Voir la notice sur Saint^loud, page
lage , qui date , dit-on , du n" siècle , était jadis dominiépar un château féodal que le seigneur du lieu prêtait en de certaines circonstances au roi pour y enfermer des prisonniers ; il était d'usage , toutes les fois qu'une nouvelle reine de France entrait à Paris , de mettre en liberté tom les prisonniers enfermés dans les prisons de cette ville. Or, on avait soin de ne laisser au Châtelet de Paris que ceux que l'on voulait gracier, et, quelques jours avant l'entrée de la reine, on se hâtait de transporter au château de Sèvres ceux auxquels on ne croyait pas devoir étendre le bienfait de la clémence royale, sauf à les réintégrer quelques jours après au Châtelet de Paris.
Manuraclure de Sèvres.
La manufacture de porcelaine de Sèvres est célèbre dans le monde entier. Elle contient un musée où sont renfermées une collection de porcelaines étrangères et une collection de porcelaines de France, ^vec de nombreux échantillons des
matières qui servent h, leur fabrication. Cette manufacture, dont les fermiers-généraux étaient d'abord propriétaires , devint, en 4759, propriété de l'État. Elle est ouverte aux curieux le mardi et le samedi de chaque semaine.
Sèvres possède d'immenses caves, qui ont la propriété d'améliorer et de vieillir promptement les vins. Ces caves ont été établies dans des carrières abandonnées ; l'une d'elles, la cave du roi, pourrait contenir 45 000 pièces.
Ville-d'Avray, Châville et Viroflay, dernières stations du chemin de Versailles, n'ont aucun intérêt historique. La voie parcourt un paysage riant, semé de jolies maisons de campagne.
Les bois qui s'étendent au-dessus de Ville-d'Avray jusqu'à Roquencourt furent le théâtre du dernier fait d'armes brillant de 4845. Le 4*' juillet, deux régiments de cavalerie prussienne, les plus beaux de l'armée de Blùcher , s'étaient avancés, en traversant Versailles, par la route qui conduit de cette ville k Choisy ; ils arrivèrent jusqu'à la hauteur du bois de Verrières sans rencontrer d'obstacles. Le général Excelmans , qui les attendait au-dessus de Fontenay-aux- Roses , avait fait filer en toute hâte , à travers les bois de Meudon, par Viroflay jusqu'à Roquencourt, un bataillon d'infanterie (du 44«) et des chasseurs à cheval, avec ordre de s'embusquer près de ce dernier village, et d'y recevoir l'ennen^i quand il se replierait après avoir été chassé de Versailles. Ce que le général français avait prévu arriva : les Prussiens vinrent donner, près des bois de Verrières , au milieu de la cavalerie du général Excelmans , furent repoussés, se retirèrent sur Versailles qu'ils traversèrent à la hâte , et , toujours poursuivis par les dragons français, se jetèrent dans l'embuscade qui les attendait à Roquencourt. Accueillis à bout portant par le feu de l'infanterie, chargés en tête et en queue par la cavalerie française, les deux régiments prussiens furent entièrement détruits.
Chentn de la rive drette.
Après avoir traversé les BatignoUes etClichy, villages qui sont devenus des annexes de Paris , on passe la Seine près d'Asnières , lieu de plaisir et de fêtes , très-fréquenté des Parisiens. La première station est à Courbevoie, hameau très-ancien, mais qui doit surtout son importance aux magnifiques casernes qui y furent bâties sous Louis XV pour les gardes suisses.
Asnières.
Un peu plus loin , voici Suresnes, célèbre par la mauvaise qualité de son vin et dont les vignobles ont jadis été estimés. On prétend même qu'en 1725 des docteurs de la Faculté de médecine de Paris soutinrent des thèses publiques pour démontrer l'excellence de ce vin et sa supériorité sur les crus de Bourgogne et de Champagne! Un autra village , que nous avons rencontré dans le parcours de la ligne précédente ,
LE TRAJET. il
Issy, a été également fameux comme vignoble; et, sans avoir aujourd'hui une réputation aussi mauvaise à cet égard que Suresnes, il est assurément bien déchu de son antique renommée. Sommes -nous devenus plus difficiles, plus gourmets que nos pères , ou , comme on le prétend, les procédés de fabrication ont-ils changé? L'acidité du vin ne vientelle pas de ce qu'on cueille les raisins avant leur maturité ? Graves questions que nous ne nous chargeons pas de résoudre. A notre droite s'élève le Mont-Valérien ou Calvaire , aujourd'hui couronné par un fort, jadis lieu de pèlerinage très-fréquenté. Les premiers ermites qui s'y établirent y dressèrent trois grandes croix, en souvenir du Calvaire où Jésus- Christ fut crucifié entre les deux larrons. Sous Louis XIII on y bâtit un couvent. Le lieu continua, au xvii** siècle et même au siècle suivant, d'attirer un grand nombre de pieux pèlerins et aussi de simples curieux. Bernardin de Saint«Pierre nous a conservé le souvenir d'une promenade qu'il y fit, pendant sa jeunesse, avec Jean-Jacques Rousseau : celui-ci était né protestant, tous deux étaient philosophes ; l'aspect de la chapelle les émut; tous deux prièrent. « Puis Jean- Jacques , ajoute Bernardin , me dit avec attendrissement r « Maintenant j'éprouve ce qui est dit dans l'Évangile : Quand « plusiews d'entre vous seront rassemblés en mon nom ^ je me « trouverai parmi eux. Il y a ici un sentiment de paix et d€ « bonheur qui pénètre l'âme. » Je lui répondis : « Si Fénelon « vivait , vous seriez catholique. » Il me repartit hors de lui et les larmes aux yeux : « Oh ! si Fénelon vivait, je chercherais « à être son laquais pour mériter de devenir son valet de •c chambre. » Nous nous promenâmes quelque temps dans le cloître et dans les jardins. On y jouit d'une vue immense. Paris élevait au loin ses tours couvertes de lumière, et semblait couronner ce vaste paysage ; ce spectacle contrastait avec de grands nuages plombés qui se succédaient à l'ouest et sem^blaient remplir la vallée.... Comme nous marchions en
silence en considérant ce spectacle , Rousseau me dit : « Je « reviendrai cet été méditer ici. »
L'église et les bâtiments des couvents subsistèrent longtemps encore. Ils furent détruits sous Napoléon, qui y fit bâtir une caserne. Cet édifice n'était pas achevé k l'époque de la Restauration ; on le donna aux Pères de la foi , qui l'approprièrent de nouveau au service religieux.
Nous arrivons bientôt à Saint-Cloud , résidence importante, lieu de plaisir, et qui a joué un certain rôle dans l'histoire.
Les choses humaines présentent parfois de singuliers contrastes : voilà un village admirablement situé , près d'un château splendide, d'un parc charmant; c'est un rendezvous de fêtes , on n'y songe qu'au plaisir; et c'est pourtant de toutes les localités voisines de Paris celle dont l'histoire rassemble les plus tragiques souvenirs.
Le nom même de Saint-Cloud rappelle un crime. En 532 , Ghildebert et Clotaire égorgent leurs neveux de leur propre main. Un seul échappe; les prières de sa grand' mère Ciotilde obtiennent grâce pour cet enfant, à condition qu'il sera rasé, confiné dans un monastère, et qu'il renoncera à l'espérance du trône. Canonisé après sa mort, il donna son nom à la bourgade où il avait été inhumé ; ce lieu , qui portait le nom de Nogent-sur-Seine, s'appela d'abord Saint-Clodoald, et par corruption Saint-Cloud, Le tombeau du saint fut signalé par beaucoup de miracles ; le village s'en accrut d'autant.
Saint-Cloud , position de guerre considérée comme importante , devint, dans les guerres civiles, le théâtre de combats sanglants. Au xiv* siècle, le village est brûlé par Charles le Mauvais et les Anglais , et ses habitants massacrés ; au XV* siècle, les bourguignons et les armagnacs, au xvi* siècle les catholiques et les protestants s'y massacrèrent tour à tour.
En 1S89 , Henri III, roi de France , et Henri , roi de Navarre, assiégeaient Paris , alors au pouvoir des ligueurs. Us établirent leurs quartiers à Saint-Cloud. C'est là que le moine Jacques Clément vint trouver Henri III , et , comme le dit une complainte du temps composée en l'honneur de l'assassin ,
Avec un couteau bien petit
11 immole ce roi inique ,
Ce tyran méchant et maudit ,
Vrai ennemi du catholique ;
El lui ayant donné les coups Qu'il fallait pour Tôter du monde , Il s'est jeté à deux genoux, Priant Dieu d'amitié profonde.
Les quarante-cinq malheureux', Voyant Henri plaignant sa panse, Ont frappé ce religieux, Le massacrant à toute outrance '.
Aussitôt que Henri IV, après la mort de son beau-frère, eut quitté Saint-Cloud , un grand nombre de ligueurs s'y rendirent pour visiter la place où Jacques Clément avait été tué. Ils recueillirent précieusement la terre qui avait bu son sang, et en chargèrent un batelet qui devait ramener à Paris ces précieuses reliques; mais le bateau fléchit sous le poids et disparut au milieu de la Seine.
Au siècle suivant, Saint-Cloud vit s'élever le château qu'on y admire aujourd'hui, et qui devint la propriété du duc d'Orléans, frère de Louis XIV. Les bâtiments furent construits par Lepautre et par Mansard, les jardins dessinés par Le Nôtre.
Ce fut à Saint-Cloud que mourut la jeune et charmante duchesse d'Orléans, dont Bossuet a si éloquemment déploré la mort.