Le Château Gaillard et l'architecture militaire au XIIIe siècle
La convention d'Issoudun, conclue le 5 décembre 1 îcp et confirmée en janvier 1196 (2), attril uait à Philippe Auguste, sur la rive droite de la Seine, la place de Gisors et, sur la rive gauche, celles de Gaillon, de Vernon et de Pacy-sur-Eure. Richard Cœur de Lion reconnut bientôt la faute qu'il avait commise en laissant aux mains de son adversaire les portes de Rouen. Mais le roi d'Angleterre n'était pas seulement un capitaine d'une bravoure emportée, c'était un homme de guerre de premier ordre et un ingénieur militaire accom pli. Dès son retour de Terre-Sainte, il avait construit à Orival le château de la roche Fouet et réparé le château de Moulineaux. Dans la
'*' Les faits relatifs à la construction et au siège du château Gaillard sont empruntés à Guillaume le Breton , à IUgord ( Philippide et Vies de Philippe, édit. F. Delaborde) et aux Grands Rôles normands, t. Il, publics par Tho. Stapleton (Londres, 18/H). Viollctle-Duc a laissé une étude technique de la forteresse de Richard Cœur de Lion. On consultera utilement son Dictionnaire d'architecture aux articles : Architecture militaire , Château, Donjon et Mâchicoulis. Antérieure ment à ce travail, M. A. Devillc avait publié
une histoire du château Gaillard (Rouen, 1849).
La place a été démantelée par ordre de Henri IV; Richelieu lit découronner le donjon, aujourd'hui la première enceinte es! à peu près ruinée. La seconde enceinte , les Fossés et le donjon sont en bon état relatil De l'ouvrage triangulaire dont il sera parlé plus loin, il reste la tour du saillant el un pan de muraille (fig.i.3,6).
l'> Cat. 163, 164; Guillaume le Breton, p. 307, 208, el Rigord, p, i33 i34
M. DIKl LAFOï
situation critique où le mettaienl ses accords avec Philippe Auguste, et afin d'en atténuer les conséquences, il se fit céder par l'abbaye de Jumièges le pontet la citadelle de Pont-de l'Arche11', et chercha entre Gisors et Vernon l'assiette d'une nouvelle forteresse qui interceptât le cours de la Seine et couvrît la capitale de la Normandie. En dépit de ses .engagements, violant même une stipulation formelle du traité1"2', il choisit la roche Gaillard pour y planter une citadelle qui devint l'âme d'un ensemble d'ouvrages dont on retrouve les ruines éparses soit au Petit Andcly, soit dans un ilol situé au milieu du fleuve (fig. 1, 2, 3, 6, 12). Les travaux, commencés en 1197, furent poussés avec une activité fébrile et terminés en douze mois.
« Comme elle est belle ma fillette d'un an! «s'écria Richard, quand il eut achevé son œuvre.
Aucun artifice de toilette n'avait arraché au monarque cette exclamation d'orgueil; hormis sa robe sarrasine aux rayures blanches et brunes, sauf une couronne de nierions, l'enfant ne portail ni ornements ni parure. Mais elle était vigoureuse, bien constituée el commandait hardiment le cours de la Seine du haut des rochers escarpés où elle était assise, entre les forêts qui verdoyaient à ses pieds el les nuages qui parfois lui voilaient le front. N'était-ce pas la beauté poui la fille d'un prince batailleur?
Le seul point faible de la position était la langue de terre qui, vers l< sud, réunit la roche Gaillard aux coteaux voisins [fig. 2) ' . Richard le
>'' Consulter sur ces divers points la Notice gleterre el 1rs délégués du monasti
historique sur Orival, duo à M. Saint-Denis (El- 18 janvier i 196, nous a ét< serve.
oeuf, 1893). L'auteur a trouvé la preuve dans A lous les points de vue, la roche Fou
Les Râles normands que le château de la roche sente avec la roche Gaillard des analogies pn
Fouet était en construction en iiij'i el qu'à fonde.-,. Quanl au château qui la surmontait,
la même date on réparait le château de Mou- quoique hien ruiné aujourd'hui , il semble avoir
lineaux. Quant au ponl el au château de l'uni été construit d'après les mêmes principes et
de l'Arche, il fui cédé à Richard par les sur le même plan que le château Gaillard. Bénédictins de Jumièges, qui reçurent en ;' L'article est ainsi conçu : bideliacum
compensation le territoire de C-.nteville. L'acte non poterit infortiari. » D.Brial, W III d'échange, signé à la Londe par le roi d'An- Les plans tracés ou proGls reproduits
comprit. Il lit creuser à travers l'isthme un fossé profond de huit mètres, large de dix, et, afin de mieux isoler la plate-forme du château, masqua ce fossé par un ouvrage triangulaire flanqué de cinq tours : une très puissante à chacun des saillants et deux autres de moindre importance destinées à renforcer les flancs et à battre le pied de la tour orientée vers le coteau. Aucune porte directe ne desservait cet ouvrage , appelé à recevoir le premier choc de l'ennemi et, ainsi qu'un bouclier, à masquer la cuirasse. On y pénétrait par un pont mobile manœuvré de l'intérieur du château et que l'on pouvait lever à la première alerte.
Fig. 2. — Plan du château Gaillard , d'après Viollet-le-Duc.
Échelle uniforme des plans : om,oot pour ■> mètres.
Le corps de place proprement dit occupait le sommet de la roche Gaillard. De forme hexagonale, il épousait à peu près les reliefs du terrain et, comme l'ouvrage triangulaire, comportait aux change-
lig. u,8, 9, 10, 11, 12, 21, 22, 23, 2/1, sont tion ou la diversité des formes élémentaires. • les types simplifiés, eu égard à leur échelle, et Pour les détails, on consultera les ouvrages dont l'utilité et le but sont de montrer la filia- spéciaux, et toujours cités, d'où ils proviennent.
LE CHATEAU GAILLVRI).
ments de direction des tours circulaires massives, en forte saillie sur les courtines. Il ne présentait qu'une porte; elle regardait le Nord et débouchait sur des escarpements d'un accès très difficile. En arrière de cette première muraille, Richard construisit une seconde enceinte, qu'il voulut rendre inexpugnable. Elle est précédée d'un fossé taillé dans le roc, aux parois presque verticales, et constituée par un chapelet de tours de trois mètres de corde environ, que réunissent des éléments de courtine ayant cà peu près un mètre de longueur (fig. 3). Son tracé, de forme elliptique, et ses profils très étudiés dénotent une science profonde. On n'y découvrirait ni un angle mort ni un secteur privé de projectiles^. Jusqu'au pied de l'escarpe, les approches et le fossé sont battus, et, dans le cas où la place eût été confiée cà un chef expérimenté, il eût été impossible à un sapeur de s'attacher à un point quelconque des tours ou des courtines'2'. Le seul tort du monarque avait été de ménager devant la porte un pont fixe, taillé dans le roc vif au moment où l'on avait creusé le fossé, et de ne
l'> Dans la fortification moderne , on nomme gulaire limitée par des lignes BL et BM res-
frace'les dispositions en plan d'un ouvrage, et pectivement perpendiculaires aux côtés BC et
profil les dispositions dans les coupes verticales. AB de l'angle saillant de la forteresse, dans
Or, dans charpie profil (fig. /i), il est une laquelle les défenseurs n'envoient pas de pro-
partie BG du terrain des approches limitée jectiles directs. Cette zone angulaire est dé-
par l'intersection du sol: i° avec la verti- signée de nos jours sous le nom de secteur f
irtvr
cale AC abaissée du point d'où on laisse choir de feu. J'ai adopté celui de secteur privé de proies projectiles amenés dans les créneaux et jecliles.
abandonnés à la pesanteur; 2° avec, la direc- |2' Richard avait évité les secteurs privés tion la plus plongeante AB que les défenseurs de projectiles en adoptant un tracé elliptique peuvent donner aux projectiles, où les assail- dont les avantages seront indiqués ci-dessous lants ne sauraient être frappés par des coups (p. 338, n. 1, p. 34g, n. 1, et p. 35o), et, directs. C'est l'angle formé par les deux direc- pour détruire les angles morts, il avait eu relions AC , AB ci-dessus définies que l'on désigne cours à une combinaison de talus dénotant une sous le nom d'angle mort. D'autre part, un des connaissance bien surprenante de la coupe principes sur lesquels repose l'étude d'un tracé des pierres et de la géométrie. Grâce aux disest que tout soldat abrité derrière un parapet positions adoptées, les défenseurs pouvaient tire dans la direction perpendiculaire au front faire ricocher dans une direction quelconque qu'il défend. 11 en résulte qu'à chaque angle les projectiles lourds qu'ils laissaient tomber saillant B du tracé (fig. 5) répond en plan, du haut de l'ouvrage. ( Viollet-le-Duc , art. sur le terrain des approches, une zone an- Château, p. 0,1,02, fig. 12 et i3.)
pas ouvrir (les embrasures au niveau du rez-de-chaussée pour enfiler ce pont.
Complétant cet ensemble formidable, un donjon s'élevait à l'intérieur de la seconde enceinte (fig. 6). Il en défendait la porte et, en cas de surprise ou de désastre, eût offert une retraite sure à une gar-
Fijr. 'i. — Angle morl.
nison bien commandée. (Jetait une construction circulaire, mais armée d'un éperon, pleine à la base et couronnée de galeries de pierre en encorbellement qui remplaçaient les bourds de charpente installés jusque-là devant les crénelles1. Cette galerie était soutenue par des
1 (le point est très essentiel, car ce n'esl pas faute de bois que Richard recourut à la pierre et qu'il substitua des mâchicoulis maçonnés, robustes, incombustibles et durables à des défenses mobiles sujettes à l'incendie, faciles à briser. L'introduction de mâchicoulis de pierre dans un pays aussi riche en forêts que la Normandie à celte époque indique, en effet, un parti pris d'imitation bien prononce, bien réfléchi (voir ci-dessous, p. 35a, n. i, 358, n. i). On retrouve l'expression du même
désir, mais moins bien réalisé , dans le château des comtes de Flandre reconstruil i Gand en 1 180 (voir ci-dessous, p. 38 1 , . J'ajouterai que l'emploi (les mâchicoulis maçonnés ne painlit en France que dans la seconde moitié du mu" siècle et ne se géuéralisa qu'au \i\'. C'esl ainsi que les fortifications élevées cassonne par Philippe le Hardi, vers ia8o, ne présentent aucune trace de mâchicoulis, bien que 1 1 pierre fui abondante el de bonne qun Uté dans la région . el que les défenses eussent
12 M. D1EULAF0Y. [332]
arceaux, aujourd'hui ruinés, qui reposaient eux-mêmes sur des contreforts élargis au sommet et naissant d'un talus propre à faire ricocher sous des angles variables les projectiles qu'on laissait tomber des màchicoulis(l). Aussi bien, grâce au profil très étudié qui permettait d'obtenir ce résultat (2) et à la précaution si ingénieuse de démaigrir les contreforts à leur base (fig. 6, 7), on pouvait défendre le pied du donjon aussi efficacement que le fossé de l'en-
Anglc
Secteur privé de projectile
été conçues et établies avec un grand luxe de précautions. Si on excepte le château Gaillard , les premiers progrès dans cet ordre d'idées se constatent au château de Coucy, où des consoles de pierre furent scellées dans la maçonnerie pour recevoir les hourds (sur la nature de ces hourds, voir ci-dessous, p. 358, n. 1), et peutêtre au château de Laval, où il existe une tour que l'on couronna , postérieurement à sa construction, de hourds en pans de bois assemblés avec la charpente de la toiture et posés à demeure sur des solives saillantes.
Par ordre d'ancienneté, on pourrait citer parmi les plus anciennes bretèches ou échauguettes maçonnées celles qui se trouvent au Puy-eu-Vélav, à Royat et au château de Montbart. Toutes font partie d'édifices bien datés, élevés longtemps après la mort de Richard, ou ont été ajoutées après coup ( consulter à ce sujet Viollet-le-Duc, Dict., articles : Architect. mil., Ilourd, Mâchicoulis). Tel est le cas de la dépendance de l'église de Puy-en-Vélay, que l'on surmonta d'une défense au xnT siècle, plusieurs années après sa construction, et de la tour de Montauban. M. Devais, qui s'est occupé de cette tour, estime qu'elle faisait partie
des anciens remparts de la ville et qu'elle date du xii' siècle. (Congrès archéol., année i865, p. 3 12.) Ce n'est pas le lieu de discuter cette opinion; mais s'y rangeât-on, qu'on ne pourrait s'empêcher d'observer que le style des consoles et du couronnement accuse pour les mâchicoulis une date plus récente. Du reste, au commencement du xm° siècle, on ne connaissait dans cette région que les hourds en charpente , ainsi que l'attestent maints passages de la Chanson ( Histoire de la croisade contre les Albigeois , Doc. inéd. sur l'Uist. de France , î " série ; voir notamment les vers 3q88 et suiv. , 63 1 3 et suiv. , 6854 et suiv.). Au surplus , on remarquera que les adjonctions faites à Carcassonne sous Philippe le Hardi ne comportaient pas de cours de mâchicoulis et que, dans les fortifications méridionales remontant même à la seconde moitié du xm° siècle, on citerait à peine quelques bretèches ou quelques échauguettes isolées.
(1) La combinaison de l'arc de cercle et de la ligne droite ( lig. 7 ) , sur laquelle repose l'économie de ce profil , n'avait jamais été indiquée, je crois. L'ingénieur qui l'a conçue et réalisée était un maître.
'ÎJ Ce type de mâchicoulis est assez rare. On
f333] LE CHÂTEAU GAILLARD. 13
ceinte elliptique. La justesse du coup d'oeil clans les conceptions d'ensemble n'excluait pas le soin, la recherche même, dans l'exécution
des détails.
Le donjon fermait le tracé de l'enceinte elliptique et dominai) de
li.'. 6. — Donjon vu Je l'Est.
très près la courtine orientée vers la Seine Gg. 2, 1 2 . Du haut de sa terrasse, la garnison commandait à bonne distance les autres <>u\ 1 et pouvait couvrir de projectiles très dangereux, ne fût-ce qu'en raison de la hauteur d'où ils étaient lancés, une flotte ou une troupe qui
en retrouve le principe dans les fortifications Puy-en-Vélay, au château d'Avignon , à févéché orientales, puis dans les châteaux des Croisés d'Alby, à l'église fortifiée de Beaumonl (voir ci-desous, p. 365). lis seront imites au magne et en général dans le midi de li 1
I)IEULAFO\.
eût voulu forcer le passage1'1. Du reste, le même sort eût atteint quiconque eût tenté de détruire une estacade plantée en travers du fleuve et reliée au donjon par des flancs et des tours creusés en partie dans le roc et en partie bâtis. D'autre part, ainsi que le corps de place et le réduit, le donjon possédait des moyens propres et complets de résistance, des magasins et des issues libres soit en vue des sorties offensives, soit en vue de faciliter la fuite d'une garnison arrivée au terme de la résistance.
J'ai critiqué le pont fixe conduisant à la porte du réduit. On relève dans le tracé de l'ouvrage triangulaire une nouvelle négligence. Sur la capitale restaient un angle mort et un secteur que les tours placées sur les flancs battaient mal, et où l'ennemi était défdé des coups Fig. 7. - ProGi du donjon. (le la Place s'il parvenait à rendre intenable la plate-forme de la tour. Cette disposition12) était d'autant plus fâcheuse que les approches n'étant pas escarpées, comme les rochers que dominait le corps de place, ne favorisaient pas les ricochets des projectiles et se prêtaient à la mise en batterie des engins névrobalistiques ou à contrepoids de l'attaque et à la manœuvre des tours de charpente.
Malgré ces fautes de détail, malgré l'époque reculée de sa fondation, le château Gaillard apparaît comme une expression parfaite de l'architecture militaire de la féodalité. Au surplus, il a pour nous ce
ll) Les Croisés, on le verra plus loin (p. 368 tué d'un trait d'arbalète sous les murs du
et 36g), avaient rapporté de Palestine des château de Cliàlus. Richard de Gourdon, qui
armes de jet bien meilleures que celles en l'avait reconnu, l'ajusta du haut des remparts
usage jusque-là. Les arbalètes construites à (Henri Martin, Hist. de France, t. III, p. 556,
la fin du xii* siècle avaient une justesse, et 55y).
leui!> projectiles, une pénétration remarqua- (2/ On en trouvera l'origine et la raison cibles. C'est ainsi que Richard Cœur de Lion fut dessous (p. 338, n. î).
mérite bien rare que, projeté et construil d'un seul jet, n'ayanl subi depuis ni adjonction ni restauration, il est bien lié à sa date el défie sur ce point les arguties et la discussion. A ces titres divers, il mériterait déjà une étude attentive. Mais il (ut mieux qu'un chef-d'œuvre. Il offre en effet le premier exemple connu d'une forteresse on furent appliqués d'une manière magistrale les principes généraux et les dispositions de détail qui allaient renouveler la poliorcétique européenne.
Jusqu'au milieu du xnc siècle, si l'on en juge aux ouvrages dont les ruines sont susceptibles d'être interrogées, aux récits des chroniqueurs, à quelques représentations figurées'1^, à la faible portée des armes de jet et à l'indigence des moyens mis en œuvre pour assiéger une place toujours en rapport avec les ressources de la défense^, l'architecture militaire n'avait pas accompli de progrès décisifs. Les châteaux ou les citadelles se signalaient encore par une I ■
massive, carrée, bien rarement cylindrique. C'est le donjon inspiré peut-être du prœtorium des camps romains; c'est l'ancienne demeure du maîtreetde sa fa mille (3); c'estle point qu'on veut invulnérable. Il est
entouré d'un retranchement circonscrivant i space plus ou moins
étendu et composé d'une simple muraille ou d'une levée de terre avec palissade précédée d'un fosse. Ces châteaux, élevés |><>ur la plupart sur des hauteurs d'un accès difficile, ou conquis entre des cours d'eau
1 La magnifique tapisserie de Bayeux Montforl el le contraignireni à lever le siège,
attribuée à tort ou à raison à la reine Mathilde, (Consulter, a ce sujet, colonel Delaii / uni ror
femme de Guillaume le Conquérant, mais dont les forteresses anciennes , y. 3o3 lo4 * " » ' ■ el
la date est incontestable, fournit à ce sujet des suiv., y. lo6, 'i ' > y » • t suiv., iaa, note i;
renseignements très intéressants. Vioilet-le-Duc . Dictionnaire d'an kitectare .1.1.
Voir ci-dessous, p. 368, n. 4- On peut p. 34o »4i, 3 i i t. III. p. 106. encore citer, à titre d'exemple, l'incapacité des La forme carrée ou rectangulaire Mes
Croises devant Nicée et Antioche, Tyr, etc. donjons, si vicieuse au | il de vue poli
(voir ci-dessous, p. 368), puis te siège de tique en ce qu'elle implique un secteui privé
Toulouse, au commencement du sur siècle, de projectiles (voir ci-dessus, p. 33o, n. i .
où l«-s habitants, avec quelques seigneurs el tenait, sans doute, n la nécessité d'utiliser au
leurs chevaliers, dans une ville mal dose. mieux pour des logements un espace
tinrent en échec l'année du puissant comte de nient 1res restreint.
profonds, tirent leur force de leur assiette, de la hauteur du donjon cl de l'épaisseur de ses murs. Comme termes de comparaison, on pourrait choisir les châteaux d'Arqués'1', de Chamboy('2), de Chauvigny(3), de Loches, de la Roche-Pozay^, de Domfront, de Falaise(5), de Gisors(C), de Carcassonne(7), de Guldfort, de Rochesler(8), de l)oiivres((J), et tous ceux dont les dispositions primitives sont antérieures à la seconde moitié du xnc siècle. Car les ouvrages de cette époque, qu'ils aient été construits en Angleterre, en Normandie, sur les rives du Rhin(10>, dans l'Anjou, le Maine, la Vendée ou le Langue-
(1) Des io5o, la position d'Arqués avait été fortifiée par Guillaume, ourle de Guillaume le Bâtard. Mais le château lui pris peu de temps après par Guillaume le Conquérant. En iia3, Henri 1", rpii avail augmenté ou refait les fortifications de Château-sur-Epte , de Gisors (voir ci-dessous, n. 6), de Domfront, de Falaise, d'Argentan, d'Exmes, d'Ambières, de Vernon , reconstruisit entièrement le château d'Arqués. (Guillaume deJumièges, chap. \ii; Chron.de Fontenelle; Robert du Mont, Appendix ad Sigelertum, Bouquet, l. Mil, p. 2<SF).)
(!; Les trois premiers étages du château de Chambois (Orne) remontent au xu' siècle. Les parties supérieures ont éle refaites deux siècles plus tard. ( Viollel le Duc, Dict., t. III, p. 49; t. V, p. 77; Caumont, Cours d'antiquités monumentales, t. Y, p. 2o(), pi. LXIX.)
m Viollet-le-Duc, op. vil., I. 111, p. 77 à 80; Caumont, /. c. , p. 190.
(4) Colonel Delair, Essai sur les forteresses anciennes, p. à 1 G , 4 1 7 , ûg- 126 et 127; Caumont, Cours d'antiquités monumentales , t. \ , p. 167, pi. LXVU.
(5) Voir ci-dessus, n. 1.
l6) Le donjon de Gisors avait été commencé sur Torche de Guillaume le Roux , en même temps que celui de Château-sur-Epte. (les premiers travaux, dirigés par Robert de Bellesme, qui fut, semble-t-il, un ingénieur militaire en grande réputation, remontent à 1097. Ces
deux forteresses furent considérablement augmentées ou même reconstruites par Henri I" vers H3J (voir ci-dessus, n. 1). Agrandies de nouveau en 1 161, sous le règne de Henri II, elles subirent encore de nouvelles modifications en 118/1. (Benoit de Saint-Maur, Chr. des ducs de Normandie , éd. Fr. -Michel, Collection des doc. inéd. de l'Hist. de France, t. III, p. 317; Robert du Mont,/, c. , t. Mil, p. 285, 3o5,
3i3; lloles de l'Echiquier île Normandie, publiés par M. Pétries, conservateur des Archives de la Tour de Londres, année 1 1 84.)
Le (bateau de Carcassonne est de 112J environ; niais il fut remanié et complété par saint Louis, qui construisit notamment l'énorme tour désignée sous le nom de Barbacane (voir cidessous, p. 372 , n. 1) , ainsi que les rampes qui commandaient les bords de l'Aude et le pont. (Viollet-le-Duc, Dict. , t. I, p.345,35a et 36i, note 1.)
'8) On trouvera les plans de ces deux ouvrages dans Caumont, /. c, pi. LXX1V et LXXV, fig. 2. Le célèbre château de Rochester aurait été commencé dans les dernières années du xi" siècle.
m Le plan et l'élévation ont été donnés par Caumont, /. c, pi. LXX1V, fig. 5 et 6. Le château de Douvres a été construit sous le règne de Henri II, vers 1 160.
l'0) Sur les châteaux de l'Alsace, consulter Ramé {Notes sur quelques châteaux de l'Alsace ,
doc, affectent à peu près les mêmes caractères e\ laissent deviner dans leurs ascendants les châteaux représentés sur la tapisserie de Baveux. Parmi ces édifices*1', je me bornerai à décrire le château d'Arqués, reconstruit en i 124 par Henri l"r(- , le plus habile ingénieur de cette époque1'''. Il représente un type excellent des ouvrages militaires éle-
Fig. 5. — Plan du château d'Arqués, d'après Viollel li II h. Echelle uniforme des plans : o"',ooi pour ■ mètres.
vés dans la première moitié du xne siècle. Au surplus, il était voisin des Andelys, occupait dans le principe une surface comparable à la forteresse de Richard Cœur de Lion et s'étendait sur un terrain dont la configuration rappelle celle de la roche Gaillard.
Le château d'Arqués (fig. 8), en ne tenant pas compte des modifications ou des restaurations entreprises au XVe et au XVIe siècle, était
Paris, i855) et krieg (Notes insérées dans [Diet.,ar\ Irchitect. mil., Donjon, Château,
to Bulletin monumental, vol. 1\ delà première Honrd, Mâchicoulis el dans l'ouvrage du co-
série, p. ariG et suiv.). lonel Delair déjà cité.
' On trouvera une liste des château* an- Voir ci-dessus, p. 336, n. i.
teneurs au xiii" siècle dans Viollet-le-Dui Benoit de Saint-Maur, /. c. , p. 384.
dominé par son donjon carré, donjon d'aspect redoutable, aux angles renforcés, et qu'il eût été difficile de réduire s'il eût été précédé d'un obstacle sérieux et s'il n'eût présenté aux deux saillants intérieurs des angles morts et des secteurs privés de projectiles tellement ouverts, si mal battus, crue des mineurs l'attaquant suivant une des capitales eussent gagné sans pertes sérieuses le pied de la muraille. Des chicanes ingénieuses, des pièges multiples, eussent peut-être arrêté l'élan dune troupe mal commandée ou peu aguerrie. Mais les chicanes ou les pièges sont des pis-aller, des aveux d'impuissance, plus nuisibles à l'assiégé qu'à l'assiégeant.
Le mur d'enceinte donne lieu à des critiques encore plus sérieuses (fig. 8, 10, 12). Bien qu'il fût d'un abord difficile, bâti sur la crête d'une escarpe élevée et précédé sur la contrescarpe d'une sorte de chemin couvert garni, sans doute, de palissades, il se prêtait mal à une longue résistance. Au surplus, le tracé est mou, sans lianes défensifs; le profil est faible et ne comporte l'appui d'aucun couvert. Que l'assaillant se fût rendu maître du fossé, et il eût trouvé dans l'angle mort, le long du mur d'enceinte, une zone de refuge pour y préparer le logement des sapeurs et y installer ses béliers. Il existait bien quelques tours; mais leur épaisseur insuffisante, leur faible saillie, leur petit diamètre et, d'autre part, la portée restreinte des armes de jet et la pénétration médiocre des projectiles ne leur permettaient pas de prendre une part effective à la défense. Du reste, comme organe de flanquement le rôle des tours, à cette époque, était nul et plutôt décoratif et traditionnel. Aussi bien, dans certains pays, sur les bords du Rhin et dans les Vosges, par exemple, les avait-on supprimées et ne revinrentelles en usage qu'au \me siècle'1'. C'est qu'en vérité l'art militaire
''' Ce n'est pas sans raison que les Allemands primer l'angle mort répondant au front. Les avaient supprimé les tours, nuisibles plutôt ingénieurs de l'antique Orient avaient résolu le qu'utiles quand elles ne sont pas très puis- problème soit au moyen d'un tracé à crémailsantes. La tour n'est un ouvrage de flanque- 1ère extrêmement ingénieux (voir ci-dessous, ment sérieux que lorsqu'elle est saillante et p. 34-0/, n. i, et p. 354 , n. 5', (i), soit en coincarrée, mais, en ce cas, il est difficile de sup- binant un tracé circulaire avec des tours rondes
sommeillait en Occident et que, malgré de grands efforts el les progrès attestés par quelques ouvrages encore debout, les ingénieurs formés en Europe ne s'entendaient guère mieux à fortifier une position qu'à prendre une place. Dans les deux cas, je citerai des arguments décisifs et des preuves manifestes. Il en résultait que les châteaux étaienl pris, repris, rasés et rebâtis, témoignage de l'infériorité de leurs moyens de résistance et de leur grande simplicité.
On atteint sans conteste au milieu du xnc siècle. Entre 1 i5o el 1 220, les renseignements directs sont moins nombreux. [1s suffisent pourtant à déterminer l'étal de l'art militaire et les tendances nouvelles. Si la majorité des châteaux ne se distinguent pas des ouvrages antérieurs (1), quelques ingénieurs se préoccupent des secteurs privés de projectiles; ils cherchent à les supprimer autour des donjons, et, pour y parvenir, ils substituent des arcs de cercle aux éléments rectilignes du tracé. La révolution s'annonce encore bien timide dans les châteaux d'Etampes^ et de Provins131; elle s'accuse mieux dans les donjons de la Roche-Guyon (4) et d'Issoudun1;,), postérieurs de quelques
et avec des talus de pied où ricochaient les projectiles de la défense abandonnés à la pesanteur (fig. 9, 1 1, i3, i4, i5). C'est à ce dernier procédé que recoururent Philippe d'Alsace (voir ci-dessous, p. 081) et Richard ( voir ci-dessus , |i. 333 , 334). Mais, comme il n'était guère efficace dans le cas d'un saillant prononcé, Richard laissa suivant la capitale de l'ouvrage triangulaire un angle mort et un secteur privé de projectiles où se logèrent les troupes de Philippe Auguste (voir ci-dessus, p. 3a8,33o,n. a , p. 33i, 33a, 334, et ci-dessous , p. o'iy, n. 1, et p. 075, ainsi que les lig. :>. el 5
(1) Le donjon de Pons, par exemple, qui, après avoir été pris et détruit par Richard en 1179 (R. du Mont, /. c, 1. Mil, p. 3aa), fut reconstruit postérieurement à cette date. 11 représente, par conséquent, un type authentique des édiliees militaires de la lin du \n sièi le.
m Viollet-le-Duc, Dkt., t. III, p. 5i è 1 et colonel Delair, l. c. . p. '1 1 6 , 117, Gg. 129 Ce donjon remonterait à l'année 1 180. Il est, en tout cas, postérieur à 1 1J0 el antérieur à 1 300.
C'est le plus ancien entre tous les ouvrages que l'on puisse citer où l'on devine nix effort pour supprimer les secteurs privés de projectile qui se rencontrent devant les saillants. Le colo nel Delair, d'accord avec Viollet-le-Duc, fixe entre i 17^ et 1200 le commencement de cette évolution. (Delair, l.c, p. lo8, iog; Violletle-Duc, /. c, et I. \ , p. 5o, 5l.
Viollet-le-Duc, Dkt, t. III, p. 64à6g,el
colonel Delair, /. c, |>. i l6, '1 17. et G
Viollet le-Duc, ibid., p. 58 .1 64, et 1. V, p. 80 à 8a.
Le donj l'Issoudun est postérieui au
, bateau Gaillard. Il n'j .1 pas doute .1 son sujet. A 1 avis, il en est de même du donjon de
années au château Gaillard, et elle est résolue d'une manière théorique dans le château des comtes de Flandre, construit en 1 i8o(1!. Mais aucun de ces ouvrages ne se rapproche, même de très loin, de la perfection polio rcétique des œuvres de Richard. En vérité, ce n'est <iue vers I2a5, c'est-à-dire vingt-cinq ans environ après la mort du monarque anglo-normand, que s'ouvre la helle période de l'architecture militaire. Sous l'influence de Philippe Auguste, les principes nouveaux se propagent dans le domaine royal; saint Louis et son fds, Philippe le Bel (2), aident à leur diffusion, et encore à Montargis, à Coucy, à Iiouen, à Carcassonne(3), les perfectionnements introduits au château Gaillard ne sont pas tous adoptés'1'. La lutte soutenue par la tradition ou la routine se devine; si les progrès sont continus, ils sont aussi très lents.
On aboutirait à la même conclusion par des voies diverses; mais, parmi les faits que l'on pourrait invoquer à l'appui, il en est un dont la portée semble décisive. Quand on étudie les épisodes du siège supporté par le château Gaillard peu d'années après sa construction, on observe que la garnison se borne à la défense directe des points attaqués et ne tire aucun parti des ressources si multiples et si efficaces que présentait la citadelle. Il est manifeste qu'à cette époque la fortification des Andelys était d'un type tellement inusité que ni le commandant ni ses officiers n'étaient initiés aux secrets de sa force. On jugera, par contraste, du bien-fondé de cette appréciation. En i44q, deux siècles et demi plus tard, quand Charles VII mit le siège devant
la Roche-Guyon. Eu tout cas, ce dernier ne cré une notice spéciale, ci-après, p. 37g et suiv.
vf itérait pas au delà des dernières années >3) Voir ci-dessus, p. 33 1, n. 1, et ci-dessous,
du mic siècle (colonel Delair, /. c, p. 45 j, p. 073, n. •!.
/iSy, et fig. i43; Caumont, Arcli. mil., p. /189; (3' Voir ci-dessus, p. 33 1 , n. 1.
Viollet-lc-Duc, Essai sur l'arch. milit. au moyen (l) Les Manquements et les commandements
âge, p. lo5). sont moins étudiés au château de Coucy qu'au
(1) Ce château n'a été cité, ni, du reste, château Gaillard. En outre, il n'existe pas à
connu , par aucun des historiens de la poliorcé- Coucy de mâchicoulis construits ( voir ci-dessus ,
tique. J'ai pu l'étudier sur place et lui ai consa- p. 33 1, n. 1).
le château Gaillard, les engins très perfectionnés et l'artillerie à feu dont il disposait ne lui lurent d'aucun secours. 11 dut recourir au blocus pour réduire la place, et la famine seule eut raison des défenseurs ' .
Ce premier exposé montre combien sont accusées les différences cjLii existent entre le château Gaillard et les constructions militaires antérieures ou contemporaines, et permet de définir le sens ei la portée delà révolution que caractérise cet édifice. Dans la période qui commence au xc siècle, pour expirer, suivant les régions, entre 1220 et 1260, la défense est égoïste et passive. Les tours débiles dont on garnit les murailles ne prétendent même plus a les ûanquer. Les fortifications se gai-dent par leur masse et la difficulté d'accès. Dans le château Gaillard, au contraire, chaque partie par rapport à l'ensemble, chaque élément par rapport a chaque partie, prend un rôle actit dans la défense commune, s'y associe, prête un appui efficace et une aide réciproque à ses voisins. A cei effet, les louis cl les courtines sont tracées et profilées avec la préoccupation de ne laisser aucun refuge aux troupes de l'attaque, de les cribler de projectiles sur toute la zone des approches, de rendre une tentative (outre un point quelconque non seulement difficile, mais éminemment périlleuse. On x" devine le souci de défendre par des coups directs un autre élément de la fortification, de flanquer d'une manière intégrale, suivant l'expression moderne du mot, et aussi de protéger ou de masquer les portes au dedans comme au dehors, de multiplier et de rapprocher les enceintes et de donner aux ouvrages intérieurs un commandement tel sur les ouvrages extérieurs, que chacun puisse jouer le rôle de couvert par rapport au précédent considéré comme obstacle®. Je signalerai encore l'ouvrage triangulaire disposé devant
On trouvera le récit de ces ,\vu\ sièges mur, difficile .1 franchir par lui-même el dis-
ci-dessons, p. 374 et suiv. pose dans le dessein de placer l'assaillant, pen-
<*) On nomme obstacle tout organe de forti- danl qu'il s'efforce de le passer, sous les pro-
fication, tel qu'un fossé, une palissade, un jectiles directs et meurtriers de la défense. Le
le corps de place et le réduit elliptique sans analogues dans les forteresses construites en Occident avant le xine siècle. Enfin les galeries en encorbellement et leurs mâchicoulis de pierre n'avaient jamais été
Fig. 10. — Tracés comparatifs tle diverses enceintes Échelle: om,ooi pour im,5o.
employés. Une des premières fois aussi, on donnait au pied des murailles un talus très prononcé, combiné avec la hauteur et la saillie des mâchicoulis, en vue de battre chaque jDoint des fossés ou de l'escarpe (1).
couvert est l'organe derrière ou sur lequel se m Sur les mâchicoulis et les talus de pied,
tiennent les assaillis à l'abri des entreprises de voir, ci-dessus, p. 33o, n. 2, p. 33i, n. 1,
l'attaque et d'où ils criblent de projectiles les p. 33a, n. 1 et 2, p. 338, n. 1, et ci-dessous,
troupes qui tentent de surmonter l'obstacle. p. 38 1.
Château Gaillard.
Fîg. 12. — Profils comparatifs de diverses enceintes. Echelle : o",ooi pour i",5o.
n M. DIEULAFOY. [344]
Ainsi, dans l'ensemble comme dans les détails, c'est l'introduction de l'analyse géométrique et mécanique des formes, c'est l'adjonction de l'intelligence à la résistance par la masse, c'est la substitution de la solidarité à l'égoïsme, de l'offensive ou de la riposte à la défense inerte, de la clarté et la simplicité des organes à la multiplicité des chicanes, à l'encombrement des pièges. Une àme énergique donne la vie à un corps puissant.
Cette conclusion ne m'est pas de tous points personnelle. Krieg, Ramé, Caumont, Viollet-le-Duc et, en dernier lieu, le colonel Delair ont constaté la direction nouvelle où entra la poliorcétique européenne dans le second quart du XIIIe siècle et sont d'accord sur la nature, le sens et la portée des perfectionnements introduits'1'. Mais ils ne sont pas remontés au principe de cette révolution. Tour à tour, ils ont mis en cause l'influence de Byzance et les croisades, l'étude de Végèce, la pratique de la guerre de siège. Faute de documents, on sent qu'ils hésitent et, en vérité, la question est restée sans réponse (2).
Je ne nie pas l'influence heureuse de Végèce (3) dans le domaine mi-
(1) J'ai ditplus haut (p. 33g , n. 2 )-que les ar- fication allemande vers 1225. Ce changement chéologues, d'accord avec les ingénieurs mili- se traduit par l'adoption de la double enceinte, taires, placent entre îiyô et 1200 l'époque où par la disposition savante des entrées, par la les constructeurs européens, pour la première préférence accordée aux donjons circulaires défois, montrent le souci de supprimer les secteurs signés par un. mot de forme arabe, barbacane privés <lc projectiles. Mais ils assignent à la fin (voir ci-dessous, p. 369, n.3, et p. 372,11. 2), de la première moitié du xme siècle l'épanouisse- et par la substitution des échauguettes et des ment des méthodes nouvelles. (Caumont, Cours mâchicoulis de pierre aux anciens hourds en d'antiquités monumentales, t. V, p. ibi à 255; charpente, el il attribue cette quadruple modi- Kxieg , /. c; Ramé, /. c; Viollet-le-Duc, Dict., fication à l'influence des forteresses byzantines art.: Archit.milit. , Château .Donjon ,IIonrd ,Mù- visitées par les Croisés. Viollet-le-Duc se pose chicoulis , etc. , et notamment 1. 1, p. 3/n ; t. III, simplement la question. Le colonel Delair, p. 89; t. V, p. 5o, 5l; colonel Delair, /. c, professeur à l'Ecole supérieure de guerre, et p. io8, /109, 4i6, 435, 44g, 45o, 455, 4 5 7 . ) dont l'avis en pareille matière fait autorité, se ' Caumont prétend (pie la révolution po- prononce en faveur de l'action éducatrice des liorcétique commença seulement après le re- croisades, sans préciser davantage. (Mollet-letour de Richard Cœur de Lion (/. c. , p. 256) Duc, Dict., t. III, p. 89; colonel Delair, /. c, et il l'attribue au besoin d'innover surexcité p. 447 à 45 1.)
par les voyages en Orient. Krieg constate un (3) En Angleterre, en France, prétendent
changement complet, radical, dans la lorti- les chroniqueurs, Végèce fut étudié durant le
litaire; seulement j'observerai d'abord que l'auteur, dans sa poliorcétique, donne un tableau de l'arl usuel à son époq m Occidenl ' el
Fig. i3. — Château assyrien. Enceintes multiples précédées d'un ouvragi . i •. .uiet'-.
que le château Gaillard, sur les points essentiels, se distingue d'une forteresse romaine-. Puis, Végèce était connu el commenté avanl
xi" et le xu' siècle. Au xni" siècle , il Fut traduit Vi i i rivait iRomi sous Valentinien II
par. Jean de Mim sous le titre significatif: L'arl entre 3^5 el 3g:
de la chevalerie, Enfin il inspira directement le rédacteur de l.i partie militaire du co gonais, Sirir partidas, promulgué en 1260 par Alphonse \ll. (Boutaric, Inslit. milil.,p. 297; Viollet-le-Duc , Dictionnaire d'urchitet tare, t. III, p. 89, note 1.)
;ï) Il suflit de comparer les parties les plus anciennes de l'enceinte de Langrcs cl même de celle de Carcassonne , construite parles \ 1 sigoths, sons l'influence persistante el d'après les principes des ingénieurs romains. Viollcl le Duc, Dict. d'archit. mil. , p. 3
le règne (le Richard Cœur de Lion"', et pourtant les ouvrages militaires construits au xiie siècle sous son influence présumée ne contiennent aucun germe des dispositions savantes et caractéristiques adoptées aux Andelys. En outre, il serait curieux qu'un simple texte eût produit sur ses lecteurs une impression assez vive, assez netle et porté chez eux une conviction assez profonde pour les enhardir jusqu'à expérimenter une poliorcétique toute nouvelle, et risquer un désastre. Je pense donc qu'il faut écarter les écrits de Végèce des sources où s'inspira le monarque anglo-normand. Il n'est pas à supposer non plus qu'il s'agisse d'un progrès dû à la pratique européenne de la guerre de siège. Les exemples, les textes, les raisons tirés de leur étude comparative s'y opposant, je me suis expliqué à ce sujet. H y a là un facteur nouveau, étranger et puissant, qui s'introduisit d'une manière brutale, et ce facteur, à mon avis, il faut le chercher en Syrie et en Palestine.
Vers l'époque où Richard Cœur de Lion inaugurait une fortification basée sur l'étude géométrique et mécanique du tracé et du profil, les architectes occidentaux substituaient aux voûtes concrètes de la période précédente un système articulé et actif de voûtes constituées par une ossature puissante et des remplissages légers. En outre, ils remplaçaient les murailles continues, dont la résistance était passive, par des contreforts opposés directement aux résultantes des poussées, et diminuaient l'intensité des forces destructives en abandonnant les pleins cintres en laveur des arcs surhaussés.
Or, il est un fait remarquable, sur lequel j'ai maintes fois attiré l'attention quand, je me suis occupé des monuments voûtés de la Perse antique et des fortifications de l'Acropole de Suse : ce sont les Chaldéo- Susiens et les Perses leurs élèves qui, les premiers dans les temps antiques, paraissent s'être préoccupés des formes usitées clans les constructions de tout ordre au point de vue des forces destructives
'"' Voir c.i-d
'SSUS, ]). J/|/| , n. o.
LE CHÂTEAl GAILLARD.
qu'elles engendrent ou des résistances quelles développent. Ce sont eux également qui, appliquant celle analyse pratique au cas des voûtes et des places de guerre, découvrirent des conditions de stabilité et de durée nouvelles dans les dispositions intimes <\<>$ maçon-
1 K mm ><
Kg. i i. - i Ihâleau assyrien sur talus propre à luire ricocher les projectiles.
neries et dans leurs formes extérieures. Ils parvinrent ainsi à créer ou à déterminer les caractères qui deviendront ceux de- monuments voûtés du moyen âge, à résoudre le difficile problème du (lanquemenl
intégral et à donner pour les ouvrages fortifiés un type fort analogue à celui du château Gaillard (1).
Le parallélisme singulier entre l'esprit dans lequel s'opérèrent en Occident les progrès de l'architecture militaire et de l'architecture civile, ainsi que la rénovation de ces deux arts suivant des méthodes identiques aux méthodes chaldéo-perses — si on s'en tient aux. principes — créent déjà une présomption puissante en faveur de l'influence qu'eut l'Orient iranien sur la poliorcétique européenne au XIIIe siècle. Cette présomption se changera en quasi-certitude quand, d'une part, on aura constaté que, de la Perse achéménide, la civilisation se transmit à la Perse parthique, puis à la Perse sassanide dont la puissance politique et civilisatrice fut considérahle; que, durant près de douze siècles, l'influence des arts et des industries propres à l'Iran s'exerça directe, persistante et victorieuse sur les rivages orientaux de la Méditerranée et s'y prolongea longtemps après la conquête arahe^; enfin que les travaux de défense des Andelys furent commencés par Richard Cœur de Lion, à son retour de Terre-Sainte, après avoir visité et habité les châteaux que l'on y avait construits (3); et, d'autre part, quand on aura vérifié combien étroite est la parenté entre les ouvrages militaires élevés dans les pays où s'étendit l'action de la Perse et combien le château Gaillard, si différent des fortifications européennes antérieures, ressemble aux ouvrages procédant des écoles iraniennes.
Je me référerai d'abord à l'Acropole de Susew. Ici tout est immense
'*' Dieulafoy, Art antique de la l'erse, t. V,con- soirement, dans ces ouvrages, de la propaga-
clusion , et Acropole deSuse , Fortification , p. 1 1 ~. tion de certaines industries perses réputées long-
l2> On trouvera des preuves décisives de temps byzantines ou arabes, telles que le tissage
cette influence considérable, prépondérante, des tapis, la broderie sur tissus ou peinture à l'ai-
dans le chapitre de l'Acropole de Suse cité à la guille, la faïence, la mosaïque, 1 orfèvrerie, la
note précédente, puis dans le chapitre ix, damasquinure , la fabrication de l'acier et des
p. a63 (faïences et terres cuites) et, surtout, armes blanches. (Voir ci-dessous, p. 36g, n. 1.) dans les tomes IV et V de l'Art antique de la '3) Voir ci-dessous, p. 36a, n. 3, les détails
Perse, consacrés l'un aux monuments voûtés et relatifs au château de Margat. à leur histoire et le dernier aux Parthes et aux (11 Dieulafoy, Acrop. de Suse, l. c, et pi.
Sassanidcs. Encore n'ai-je pu traiter qu'accès- hors texte.
et hors de proportion avec le château Gaillard. Mais, si on fail .il, tion des surfaces el si on ne s'inquiète que des principes, ce qui frappe d'abord, c'est l'importance des flanquements el des commandements,
I ig. i5. — Château assyrien avec donjon joignant la seconde ei
c est la multiplicité, le parallélisme el le rapprochement des enceintes (fig. 12), c'est le soin minutieux que l'on a pris dans chacune de
supprimer les angles morts et les secteurs privés de projectiles ' , ri de
Ils y arrivaient soit en évitant il Vu créer, les talus de pied, soit en les détruisant m c'esl dans ce but qu'ils inaugurèrent les tracés de crémaillères flanquées de tours ; circulaires et les tours rondes combinés avec (Voirci-dessus,p.338,n.i,p
transformer, le cas échéant, chaque ligne de couvert en nne ligne d'obstacle défendue elle-même par un obstacle plus intérieur. On n'est pas moins surpris du parti habile que les ingénieurs de Darius ou de Xerxès avaient tiré du tracé et du profil pour déjouer les surprises, éviter les escalades, détruire les béliers et les hélépoles de l'assiégeant, rendre impossibles les travaux de mine ou de sape, préparer les sorties et les retours offensifs. Dans chaque cas, la résistance propre du mur attaqué est un facteur, mais un facteur seulement, car pour escalader ou ruiner ce mur il faut s'en approcher et, jusqu'à son pied, l'assaillant est à la merci des armes de jet et doit être frappé. On remarquera certainement aussi le donjon et surtout la citadelle circulaire avec ses tours rondes placée sur un soubassement particulier et entourée d'enceintes spéciales, ouvrages inaccessibles, imprenables, alors que seuls ils auraient survécu.
Maintenant si de l'Acropole on rapproche les bas-reliefs nombreux où sont représentés en plan et en élévation des châteaux clialdéens, assyriens ou susiens (lig. 1 3 à 17)^, on sent encore mieux les liens de famille qui relient ces illustres aïeux au descendant transporté par Richard Cœur de Lion sur les rives de la Seine. A cela près qu'ils reposaient sur une butte artificielle, de forme régulière, au lieu de s'asseoir sur un escarpement naturel, ils présentent en effet dans leur ensemble et leurs détails le modèle des parties caractéristiques de la forteresse élevée sur la roche Gaillard. On y retrouve l'ouvrage isolé devant le point où s'établit le contact avec le terrain des approches (lig. i3), puis aussi les multiples enceintes (fig. i3 à 17), les tracés circulaires (fig. 16), les donjons (fig. i5), les lignes d'obstacle et de couvert se succédant, s'appuyant et se commandant d'une manière identique, le fossé intérieur (lig. 12), la même condensation des
les crémaillères , d'où les bastions tirent lear ori- i45, 1/19, i5o, i53, i5A, i:)5, i5-, i(io,
gine,Dieulafoy,.<4crojo.<ZeS«se.)p.i32, 201,20a.) 164, 166, 167, 170, 173, 187, îçp, 196,
(l) On en trouvera quelques autres représen- 197, 212, 9.2?., 2 ■? i) , 201, 233, 23g, 2/u.
tations dans l'A cropole de Suse, aux pages 1 4.1., 2/12, 245s 2/17, 25y.
moyens de défense, les mêmes défilement et chevauchement des portes, les mêmes procédés de flanquemenl des courtines par des tours puissantes (fig. 9, ii, i3 à 17) et l'application, en un mot, de ce principe que tout ouvrage ou portion d'ouvrage qui se d. ifend doil être défendu.
^tW
ili. — Plan d'un château assyriei
Et, si de l'ensemble on passe aux détails, il n'es! pas jusqu'au modèle si caractéristique de l'enceinte elliptique avec ses tours rondes multiples et ses talus propres à faire ricocher les projectiles, jusqu'aux galeries en encorbellement liées à l'existence des coins de mâchicoulis maçonnés innovés en Europe au château Gaillard f fig. 2 ,3,6,7, ' "' ' 3 ' • (l"r
oir ci-dessus,
les ingénieurs chaldéo-perses n'aient inventés et employés avec une sagacité admirable (fi g. 9, 11, i3 à 17)11'. H n'est pas jusqu'aux mosaïques formées par l'alternance des assises claires et brunes de la forteresse normande qui ne fassent souvenir de l'empire des Grands Rois.
La Perse, qui s'était courbée sous la trombe macédonienne, se relève avec les Parthes et les Sassanides. Mais elle est à peine reconstituée qu'elle doit repousser les assauts de Rome, puis de Byzance. Ses ingénieurs, héritiers de traditions toujours vivaces, couvrent les frontières d'une ligne de forteresses où vient se briser l'effort des ennemis ('2). Bientôt les rôles changent. L'Occident jusqu'ici victorieux se sent menacé par un reflux de l'Orient. Il n'est pas de villes qui tiennent devant les ingénieurs des Chapour et des Kosroès. Leur seule ressource est d'acheter, à prix d'or, la retraite des assiégeants (3).
Alors grandit à ce point la terreur du nom perse (ù), que les empereurs, après chaque succès, s'évertuent à renforcer la digue opposée à l'inondation. Dans ce dessein, ils reconstruisent les enceintes jugées trop débiles et, de ce nombre, celles de Constantinople, de Nicée(5), de Nisibe(6), de Carrare, de Callinique, de Batneuse(/), de Dara'8'; ils ren-
(l Comme au moyen âge en Europe, les premiers ingénieurs militaires de la Chaulée recoururent à des liourdsen bois, qui restèrent toujours en usage en Orient. Dans la suite, ils construisirent en encorbellement l'étage supérieur des murailles et des tours et y disposèrent des mâchicoulis maçonnés. Là, non plus, ce n'est pas le manque de bois qui lit adopter ce mode de défense. (Dieul. , Acrop.de S lisent). 1 66 , 167, i()8, 209, 210, 21/1, 2i5, 221 à 223. .Sur les talus de pied, ibid. , p. 170, 227.) \ oir ci-dessous, Hatra, p. 356, n. 10.
<3 Ammien Marcellin, XVIII, .0; XIX, 2, 5 à 8; XX, 6, 7, XXV; Procope, Guerre de Perse, II, 5 à 8 , 18, 2 1, 26 , 27.
iranien Marcellin , X\ III, 3,/i, 6, 7,8, 10; XX, li; XXXIII, 1.
'5' Nicée. — Les fortifications sont de la
même époque et du même type que les précédentes. Je signalerai la disposition des portes. La baie de la première enceinte est comprise entre deux tours puissantes et enfilée par une tour de la seconde enceinte. Toutes les portes des f< irteresses cbaldécnnes , assyriennes ( fig. 1 3) ou perses sont tracées d'après le même principe. (Dieul. , Aer. deSusa, p. 232 à 442.)
'^ Sur Nisibe, Ammien Marcellin, XXV, g; Procope, Guerre de Perse, II, 18.
''' Sur ces trois forteresses, Procope, Guerre de Perse, II, 21; Les édifices, II, 7.
[8) La ville de Dara avait été fortifiée en 5o3 par Anastase. Mais ses ouvrages, jugés insuffisants, furent démolis et refaits par Justinien (Procope, Guerre de Perse, I, 10; II, 3; Les cil if. , II, 1 à !\ ; plans et élévation de l'état actuel de la place, Texier, Arcldt. byzantine, p. 56
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Fig. 17. - Château assyrien avec ses hourds.
forcent les défenses d'Antioche (1), d'Edesse'2', d'Amide(:i); ils multiplient les places de guerre (,,) et adoptent pour les ouvrages nouveaux les dispositions traditionnelles en Perse, dont l'expérience des sièges leur montre chaque jour la supériorité. Constantinople(o), Salonique (G), Nicée, Dara, Éflesse(7), dont les fortifications remontent à Théodose ou à Justinien, attestent hautement cette filiation.
et 57). L'enceinte, qui est. du type double devenu classique sous le nom de type byzantin, el donl les tours sont puissantes et rapprochées est un décalque de l'enceinte de Suse (fig. 9 et 1 1 ; pour l'ensemble et les détails, Dieulafoy, L'Acropole de Snse, chap. IV, p. 122 et suiv. , et chap. v:i, p. 202). Les courtines et les tours sont également couronner-, de un ou deux étages de casemates identiques à celles que j'ai signalées dans les forteresses de l'Assyrie et de la Perse. (Dieulafoy, /. c . , p. 2 1 o
m Sur Antiocbe, Procope, Guerre de Perse, 11,6,8.
2 L'enceinte est de l'époque de Justinien, 55o environ. Elle est caractérisée par la multiplicité et la force des tours autant que par les crémaillères et les bastions du tracé, dispositions imitées des forteresses perseset qui avaient pour but de flanquer les murailles. (Dieulafoy, L'Acr. de Susc, p. 102 à i38, 200 à 202.) Quant aux tours, elles ont 12 mètres sur leur Iront et /12 mètres d'axe en axe. A Suse, elles atteignent 12 m. Go sur leur Iront et sont placées à 4i m. 20 d'axe en axe (fig. 9, et Dieulafoy, /. c. , p. 1 32 ). On remarque enfin à Edesse un donjon célèbre, la Tour des Perses (voircidessous, p. 358, n. /1), dont on trouve également le modèle dans les forteresses assyriennes et perses. (Dieulafoy, /. c, p. 22b à 232. Sur l'état antique d'Edesse, Procope, Guerre de Perse, I, 17; II, 12, 26, 27, 28; Les èdif., II, 7. Sur l'état moderne de la forteresse, Texier, / c. , p. ao'J à 20/1 ).
'*' Sur Amide, Ammien Marcel lin , XVI II, 9, 10; XIX, 5 à 8; Procope, Les c'dif. , III, 2, 5.
w Ammien Marcellin, XVIII, 9, 10; XX, 7; XXV, 9; Procope, Guerre de Perse, 1, 10, i3; Les èdif. , II , 1 , 2 , 3 , l\ , 7, 9 et pnssim ; 111 , 2 ; IV, 2.
<5) L'enceinte de Consfanlinople fut construite sous le règne de Théodose II le Jeune, vers 44o. Elle comporte un fossé surmonté d'un parapet d'escarpe et deux cours de murailles casematées (fig. 11, 12). Le tracé présente des crémaillères, des bastions et des portes du type décrit plus haut (n. 2). J'ai établi, dans l'Acropole de Suse (p. 32, 281, 202) la dérivation de ces ouvrages et montré que les ingénieurs militaires de Byzance n'étaient que les élèves respectueux des ingénieurs militaires de la Perse antique. J'ajouterai que l'on trouve à Byzance des casemates voûtées et des mâchicoulis bâtis identiques à ceux (pie comportait la fortification perse. (Palais de Bélisaire à Constantinople , et Dieulafoy, Acr. de Suse, p. 127, 128, 210 à 223, fig. 60, 64, 65, 90, 95, 101, 109 , 115,116,117, 1 •',."> , i3i.)
'6) Le front byzantin de Salonique, très intéressant à cause de ses crémaillères, a été relevé avant sa destruction par M. Clioisy, qui a bien voulu m'autoriser à le reproduire. Le tracé du château des Sept-Tours m'a été communiqué également par M. Choisy. (Dieulafoy, Acr. de Susc, p. 201, fig. 98 et 99.)
l7) Sur ces trois villes, voir ci-dessus, p. 352, n. 5, 8, ( t p. 354 , n. 2.
Quels sont, en effet, 1rs caractères distinctifs de leurs enceintes, citées à juste titre comme des types classiques de l'architecture militaire byzantine?
Le profil est puissanl el c porte, à défaut d'i scarpe rocheuse
naturelle, un fossé profond suivi d'un avant-mur el dune muraille rapprochés, concentriques et tels que la seconde ligne a un commandement considérable sur la première enceinte flanquée de tours lig.9)0)
Dominant les enceintes, apparaît le donjon, que >a hauteur el sa masse exceptionnelles destinent au rôle d'auxiliaire pendant les premières périodes du siège, H qui prendra \<~ premier rang -"il .1 la lui des opérations, soit en cas de surprise
Voii 1 i (lis-u-, p. .'>.'>•' . .;.') '1 el leurs notes. — \ oir i i dessus, |). 35 'i , n. 2.
Dans le tracé, on signale la multiplicité, la saillie et la force des tours (iig. 9, 11), les crémaillières , la disposition et le chevauchement des portes'1'.
On remarque en outre, régnant au-dessus des tours et des murs, des étages de casemates voûtées que viennent compléter des bretèches maçonnées portant à leur base des mâchicoulis12'.
Mais il n'est pas une seule de ces dispositions d'ensemble ou de détail dont la Bible (3), les inscriptions cunéiformes, les textes classiques relatifs a Ecbatane w, à Babylone15', à Sardes (6), les bas- reliefs assyriens(7) et les ruines de l'Acropole de Susew n'offrent la description parfaite ou le prototype exact9'. J'ajouterai qu'il n'en est pas une non plus qui ne se soit perpétuée!; dans les forteresses perses des âges ultérieurs, telles que la muraille d'Hatra(U,), la citadelle de Véramine (fîg. 18) et celle de Sourmec, les défenses de Tolède, qui par leur âge et leur style se rattachent aux écoles iraniennes1"',
(l) Voir ci-dessus, p. 354, n. 5, 6.
'•-> Voir ci-dessus, p. 354, n. 5.
P) Il s'agit de forteresses du type chaldéoassyrien le plus pur. (Dieulafoy, Le roi David , |i. 170, 258, 370, 377, 288.)
M Hérodote, I, 98.
(''', J'ai réuni et discuté dans Y Acropole de Sine (p. i83 à 200) les inscriptions cunéiformes et les textes classiques relatifs aux enceintes de Babylone.
'"' « Alexandre monte à la citadelle deSardes que les Perses avaient occupée. 11 la trouve extrêmement forte et ceinte d'une triple muraille » (Arrien, I, 5). Comp. à la description d'Hérodote (I, 84), d'où il résulte qu'avant l'occupation des Perses l'enceinte ne comportait qu'une ligne de défense.
(7) Voir ci-dessus, fig. 10 à 17, et p. 35o,n. 1
(,) Dieulafoy, L'Acrop. de Suse , Fortification , p. 118 et suiv.
m Ainsi que je l'ai montré dans mon travail sur la fortification de Suse, ce ne sont pas seule-
ment les dimensions relatives, mais les grandeurs absolues des éléments constitutifs de la forteresse byzantine qui furent empruntées à la fortification perse. Parfois , la forme byzantine dérivée offre mieux qu'une copie de l'original iranien : elle en est un décalque. (Dieulafoy, L'Acrop. de Suse, ch. iv. Fortification, p. 1 18 et suiv., et, notamment, p. 200 à 202.) Pour les dimensions des tours, voir ci-dessus, p. 354, n. 2, et Iig. 11.
<!0> La muraille d'Hatra est du type circulaire assyrio-perse avec tours rondes et fossé. Elle remonte au premier siècle avant notre ère et résista victorieusement à toutes les tentatives de Trajan. (Dieulafoy, Art ant. de la Perse, t. V, ch. 11, p. 13.)
'"I Une double enceinte fermait la bonde du Tage occupée par Tolède. Il reste de nombreuses substructions des murailles et plusieurs portes restaurées ou refaites pendant l'occupation musulmane. Dans la construction de ces dernières entrent tous les types connus d'échau- Siiettes, de bretèches et de mâchicoulis.
LE CHÂTEAl GAILLARD.
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ou le donjon de Bagdad, connu sous le nom de « Tour du Talism » (l)
N'aurait-on que ces preuves archéologiques tirées de la comparaison
directe des monuments, qu'elles suffiraient a établir l'origine perse de la poliorcétique byzantine et qu'elles montreraient l'importance du rôle que jouèrent les Parthes et les Sassanides et l'étendue des services qu'ils rendirent en propageant, avec les arts et les industries hérités de leurs aïeux, les principes scientifiques de l'architecture militaire. Mais les monuments ne témoignent pas seuls de l'action si prolongée et si décisive de l'Iran. Certaines forteresses byzantines conservaient môme dans leur nom un indice de leur origine. C'est ainsi que le donjon d'Edesse(3), le (ppovpd, était appelé la «Tour des Perses»1'^. De leur côté , les historiens des guerres de l'Occident avec la Perse constatent que, dès une haute antiquité, les ingénieurs des Grands Rois furent tenus pour des maîtres dans leur art(5) et confirment qu'ils eurent sur l'évolution de la poliorcétique byzantine une influence
(1) Jane Dieulafoy, La Perse, la Chaldêe et lu Susiane, p. 5?., i/ia, i/i3, 36o, 5Gg , 670. La \ille de Véramine, jadis très prospère et aujourd'hui déchue, est située au sud-est et â trente kilomètres environ de Téhéran. Elle est le centre d'un territoire fertile et bien arrosé. Le château est entouré d'une ceinture de forts dont l'un fut envahi , dès le xiii" siècle , par des constructions publiques. Ce fait montre, au moins, que le château est très ancien. En ce cas, on a le choix entre l'époque des Guisne- \ides et celle des Sassanides. Je n'oserai décider entre les deux, bien que les traditions et le mode de construction soient favorables à la dernière hypothèse. Sourmec se rencontre plus au sud , sur la route d'Ispahan. Son château, qui est une réplique de celui de Véramine, a beaucoup plus souffert. Enfin , la tour du Talism est le don-
jon d'un immense château b
dus
jon a un immense château Beaucoup plus m derne que ces derniers , puisqu'il fut terminé en
1 a3o, mais très intéressant par sa ressemblance avec celui de Coucy, construit â la même date, et par ses hourds posés, comme â Karak (hg. 20) ou à Coucy encore, sur des corbeaux de pierre engagés dans la maçonnerie. J'hésite â me prononcer sur la nature des matériaux qui en traient dans la construction de ces hourds depuis qu'en Espagne, dans les fortifications de Tarragonc et d'Avila, remontant au xilT siècle et directement inspirées des fortifications élr\ ers parles Musulmans (voir ci-dessous, p. 067, n. 1), j'ai trouvé des hourds dont les parois et la toiture étaient composées de dalles de pierre.
;!) Voir ci-dessus, p. 3/|8, n. 1.
,) Voir ci-dessus, p. 35/i, n. ?..
>'' Ducange, C. P., Christiana , p. 1 1/1 \ Beat (Itui, t. 1, Anl. eonsl., liv. III, p. 56.
'*' Hérodote, siège de Sardes (1, 84), de Milet, des \ il les de l'Ionie et de l'Archipel (VI, 18, 3a, 33), de Babylone (I, 118 a 191;
directe et prépondérante. Je citerai d'abord Philon el l'Anonyme de Byzance(l), puis Ammien Marcellin et Procope, qui, dans leurs ouvrages techniques ou dans les descriptions des fortifications de Bezabde(2), de Dara<3), d'Antioche w, d'Édesse :' ou d'Amide(0), décrivent l'état de l'architecture militaire avant cl après les grandes guerres de siège. Les uns et les autres montrent ainsi que les progrès accomplis durant cette période par les ingénienrs byzantins onl consisté dans la transformation uniforme qu'accusenl les places qui sonl encore debout, c'est-à-dire dans la substitution à une clôture plus ou moins forte de ces lignes de défenses reproduites sur ces bas-reliefs assyriens, si bien décrites dans les textes antiques déjà cités el retrouvées à Suse, Hatra, Véramine el Sourmec.
Les Byzantins, qui, pour résister aux attaques des ingénieurs perses, s'étaient approprié les premiers leurs méthodes, lurent snixis dans cette voie par fous les peuples de l'Orient. On sait par exemple que Mahomet, quand il voulut fortifier Médine, appela un officier persan, nommé Selmàn^, que le sultan de Damas remit à des Persans la construction et la garde du Hosn-el-Akrad, sm- l'emplacement duquel s'éleva plus tard le célèbre Krai des Chevaliers 8 , et qu'au temps
III, i58, i59),deMemphis(IlI, i3), bataille de Platée (IX, 65, 70), et ci-dessous, n. 1 à 6. On peut encore citer la prise de Jérusalem par les Perses en G 1 4.
(1) On trouvera dans les chapitres de ['Acrop. de Suse relatifs a la fortification (p. 117 et suiv.) les citations «le Philon et de l'Anonyme de Byzanceavec les références aux textes, ainsi que certains passages d'historiens traitant du même sujet.
-'■ ammien Marcellin, XX, 7, 9.
Pi Procope, Guerre de Perse, II, 3; /< cdt Jiees, II, i,3; III, 5.
1 Guerre de Perse, II, 6 à 8.
<s> Guerre de l'erse. I, 17; II, 27; I
Procope, Les édif., III, .">. Ce texte esl d'un grand intérêt. Il fournil l'état compara lil
des défenses a> inl el après leur r nstruction
par ordre de Justinien. En outre, il précise que ce fuient l'industrie el la science des nieurs perses qui forcèrenl à entrepren immenses travaux. Enfin, ce même chapitre el tes divers passages cités dans les note \ , .") ci-dessus, donnent 'les détails très pré cis sur le nom des diverses parties 1 onstitutives des forteresses du i\|»' nouveau, leurs dimensions relatives cl leur rôle durant 1 1 de fense.
Caussin de Perceval, //1-'. dt < I t. lil p. i3i éd. 18A8
Vhoulféda, Ext. des Hisl.ara
Tonr de Karalc, d'après une photogra;j|iie inédite de M. Mauss.
des Croisades les ingénieurs militaires cl les troupes de sapeurs el de mineurs au service des Musulmans étaienl recrutés en Perse. Enfin, j'observerai que les enseignements par la tradition si fidèlement transmis en Orient s'appuyaienl encore au \n" siècle sur des exemples célèbres de forteresses anciennes. ( l'étaient Byzance , Édesse, Dara, Nicée(1), Antioche, Ascalon, dont les enceintes ou les châteaux remontaient à la période où triomphait l'école iranienne el qui perpétuaient sa doctrine et maintenaient sa suprématie.
Je ne m'étendrai pas davantage, n'ayant eu pour dessein que de montrer les caractères, la source et la continuité d'une tradition vivace en Orient à l'époque des premières croisades, el j'appellerai l'attention sur les places de guerre relevées ou construites en Syrie par les chefs chrétiens. A mon avis, elles sont les derniers el puissants maillons de la chaîne qui relie l'architecture militaire de la Perse ancienne ta la fortification du château Gaillard et, d'une manière plus générale, à la poliorcétique européenne du XIIIe siècle '.
publies par M. fteinaud, p. 273, lin vérité, Âboulféda emploie le mot de kurde comme Ousama celui de Khokkassanlen quand il parle de la race des ingénieurs militaires el de leurs soldats. Mais le Kurdistan et le Kliokhassan faisaient partie intégrante de la Perse et n'eurent jamais d'autre civilisation que celle de la Perse.
La réputation des constructeurs iraniens a été si bien établie de tout temps dans les pays musulmans cpie, de nos jours encore e1 malgré le sentiment de haine qu'ils éprouvent à l'égard des chiites, les Turcs n'utilisent que des entrepreneurs et des maçons persans. Viissi bien, en Espagne (voir ci-dessus p. .'i.">(>, n. 11, p. 358, n. 1 , et ci-dessous, p. 3 ( > 7 . n. 1), en Algérie, au Maroc, aux Indes, depuis l'hégire, c'est l'architecture persane qui s'rsl propagée en même temps (pie l'Islan?.
111 Voir ci-dessus, p. 35a a 3.").').
' M. liev, qui a étudie les châteaux Francs
de la Syrie dans un excellent ouvrage que j'aurai l'occasion de citer souvent, émet l'avis que les (imisés s'inspirèrent des fortifications
byzantines et arabes (p. 1 ■>, a 16). Sur le pie inier point, il esl d'accord ave< M. de Krieg
(voir ci-dessus , p. 344, n. a , puisque c'est 1 des emprunts faits :i l'an hitecture militaire des Byzantins que ce dernier auteur attribue
l'évolution de la poliorcétiqi uropéenne an
xin* siècle. Mais, comme les ingénieurs byzan lins ri lien! tributaires de le Perse voir < i dessus, p. .').")•! a 35g , c'est encore .i I Iran que revient l'honneur de l'avoir inspirée, De mon cc'iie, j'ai montré qui- I action de Byzance fui considérable, m. ils je pense qu'elle concurremment avec l'action dire» te de In Perse el dans le même sens. J'ajouterai que M Rpj reconnaît lui-même que la Perse ne fui pis étrangère à cette évolution , en nnnon anl que les Templiers suivirent de très pics les II icés
Parmi celles dont il reste des vestiges, les plus anciennes remontent à 1 i35(1). Rien que la tradition des écoles qui avaient donné le château d'Arqués y soit encore apparente, on sent, au tracé des enceintes, au Manquement efficace des courtines, qu'un esprit nouveau inspire les constructeurs. L'influence de l'architecture militaire héritée de la Perse est déjà manifeste. Comme au temps des empereurs de Byzance et des successeurs de Mahomet, elle s'est imposée par l'exemple, l'émulation, la nécessité et aussi par les ruines des forteresses antiques sur lesquelles s'appuient la plupart de ces ouvrages, souvent même par les parties des forteresses anciennes qui ont été restaurées et incorporées dans l'ensemhle nouveau. En moins d'un quart de siècle, la rénovation est complète. C'est ainsi que, du Bordj Safita (fig. 23), des châteaux de Karak (fig. 20), de Banias(2), de Beaufort ou de Chekif et des sires de Saône, on aboutit par degré à ceux de Margat, de Torlose (fig. 9, 21), d'El-Hosn (fig. 9, 11,22), plus connu sous le nom de Krak des Chevaliers, et à d'autres moins célèbres'3). Certes, ils diffèrent les uns des autres, suivant qu'ils se rapprochent ou s'éloignent davantage du type occidental ou oriental ,
arabes. Il est en effet établi que les Arabes deS\ric , dès le début de la conquête , avaient attaché a leurs étals-majors des poliorcètes iraniens (voir ci-dessus, p. 35g à 36 1, et ci-dessous, |). 3y3). (1' A enjuger par le château de Bézan, auquel Raoul de Caen consacre un chapitre entier de sa chronique (R. de Caen, Faits et gestes du prince Tancrède), les châteaux bâtis en Terre- Sainte au commencement duxn' siècle étaient d une architecture très primitive et rappelaient les châteaux européens de la même époque (voir ci-dessus, p. 335 à 34 1). Ils se réduisaient à un donjon sans importance entouré d'un fossé et parfois d'une ligne de palissades. C'est dans les quatre forteresses qui entouraient Ascalon, et qui fuient construites entre 11.37 et ll4-° environ, que les Chrétiens semblent avoir donné pour la première fois la mesure de leur
talent. (Colonel Delair, /. c. , p. 433 à 435.) (2) Pris par les Croisés en i i3o, repris par les Musulmans en 1 i65. On trouve dans cette superbe forteresse la majeure partie des améliorations caractéristiques des châteaux assyrioperses : tours puissantes, très saillantes, avec mâchicoulis et talus de pierre. Elle a été décrite par M. Max Van Berchem, â qui l'on doit, après M. Rey, d'excellentes recherches sur les châteaux francs (Bulletin de l'Union syndicale des architectes français , juillet 1897, p. 260). 3' Sur les forteresses citées on possède les renseignements suivants, relevés la plupart par M. G. Rey dans les Historiens arabes des Croisades ou dans des chartres dont il donne le texte aux notes justificatives (Etude sur les monuments de l'architecture militaire des Croisés en Syrie). Je lui emprunte, en les simplifiant beaucoup
LE CHATEAl GAILLARD.
mais tous possèdenl des caractères communs qui lesfoni rentrer dans une même famille el les distingiienl des forteresses occidentales de la
el en les arasant, pour chaque enceinte, audessus des fondations, les pians de la citadelle de Safita, de Tortose et d'El-Hosn qu'il a bien voulu m'autoriser à reproduire :
Bordj Safita ou Chastel Blanc. — Le tracé elliptique de la première enceinte el la succession des lignes de défense rappellent de tous points les forteresses anciennes. Ces dispositions remontent au milieu du \n' siècle, ainsi, du reste, que la chapelle, qui est une réplique de celle de Karak. Le château fut pris en 1167 par Nouredin, et endommagé en 1202 par un tremblement de terre. Il fut restauré aussitôt après, sans subir de modifications notables (Pour plus de détails sur ce château, qui est d'un grand intérêt pour établir la filiation des forteresses franques, voir ci-dessous, p. 38'!, 383, et Rey, p. 85 à 92, un plan, pi. IX);
Château de Karak (fig. 20 reproduite d'après une photographie originale de M. Mauss, architecte du Ministère des Affaires étrangères). — Bâti en 1 1 5a , pris en 1 1 88 par Saladin , après un siège de deux ans (Rev, p. i34 et 1 35 ; un plan, pi. XIV);
Château des sires de Saône. — Pris par Saladin en 1187. De la même époque que le château de Karak (Rey, p. 112, 1 1 3 ; plan, p. 107, fig. 3î, et pi. XII);
Château de Beaufort. — Pris sur Chehabeddin en 1 1 3g. Réédifié ou réparé aussitôt après et assiégé en 119a par Saladin (Rey, p. l35, i36);
Château de Margat. — Acquis par les Hospitaliers en 1286, assiégé sans succès par Saladin deux années après, habité par Richard Cœur de Lion en 1192 — le fait esl très intéressant à noter — et pris par l'émir Phareddin en ia85. Au style de la forteresse el de la chapelle, on ne saurait se tromper : Margat est de l'époque de Karak, du Bordj Salit a . de
Tortose et de Noire Dai le Tortose. L'ai cord
est d'ailleurs unanime à 1 e sujet Rey, p ifi el •>.-; De Vogué, Les églitei ,1 Terre Suint,-. p. '..)- ), Comme au Krak des Chevaliers, il a été fait au château de Margat des restaura tions de <lei.nl et des adjom lions sans impor lance | Rey, p. 20 à 38, flg. I a S; pian, pi. Il ; élévation à l'état actuel , pi. III : ,
forteresse (le Tullosc. Bâtie Mil 11 -
ruines d'une forteresse byzantine. Renan, Mis sion de Phënieie, campagne d'Âradus. Cetti réédification doit être placée entre u4o el
1 1 f)o au plus lard, iiinsi que l' atteste l'église comprise dans l'enceinte. En toul cas, les Teni pliers étaient installes a Tortose en 1 i83 el \
bravèrent, quelques ai s plus tard,
de Saladin. Il est a remarquer que Tortose a éle épargné par Imis les tremblements de terre
(Rey, ()() à 8'? , ûg. 01 a ■>..'>, el un plan , pi. \ III ;
DeVogûé, Les églises de Terre Sainte, p. 267); Krak (les Chevaliers [Kalaat el Hosn, châ teau des Kurdes). — Forteresse lies impoi tante, construite parmi gouverneur de Damas au début de la première croisade. Ibn Ferat, Aboulfeda et Yacout sont prodigues de rensei gnements à son égard. Prise vers 1 125 par les
Croisés, cédée en 1 1 'i> auï Hospitaliers, reconstruite par l'Ordre, assiégée sans succès pai Nouredin en 1 163 et en 1 iii."). et par Saladin en 1188. On v ressentit les tremblements de terre de ii'>7 et de 1202. Elle tomba aux
mains des Musulmans en 1 > 7 1 M. Rev estime
ipie la forteresse, eu son état actuel, iv 11
leraii peut -être à iao3ou i2o4i< esl à-dire qu'elle serait postérieure au dernier tremblement de terre. J'hésite .1 partagi 1 s. m ,n is. On
I ic ni affirmer du ins que la 1 hapelle ne soûl
frit guère du tremblement de terre de 1 102, car elle esl dune époque ires voisine des ma numents religieux de Karak, de Margat, de
44 M. D1EULAF0Y. [364]
même période : caractères spécifiques si nets, si particuliers, si constants, que leur nouveauté, leur persistance et leur répétition ne sau-
Fig. 21. — Plan du château de Tortose, d'après le baron Rey. Echelle uniforme des plans : 0,001 pour 2 mètres.
raient être fortuites. J'entends parler encore du Manquement intégral, de la multiplicité et du rapprochement des enceintes, des tracés
Safita, dont la date est certaine. N'en fut-il pas de même des fortifications ? On dut fermer les crevasses, reconstruire les couronnements ébranlés, y apporter des modifications; mais, dans son ensemble, la place fut sans doute respectée. J'assignerai à cette construction une date rapprochée de celle du premier tremblement de terre. En tout cas, les travaux devaient être fort avancés quand Nouredin vint mettre le siège devant le château en 1 1 63 et
en 11 65. L'acharnement de ce prince et de Saladin à s'en emparer et leurs insuccès témoignent même de l'importance de la place et de la perfection des défenses à cette époque. N'aurait-on pas été trompé par des constructions isolées et par des réparations qui sont, en effet, d'une époque postérieure à la fortification? (Rey, p. 3g à 67, lig. 5 à 19; plan, pi. IV; élévation et coupe, état actuel et restauration, pi. V, VI et VII.)
elliptiques, delà succession savante des obstacles et des couverts, du chevauchement et de la défense des portes, des ouvrages avancés ' . des mâchicoulis de pierre ou de brique p), des talus de pied (fig. 9, 1 1, 21, 22, 23), et enfin de la liaison et de l'indépendance si bien combinées des organes, qu'ils les font concourir à la défense commune et permettent pourtant à une garnison opiniâtre de continuer la résistance après des assauts heureux ou des entreprises victorieuses. Or t ous ces caractères qui appartiennent en propre aux ouvrages construits par les Perses ou sous l'influence de la Perse par les Byzantins sont précisément ceux — on ne saurait trop y insister — <pii différencient des types européens antérieurs au xnie siècle le château Gaillard, ce parfait modèle de la nouvelle architecture militaire.
Bien que, dans le cas présent, je n'attache pas une importance décisive à des détails chronologiques, étant données l'étendue et la solidité des arguments allégués en faveur de la filiation orientale du château Gaillard, il reste pourtant à montrer qu'aucune objection ne peut être tirée de la date comparative de sa fondation et de celle des châteaux francs. Il suffit de rappeler que Richard roui de Lion termina les travaux de défense des Andelys en 1 198, qu'on ne signale en Occident aucune amélioration ou réforme sérieuse avanl 117Ô(3', tandis que parmi les châteaux lianes de la Syrie dont les
(l) On trouve dans le château des sires de Saône, dans ceux de Safita, de Margat, de Kalaat-el-Hosn les ruines d'ouvrages avanies analogues à ceux des châteaux assyriens (voir ci-dessus, p. 35o, et fig. i3) et à celui du château Gaillard.
:' 11 est intéressant d'observer qu'outre le type des bretèches sur corbeaux , qui deviendra d'une application générale en Europe dès la lui du xi 11' siècle, le Krak des Chevaliers, ainsi du reste que leBordj Salita (voir ci-dessus, p. 363, et ci-dessous, p. 38a et 383), comporte sur la
tour du saillant oriental de la deuxième enceinte un exemple de mâchicoulis portés *m des piliers naissant du talus de pied, moins parfaits, mais analogues j ceux du donjon du château Gaillard [fig. 6, 7, et ci-dessus, p • 11 332). Ce modèle ne se rencontre pas dans les forteresses du type perse qui subsistent en Orient , mais on le trouve dans des ouvrages très anciens laissés en Espagne par les Musulmans (voir ci-dessus, p. 356, n. 1 , el >\ dessous, p. 367, 11. 1) et qui en attestent I origine 1 Voir 1 i-dessus, p. 3 15 à 3 ia.
ruines attestent un si haut degré de perfectiois il en est qui remontent au troisième et même au deuxième quart du xn' siècle, c'est-à-dire
Fie. 11. — Plan du Krak des Chevaliers, d'après le baron Rey. Echelle uniforme des plans : o,"ooi pour 2 mètres.
à l'époque, je le rappelle une fois de plus, où l'Europe n'avait pas réalisé de type meilleur que celui du château d'Arqués*1'.
En définitive, à moins d'admettre que, par un concours de circonstances extraordinaires, les Chrétiens débarquant en Palestine — ces Chrétiens que les chroniqueurs s'accordent à représenter comme des ingénieurs ignorants'2' ■ — y aient apporté les principes et les éléments d'une poliorcétique étrangère à l'Europe et usuelle chez les peuples
(1) Voir ci-dessus, p. 3()2, n. 2 et 3. — '2) Voir ci-dessus,, p. 062 , n. 1 .
contre lesquels il allaient combattre, on est bien forcé de conclure à une influence s'exerçant de l'Orient vers l'Occident. La vérité est que les Croisés avaient vu la supériorité de leurs adversaires dans la disposition et la défense comme dans l'attaque des places de guerre. Ils ne l'avaient pas niée, ce qui eût été vain; ils n'avaient pas copie sans comprendre, ce qui eût été servile; mais ils avaient recherché les lois de la puissance militaire des forteresses syriennes, ils avaienl su en observer le développement et, après les avoir découvertes , ils les avaienl appliquées dans les données de leur propre tradition. C'esl l'histoire de tous les progrès féconds. Aussi bien, comme ils avaient eu des devanciers, les ingénieurs des châteaux francs trouvèrent-ils des successeurs. De ce nombre, seront Philippe d'Alsace, dont il sera parle plus loin, Richard Cœur de Lion, qui adonné lieu à celte ("Inde, ainsi que les rois de Castille et d'Aragon, qui apprirent directement des envahisseurs musulmans les principes de la poliorcétique orientale '. On en revient ainsi à constater par une voie nouvelle l'action des Croisades sur la civilisation occidentale au xnc et au xin' siècle; action si flagrante, si légitime du reste, que l'on aurait mauvaise grâce a la nier. Comment admettre que cette immense horde composée de soldats, d'artisans, de clercs curieux, intelligents et dont l'esprit était encore aiguisé par de longues pérégrinations, n'ait pas profilé de ses contacts avec des nations qui avaient hérité des trésors de l'Asie? Les voyages forment lajeunesse, même celle des peuples. Enfin les guerres heureuses ont des vertus spéciales. Elles sont un stimulant d'une violence favorable, produisant une exaltation de nos forces morales, et
;1 Le roi don Alfonse \ I , le mi <lu (id (fin d'Avila , les seules qui aient été respectées, sont
du si' siècle), chassé do ses états par son frère postérieures à la date donnée. La tradition n est
i Ion Sanche le Fort, se réfugia chez les Maures pas moins fort instructive, car elle témoigne de
et \ étudia la construction de L'Alcazar de To- la profonde impression produite sur le peuple
lede. De retour en Castille, il s'inspira des mo- par les places de guerre musulmanes et montre
dèles dont il avait admiré la puissance pour forti- que les arts mtidéjars comprirent au premier cliel
RerSegovieetAvila.il y a sans doute une part de l'architecture militaire voir ci-nlessus, p. 356,
légende dans cette tradition, car les murailles u. n, p. 358, n. i, p. 35g, n.8, p. ->ii.">. n- a
48 M. D1EULAF0Y. [368]
deviennent dos agents de régénération. L'Egypte après L'expulsion
des Hycsos, la Grèce victorieuse des Perses, Rome au lendemain des "lierres puniques, les Arabes tant que dura l'impulsion de la conquête, l'Espagne libérée du joug musulman, traversèrent des périodes de prospérité intellectuelle et matérielle en partie dues à un effort immense couronné de succès. Les Croisades eurent sur la préparation de notre merveilleux xnie siècle une action analogue.
D'ailleurs, si Ton pénètre d'une manière plus générale dans le domaine militaire, les preuves directes abondent, et souvent bien inattendues, des progrès accomplis par les Croisés à l'école des Orientaux. Devant Nicée, devant Antiocbe, devant Tyr, les Chrétiens se sentent en un tel état d'infériorité qu'ils soudoient des indigènes. Tel est l'Arménien Hadevic, qui construisit et dirigea les machines employées au siège de Tyr(l). A ce trait, on reconnaît bien les mêmes hommes qui, dans les premières années de la conquête, élevaient les places de guerre dont les chroniqueurs nous laissent deviner la faiblesse et les vices (2). Mais un siècle se passe et les héritiers de ces Croisés, arrivés ignorants et novices en Terre-Sainte, ont profité si bien des enseignements de l'Orient, qu'ils surpassent leurs maîtres et deviennent des ingénieurs consommés dans toutes les branches de leur art (l). Ils acquièrent une telle habileté, même dans la fabrication des armes de jet, que la cavalerie musulmane refuse le combat partout où paraissent les arbalétriers de Richard Cœur de Lion et de saint Louise C'est encore de leurs adversaires que les compagnons de Godefroy
111 Guill. de Tyr, Histoe. , t. 1, p. 56g, 570. arcs turquois (voir ci-dessous, p. 369, n. 1).
(,) Voir ci-dessus, p. .'>(>•!, n. i. Enfin, dans le chant Y (vers .^78), le même ' Guillaume le Breton, dans le cliant II chroniqueur, en parlant de la mort de Richard de sa Philippide, affirmé <|iie les machines à Cœur de Lion tué d'un trait d'arbalète (voir cilancer des pierres sont de la fin du XII" siècle dessus), fait même dire à la parque Atropos et furent imitées des modèles turcs. Le même que c'est ce prince qui répandit en Europe auteur ajoute (11, vers 3i(i, .'5i8) qu'il en fut l'usage de ces armes meurtrières, de même des arbalètes puissantes. Il veut dire '*' Bataille d'Ai/.ouf et première bataille de sans doute qu'elles lurent perfectionnées au Mansourah. moyen de dispositions empruntées au\ célèbres
de Bouillon et leurs successeurs reçoivent la maille fine ' el l'équipement léger, dont le nom casâgkend passa dans celui de qazigan '. Car les historiens orientaux et occidentaux des Croisades, d'accord avec les monuments, ne signaient pas seuls les emprunts: le vocabulaire s'enrichitde désignations ou de qualificatifs qui deviennenl à leur tour de précieux éléments d'information. Tels sont ces noms de barbacane®, d'engin turc, de mangonneau, de pierrière turque, d'arc turc, de maille sarrasine , àegazîgan, qui entrent dans la langue en même temps que se généralise, l'usage de l'ouvrage ou de l'objet que les mots représentent1^. C'est des Orientaux aussi et des cavaliers indigènes qu'ils
enrôlent, les Turcopoles®, que les chrétiens appre ni la tactique
mobile qui se perpétua jusqu'au jour où les progrès des armes de jet forcent à couvrir l'homme et sa monture d'armures de plate '' . \u\ Persans encore, les Croisés sont redevables de quelques rudiments
m Les mailles légères furent données parles
Croisés à une partie de la cavalerie. (Guill. le Breton, p. 0,5, A; Guill. de Tyr, Hist. oc. , t. I, p. 38o, 582 ; Eracles, Hist. oc., l. Il, p. 11)7, 3' version.) Elles provenaient soit du butin fait sur les Musulmans (Guill. de Tyr, ibid. . \i. 1 <>/|.'5, io4A), soit d'achats directs faits aux armuriers turcs ou persans. C'est d'eux également qu'étaient acquises des lames de Damas. A ce sujet, j'observerai que ces armes célèbres étaient originaires de la Perse, fabriquées pour la presque totalité en Perse et toujours avec de l'acier persan. Les Arabes n'avaient même pas de mot pour désigner l'acier et durent emprunter aux Persans le mot poulad, qu'ils prononcèrent/oaW. [Journal asiatique, vol. I.\l\ . série 5, t. III, p. 67; Depping, Histoire du
commerce en Orient.)
{-] C'est encore un mot d'origine persane
employé par Ousâma. Ou te trouve égale ui
avec le même sens dans Beba-e 1-Din [Hist. or., I. III, p. 029). Peut-être « casaque » dérivet-il à son tour de gazigan ou casigan, à moins
qu'il ne vienne de Cosaque, comme cravate,
I usine, polonaise et tant d'autres vêtements
viennent du nom des peuples chez i|ni l'us ige
en est général. Vu \vi' siècle, en Fn
saque» désigne le manteau militaire des ■ ; 1 \ : • liers. D'à 11 ire part, à cette époque, les Cosaques h \ étaient p.is encore 1 la mode.
Voir ci-dessus, p. 3d4 , n. 2 , et ci dessous, p. :'.-•!, a. 2.
Viollel le Duc, I) ri.. t.I,p .Vu.' : /» du moi., au mot Arc, p. î.'i .1 16.
' Les Turcopoles, dont le nom revii cesse dans le récit des combats el des sièges, sniii des cavaliers • qui vel nutriti apud lui cos, vel de matre cluïstiana, pâtre tun creanturi (définition de Raymond d'Aguilers , liv. I. ch. vu).
" A la bataille d' ^scalon . les Chrétiens
manœuvrèrent coi e les 1 iwaliei s indi
très nombreux d'ailleurs dans leui s ran
donl ilsavaient adopté l'arm légère. Guill.
de Tyr, '. c, p. 58a; voir ci dessus, n. 1 et 1
f)0 M. DIEULAFOY. [370]
de stratégie (1) que ceux-ci tenaient des Romains ou des Byzantins (2). Ils se les assimilent avec succès et, le peu de temps qu'ils les pratiquent, ils gardent en Europe la supériorité, parce qu'au dire des contemporains ils s'étaient instruits à l'école des Sarrasins (3). Enfin, c'est, par milliers que les étalons et les juments ayant servi à remonter les chevaliers, leurs écuyers ou leurs sergents sont chargés sur les navires à destination de la France et de l'Angleterre ('''. Ils y parvinrent en si grand nombre que, pour un temps, la race chevaline fut transformée et acquit les qualités de rapidité et d'endurance à la fatigue que les Croisés prisaient si fort dans les montures de leurs adversaires. Entre 1170 et 1270, les textes historiques ou littéraires représentent les chefs de guerre recherchant de préférence à tous autres les palefrois et les destriers arabes (arabis), et décrivent avec fidélité les caractères distinctifs de la race (5).
Dans le cas actuel, ces témoignages ont d'autant plus d'importance que Richard Cœur de Lion, dont l'intelligence était très ouverte, profita plus que tout autre de son séjour en Palestine pour perfectionner son éducation militaire. H avait discerné, dans l'équipement et la tactique, les points où ses ennemis l'emportaient sur les Européens et compris les progrès immenses accomplis en Orient par les Chrétiens (6>. Le monarque qui avait vaincu les Musulmans en leur
(l' A la bataille d'Antioche, la cavalerie de avait acheté à Chypre un palefroi arabe nom
Kerbogha, sultan persan de Mossoul, exécuta son usage personnel, remonta ses chevaliers
une sorte de mouvement tournant. (Guill. de en chevaux syriens. [Itinerarium , publ. anglaise,
Tyr, /. c, p. 269, 270.) p. 109, uoi, 27^; Math., Paris, ibid., \. Il,
'■'1] Ammien Marcellin. Wlll , 6, comp. avec p. 35; Eracles, Hist. oc., t. If, p. ig5, 196,
\\ III , 6, 8. 2' version.) A la suite de la première croisade,
{1) Henri Huntingdoniensis, Hist. franc., plusieurs milliers de chevaux arabes furent em-
t. \HI, p. 23, D, E. barques et arrivèrent en bon état en Europe.
" Comme les mailles légères (voir ci-des- '5) Jérusalem délie., ch. H, v. îi-jo; Chanson
sus, p. 368, n. 1 et 2), les chevaux prove- d'Antioche, t.. I, p. 222, v. i83; t. II, p. 58,
liaient du butin ou d'achats. Richard Cœur de v. g63 et 9G8 r Guy de Bourgogne, v. 2326
Lion, qui en captura plus de 3, 000 en 1192 et 233g; Canso (édit. Meyer), t. I, v. 3i42.
(Kemal-ed-Din, Hist. or. , t. III, p. 636,63g; 58o5, 6976, 7037 a 70,40,8793, Beha-ed-Din, ibid. , t. III, p. 3o8, 5og) et qui '"' On sait qu'il séjourna dans une forteresse
empruntant leurs armes, leurs montures ' et leurs manœuvres (2), le capitaine qui favorisait la désertion des gardes de Saladin, qui en avait formé un escadron et lavai! embarqué pour l'Europe afin d'en constituer le noyau de sa cavalerie légère ' , élail homme a reconnaître la supériorité de la poliorcétique orientale et à marcher résolument dans les voies ouvertes en Terre-Sainte par les chefs croises ses prédécesseurs.
Telle fut l'origine de la citadelle des Andelys. Quoique née sur les bords de la Seine et enfant légitime d'un Européen, la fille de Richard Cœur de Lion avait été conçue en Orient el portée par une mère de race perse.
Je n'entends pas soutenir que l'adversaire de Philippe Auguste ail été le premier et le seul capitaine qu'ait frappé le mérite spécial des places de guerre syriennes ou palestiniennes. A l'époque où reporte cette étude, les Croisés, je viens de le montrer, avaient auprès d'eux des ingénieurs chrétiens qui remportaient rie beaucoup en sagacité, en intelligence, en science sur les maîtres orientaux dont ils s'étaient approprié l'esprit et la méthode. Je ne prétends pas non plus que Richard Cœur de Lion ait été le premier ni le dernier à faire profiter l'Europe d'une expérience acquise en Terre-Sainte, ni que le château Gaillard ait été l'unique pivot autour duquel ail évolué l'architecture militaire au xnr siècle; je parlerai bientôt de l'un de ses précur-
franque très remarquable, celle de Margat S) Le lait esl 1res peu connu, mais il n'en
(voir ci-dessus, p. 36?. , n. 3). parait pas moins certain. La mention se trouve
' Les chroniqueurs louent tirs fort Richard dans la partie des brades que M. de Mas Latrie
Cœur île Lion d'avoir, «lès sou année en Terre a publiée sous le nom de Chronique d'Ernoul
Sainte , adopté l'armure légères et tes arbalètes el à laquelle on reconnaît une grande valeui
puissantes de ses adversaires et d'avoir remonté historique. Après avoir raconté qu'il enrôlait à
ses cavaliers en chevaux arabes. (Eracles, Hist. prix d'or les déserteurs des gardes de Saladin,
oc, t. II, p. 197, 3* version; Guillaume le Bre- l'historien ajoute : «Il lui aucune l"is que le
Ion, Philippidc, cliaul \ ; el ci-dessus, p. 368, Rei .i\ ;i i i des Mnmelos bien trois cens, dont il
n. \.) mena o lui bien ceul el vingt M.itie I OS Outre
<'!> A la célèbre bataille d'Arzouf, livrée contre merquand ils'en parti decesl pays. • Eracles,
Saladin. (Beha-ed-Dm, l. c.,p. 56o,56i.) Hist. oc, t. II. p. i g 6, 3* version.)
seurs(1), et on citerait sans peine des exemples plus anciens et surtout plus récents qui attestent des progrès de détail indépendants de ceux accomplis aux Andelys. Je veux dire seulement que le monarque anglo-normand, mieux inspiré, plus audacieux ou plus clairvoyant que les ingénieurs occidentaux de son époque, saisit et appliqua mieux aussi les principes de la poliorcétique orientale adoptés et propagés en Syrie par les Croisés et donna d'emblée un type accompli que d'autres réalisèrent après de nombreux tâtonnements. C'est ainsi que l'entreprise où n'avait qu'à moitié réussi Philippe d'Alsace, quand au retour des croisades, en i 1 78, il perfectionna les défenses de son château de Gand , Richard la reprit vingt ans plus tard dans des conditions meilleures et y réussit (2).
J'ajouterai enfin, comme conclusion et par voie de conséquence, que découvrît-on même à l'ingénieur du château Gaillard des émules ou des prédécesseurs à sa taille, il n'en resterait pas moins établi que
1 Philippe d'Alsace, comte de Flandre, dont je décrirai le château ci-dessous, p. 370. 's' Des 1175, ainsi qu'on l'a remarqué (p. 33g et suiv.) , l'influence orientale se trahit , mais hien timide et bien localisée en tout cas. Après Richard et à son exemple, Philippe Auguste et surtout saint Louis et Philippe le Hardi firent, au contraire, de larges emprunts à l'architecture militaire de la Syrie ou de l'Egypte. On peut citer les travaux de défense exécutés sous le règne de ces princes à Blois, Angers, Saintes, Carcassonne (voir ci-dessus, p. 34o), Rouen, Honfleur, Avranches, Aiguës- Mortes, lien lut de môme en Allemagne, en Flandre, en Angleterre, tandis que l'Italie et l'Espagne (voir ci-dessus, p. 356, n. 11, et p. 358, n. 1) furent tributaires en partie de l'Europe et en partie de leurs voisins musulmans. Mais un trait plus saillant, signalé par Krieg dans la fortification allemande (voir cidessus , p. 344 , n. 3 ) , est l'emploi d'un mot d'origine arabe, barbacane, pour désigner aussi un
ouvrage emprunté à la fortification orientale. C'était, suivant les cas, un retranchement provisoire de forme circulaire, ou une tour très puissante. Saint Louis fit usage de ces retranchements provisoires en Orient, après la bataille de Mansourah ,pour protéger la retraite de son armée et passer un bras du Nil [Mémoires de JoinviUe , publ. par Francisque-Michel , Paris, Didot, i858) et il établit au contraire une barbacane à demeure, d'abord à Carcassonne, puis à Aigues-Mortes. Dans cette dernière ville , elle faisait partie d'un plan primitif qui lut exécuté, sans doute avec des modifications notables , sous le règne suivant ; mais elle fut néanmoins conservée par l'ingénieur de Philippe le Hardi : c'est la tour de Constance. (On trouve le mot de « barbacane » dans le Roman du Rémi rt , t. Il, p. 327, v. i8495; — il y a le sens d'« ouvrage provisoire», tel que celui exécuté par saint Louis en Egypte ; — et dans la Geste de Garin , puis dans la Mort d'A ymeii de Nurbonne , p. 728, avec le sens d'« ouvrage à demeure».)
la rénovation de l'architecture militaire au \in' siècle sérail duc en principe à des méthodes et à des formules d'origine perse que les Croisés s'étaient appropriées et dont ils avaient tiré un parti remarquable.
Et j'insiste sur le mol rénovation, car il ne s'agil dans ma pensée que d'une transformation en mieux, el sur le mot perse, parce qu'en vérité l'Iran est bien le pays d'où vint le ferment primordial particulier, essentiel, de cette transformation el aussi parce que l'architecture militaire déclinait, au lieu de prospérer, depuis que 1rs Arabes et les Turcomans dominaient sur la Syrie el la Palestine.
Il semble qu'une forteresse aussi savante et aussi robuste que le cbâteau Gaillard ne dût jamais succomber. Au moyen âge, où la portée et la puissance des armes de jet étaient limitées, une place assiégée n'était pas, en effet, une place prise. Mais de tout temps il en a été ries murailles comme des armes défensives. Elles ne sont efficaces que si les soldats sont assez habiles, assez braves, assez Forts pour profiter de leur aide. Ce ne sont pas les remparts qui protègent les hommes, mais les hommes qui protègent les remparts, a dit Strabon.
Tant que vécut Richard, le roi de France se garda d'acheminer ses troupes vers les Andelys. Il eût couru à un échec, el il en avail pleine conscience. Mais la Normandie étant échue à Jean sans Terre, Philippe Auguste résolut d'enlever le château Gaillard et ne tarda pas à se présenter sous ses murailles. Bien que le récit du siège ne semble pas rentrer dans le cadre de cette étude, j'en signalerai les grandes phases pour les enseignements et à cause des preuves que Ton en peut tirer.
Les premiers efforts de Philippe Auguste se portèrent sur les ouvrages extérieurs. Défendus par un chel el une garnison courageuse, mais imprévoyante, ils tombèrent tour à tour entre les mains de l'armée royale. Lue flottille rompit Testacade qui haïrait le cours de la Seine, se rendit maître du pont fortifie jeté à l'aval, tandis que les troupes de terre occupaient les Andelys, prenaient le château de Radeponl, dont la garnison eût inquiété les fourrageurs, Investissaient enfin la forteresse et parvenaient à l'envelopper dans uwc ligne de cir-
convallation. Philippe Auguste espérait en avoir raison par le blocus, et il le maintint en ell'et durant l'automne et l'hiver de 1 2o3.
Beaucoup d'habitants du Vexin normand s'étaient réfugiés dans les Andelys. Roger de Lacy, connétable de Chester, qui commandait la place, voulut se débarrasser de ces bouches inutiles. Deux bandes de cinq cents personnes chassées de la forteresse traversèrent les lignes françaises. Alors il rassembla ce qui restait d'hommes, de femmes et d'enfants jugés impropres à la défense, au nombre de douze cents environ, et « leur donna licence d'aller où ils voudraient ». Repoussés par les assiégés et les assiégeants, les malheureux se répandirent dans la zone libre entre les fossés et la ligne de circonvallation. Philippe Auguste se montra impitoyable, parce qu'il espérait que le spectacle de tant de maux attendrirait Roger de Lacy et le forcerait à partager ses provisions de siège. La dureté du connétable déjoua ses calculs. Au mois de février 1 1 o!\ , la moitié des expulsés étaient morts et la garnison , grâce à ce sacrifice ou à cette exécution, avait encore des vivres pour plus d'une année. Prolonger le blocus jusqu'à leur épuisement était une opération irréalisable. D'abord les chevaliers qui avaient dépassé le temps de leur service féodal et les troupes à pied se fussent débandés, puis il y avait à craindre les tentatives de Jean sans Terre pour secourir la place. Une première fois, les Français avaient culbuté les troupes envoyées par le successeur de Richard; seraient-ils en état de renouveler cet exploit, laisseraient-ils au duc de Normandie le loisir de rassembler une armée plus nombreuse? 11 fallait bien se décider à entreprendre un siège en règle.
Philippe Auguste prodigua l'argent, octroya des terres et des privilèges, enrôla des routiers et commença les travaux d'approche. La première attaque fut dirigée contre l'ouvrage triangulaire, le seul abordable. On aplanit le sol, on creusa un réseau de tranchées délilées des projectiles de la place, où les assaillants circulaient à l'abri d'une palissade de claies et de pieux unis par des osiers flexibles. Pendant ce temps, les charpentiers construisaient des pierriers et des mangon-
neaux, ou élevaient avec des troncs de chêne à peine ébranchés des beffrois gigantesques ayant un commandement sur les courtines. Philippe Auguste, qui avait appris la poliorcétique à la même école que Richard, avait bien vite découvert le point faible de la place el dirigeait les opérations avec une méthode el une science que son ancien adversaire lui eût enviées. Aussi bien, tandis que les pierriers el les mangonneaux amenés sur le glacis démantèlent les hourds du saillant et que les projectiles lancés de la plate-forme des beffrois chassent lès défenseurs, les assiégeants préparent la descente du fossé et s'établissent dans Yangle mort et le secteur privé de projectiles que lîichard avait eu l'imprudence de laisser suivant la capitale de l'ouvrage triangulaire (fig. a)'1'. Mais, quand ils veulent escalader l'escarpe, les sapeurs s'aperçoivent que les échelles sont trop courtes. Sans se décourager, ils taillent des gradins dans le roc, s'installent sur une mince risberne ménagée au pied des maçonneries el s'attachent à la hase de la tour. Quelques jours plus tard, ils mettaient le feu aux ('tançons d'une chambre de mine préparée dans l'épaisseur de L'ouvrage; la tour s'écroulait, el sur ses ruines s'élançait la colonne d'assaut.
Les Anglo-Normands s'étaient réfugiés dans le corps de place et comptaient bien, à l'abri de sa double enceinte, y prolonger la résistance jusqu'à lasser les Français. Jean sans Terre, l'année précédente, avait fait adosser à la courtine sud-ouest un corps de bâtiment où se trouvaient une chapelle et, dans le sous-sol, une pièce « destinée à un service qui veut être accompli dans le silence du cabinet », dit le chroniqueur. Cette pièce, en contre-bas de la place d'armes, s'éclairait par une fenêtre donnant sur le fossé. Un certain Bogis, ayant avisé cette ouverture, réunit quelques compagnons déterminés et se glisse avec eux le long du fossé. S'entr'aidant, tous parviennent dans les cabinets, en brisent les portes et mènent un fracas effroyable - . Trompés par le
" Voir ci-dessus, p. 3a8, 334 . 339. l'enceinte. La chapelle esl la construction re<
<■■'> L'escalade eut lieu entre la première el tangulaire adossée n cette courtine [fig. la seconde tour de lu courtine sud-ouest de et 2).
bruit, croyant qu'une troupe nombreuse en vallit le château, les défenseurs sont saisis d'une frayeur panique. Ils s'enfuient pêle-mêle, les plus déterminés se contentent d'incendier la chapelle. Bogis et ses compagnons, protégés contre l'incendie par l'épaisseur des voûtes, laissent tomber le feu, sortent sans être inquiétés, abattent le pont qui, à travers le fossé, met en communication l'ouvrage triangulaire et le corps de place, et ouvrent le chemin à l'armée, qui occupe sans combat les courtines et les tours de la première enceinte.
Au cours des opérations où étaient tombés entre ses mains le pont sur la Seine, l'estacade, les ouvrages extérieurs et enfin le corps de place, Philippe Auguste avait déployé des qualités militaires exceptionnelles. En revanche, Roger de Lacy, bien qu'opiniâtre et vaillant, avait fait preuve d'une ignorance complète, mais du reste concevable à celte époque, des ressources de la fortification dont il avait la garde.
Dans la première période du siège, à supposer que le saillant de l'ouvrage triangulaire fût devenu intenable, si la garnison, en temps opportun, eût fait une sortie dans les fossés ou relevé la position de la mine et creusé une contre-mine, elle eût chassé les sapeurs avant qu'ils eussent déconsolidé la base de la tour. Et même , à ce moment , si Roger de Lacy eût élevé derrière la brèche une barricade intérieure et occupé les courtines et les tours, il eût arrêté les assaillants. H se contenta de se porter avec héroïsme sur le point attaqué.
Le corps de place était encore plus facile à défendre. Comment n'avoir pas condamné la fenêtre ouverte si imprudemment sur le fossé extérieur! Les sentinelles et les guetteurs postés sur les tours du sud et de l'ouest n'avaient donc pas signalé l'escalade audacieuse des ennemis? Pourquoi, après avoir commis ces deux fautes, le connétable, averti par le premier assaut, n'avait-il pas garni d'arbalétriers les courtines de la première enceinte et du réduit? Bogis et ses compagnons, enfermés dans une cour sans issue, eussent été traqués et massacrés jusqu'au dernier. Mais Roger de Lacy, comme ses contemporains, n'envisageait dans la fortification que la masse inerte des
ouvrages. Confiant dans l'épaisseur et la hauteur des murailles, ae redoutant que le blocus, il ae s'était prémuni que contre ses effets. Au lieu de renforcer la garnison <'l de choisir des soldais parmi 1rs malheureux qu'il avait condamnés à mourir de faim, il avail suivi les errements de l'époque et réduit outre mesure le nombre des défenseurs. Il disposait à peine de deux cents hommes au débul du siège. Cet effectif, trop reslreinl pour un ouvrage tel que le château Caillard, paralysait la défense à distance et forçait à "arder une attitude expectante, alors que des sorties offensives dans plusieurs périodes eussent arrêté les progrès de l'assaillant. Aide-toi, la fortification t'aidera. Il restait à renverser l'enceinte elliptique, la |>lus redoutable el la mieux tracée de la place, et à prendre le donjon. Philippe Vuguste recourut encore à la mine. Profilant de la faute commise par Richard dans la disposition de la porte et de ses abords IJ, il lait construire un chat au-dessus du pont fixe qui conduit à l'entrée du réduit. Et, tandis que les archers et l'artillerie postés dans la place d'armes et sur le chemin de ronde de la première enceinte balayent les parapets el en éloignent les défenseurs, des sapeurs s'avancent, masqués par le chat, et minent la tour voisine de la porte. Cependant les assiégés, instruits par l'expérience, tentent de s'opposer aux entreprises de l'attaque. Ils creusent une contre-mine, atteignent les assaillants el les rejettent dans le fossé. La manœuvre était excellente, mais trop tardive. La tour, déconsolidée parles galeries pratiquées à sa base, ne pouvait plus résistera des chocs violents. Bientôt une catapulte lance contre elle des quartiers de roc. Mlle se fend de toute part, crève par le milieu et s'écroule. Les français, enhardis par le succès, donnent l'assaut et ne rencontrent devant eux aucune résistance. La garnison, à qui tant de désastres ont ôté la confiance dans les ou\ rages qu elle n'a pas su défendre, ne songe même pas à occuper le donjon, el capitule. C'était le 6 mars i2o4- Malgré l'ignorance el les Fautes iiiipu-
''' Voir ci-dessus, p. 33o, 33i.
tables à Roger de Lacy, malgré la science et la valeur militaire de Philippe Auguste, le siège avait duré huit mois.
L'effet que produisit la chute du château Gaillard fut décisif. Jean sans Terre n'essaya pas de conserver les places fortes très nombreuses que ses troupes tenaient encore, et se prépara dès lors à évacuer la Normandie. Quant au roi de France, il s'empressa de fermer les brèches, mais il n'apporta pas de modification aux ouvrages restés debout. Il se contenta de supprimer le pont fixe sur lequel ses troupes s'étaient établies pour miner l'enceinte du réduit.
Les Anglais occupèrent de nouveau le château Gaillard au cours de la guerre de Cent ans(1). Les Français reparurent devant ses murailles en 1449. De nombreux combats, où chaque parti rivalisait de vaillance, furent livrés aux alentours. Finalement la garnison fut refoulée, mais les assaillants, intimidés par la puissance de la place, reculèrent devant les périls ou les mauvaises chances d'un siège en règle et s'arrêtèrent au plan primitif de Philippe Auguste.
Charles VII, installé à Louviers, venait chaque jour inspecter les travaux. Ils consistaient en une enceinte de cireonvallation appuyée sur de fortes bastilles. Dès qu'ils furent terminés, la majeure partie des chevaliers se retirèrent, et il ne resta plus à la garde du camp que Pierre de Brézé et Denys de Chailly. Au bout d'un mois et demi les Anglais n'étant pas secourus et leurs chefs ne s'étant pas prémunis contre le blocus se décidèrent à capituler. C'est ainsi que, près de deux siècles et demi après sa prise par Philippe Auguste, le château Gaillard fit retour à la France.
Malgré les progrès énormes qu'avait faits le matériel de siège pendant cette longue période, malgré les avantages considérables que l'invention de la poudre et l'emploi de l'artillerie à feu donnaient à l'assiégeant, la fillette de Richard Cœur de Lion avait été conçue si résistante et si vigoureuse que, soutenue par une garnison courageuse
ll) Sous le règne de Henri V, en i4io,