‹ Le chateau des trois toursChapitre 35 sur 43 · Â LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

 LA CAMPAGNE

On avait dansé jusqu'à trois heures du matin chez M. Belliol, et les dix jeunes associésde Félix et d'Arthur étaient déjà passablement avancés dans leurs choix et leursaffaires. Les diverses familles, enchantées de Félix et d'Arthur, n'étaient pas éloignées d'avoir de l'affection pour leijirs amis. Tout marchait assez bien ; on pouvait se passer du Louvre : le temps, la conduite et les bonnes intentions devaient arranger le reste. M. Belliol avait répété à l'infini , en prenant congé des invités : Tous ces messieurs sont charmants , et lés échos redisaient cet éloge sur l'escalier.

Arthur avait appris, entre deux contredanses, que )M. Bonchatain passerait la moitié du dimanche suivant k sa maison de campagne d'Asnières. À la sortie du bal il paya au sommeil un k-compte de deux heures, s'habilla et vint s'installer en observation sur le pont des Arts. Ce jour-lk M. Bonchatain T»e vit pas

it.

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lever TaDrore aox doigts de roses ; il se laissa h&te&c dans les bras de Morphée jusqu'à la dixième heure du jour. Arthur attendit longtemps le bruit aigre de la première fenêtre ouverte sur la façade de la maison païenne. Enfin le visage encore endormi de la nourrice de Psyché annonça , au murmure des Persiennes du balcon, que la jeune fille quittait sa couche d'ivoire, et que les messagers du sommeil, reprenant leurs couronnes de pavots, s'envolaient vers les monts Cimmériens.

Arthur courut à la rue Saint-Lazare , cueillit un déjeuner au café du Chemin de Fer, traversa au vol Tescalier de Tembarcadère , et prit au bureau des billets de diligence, de wagon et découpé, pour Asnières et Saint-Germain. Prêt à toutes les chances, il choisit un poste favorable d'observation, et se replongea dans les ineffables douceurs d'une amoareuse attente.

Le cadran du palais du chemin de fer marquait onze heures et vingt minutes , et la foule parisienne, qui adore les dimanches et les embarcadères , «nofidait les portiques, comme dit un vers tragique assez

plaisant.

L'œil infaillible d'Arthur voyait à la fois , el en détail; ce monde de familles joyeuses que le cheval de fer enflammé allait déposer, par échelons, sur les pelouses d' Asnières , de Colombes, de Nan terre, de Chatou et du Pecq. Au bas.de Tescalier, un fiacre

At LOUtRE. <Ô1

modeste, et dotit le numéro ti'annotiçalt pas le tnil' HonDaire, s'arrêta. Une maiti blanche, Toilée à demi par une mitaine noif e, jouait avec la fratgè de la portière. II y a beaucoup de mains dans Pàri^ : Ânhur reconnut celle-là.

C'était bien la jeune déesse attendue : pour se faire mortelle et n'humilier personne elle avait une robe blanche et bourgeoise, ennoblie par la grâce du cofps, un mantelet de dentelle noire, et un chapeau de paille à jour, selon la mode que madame Hocquet venait d'inventer la veille pour le charme des yeux. La mode qui décréta la majestueuse redingote brune de M. Bon* châtain , et les autres parties de son costume dominical, était plus ancienne ; elle l'emontait au règne mythologique de Barras I«* et hetireusemeut dernier^ alors que les dames allaient au bal déguisées eti Aspasies, cherchant des Périclès disparus.

Le pieux Bonchatain, tenant sa fille par le doigt annulaire , était tout joyeux de monter un escalief monumental, au milieu d'un grand concours de peuple. II ressemblait, se di>ait-il à lui-mê(ne, au vieil éphore Brôntès, le Rhodien, conduisant la doticc Thaïs, unique fruit de son hyménée, au temple dé ' Guide, lorsque la superbe Lacédémone envoyait cinquante filles à l'autel de Yéntts pour disputer le ptit de la beatité.

Malheureusement ponr Bonchatain, il y avait à la dernière marche de cet escalier un bureau de chemin

de fiff. n prit dams sa bourse im éen de ciaq francs k Feffigie d'oiL roi qui n'était pas Philippe de Macédoine, et dit en vil jargon cette phrase si bom^eoise : — Deux billets pour Asnières.

Arthur, éclipsé par dépais groopes* ne fot pas apffcn. D garda son incognito cinq minâtes ; quand la grande porte vitrée de la salle d^attoite s'onvrit, il laissa passer la foole, se oièia dans les rangs comme un roi de ccenr dans on jen de caitcs^ el , à la faveur da chaos, il vit, sans être vn, la diligence où se placaii 3L Bottchatain ; ensuite il laissa éeonler une minute, qui est un quart dhenre en style de chemin de lier, et se fit ouvrir par un garçon de service la même portière. Absorbé comme il feignait de Têtre par la lecture d'un journal , Arthur se laissa reconnaître par le candide M. Bonchatain, et fit un ah! de surprise très-bien noté. Mademoiselle Eugénie, en répondant par un salut imperceptible au salut respectueux d'Arthur, profita de Tarrivée d'un convoi pour encadrer à la portière son visage coloré d'une virginale émotion.

Le coup de sifflet de départ retentit , et la longue rue à roulettes s'élança sur les ornières de fer.

— Je remercie sincèrement le hasard , dit Arthur, qui me donne le plaisir de vous voir deux fois en vingtquatre heures. On ne voit de ces rencontres qu'en chemin de fer. 11 y a toute une ville en voyage le dimanche matin.

AU L0uva£. 493

— Vous allez cueillir le jour sous les ombrages d'Asnières? demanda Bonchatain; carpere diem, comme dit Horace.

— Non, monsieur, dit Arthur avec légèreté ; je suis obligé de m'arrêter un instant à la station d'Asnières pour remplir une commission d'ami ; mais je vais à Saint-Germain pour soumettre k Alexandre Dumas ma nouvelle an Gladiateur et lui demander quelques conseils.

— C'est bien, jeune homme; vous allez h un maître qui a la connaissance des choses de lantiquité.

— Mademoiselle Eugénie est-elle remise de la fatigue du bal?

— Oui, monsieur, répondit la jeune fille avec une voix d'ombre.

— Les salons de M. Belliol sont très-beaux, dit Arthur, mais on y étouffe. L'été n'est pas la saison des bals de ville , surtout lorsqu'on danse k la rue Saint-Denis , rue échauffée par soixante mille poumons de travailleurs, qui font concurrence au soleil. Mon ami Félix a été aussi très-fatfgué par ses deux lectures. Ce sont les amusements de l'hiver; mais l'été demande la fraîche liberté des heures du soir.

— La sagessse est sur vos lèvres, dit Bonchatain; lorsque Tété torride oblige les pasteurs à défendre leurs troupeaux contre le solstice, comme dit Virgile, il faut au sage, non les poutres de cèdre et d'or, ni la riche laine tis^-^e àTyr, ni les sièges revêtus de pour-

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pre, mais les vallées httmides, le dotix Sommeil sons Tarbre, les plaintes de Philomèle aux cimes dn peu* plier, les danses légères qui ramènent le choBaf sac^é, quand la chaste Diane envoie ses sourires à Ëndymioo. Oh! jeune homme, s'il est dans vos rœut de visiter mes pénates d'argile, nos lares rustiques seront joyeux de vous voir. J'ai daps mes étables le lait pur des génisses qui paissaient an bord de ce fleuve, loin des loups ravisseurs; j'ai des fruits doux, cueillis dans mes vergers ; ils sont dignes d'être offerts à Pomone, car nulle main profane n'a flétri leur duvet virginal...

Mademoiselle Bonchatain , tout à fait remise de sa première émotion, laissa échapper un éclat de rire d or qui arrêta la phrase du païen.

— Voilà une jolie invitation, mon père! dit- elle en l'embrassant; des fruits et du lait à des jeunes gens! Heureuseinent, les repas que vous donnez à vos convives valent mieux que ceux que vous promettez.

— Ainsi doit parler le sage, ma chère fille, dit Bonchatain ; la bouche qui promet doit être avare et la main qui donne doit être prodigue. C'était la maxime des Pisons, lorsqu'ils conviaient les po6tes deTiburà rhospitalité d'or de leur villa suburbaine, où les esclaves offraient le dos succulent des victimes et les aifaphores scellées sous le cinquième consulat de Marins.

— Au reste, monsieur Bonchatain, dit Arthur, rhonncor d'être reçu par vous sera pour moi la plus

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ridie et la plus précieuse hospitalité. .. Il nous reste \ choisir le jour de la lecture de mon Glndiuieufy qui , vous est dédié. . .

— Mon ostiaire, comme celui du temple de Janus en temps de paix, fermera la porte de mes dieun, le jour de Jupiter prochain. Vous hâterez donc vos pas, vous et vos amis ; et, quand la lune se lèvera sur le Soràcte, nous ferons notre première libation à la triple Hécate qui donne les songes de la corne d'ivoire, et k TÉrèbe qui porte un manteau étoile.

Athur s'inclina, et mademoiselle Eugénie ouvrit son éventail espagnol devant ses lèvres de cerise pour ensevelir un sourire mystérieux.

— Voilà le plus grand inconvénient des chemins de fer, dit Arthur pour attirer l'attention de l'autre c6té de l'éventail ; lorsqu'on se livre à un entretien plein de charmes, on est forcé de l'interrompre : on part et on arrive en même temps. Je regrette aujourd'hui la diligence paresseuse; avec elle on partait et on n'ar* rivait pas.

— Mon fils, dit Bonchatain, heureux Tâge antique 06 le laboureur naïf prenait la rame d'une barque pour le van de la blonde Cérès f Depuis ce temps, l'homme n'a cessé de donner son esprit aux entreprises folles. Hélas! l'homme marche à son destin, oublieux de la Parqué, de la vertu, de l'antique foi, prisca fides. Voyez comme ces voitures sont tristes, ^ ecHnme nous sommes insensés de nous laisser

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ocmdeîre ptr riDdomptable et rinoonna! Comparez b morne tristesse de ces convois, si bien nommés, aox joyeax concours des litières innocentes qni allaient de Borne à Brîndes ou aoi blancs rocbers d'Anxnr, lorsque Sylla revenait d*Orchomènes, ou lorsque la trirème de l'Adriatique apportait à Rome les cendres de G^manicos Les choses étant ainsi, an père de famille, conseillé par Minerve, ne doit pas livrer sa fille aux périls d'un monde ivre de folies. Mpn enfant Psydié, délices de mes yeux, vieillira, j'en atteste les immortels, à l'ombre du laurier domestique; et jamais l'étranger ne la conduira, au son de la tibicine, chez le Samnite qui se joue de THymen, ou dans les gynécées de la Perse ou du Pont...

— Vraiment ! interrompit avec étourderie Arthur, vous ne consentirez jamais k marier mademoiselle Eugénie, monsieur Bonchatain !

— Jamais, 6 jeune homme, jamais I quand même les princes d'Ophir et de Thulé viendraient, avec des présents d'encens et d'or, solliciter le vieillard. Moi, livrer ma Psyché au joug d'un maître contempteur de la verta 1 jamais ! L'épithalame de Manlius et Jumû doit être l'éternelle leçon des pères. Que feraU de plus un ennemi, dit le po^te, dans une ville prise d'assaut?

Une de ces voix, comme des employés quelconques en [OFsèdert ^euls, cria ce mot : A^nièresl et le convoi s'arrêta. On apercevait un joli . illago, pins

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élégant ipie le nom ; k droite, le hangard de la station, suspendO'Sur Fancienne roate; de petites maisons neuves et blanches; des jardins pleins d'ombre et de fleurs, et de profonds massifs d'arbres, hérissés de flèches de peupliers, sur les bords de la Seine.

— Mon fils, dit Bonchatain, une main à la por» tière ouverte, l'autre tendue vers la campagne, quand TOUS ferez votre visite au vieillard, voici votre chemin. Il n'y a pas ici de colonne milliaire, guidant le voyageur, comme sur les yoies Appienne et Flaminienne. Cette forêt sacrée qui borde le fleuve est. mienne; elle Toile ma paisible villa. Les divinités qui président AUX jardins vous conduiront devant mon dieu Therme ; et Pan, Tinventeur de la flûte aux sept tuyaux, ne TOUS égarera pas, car vous êtes pieux.

— Mais descendez donc, monsieur ! cria la même voix d'employé.

La figure sérieuse de mademoiselle Eugénie réservait un sourire pour le moment de Tadieu : c'était un rayon d'espoir, qu'Arthur recueillit comme un trésor.

— Vous ne descendez pas à Asnières, vous, monsieur? dit l'employé à Arthur.

— Non, dit Arthur d'une voix enrouée.

— Et où allez-vous ?

— Où ¥ous voudrez ; voilà six billets.

La portière se referma brusquement, et le convoi prit un galop modéré.

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A. la Btathm de Nanterre, notre jeune avocat mit pied à terre, et, quand il se vit seul, il descendit k droite, du côté des petits sentiers qui rayonnent sur la campagne. Son plan n'était pas bien arrêté ; il ne savait pas ce qu*il allait faire; il marchait à travers des jardins, non pas toutefois au hasard, mais Tœil fixé sur une étoile polaire, déguisée en peuplier, qu'il avait rematqaée à Thorizon des arbres de la villa païenne.

Un jeune paysan de son âge, proprement endi* manche, suivait le même petit chemin.

— Mon petit ami, lui dit-il, tu as un chapeau blanc h lai^ ailes, une blouse de coutil, un pantalon nankin et une cravate bleue, que je t'achèterai bien cinq louis d'or» en te donnant mes habits 'par- dessus le marché. Cette affaire te convient-elle, mon ami?

Le villageois recula de peur d abord ; mais, rassuré par le geste bienveillant, la physionomie ouverte d'Arthur, et les cinq pièces d'or alignées sur un gant Jaune, il se mit naïvement à sourire et accepta le marché, tout en gardant sa méfiance agreste jusqu'à la fin.

Une alcêve d'arbres touffus protégea ce changement de décor.

Àrihar prit une tournure et une démarche de vaudeville campagnard, et arriva biéntêt à la liinite gardée par un dieu Therme. C'était un signe de reconnaissance infaillible. Monsieur Bonchatain seul , pouvait indiquer ainsi la frontièfe de ses jardinii*

L'ftVBnlureax jeune homme marchait avec précaution sur les terr^ du pafen, et Tépaisseur du leuillage le favorisait II visita d'abord un petit temple ,dédié h Jupiter toiiiiant. Un pin énorme le couvrait de ses branches : Pinm sacra JavL Sur le piédestal du dieu on lisait cette inscription de bon augure : Al tempio êonante f)emre ancor sospira. Cette pensée, exprimée dans un italien doux k Toreille comme le murmure du satin d*iine robe, infusa le courage d'Arthur. Il visita les rotondes de Cérès, de Flore, de Vesta, d'Hygie, et un dernier rideau de verdure le séparait des murailles de la villa. Le silence religieux du parc et de la maison n'était troublé que par le murmure caressant de la Seine sur les berges de gazon et d'iris.

— Probablement, et selon son usage antique, M. Bonchatain s'est endormi en arrivant, se disait Arthur.

Il y a auprès de la maison une grotte de coquillages dédiée aux Grâces décentes, et toute tapissée d'hibiscus et Syucca gloriosa. Ce poste d'observation |>arut favorable, et Arthur, se voilant la tête et le torse de feuillages souples, comme le dieu Scamandre, attendit, sur un banc de graminées, ce que lai enverrait le hasard.

La terrasse, exposée au midi, était si lumineuse sur ses dalles de marbre, que le moindre insecte y laiisait une ombre distincte en volant. Du fond de sa

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grotte, Arthur tenait ses regards fixés sur ce point éclatant, comme sar un miroir qui devait refléter les objets invisibles. Après I entrelien que nous avons eu sur le chemin de fer, se disait mentalement Arthur, après les dernières et désolantes paroles de son père, Eugénie doit éprouver cette inquiétude et cet ennui qui excitent une jeune fille à chercher la solitude et le recueillement. Si, k cette heure, mademoiselle. Bonchatain s'occupe de soins vulgaires et domestiques avec l'insouciance d'une vieille femme ou d*nn eniarit, tout mon avenir est détruit.

Pensant cela, il entendit le bruit clair que bit une porte battante vivement rejetée sur un mur de hçade. Une ombre lente se dessina sur le marbre de la terrasse, et comme le soleil était encore fort élevé sur rhoHzon, le corps ne tarda pas de paraître après son ombre. Arthur frissonna sous son masque de feuillages, et pria le zéphir d'arriver pour mettre sur son compte l'agitation de ses vêtements verts.

Mademoiselle Eugénie marchait tête basse, le bras gauche arrondi sur le sein et soutenant le droit, qui soutenait le menton. Elle lutinait, du bout du pied, les hautes herbes qui poussaient à travers les dalles fendues, et fredonuait à son insu VUsato ordtr, «/ mie valor dave ! Parfois, elle s'arrêtait avec la nonchalance d'une odalisque, et donnait des regards pleins de tristesse k la nature joyeuse, dont la gaieté ressemblait k de l'ironie ; ses lèvres, imperceptible-

ment remuées, rendaient alors quelques phrases sourdes que Toreille la plus subtile n'aurait pu recueillir.

Elle doubla Tangle de la maison, et marcha, les yeux fixes et d'un pas de somnambule, vers la grotte des Grâces. Elle s'arrêta une seconde fois, à cinq pas d'Arthur, et écouta, dans une rêverie mélancolique, le bruit de la source invisible qui suintait à travers le velours des gazons. Puis elle regarda la voûte sombre des arbres » et, dénouant son large -chapeau de paille aux ailes flottantes, elle le suspendit, par le rQban, aux branches d'un chêne nain, et s'enfonça dans les allées ténébreuses où se cachent les temples des dieux.

Arthur avait naturellement interprété en sa faveur tout ce qu'il venait de voir, et plusieurs fois, emporté par la vivacité de son âge, il aurait voulu se jeter aux pieds d'Eugénie, et se faire écraser par un regard de colère ou revivre par un sourire de pardon ; mais le cœur lui défaillit, et son pied refusa toujours de suivre son idée.

Quand il présuma que la jeune fille était à une distance raisonnable, il secoua son enveloppe de feuillage, sortit de la grotte, et à travers la transparence des rideaux d'arbres il apei çut une robe blaoche dans les massifs les plus éloignés. Alors, content de ce qu'il avait vu, il prit son crayon, et écrivit sur 1^ ver^ du chapeau de paille, au c6ié qui

âOi UNE CONSFllATION

se penche tm les y^iix, celle eîUitioR de drcw* stance,

Quid facient hottes capta cmdeliui urhe?

Gela bit » noire jeme ayocat sortit du pare, et, franchissant au toI quelques haies de jardins , il se rendit h la station d'Asnières ponr attendre le convoi de Saint-Germain à Paris. '•

Les lettres écrites au crayon snr le chapean avaient un relief de belle dimension ; aussi mademoiselle Eugénie, à son retour devant la grotte, les aperçut an premier coup d'oeil et recula effrayée, comme Earydiee devant le serpent. Pais une idée subite la rassura ; elle pensa que son père, qui avait la manie des citations latines et qui en écrivait partout, même sur la paille k défaut de papyrus, était l'auteur de ce manuscrit au crayon. Bors de cette supposition, i! n'y avait rien d'admissible. Cependant il fallait s'éclaircir sur sur-le-champ.

M. Bottchatain fut réveillé en sursaut par une jolie main et un baiser.

— Ecoutez , mon père , dit Eugénie avec celte mignardise charmisinte qui apaise Thomme troublé dans son sommeil^ où avez-vous écrit ce vers que Je vais dire et que je sais par cœur : Quidy ete, ?

— 3e ne l'ai jamais écrit de tna vie, ma ille ; mais je Tal cité ce matin.

-— Sup un chapeau de paille, n'est-ce pas t

— Non, sur le chemin fer.

— Mon père, dit Eugénie en souriant, je crois que vous dormez encore... Ecoutez-moi bien. Avez- vous

* écrit ce vers au crayon ce matin ?

— Non, ma fille ; je lai traduit en français ce matin et M. Arthur Greminy, dans notre litière de la via ferrea.

— Et que signifie ce vers, mon père?

— Il signifie que le père qui livre sa fille à Tétranger est plus cruel qu'un soldat vainqueur dans une ville prise d'assaut. Ainsi, sois bien tranquille, ma ebère enfant, tu ne me quitteras jamais.

— Yous n'avez donc rien écrit le, sur ce chapeau? dit Eugénie avec une émotion extraordinaire.

— Je le jure trois et quatxe fois; rien, fien, ma fiUe,

— Alors c'est lui ! c'est Arthur.,, se dit mentalement Eugénie ; et elle se retira dans le coin le plus reculé de sa maison pour réfléchir.

iftii m zpfs^iLànïf^3

ÏA '^stoE iicn^d. Se? «Jf^mr» €m s'anèlai à te ^ixjm i Jks^jçg^&âT^Je^i tçwt lesbïllecs an buieaui ài c&^fliÎK étkr.lL Boc^rfatim. «MiseOle par sa fille, ftaraii pft§ tocIï icslcr an-dcssoes de M. Bellioi, et, aTàAl l* coodicr ds soleîl. ks înTités. aa grand Gompi'H, ditolaîoit dr-jà daas rûRpliiritciii et le bois sacré de h Tilla paienae. U était aisé de toit que bien des amours étaient en Toîe de progrès, et qae nos douze conspirateurs n'avaient perdu ni leurs contredanses , ni leurs promenades , ni leurs temps.

— Mes amis, disait Arthur, je vous recommande surtout d étudier les pères de celles que vous aimez ; bites la cour aux pères, etYousépouserez les filles ; résignez^ vous à de longs entretiens avec les auteurs bourgeois de tontes ces œuvres divines ; mettez-vous au coarant de lears goûts, de leurs fantaisies, de leurs petites passions , et exploitez honnêtement ces carac-

AU I.OUVUE. Wb

tores, quaBd Ua ygus geroni iàtsi e6imug; BOtfe but est honorable et légitime , cela suffit. Qu'importent les 0M)yens? Nous voulons inventer un troisième état de jeunes gens, et faire, pour l'exempte, un faisceau de vingt-quatre heureux.

En arrivant à la villa de Tantiquaire, Arthur avait provoqué un entretien fort court, mais significatif, avec mademoiselle Eugénie Bonchatain. Les \Am jeunes femmes sont merveilleuses dans ces occasions qui font trembler un homme.

— Mon père, dit Eugénie en rendant à Arthur le salut d'arrivée, mon père a remercié le hasard qui BOUS a fait rencontrer; dimanche, au chemin de fer.

— Oui, mademoiselle, dit Arthur en demandant à ses pieds un peu d'assurance pour sa tête, le hasard amène de singulières rencontres. Aussi l'a-t-on nommé le hasard.

— Il a fait bien d'autres miracles , le hasard, ce jour-là, dit avec un sourire espiègle la jeune fille ; il a traduit, à la même heure et en latin, une phrase de mon père.

— Vraiment ! dit Arthur, en écrivant fo vers du bout de sa canne sur le sable de Vallée. Le hasard a encore fait cela, il est capable dé tout... et cela, sans doute, vous a donné de l'inquiétude, mademoisefle?

— De l'inquiétude, non, mais de Tétonnement. Et, faisant une menace amicale avec sa petite main, elle

ajouta :

-— Une autre fois nous ferons bonne garde, monsieur.

Et la jeune demoiselle courut rejoindre ses amies sur la terrasse de la villa.

Arthur prit Félix par le bras, et, Tentralnant soas les arbres du parc :

— £b bien! lui dit-il, toat marche à merveille. Mon équipée hardie de dimanche a réussi. Eugénie ne s'est pas formalisée. C'est que nos affaires étaient furieusement compromises si elle eût déchiré mon manuscrit du chapeau de paille. Maintenant notre terrain est bon et sûr. En avant!... A propos, Félix, voici le cri de l'esclave derrière le char de triomphe ; écoute : j'ai trouvé ce matin une lettre de mon père...

— Et moi aussi, Arthur.

— Il a reçu la pendule de 85 francs ; mais il est étonné de ne m'avoir pas reçu , moi , par la même occasion. Je lui ai répondu que je ne voyageais pas en roulage, comme les pendules. Il m'appelle à grands cris ; M. Estève l'avoué m'attend ; mon fauteuil de cuir est déjà placé devant mon bureau...

— Pauvre fauteuil, dit Félix.

Un bruit de crécelle , car il n'y avait pas de cloche chez H. Bonchatain, se fit entendre dans la conr sonore de l'impluviam, et tous les invités coururent à cet appel. L'antiquaire, revêtu du laticlave, et le front couvert du pileus, ouvrit les deux battants de

son salon ^ invita du geste k s*asseoir, et dit :

— Soyez les bien-venus dans mes domaines. Je voudrais, en commençant cette fête, vous donner les choeurs du Carmen seculare ou le Pervigilium Fenerisy mais les barbares ont tout détruit...

Puis, s'adressant à Arthur, il dit :

— Jeune homme, déroulez votre papyrus.

Et Arthur lut ce qui suit :

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