, M. Parker faisait ce que font tous les inspecteurs en Angleterre, il n'inspectait pas.
Sd2 LE CHÂTEAU DES TEOIS-TOURS.
La citadelle du Louny lui paraissant un lien sûr, il n'en sortait point, et, entraîné par ses anciennes habi- Indes de coulisses et sa réputation de bel homme acquise à bon marché, il adressait des hommages équi¥0« ques à madame Taylor, une mariée âgée de six mois et amoureuse de son mari.
L'entrée de M. Parker fit murmurer le jeune Eindly, car il était forcé de s'éloigner de sa belle maîtresse et d'interrompre un entretien si doux.
L'ambition de Kindiy était modeste.
Il avait joué, enfant, avec la petite Katrina, et, depuis dix ans, il éprouvait pour elle un sentiment plus ardent que l'amitié, et qui n'osait jamais être l'amour.
Il y a, dans l'Inde, un grand nombre de domesticités respectueuses et passionnées qui vivent avec leur secret d'affection impossible, et sont heureuses de la possession de ce trésor, comme l'avare qui regarde le sien et n'y touche pas.
Mistriss Katrina, disons-le à sa louange, n'avait pas même ce jeu de coquetterie innocente qui provoque souvent chez les hommes novices une passion sérieuse; elle n'avait pas même l'air de se connaître, et cette ignorance rendait sa grâce et sa beauté encore plus redoutables, dans ces solitudes du soleil, où deux flammes jamais éteintes incendient l'âme et le corps.