QUE DESSERVENT LKS Ï>EUX> CHEMINS DE FER
Deux chemins de fer conduisent à Versailles : Tun , celui de la rive droite, a sa gare rue Saint-Lazare ; l'autre , celui de la rive gauche, part du boulevard Montparnasse, Nous commencerons par ce dernier , devenu de beaucoup le plus important des deux depuis qu'il s'étend jusqu'à Chartres et a pris le nom de Chemin de l'Otiest. Il parcourt des sites plus riants que son rival, dont un embranchement vient d'ailleurs le rejoindre et se confondre avec lui à la hauteur de Viroflay.
Chemin de la rive s«aehe«
Le premier village que le voyageur aperçoit à sa droite est Vaugirard. Ce village , fort ancien et primitivement nommé Vauboitron , dépendait de l'abbaye de Saint-Germain des Prés ; il doit son nom actuel h un des abbés de ce monastère, Girard de Moret, qui l'agrandit et lui donna son nom, le Val-Girard ou Vaugirard. Au xvi* siècle, plusieurs des assemblées secrètes des huguenots se tinrent dans cette localité placée k proximité du faubourg Saint-Germain, où habitaient la plupart d'entre eux, et que l'on appelait pour cette raison la petite Genève: c'est là que fut décidée la conjuration d'Amboi se , étouffée par d'horribles supplices. En 4796, sous le Directoire, Vaugirard fut encore le centre d'une autre conspiration : les conjurés avaient formé le projet d'enlever le camp de Grenelle, établi depuis quelque temps pour protéger le gouvernement. Ils l'assaillirent pendant la nuit; mai» les soldats, à peine vêtus, sabrèrent les assaillants, dont une partie resta sutla place j et en arrêtèrent cent trente-deux ; on en fit fusill&ïtuïtgraCn"^notoJbri.X>î>tj6u^ àVaugirard, àl'auberge du Soleil d[qr^ lîn déçôt d'^artnes de toute espèce. Ainsi fut étouffée celte écJiai^ffQùl'éè^àitribuée parles uns au parti royaliste, paç las-'autreç^aîlx républicains exaltés, et que tous désavouèVeçVaJ)tèè*'îè*dçfafte.
En quittant Vaugirard, Ton^àperçoit les forts avancés de Vanves et d'Issy, et, au dernier plan du tableau, le mont Valérien. Cette colline, l'une des plus élevée des environs , était jadis couverte d'ermitages, de couvents , de chapelles; nos pères y avaient élevé un calvaire; une forteresse la couronne aujourd'hui.
Le village d'Issy , qui touche à Vaugirard, est fort ancien ; son origine remonte aux rois de la première race , et on montre encore près de l'église une maison dite de Childebert. Il devait son importance à sa situation ; il était traversé par
l'ancienne route de Paris à Orléans , laquelle , partant de l'emplacement^où se trouve aujourd'hui la place Saint-Michel, passait k travers l'enclos qui appartint depuis aux chartreux, et qui forme aujourd'hui la pépinière du jardin du Luxembourg. Cette route traversait d'abord Issy , puis Vanves, que nous trouvons un peu plus loin. Vanves ou Vanvres , mentionné dans une charte du roi Robert (x« siècle) , relevait deux siècles plus tard de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Le château, qui était autrefois la propriété des Gondé , fut , après la Révolution , acheté par le lycée Louis-le-Grand , auquel il sert de maison de campagne.
Vanves est signalé par Rabelais comme un lieu de plaisir où, de son temps, les Parisiens faisaient des parties de campagne. Pendant que Gargantua était étudiant à Paris, et étudiant fort laborieux , son précepteur, dit Rabelais, « pour le séjourner de cette véhémente intention des esprits, avisait, une fois le mois , quelque jour bien clair et serein , auquel ils bougeaient le matin de la ville, et allaient à Gentilly, ou à Boulogne, ou k Montrouge, ou à Vanves, ou à Saint- Cloud. Et là passaient toute la journée à faire la plus grande chère dont ils se pouvaient aviser, raillant, gaudissant , buvant d'autant ; jouant , chantant, dansant, se vautrant dans quelque beau pré ; dénichant des passereaux , prenant des cailles, péchant auxécrevisses. » Il serait difficile aujourd'hui d'organiser k Montrouge ou k Vanves d'aussi charmantes parties de plaisir.
A une demi-lieue environ de la station de Vanves se trouve le village de Glamart , que l'on découvre k droite , au fond de la vallée , au pied des bois de Meudon. Ce village , ainsi que les deux précédents , fut en i 81 5 le théâtre d'une escarmouche assez vive entre les Français , commandés par. Vandamme, et les alliés. Un obus, tombé dans le jardin d'un cabaretier d'Issy et recueilli par lui , a été placé au-dessus de sa porte et sert d'enseigne k sa boutique.
Le viaduc qui 'traverse le val de Fleury laisse apercevoir à 1 gauche un paysage magnifique. La vue s'étend au delà du cours de la Seine , k travers le bois de Boulogne , jusqu'aux hauteurs de Montmorency. Le château de Meudon s*élève sur la gauche ; c'est la deuxième station.
Meudon avait été donné par Childebert à l'abbaye de Saint- Germain des Prés. Au xvi* siècle , ce fief était la propriété ' de l'évêque d'Orléans, Sanguin , qui prit le nom de cardinal de Meudon, et légua cette seigneurie à sa nièce, la duchesse i d'Étampes , maîtresse de François I*' et de plusieurs autres. Le roi l'avait choisie au milieu de sa Mie cour, ^ fréquentée
Viaduc de Fleury.
de si belles honnêtes princesses , grandes et damolselles , dont il ne se faisait faute , dit Brantôme; il lui prodigua des dons et des faveurs qui ne la rendirent pas plus fidèle, mais lui permirent d'agrandir son manoir de Meudon. La duchesse vendit plus tard celte terre au fameux cardinal de Lorraine , frèrb du duc de Guise, qui y fit bâtir un magnifique château •
sur lea dessins de Philibert. de. Lorme;- Ce ciiâteau. devint plus tard la propriété du financier Servient, puis de Louvois, ministre de Louis XIV. Après la mort de ce dernier, Louis XIV acheta cette propriété k sa veuve pour son fils, le grand Dauphin. Celui-ci , prince assez simple et assez épais, se plaisait peu à la cour; il vécut presque toujours a Meudon où il avait installé sa maîtresse, Mlle Choin, une grosse fille écrasée^ brune , laide , camarde , avec de Vesprit et un esprit d'infri^ gue et de manège; tel est le portrait peu flatteur que Saint-Simon nous fait de Mlle Choin. Elle gouverna absolument le prince , et finit par se faire épouser ; on peut dire qu'elle joua auprès du Dauphin le rôle que Mme de Maintenon jouait auprès de Louis XIV (toute proportion gardée d'ailleurs entre les deux femmes comme entre les deux princes). Meudon devint alors le centre d'une cabale que dirigeait Mlle Choin, et à laquelle se rattachaient quelques courtisans, gens de prévoyance, qui prenaient' déjà leurs mesures pour le règne suivant. Ces espérances furent trompées : le Dauphin mourut à Meudon de la petite vérole.
Ce fut ce prince qui bâtit le château actuellement existant.
Pendant la Révolution, l'ancien château fut affecté à une commission composée de Carnot, Monge, Berlhollet, Chaptal, Robert Lindet, Aubry, Fourcroy , chargée de perfectionner l'artillerie et tous les moyens de défense contre l'ennemi qui envahissait la France. Ce fut là que fut fabriqué l'aérostat qui , le matin de la bataille de Fleurus , s'éleva du milieu de l'armée française pour examiner les différentes positions des ennemis; de là partaient tous les jours pour les frontières des chariots portant aux armées de la République des machines nouvelles et des munitions de toutes sortes.
Vers la fin du Consulat, le vieux château , œuvre de Philibert de Lorme, et qui eût mérité à ce titre d'être conservé > fut détruit. Le nouveau château fut compris parmi les résidences impériales, et Marie-Louise y séjourna pendant l'ex-
pédilioiî de Russie. Napoléon avait eu Tidée d'utiliser cette résidence d'une façon assez singulière : il voulait y rassembler tous les princes de la maison impériale , surtout ceux de toutes les branches qu'il avait placées sur des trônes étrangers. « C'était Ik joindre , pensait-il , aux soins de l'éducation particulière , tous les avantages de l'éducation en commun. Destinés à occuper divers trônes et à régir diverses nations, ces enfants auraient puisé là des principes communs, des mœurs pareilles, des idées semblables. Pour mieux faciliter la fusion et l'uniformité des parties
Château de Meudon.
fédératives de l'empire, chacun de ces princes eût amené du dehors avec lui dix ou douze enfants , plus ou moins , de son âge et des premières familles de son pays; quelle influence n'eussent-ils pas exercée chez eux au retour! Je ne doutais pas , continuait l'empereur , que les princes des autres dynasties étrangères à ma famille n'eussent bientôt
sollicité de moi, comme une grande faveur, d*y voir admettre leurs enfants. » {Mémorial de Sainte- Hélène.)
Un souvenir moins grave se rattache au village de Meudon. Ce fut la cure du joyeux Rabelais ; le cardinal du Bellay , dont il était le médecin , la lui donna en i 530. On ne sait si l'auteur de Gargantua exerça jamais ces fonctions. Quelques années plus tard , le cardinal de Lorraine établit à Meudon des capucins; ce fut le premier couvent qu'ils eurent en France, où ils avaient été introduits par Catherine de Médids et par Charles IX.
Après ces villages , tous d'une antiquité fort respectable . comme on l'a vu, nous arrivons à Bellevue, réunion de jolies maisons de campagne , bâties presque toutes depuis la Restauration sur l'emplacement d'un château et d'un parc qui avaient appartenu à Mme de Pompadour , et qui passa depuis, dans le domaine de la couronne. Devenu propriété nationale sous la Révolution , le château fut ensuite vendu et peu à peu démoli par un spéculateur habile qui , de ses débris, construisit en partie le village qui existe aujourd'hui.
Avant d'arriver à ce village , on aperçoit à droite , entre des acacias destinés k masquer ce lugubre monument , la chapelle de Notre-Dame des Flammes : c'est là qu'eut lieu l'affreuse catastrophe du 8 mai 1842, où périrent à demi consumés tant de malheureux, et entre autres le contreamiral Dumont d'Urville , qui , après de longs et périlleux voyages autour du monde et aux terres australes, vint mourir en un jour de fête à deux lieues de Paris.
Un chemin conduit de Bellevue à Saint-Cloud* et à Sèvres; la station suivante est placée au-dessus de ce dernier village, l'un des plus importants des environs de Paris.
Sèvres, situé dans une vallée terminée d'un côté par les bois de Meudon et de l'autre par ceux de Saint-Cloud, est traversé par l'ancienne route de Paris à Versailles. Ce vil-