‹ Le chateau des trois toursChapitre 36 sur 43 · LE GLADIATEUR · texte numérisé non relu

LE GLADIATEUR

On n'avait jamais vu pareil concours de peuples et de barbares dans la région de la ville située entre le Palatin, la porte Capène et le camp des Prétoriens. Sur la voie Àppia, on aurait dit que chaque tombeau avait rendu ses familles au domaine des vivants, car les tourbillons de parfums qui s'élèvent nuit et jour de cette immense voie tumulaire ne montaient plus aux nues. Les esclaves charges du soin pieux de verser les aromates aux tisons des urnes funèbres avaient abandonné les cimes des sépulcres pour prendre part, eux aussi, à la fête que donnait le divin Domilieu, empereur et souverain pontife, en Thonneurde Scaurus, son affranchi. Le Forum , depuis la borne suante jusqu'au tabullarium, n'avait pas assez de colonnades pour abriter des ardeurs du soleil les barbares des Marais-Méolides, de laScythieetdeTEuxin. Devant la prison Mammertine, les marchands de Mi-

tylène, de Corinthe et des îles de la mer Égé, avaient ouvert un vaste marché d esclaves, et les beaux chevaliers du portique d'Octavie disputaient une jeune fille grecque, qui pleurait le rivage de son doux pays, à des acheteurs vulgaires venus des ports de Brindes et d'Abxur.

Autour de Tare de Titus la foule était plus grande encore et plus tumultueuse ; on aurait^ru entendre les mugissements de Carybde et Scylla. L'amphithéfttre regorgeait de spectateurs, et ceux qui n'avaient point de place attendaient leur tour d'entrée dcjvant les bateleurs de Parlhénope, les joueurs d'osselets et les bouffons.

Le proconsul d'Afrique avait envoyé des trirèmes pleines de bêtes fauves; jamais les souterrains de l'amphithéâtre n'avaient été ébranlés par de tels rugissements, et les spectateurs, vêtus de couleurs brunes, entassés aux galeries supérieures , répondaient par une tempête circulaire de cris rauques, de sorte qu'on n'aurait pu dire si les lions et les panthères peuplaient les loges élevées, ou si les hommes mugissaient â^ la grille des souterrains. Dans le voisinage du podium les jeunes Romains et les courtisanes grecques faisaient ondoyer leurs chevelures , et s'inondaient de parfums d'Asie, en étalant les sardoines splpndides qui chargeaient leurs doigts aux ongles rougis.

U e acclamation immense sitlua l'entrée du divii;i

no UNE COKSPIftilTlON

empereur , et ceni mille têtes se dteouvriieiit ; les fimCeures des Ubicines éclatèrent; la rosée d'eau de safran tomba des corniches ; on couronna d'ache de myrte et de lauriers les statues des dieux, et le grand-prétre des Corybantes , élevant la coupe de Jupiter Capitolin , fit des libations aux Euménides, couchées au vestibule du Tartare sur des lits de fer.

Les gladiateurs, voués à la mort, conduisirent sur Tarène une légion de chrétiens, qui, la veille, avaient troublé le sacrifice dans le temple de la Fortune virile, et que les licteurs venaient de surprendre en prières entre les catacombes et la pyramide de Caîus Sextius. Ces hommes étaient calmes et le sourire régnait sur leurs lèvres. Les gladiateurs tremblaient.

Un signal partit de la loge de Tempereur, et le belluaire ouvrit les grilles des bêtes fauves. .. Les quatre portiques aériens du Cotisée tremblèrent sur leurs bases éternelles ; Técho des vomitoires rendit un ouragan de voix terribles, comme la caverne duTénare lorsque Thésée s*échappa vivant, après avoir déshonoré le dieu des enfers. Des bruits de pieds monstrueux retentirent; un torrent de lions et de panthères roula sur Tarène de Tamphithéâtre, aux applaudissements de la multitude. Les chrétiens entonnèrent leur hymne et ne l'achevèrent pas : une mare de sang désigna bientôt la place où ils avaient chanté.

Les gladiateurs, armés de Tcpée espagnole ou gau* loise, engagèrent une lutte formidable avec les mons^

très. Les uns SMlossés aux soubassements de marbre, sous les grilles mobiles du podium, s'étaient mis en phalange étroite, et, dans un raccourci de corps insaisissable , ils se couvraient de la pointe de leurs épées horizontales, et s'allongeaient avec une vivacité merveilleuse, pour plonger la mort dans les gueules béantes de leurs fauves ennemis. Les autres, agiles comme le vent, s'élançaient, le péril venu, aux rostres des colonnes votives, aux angles du piédestal des dieux , aux arêtes des obélisques , et de là ils tombaient Comme la foudre, avec des coups mortels, sur les monstres de Barca. Quelques-uns, résignés stoïciens, dégoûtés d'une vie qu'il fallait défendre à ce prix, jetaient leurs armes et croisaient les bras ; et l'animal y soupçonnant un piège inconnu dans cette tranquillité sans lutte , reculait quelquefois , et se précipitait dans la mêlée où s'égorgeaint les combattants. Le peuple des hautes galeries déchaînait un ouragan de sifflets injurieux contre ces lâches, et une frange circulaire de doigts menaçants, signe fatal, demandait leur mort aux licteurs.

Tout h coup un éléphant, haut comme une montagne,, parut dans une éclaircie de poussière que le sang n'avait pas encore arrosée ; ses quatre pieds résonnaient comme les marteaux des forges de Lemnos et demandaient à broyer de la chair ; ses dents, d'une longueur démesurée , se recourbaient comme deux épées gauloises et s'agitaient de colère sur leurs, ra-

m UNE CONSPIRATION

cines de granit; sa trompe, levée comme la massue d*Alcide, mugissait comme FEtna, avec une sourde menace de mort. Les gladiateurs saluèrent par des cris de joie ce puissant auxiliaire qui prenait place dans leurs rangs comme une citadelle vivante, et lançait du bout de sa trompe, à Tautre horizon de Tarêne, les bêtes féroces, accourues follement vers lui. Il y avait surtout un jeune gladiateur grec , que le hasard d'une sédition en Tbessalie fit esclave, et qui excitait en ce moment un grand intérêt parmi le peuple des quatre portiques. Son nom étaii Damias. Beau comme le fils de Cmyre , rusé comme Sinon , agile comme le fils de Thétis, le jeune Damias^ au centre de ce cratère où bouillonnaient le sang , l'écume , la sueur, sur des monceaux d'entrailles fumantes, combattait en désespéré, avec un courage toujours heureux. Cependant ses forces s'épuisaient, et, dans une crise où il avait besoin de toute sa vigueur, attaqué en face par un lion énorme, il glissa sur des ossements humectés de sang , et les griffes du monstre s'allongeaient déjà sur sa poitrine... Le peuple romain, dans ses plus grandes orgies de volupté sanglante, veut montrer par intervalles quil sacrifie aussi à la Pitié, cette douce fille de Jupiter. A. la vue de Damias en péiil de mort, hommes et femmes se levèrent comme pour épouvanter le lion par une clameur de cc^^t mille cris. On ût dit que Téléphant comprenait la voix du peuple ; du bout de sa troai^îc

AU LOUVKE. 213

il ramassa Damias comme un brin de paille, et, le posant sur sa cime» il éventra le lion avec ses deux dents. Un tonnerre d^applaudissements ébranla Tam- I^ithéàtre, depuis la loge des sénateurs jusqu'ati voile de pourpre tendu aux mâts des corniches , et toutes les poitrines criaient : La vie à Damias ! la vie à Oa* mias ! Vive le divin empereur !

L'éléphant recula lentement, les dents toujours tendues vers les ennemis, jusqu'à la loge basse voisine du proscenium, et, reprenant Damias, il le lança sur un lit de coussins de pourpre qu'on venait d'à* monceler pour le recevoir.

C'était la loge de Memmius Mella, de famille consulaire et illustrée chez les Daces et en Pannonie : le peuple honorait cet homme k Tégàl d'un dieu. Après le spectacle, la foule, en s'écoulant par les vomitoires, disait que le divin Alcide, le vainqueur du lion de Né*mée, avait dirigé lui-même le gladiateur Damias vers la loge de Memmiûs, qui était Tami des Immortels.

Memmius possédait une maison suburbaine sur le penchant du Janicule, aux bords du Tibre, et vis-àvis le temple de Vesta qui s'arrondit sur le rivage opposé. C'est là que Memmius conduisit le jeune gladiateur, après le spectacle, à l'heure où le char du soleil descend sur la merThyrrhénienne. Les esclaves apportèrent le bain odorant, les amphores d'huile d'Âttique, et les baumes qu'inventa le centaure Chiron. Les pénates furent hospitaliers ao gladiateur, comme

s'il eût porté à son doigt l'anneau de chevalier romain. Quelques jours après, un décret du divin empereur conféra le titre de citoyen k Damias, affranchi.

Hemmius était père d'une fille qui, dès le berceau, lui fut douce comme la lumière de Taurore : il lui avait donné un surnom qui devint son nom : Amœna. Lorsque la jeune fille, assise sous la treille, le front couronné de pampres , faisait courir Taiguilie d'or sur le lin, les pêcheurs qui remontaient le Tibre la prenaient pour Ërigone et la suppliaient d*être pro* pice à leurs filets. Le père, qui avait mis en elle toutes ses complaisances, souriait alors, dans sa joie, et humectait d'un baiser le front virginal d'Amœna. Les jours de la jeune fille s'écoulaient ainsi, purs comme les aurores de Tété, aux vallons sereins d'Àgrigente. Tout devant elle et aux environs, se changeait en tableau d'allégresse et de bonheur. Voir étinceler le premier rayon du levant sur la cime du Soracte et les édifices sublimes du Palatin; prêter l'oreille aux clsùrons qui saluaient Diane regagnant sa couche à Taurore; suivre de l'œil les barques emportées par le Tibre à Ostie, ou les quadriges rasant au vol la voie Appienne depuis l'humide porte Capène jusqu'à la tombe de Métella, ou les vexillaires simulant une bataille contre les Parthes, avec les hastati, entre le Tibre et TAventin ; écouter le murmure des naïades folâtrant sur les hauteurs du Janicule ; respirer avec délices les parfums des fleurs réservées aux gynécées ;

rappeler aux niches les abeilles ivres de cityse et de thym, telles étaient ses joies de tous les jours. Elle donnait un juste orgueil au cœur de son père. Ne voyant plus que des vices dans Rome dégénérée, le sage Memmius se réjouissait de sa fille, race chère et pijre, saint trésor oublié par Saturne dans le La* tium.

Reçu cojnme un^hôte sacré à la maison de Mem« mius. le gladiateur Damias fut touché de la grâce et de la beauté d'Amœna, et la flèche invisible qui part d'une lèvie virginale embrasa son cœur. La jeune fille gardait ses chastes secrets au fond de son âme; elle s'effrayait dans* son innocence, et> n*osant répondre, elle donnait une oreille facile aux paroles de Damias, plus douces que les caresses du zéphyr dans les boucles flottantes de ses cheveux.

Lorsque Memmius traversait le pont de Yesta, et se rendait soit à Tare des Orfèvres, pour agiter des af-bires de négoce ^ ce rendez-vous des marchands, soit an tabularium, pour lire les nouvelles d'Afrique ou de Pannonie, le gladiateur Damias abordait respectueusement ;a jeune Âmœna, et murmurait à voix basse les choses mystérieuses de l'amour.

— Nymphe tibérine, j'atteste les dieux ennemis du parjure; je veux te demander comme épouse à ton père. Tu es belle comme le lys penché sur les fontaines, et ta voix est mélodieuse comme la voix du vent aux branches augustes des pins. Assise, quand

il6 UiXE COHSPlftATiOX

ta t'ÎBcliMS flv tan aîguUe d'er, Ui resMBbte» à ki jonK reÎM d^Ophir, brodant k Totle de scm hymen; quand ts le lèves, tout ee qa'îl j a de norte) en teî s évapore et to trahis ta divinité en mareham. Chaste fille de Menunios, donne la confiance à mes paroles, et je serai ton épons. Ta verras combien ia vie est doDce quand on est deux. Noas irons à Brindes, orgneillense de ses vaisseaux ; nous traverserons la mer ; noDS visiterons Corinthe, qui garde encore ses dieux irrités contre les Romains; Athènes, cette antique mère de Rome; Sparle, qui pleure ses enfants ; Phocée, avecla Thessalie ombreuse; les blasches Cyclades; Délos, toujours flottante comme un navire de parfums; Rhodes Tillastre, épanouie sur la mer comme la flenr royale dont elle porte le nom. Tu verras le Sperchins aimé des poëtes; la fraîche Tempe, toute pleine des amours des nymphes et des dieux ; TÀrcadie, où Pan aima Syrinx. Tu verras aussi la ville voluptueuse que bâtit une syrène devant le Pausi lippe. Non, je ne t'oublierai pas, 6 brune Parthénope 1 vaste corbeille de fruits d'or! jardin des Hespérides qui a le Vésuve pour dragon et le soleil pour amant !

Ces entretiens troublaient la jeune fille, et ses joues empruntaient leur incarnat au fruit qui vient de la Perse, et sourit k nos tables de festiu.

Un soir, avant que l'esclave eût versé- Thuile accoutumée dans la lampe des veilles, la maind'ÂmcBna oublia de refuser la main de Damias, ef, lorsque Mem-

mius remonta de la salle des bains, le gladiateur se jeta aux pieds du père de famille et lui demanda sa fille en mariage. Àmœna baissa les yeux, et son silence éloquent sollicitait aussi le même bonheur.

La fierté romaine reparut soudainement sur le visage de Memmius. — Quelle folie s'est emparée de toi! s'écria-t-il en repoussant le gladiateur; toi Tépoux de ma fille ! Oublies-tu que le plus illustre de mes aïeux a été nommé trois fois consul aux comices? Oablies-tu que mes glorieux ancêtres ont combattu en Germanie contre Arminius, dans les Gaules contre Vercingétorix, en Ibérie contre Gel Ion, et que leurs glorieuses images sont sculptées sur les arcs de triomphe du Forum et du Champ-de-Mars? Je te dis, 6 Damias, que ma bonté a égaré ta raison et que ton or'*gueil révolte mon esprit. Un gladiateur épouser la fille d'un Memmius ! Crois-tu, insensé, que le décret de ton affranchissement a effacé les honteux stigmates de ta chair d'esclave? Retire-toi, malheureux I Salue une dernière fois ces pénates hospitaliers qui rougis^ sent de ton insolence , et que cette rive du Tibre te soit interdite à jamais I

Damias frappa son front avec des mains folles et sortit comme Oreste du palais de Pyrrhus. La foudre, comme dit Ovide, l'avait touché en lui laissant la vie. Semblable au mortel cpupable poursuivi par les Euménides, il erra toute la nuit dans Rome, s' élançan du pied du Quirinal aux jardins de Salluste, et re«

il8 UNS C0:($P1&ATI0N

tombami des îberiDCS de Titus ^ la porte GoUme. L'aurore le smprit rôdant autour de TAmphilbéitre, et attendant Ilieare où le peuple rentre au spectacle qui dure toot le jour. Quand le bellnaire ouvrit la grille, Damias, debout au premier portique, se précipita dans Tarène et disparut comme Romulus daus une tem* péte... L'ouragan fau?e lavait dévoré,

Cette mort fut bientôt Tentretien des vieillards du Forum et des jeunes oisifs des Portiques, La nouvelle arriva aux oreilles de Memmius, qui sortit pour entendre les propos^ publics sous Tare des Orfèvres. Le peuple accusait Memmius, et la noblesse l'approuvait; mais le peuple criait son opinion, et la noblesse l'exprimait tout bas. Memmius regagna sa maison avec un front pensif.

Rentré chez lui, il salua ses pénates et appela sa fille. L'écho de Yimpluvium répondit seul k la voix de Memmius. — Ma fille I où est ma fille? s'écria le père. Les femmes du gynécée accoururent; les esclaves vinrent aussi : personne n'avait vu Âmœna.

Memmius désolé descendit à la treille des bords du Tibre... Il y avait sur une chaise d'ivoire une aiguille, une navette, un lys flétri et un ouvrage de lin.

En ce moment des pêcheurs remontaient le Tibre dans une barque, en poussant des cris lugubres. Memmius regarda le fleuve et vit le cadavre de sa fille sur le banc des rameurs.

AU LOUVRE. St9

Le silence qui régna quelques moments encore après cette lecture ne fut interrompu que par cette exclamation de M. Belliol :

—Quelle leçon!

M. Bonchatain, visiblement ému, se leva, traversa majestueusement le salon, et, prenant les mains d'Arthur, il lui dit :

—Mon fils, vous n'êtes pas de te siècle; vous avez vécu avec les sages, et votre esprit connaît les secrets des choses antiques. Aujourd'hui 'la langue que les hommes parlent est grossière comme le gravier que la pluie roule dans les sillons. Je puis vous nommer à bon droit : Cara dmm sobolest et je vous dirai ce qui fut dit à Aristée» le pasteur^: Vous êtes digne de franchir le seuil de la demeure des dieux.

Arthur s'inclina, et, prenant un autre manuscrit, il lut l'histoire suivante, pouc combler le bonheur de Tantiquaire Bonchatain.

220 UNB CONSPIRATION

LES RUINBS DE PARIS L'an de J.-C. 3846

Le phalanstère atlasien est, sans contredît, la plus charmante création de la Fraternité africaine : ce coin de terre ne renferme que trois mille familles, mais il est proposé comme résidence modèle à tons les peuples de la Nouvelle-France, depuis Alger jusqu'aux sources du Nil. *

L'amour des hautes études archéologiques a poussé deux voyageurs du phalanstère atlasien à visiter cette antique terre de France, où la civilisation a jeté ses premières lueurs, et dont l'histoire physique et morale n'est plus aujourd'hui qu'un chaos sans guide et sans rayon.

Denis Zabulon et Jérémie Artémias sont les flambeaux de la science moderne. Le premier a pour aïeul l'immortel physicien à qui le genre humain doit une paix inaltérable. On sait que ce grand philanthrope

AU LOUVRE. ââi

inventa, vers Tan 3509, cette admirable machine qui détruisit deux flottes de cinq mille bateaux à vapeur et cent trente- trois mille combattants, enlnoins de temps qu'il n'en faut à une horloge pour sonner midi. Le sublime inventeur avait découvert que l'atmosphère maritime est inflammable sur une étendue de cent lieues carrées, et s'embrase spontanément au moyen d'un tison d'amiante et de diamant pulvérisé. Avant cette découverte, les vaisseaux, armés de sim« pies canons à la Paixhans perfectionnés, ne vomissaient qu'un millier de bombes incendiaires à la minute, de sorte qu'un tiers des deux flottes ennemies surnageait toujours après la bataille. L'aïeul Zabulou^ en popularisant son philanthropique secret de destruction, oblige deux flottes à s'incendier mutuelleme)nt jusqu'à la dernière chaloupe et au dernier matelot. Aussi, depuis trois siècles, on ne se bat plus dans l'univers : l'excès du mal a engendré le bien.

L'univers a récompensé cette généreuse découverte en accordant à perpétuité à la famille Zabulon, jusqu'au jugement dernier, une pension de dix mille phalanstères d'or, hypothéqués sur le trésor du genre humain, à la mine de Quito. Denis Zabulon dépense noblement cette fortune héréditaire, et la fait servir aux besoins ou aux plaisirs des frères mappe-mondains.

Les deux amis traversèrent en sUam-table le ruisseau qui sépare l'Afrique des riyes de l'ancienne

C51 cojiPtiArio»

faaee. Us pm amtnéés par Is f«als^ îis m* éérart cpili Biûfi^ qmxqnlb fisRsC ports â

poiaiest fane maxie de lacafavL de quatre pgoti de Utm. fsn pité de <an.T!ier d de râqoa^e a»pfiores de TÎa de Constastiiie. Ils frcBt lears premkn lep» sur le rirage désert oà roa dit qae lorissatt zatnSois une fille Bommée Marseille, oo Xarsyo, oa ManwiKaf.

Ib remoiitéreiit en ftemm-UMe, et, le soir, ils déeiWTrirent, do haut des airs, TÎngt lieues de niiiies aMTOssefues, lesquelles, d'après leurs calculs, dénient appartenir à l'ancienne capitale de la France, nommée Paris, selon les ans, et selon les antres, mienx instruits, Pariai on LuUtia; deax noms pourtant qni ne se ressemblent pas beanconp. Le sayant Polyencte Frézy opine pour Lutetia, mot qm signifiait, dans nne ancienne langue, boue. Un |otre savant, le Frère Dalhia-Dream, opine pour Parigi, ne pouvant se résoudre à admettre que, dans l'antiquité, une ville se soit appelée boue, pour attirer k elle des habitants.

Les aides*familles dressèrent une belle tente sur le plateau d'une vaste ruine, qui devait être un de ces monuments appelés arcs de triomphe chez les anciens. On y déposa les meubles et les provisions de voyage, et la promenade aux ruines fut renvoyée an lendemain.

Le^ deux voyageurs traversèrent une assez vaste forêt où les lianes voilaient les arbres, et les hauts gazons la terre) et ils découvrirent les ruines d'un tetnple grec ou romain qui paraissait appartenir au siècle de Périclès ou d'Auguste.

Denis Zabulon est un des rares savants qui ont encore quelques notions des vieilles langues grecque et latine. Dans les divers cataclysmes que la terre a subis» soit de la part des hommes, soit de la part des éléments, à peine quelques livres ont surnagé pour conserver jusqu'à nous la filiation des langues. Denis Zabulon connaît ces livres, ou, pour mieux dire» les squelettes de ces livres, et cela suffit à sa merveilleuse sagacité de linguiste et de commentateur.

Denis Zabulon, en fouillant les ruines de ce monument grec ou romain, k l'ouest de Paris, a découvert une mosaïque assez bien conservée : c'est un grand tableau représentant une jeune fille vêtue d'une tu-* nique blanche, et entourée de jeunes gens qui lui offrent des bracelets et des anneaux d'or. La jeune fille, sans prêter la moindre attention aux jeunes gens et à leurs dons, regarde dans le lointain trois croix plantées sur le sommet d'une montagne, et 0emble se préparer à une grande résolution. Cette mosaïque, dit Zabulon» donne une idée exacte de Ta^ meublement et des costumes de cette époque, dont elle garde la date 1848. Quelle antiquité 1 Les jeunes gens de Paris portent un costume à peu près romain,

une cuiragse, des brassards, im casqoe et des sandales ; la jeune fille n'est couverte que d^une chlamyde à larges draperies ; elle a les pieds nus, et ses longues tresses de cheveux blonds inondent ses épaules et son sein.

Nous allons voir par quel ingénieux procédé d'archéologue Denis Zabulon a reconstruit ces ruines, et démontré l'antique destination du monument.

En réunissant sur une seule ligne plusieurs tronçons de pierres chargées de lettres Zabulon est parvenu à refaire cette inscription votive :

Page 1