‹ Le chateau des trois toursChapitre 43 sur 43 · AU ^UU\R · texte numérisé non relu

AU ^UU\R

à pleines chaudières sur le terrain même où les savants de 1806 avaient ri si spirituellement.

Sur la rive droite de la Seine, vis-à-vis du grand port de Grenelle, Paris est d'une splendeur monumentale incomparable; les hauteurs de Cbaillot, de Passy, d'Aùteuil, sont, pour ainsi dire, revêtues de palais et de jardins ; c-est le quartier de Topulence commerciale. Là sont ouverts raille comptoirs qui entretiennent correspondance avec le monde. Le quai de TAbondance, autrefois des Bons-Hommes , est occupé, dans toute sa longueur, p:\r un grenier immense, où s'amoncellent les riz de Madagascar , les blés d'Afrique et de TOré/^on. Aussi le pain est-il à lin pr'x si bas qu'on peut dire que le peuple le reçoit presque gratuitement: il n'y a pas de civilisation complète sans cela. Le bois de Boulogne est le parc, le jardin public, la promenade de ce quartier du port.

Le peuple y trouve sans payer tous les amusement» possibles, les théâtres, les cirques, les hippodromes les naumachies, les concerts, les bals, les feux d'artifice, les ascensions d'aérostats, les courses au clocher, les ménageries, les bibliothèques, les régates, les joutes sjir l'eau, les jongleurs de l'Inde, les bayadères, les mâts de cocagne, les magnétiseurs, les cabinets de physique amusante, les montagnes russes, les cafés lyriques, les musées de cire, les géants d'Alsace, le» nains de Lapvuie, tous les phénomènes

â18 UNE COlffiPiRATION

zûologiqaeg de runivers ; et c'est la Banque iiiii?erselle du Crédit maritime qui fait les frais de t^t d'exhibitions, si chères au peuple , sortoat qaand le peuple ne les paye pas.

La région dite V Étoile couronne dignement toutes les magnificences du quartier du port. Rien de grand et de splendide comme la rue triomphale de Neuilly ; elle commence à l'antique monument élevé par Napoléon h^ à la gloire de la grande armée française et finit au quai de la rivière , devant Neuilly. L'arc de l'Étoile trouve son glorieux pendant à l'extrémité de cette rue : ces deux gigantesques orateurs de granit annoncent au voyageur que la civilisation, corn* mencée par la guerre, a été accomplie par la paix ; ainsi nos dernières conquêtes pacifiques ont leur monument triomphal ; l'arc de l'Étoile a un frère : c'est Varc du Soleil, au bout de Tantique avenue, aujourd'hui rue de Neuilly.

L'arc du Soleil est divisé en cinq parties, comme noire globe ; il y a cinq faces, ou cinq tables de marbre, sur lesquelles sont gravés les noms des héros de la paix, avec les titres de leurs victoires. Aucune basse jalousie de natipn n'a exclu un nom étranger. Il n'y a plus de frontières ; notre petit globe est une ville, et la patrie de tous les habitants. Les découvertes astronomiques de Steinbach, en mettant à la portée de nos yeux les eSrayantes révélations de l'infini, nous ^nt fait prendre en telle pitié notre exiguïté d'atome

plunétaire, que nous n'oeons plus nous diviser en nations, et nous séparer par des fleuves qui sont des ruisseaux, des montagnes qui sont des cailloux, des océans qui sont des lacs. Nos voyages dans Tinfini, sur la monstrueuse lentille du dernier télescope, ont 6té à la terre son vieil orgueil.

On peut citer les principaux noms inscrits sur les cinq faces de Tare du SoleiU ^ côté des titres de gloire. Les uns donneront une idée des autres :

Xavier de Nantes a défriché VOrégon , ce grenier de la France. /

Sebor de Cantorbéry a fait les premières coupes dans les forêts de la presquîle de Segalin et en a construit les plus agiles vaisseatuv,

Steinter de Cologne a fertilisé les plus grandes UeSf dans les Maldives et les Laquedives.

Paulus d Anvers a rendu à V Egypte y par une inn teïligente canalisation, son antique fécondité.

Chartier de Toulon a découvert les mines i^or de

Bornéo et des montagnes qui bordent la mer Ver'meille,

Gaetano, jardinier de Gènes, a fertilisé V immense jachère australienne qui s'étende au nord, depuis la terre de Wittjusquà la terre d'Amheim.

Constantin d*Auteuil a naturalisé le$ fruits et Us légumes du nord de l'Europe dans l'intérieur sauvage de h iSuinée.

Aéanaon.dt Dublin, afaU disparaître par tagent électrique, tous les écueils à fleur d'eau qtti rendaient la navigation si dangereuse sur la mer dite de Corail.

Les cinq catalogaes de l'arc du Soleil sont déjà presque tous remplis de ces titres de noblesse ; mais la rue triomphale de rËtoile va se prolonger jusqu à la hautenr du mont Valérieu, et un troisième arc de triomphe sera élevé à la gloire des futurs bienfaiteurs de rhumanité.

Michel et sa femme admirèrent surtout Tare du Soleil et en prirent une copie exacte, avec leur chambre obscure portative.

En passant devant le théâtre du Jour, sur les hauteurs de Passy, madame Michel témoigna le désir de louer une loge pour voir ce magnifique spectacle qui a le soleil pour lustre. En ce moment, on dansait un ballet des Océanides, dansé par mille jeunes filles de tous les pays et de toutes les nuances de cheveux et de carnation. Michel dit à safeiQme avec beaucoup de douceur :

t — Mon ange, tes volontés sont les miennes ; mais ce spectacle dure cinq heures , et j'ai deux devoirs impérieux à remplir. Nous devons d'abord nous rendre à Valparaiso, pour arranger le mariage de ce pauvi*e Delphin, qui n'obtient aucune réponse. C'est donc un service d'urgence. Je ne dois pas ouUier

ensuite ma préfecture du cap d'Ambre. Depuis hier au soir je ne m'appartiens plus ; j'appartiens aux colonS'des Sakalaves et aux commerçants de Nossi-Bé. Cinq heures données à un plaisir frivole seraient lourdes à mon cœur comme un remords. >

Madame Michel s'inclina et dit :

-«- f Tu as toujours raison. >

Les deux époux prirent congé de Gervais k Tembarcadère américain^ devant Bougival. Là stationnent les paquebots à hélice électrique, qui descendent au Havre et volent à Panama. Ce sont des villes flottantes ;4eur masse ne nuit pas à leur agilité, grâces à l'irrésistible puissance de Tagent locomoteur. On regarde aujourd'hui ces promenades en autre' monde comme des promenades; il y a des trains de plaisir du Havre à Panama.

Michel réussit au delà de toute espérance dans son expédition. Le télégraphe électrique avait été brisé de Valparaiso àYucatan; ainsi laréponse, bonne ou mauvaise, ne pouvait parvenir à Delphin. En arrivait à la première station messagère du Chili , Michel envoya cette dépêche au Gis de Gervais :

— € Parte», on vous attend. »

Ce grand devoir rempli, Michel remonta en paquebot pour se rendre à Saint-Louis , et prendre l'embranchement du chemin de fer africain, ligne de Lupata. Ce fut une seconde promenade. Après avoir donné quelques heures aux devoirs sacrés de la fa-

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mille, dans la ville du Cap , il prit le chemin de fer da ZaDgnébar, et ^ arrivé au rivage mozambique , il s'embarqua pour le cap d'ambre , où il était attendu avec tous les honneurs dus à son rang, car la dépêche du ministre avait annoncé sa nomination.

Michel est le modèle des préfets et des maris ; il mérite une Camille nombreuse; Dieu la loi donnera.

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