I.e0 peUim a^iHirieBieiittf (fl9 k IM
Il faut s'adresser au gardien pour pénétrer, sous sa conduite, dans les petits appartements.
Cette réunion de pièces, qu'on appelait aussi les cabinets ou les particuliers^ était le lieu de retraite de Louis XIV. Plus tard Louis XV y demeura. Cette chambre (H7) avait été la salle de billard de Louis XIV : ce prince excellait à ce jeu ; ce fut là qu'ayant apprécié la force de Ghamillart au jeu de billard, il s'accoutuma peu à peu à lui; il finit, malheureusement pour la France, par récompenser ce rare talent en faisant ministre celui qui le possédait. On composa pour Chamillart cette épitaphe :
Ci-glt le fameux Chamillart, De son roi le protonotaire; Il fut un héros au billard , Un zéro dans le ministère.
Louis XV mourut dans cette chambre , si souvent souillée par ses débauches effrénées.
Le gardien qui conduit les visiteurs leur montrera successivement toutes les curiosités de ces appartements, leur racontera tous les souvenirs qui s'y rattachent. Nous n'eôsayerons pas de lutter d'érudition avec lui, et, reprenant les visiteurs au moment oîi il les quitte, nous les conduirons dans la salle qui fait suite à la salle du Conseil.
lA ChMMkre k eoneher du ■*•! (lift).
C'était là que couchait Louis XIV, et que, pendant tant d'années , se renouvela la cérémonie du petit lever et du petit coucher, fastidieuse pour tout autre que lui. Fré-
Chambre à coucher du roi.
déric le Grand, roi de Prusse , se faisant énumérer un jour par un Français tous les détails de cette singulière étiquette, s'écriait en éclatant de rire : « Si j'étais roi de France, je nommerais un autre roi pour faire toutes ces choses-là à ma place. »
Il n'est peut-être pas inutile de donner une idée du petit lever, d'après un livre curieux du temps, qui règle gravement le cérémonial de cette importante affaire : ce livre est l'État
de la France^ par M. Trabouillet, dédié k Sa Majesté
ft Avant que le roi se lève , le sieur Quentin , qui est le barbier , et qui a soin des perruques , se vient présenter devant Sa Majesté, tenant deux perruques ou plus de différente longueur. Le roi choisit celle qui lui plaît, suivant ce qu'il a résolu de faire la journée. »
Sont présents, pendant cet examen et choix de perruques, ceux qui ont les grandes entrées^ les princes du sang, le grand chambellan , les premiers gentilshommes dd la chambre, le grand maître et les maîtres de la garde-robe, les premiers valets de chambre, le premier médecin et le premier chirurgien , etc.
« Au moment que le roi sort du lit , il chausse ses mules , que lui présente le premier valet de chambre. Le grand chambellan met la robe de chambre à Sa Majesté, ou bien le premier gentilhomme de la chambre. Le roi, étant debout, prend de l'eau bénite, et vient à son fauteuil, placé au lieu où il doit s*habiller : et, sitôt que Sa Majesté est sortie du balustre , un des valets de chambre y entre, qui va prendre sur lé fauteuil proche du lit le haut-de-chausse du roi et son épée. C'est là que commence le petit lever^ ou qu'il commence à îsLive petit Jour chez le roi....
« C'est alors que le garçon de la chambre fait entrer ceux qui en ont le droit par leurs charges, ou ceux qui ont un bre-^ vet d'entrée... »• (Suit une interminable énumération des seigneurs admis à cet honneur.)
« Cependant le roi s'habille , et commence par se chau«ser. D'abord un garçon de la garde-robe donne les chaussons et les jarretières au premier valet de garde-robe, qui présente premièrement k Sa Majesté les chaussons, l'un après l'autre, que le roi chausse lui-même. Ensuite, un valet de garde*robe lui présente son haut-de-chausse , où sont attachés ses bas de soie. Il lui présente aussi ses bas d'estame,
ses bas foutes ou d'autres bas de soie, suivant la saison. Un garçon de la garde-robe lui chausse ses souliers, dont ordinairemient les boucles sont de diamants. Les deux pages de la chambre qui sont de jour ou de service relèvent les mules ou pantoufles du roi. Puis le premier valet de chambre, etc. »
Arrêtons-nous ici : le reste de la toilette royale ne tient pas moins de onze pages dans le précieux livre où sont consignées les règles de cette grave opération ; et notez que cela recommençait tous les jours , et que le petit coucher du soir n'était pas entouré de formalités moins majestueuses. Nous f^vons perdu l'intelligence de ces importantes cérémonies.
Et si je vous disais quel privilège conférait le brevet d'affaires^ et à quelle cérémonie intime ce brevet fort recherché donnait droit d'assister?... Mais cela est trop délicat à expliquer. J'aime mieux renvoyer les curieux au Dictionnaire de l'Académie, au mot Affaire*
L'ameublement de la chambre du roi est en partie le même que celui qui existait du temps de Louis XIV. Le lit a été retrouvé dans le dépôt de la couronne : le couvre-pieds, vendu pendant la Révolution , après avoir traîné quelque temps , en deux morceaux , en Allemagne et en Italie , fut racheté par Louis-Philippe. La balustrade a été retrouvée au Garde- Meuble. « L'étiquette, dit M. Vatout, défendait de la franchir sans la permission du roi; on raconte qu'en 1714, le premier président de Novion s'étanl permis de s'avancer près du lit de Louis XIV, qui était souffrant, le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre, le tira par sa robe , et lui dit : « Où allez- vous ? Sortez. Des gens comme vous n'entrent pas • dans la balustrade, si le roi ne les appelle pour leur par- « 1er. «
Aux deux côtés du lit se trouvent deux tableaux : l'un , de Raphaël, saint Jean dans Vile de Pathmos, y était du temps de Louis XIV ; l'autre, sainte Cécile^ du Dominiquin, a remplacé un tableau du même maître, actuellement au musée du
Louvre, représentant David chantant les louanges de Dieu. Le magnifique tableau de Paul Yéronëse, Jupiter foudroyant les Titans , a été placé au plafond par Tordre de Napoléon. Il avait été pris à Venise par Tarmée française, pendant les guerres de la république.
Les Quatre Évangëlistes, de YanDyck, sont restés à la place oïl ils étaient au xva* siècle.
Le portrait de la reine Anne d'Autriche, par VanDyck, y était déjà sous Louis XIV. Les autres y ont été placés à l'époque de la restauration du château, et représentent les membres de la famille royale au xvii* siècle.
C'est dans cette chambre, dans ce lit, que mourut le grand roi.
Le cérémonial suivi en pareil cas était le suivant : Le roi mort, le premier gentilhomme se présentait à la croisée qui donne sur la cour de marbre, en criant trois fois : Le roi est mort! Puis, brisant sa canne et en prenant une autre, il reprenait : Vive le roi!
En même temps, on plaçait l'aiguille de l'horloge du palais sur l'heure à laquelle le monarque avait rendu le dernier soupir. Elle y restait immobile jusqu'à la mort de son successeur. Cet usage fut observé pour Louis XV; mais après lui, des six monarques qui ont régné sur la France, Louis XVI, Louis XVII, Napoléon, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe, un seul, Louis XVIII, est mort sur le trône : c'est pour lui que cette cérémonie fut accomplie pour la dernière fois, en 1824.
«tl-de-liœaf (««4].
Cette salle est ainsi appelée de la fenêtre ovale, ou œiMebœuf^ pratiquée au plafond. C'était l'antichambre du roi ; c'était là que les courtisans venaient attendre le lever du maître.
Louis XrV y fit placer le tableau de Mignard que l'on y voit encore; il reste comme l'une des plus curieuses preuves
de cette espèce d*idolâtrie dont on entourait le grand roi , et à laquelle il se prêtait complaisamment. La famille de Louis XIV y est représentée avec les emblèmes des divinités de l'Olympe. Voici les personnages de ce travestissement mythologique :
Louis XIV, Jupiter;
Anne d'Autriche, Cyhèle;
La reine Marie-Thérèse, Junon;
Mademoiselle (Mlle de Montpensier), Diane;
Le duc d'Orléans, ISeptune;
La duchesse d'Orléans (Henriette d'Angleterre), V Aurore.
Salle de rC£il-de-Bœur.
Cet étrange tableau rend presque concevable l'assertion paradoxale de Saint-Simon : « Si le roi n'avait eu peur du diable, il se serait fait adorer. »
Mercier nous a laissé une piquante description de l'as-
pect de celte salle au xviii* siècle, dans sou Tableau de Paris :
« Là vit un suisse carré et colossal : c'est uq gros oiseau dans sa cage. Il boit, il mange, il dort dans cette antichambre, et n'en sort point; le reste du château lui est étranger. Un simple paravent sépare son lit et sa table des puissances de ce monde. Douze mots sonores ornent sa mémoire et composent son service : Passez^ messieurs, passez ! — Mes^ sf'eurs, le roi! — Retirez-vous ! — On n* entre pas, monsei^ gneur! Et Monseigneur file sans mot dire.
«Tout le monde le salue, personne ne le contredit; sa voix chasse dans la galerie des nuées de comtes, de marquis elde ducs, qui fuient devant sa parole. Il renvoie les princes et les princesses, et ne leur parle que par monosyllabes. Aucune dignité subalterne ne lui en impose ; il ouvre, pour le waitre, la portière de glaces, et la referme; le reste de la terre est égal à ses yeux. Quand sa voix retentit, les pelotons épars des courtisans s'amoncellent ou se dissipent : tous fixent leurs regards sur cette large main qui tourne le bouton; immobile ou en action, elle a un effet surprenant sur tous ceux qui la regardent. Ses étrennes montent à cinq cents louis d'or; car on n'oserait offrir à cette main un métal aussi vil que l'argent. >»
La petite statue équestre de Louis XIV qui se trouve dans cette salle est le modèle de celle que l'on voit dans la cour du château.
La porte du fond conduit aux petits appartements de la reine Marie-Antoinette : on n'y pénètre que sous la conduite d'un gardien.
INille des «ardes du eorys (A^^)*
Cette salle contient plusieurs toiles de Vandermeulen; sur la cheminée on remarque un tableau de Parrocel , représentant un combat oîi se distinguent des gardes du corps.
Sidle des ITaleta de pied («•9].
Cette salle était appelée aussi Ancienne salle du grand couvert, Louis XIV dînait presque toujours dans sa chambre , en présence de quelques courtisans. Mais le souper avait lieu dans la salle du grand couvert. Voici quel était le cérémonial observé pour le dîner ou le souper , quand le roi dînait dans cette salle :
L'huissier de salle allait à la salle des gardes du corps , frappait de sa baguette sur la porte de leur salle , et disait tout haut : Messieurs j au ccyuvert du roi ! Alors se mettait le couvert avec des cérémonies dont nous supprimerons le détail. Cela fait , le même huissier retournait à la salle des gardes, et s'écriait : Messieurs^ à la viande du roi! puis se rendait à l'office, et apportait le dîner avec les formalités réglées par l'ordonnance du roi du 7 janvier 1681, dont voici la teneur.
« La viande de Sa Majesté sera portée en cet ordre : deux de ses gardes marcheront les premiers; ensuite l'huissier de salle , le maître d'hôtel avec son bâton , le gentilhomme servant panetier, le contrôleur général, le contrôleur clerc d'office et autres qui porteront la viande , l'écuyer de cuisine et le garde-vaisselle , et , derrière eux , deux autres gardes de Sa Majesté , qui ne laisseront approcher personne de la viande. Et les officiers ci-dessus nommés avec un gentilhomme servant seulement retourneront à la viande à tous les services. »
Le reste du repas est réglé aussi minutieusement que ce qui précède.
Voici ce qui se pratiquait , par exemple, quand le roi demandait à boire :
« Celui qui sert d'échanson, lorsque le roi a demandé à boire, aussitôt crie tout haut : A boire pour le roi ! fait la révérence k Sa Majesté , vient au buffet prendre des mains du
chef d'échansonnerie-bouche la soucoupe d'or garnie du verre couvert et des deux carafes de cristal pleines de vin et d'eau , puis revient précédé du chef et suivi de l'aide du gobelet échansonnerie-bouche. Alors, étant tous trois arrivés à la table du roi , ils font la révérence devant Sa Majesté ; le chef se range de côté , et le gentilhomme servant verse des carafes un peu de vin et d'eau dans Yessaiy ou petite tasse de vermeil doré , que tient le chef du gobelet. Ensuite ce chef du gobelet reverse la moitié de ce qui lui a été versé dans l'autre essai, ou petit vase de vermeil qui lui est présenté par son aide. Pour lors ce même chef de gobelet fait l'essai, et le gentilhomme servant se tournant vers le roi le fait après.... »
Tristes précautions! Mais poursuivons.
<t Uessai fait à la vue du roi de cette sorte , le gentilhomme ser^'ant fait encore la révérence devant Sa Majesté, lui découvre le verre, et lui présente en même temps la soucoupe où sont les carafes. Le roi se sert lui-même le vïn et l'eau , puis ayant bu et remis le verre sur la soucoupe , le gentilhomme servant reprend la soucoupe avec ce qui est dessus, etc. »• Le tout est reporté au buffet, avec les mêmes cérémonies et révérences que ci-dessus.
«c Ailleurs qu'à l'armée, dit Saint-Simon, le roi n'a jamais mangé avec aucun homme , en quelque cas que c'ait été , non pas même avec aucun prince du sang, qui n'y ont mangé qu'à des festins de leurs noces , quand le roi les a voulu faire. >» Le roi y admettait quelquefois les princesses.
Cette salle contient divers tableaux de batailles et de sièges de villes par Vandermeulen et Parrocel.
Salon de la Paix («••).
Revenons sur nos pas , en traversant les trois salles précédentes, jusque dans la grande galerie des Glaces. A gauche , au fond de cette galerie, nous entrons dans le ScUon de
la Paix y qui fait pendant au Salon de la Guerre , plaeé à l'autre extrémité de la galerie.
L'intention de Louis XIV était de faire contraster toutes les allégories pacifiques de cette salle avec celles qui ornent le salon de la Guerre. Hais, dans les tableaux qui décorent cette salle et qui sont l'œuvre de Le Brun , on retrouve le même orgueil insultant pour les étrangers, qui offensa si fort les rois de l'Europe. Un des tableaux , comme le dit la description quasi-ofQcielle de Rainssan, représente la Hollande à genoux y recevanl sur son bouclier des flèches qu'un Amour lui apporte avec des branches d'olivier, symbole des provinces que le roi avait conquises sur elle et de la paix qu'il lui a donnée. Son lion, avec lequel deux enfants se jouent ^ parait dépouillé de tout ce qu'il avait de farouche. L'Espagne et rAllemagne sont également figurées sur les cintres, recevant avec joie la paix que leur accorde Louis XIV.
Au plafond on voit la France portée sur un char et entourée de figures qui personnifient les divers avantages de la paix.
Cette salle servait de salle de jeu. Il s'y est perdu des sommes folles, et on y a même volé quelquefois. « Les con^ fidences des Mémoires du chevalier de Grammont, dit M. Vatout , nous apprennent que la délicatesse et la probité ne présidaient pas toujours à ces amusements, où plusieurs seigneurs de la cour cherchaient, par une adresse équivoque , à refaire leur crédit aux dépens de leur honneur. Celle audace n'épargnait pas même le roi ; car Seissac , qui faisait sa partie de brelan, ayant joué un coup suspect, le roi fit arrêter sans bruit le garçon bleu qui tenait le panier des cartes. Les cartes se trouvèrent pipées ! Le cartier avoua que c'était Seissac qui les lui avait fait faire , sous ta promesse d'une part dans les bénéfices. »
Sur la cheminée de cette pièce est un portrait de Louis XV, par Lemoine.
Chaail^re à ««vclier die la relae (!•! )•
Trois reines, Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, Marie Leckzinska, femme de Louis XV, Marie-Antoinette, femme de Louis XVI, ont couché dans cette chambre. Le duchesse de Bourgogne y mourut.
Celte salle a été restaurée par Louis XV , à Tépoque du mariage de son petit-fils avec Marie-Antoinette. Dans les encoignures du plafond on remarque les armes de France réunies aux armes d'Autriche ; les quatre figures des angles, la Fidélité^ l'Abondance, la Charité^ la Prudence ^ sont de Boucher.
•aloM die la Belne (!••]•
Le cercle de la reine se tenait dans cette pièce.
Le plafond est de Michel Corneille ; il représente Mercure protégeant les sciences et les arts, et, dans les voussures, Sapho , Pénélope , Aspasie.
Les quatre portraits représentent Louis XIV, Philippe V, roi d'Espagne , et le duc de Berry , ses petits-fils ; la duchesse de Berry, si célèbre par ses débauches, digne fille du Régent.
Mo. te «niB«l couvert die ta reine (!••).
Les peintures des voûtes représentent des scènes du paganisme, et l'on a placé, assez peu convenablement, au plafond , entre ces figures païennes , un beau tableau de Paul Véronèse , enlevé à Venise par l'armée française pendant la Révolution , et qui représente saint Marc l'évangéliste, lequel se trouve ainsi en assez singulière compagnie.
Ce bizarre contre-sens ne doit pas être attribué à Louis- Philippe ; mais il semble que le roi qui a restauré Versailles ait pris à tâche de l'aggraver , en donnant pour compagnie nouvelle à l'évangéliste saint Marc les portraits de plusieurs
des maîtresses de Louis XIV , Mmes de Soubise , de La Val-! Hère, de Montespan; on y a ajouté le portrait de Mme de Maintepon , qui y est moins déplacée.
AMtieluiml^re on Mille élc0 Cterdictf éle la reine (1#A}«
Le plafond, qui représente Jupiter sur un char traîné par des aigles , est de Coypel.
Mille «a Saere (!>•]•
C*était, sous l'ancienne monarchie, la grande salle des gardes. Sa désignation nouvelle lui vient du beau tableau du Sacre de Napoléon^ un des chefs-d'œuvre de David. On y voit également la Distribution des Aigles^ autre tableau du même peintre.
Enfin , une des œuvres les plus remarquables de Gros , la Bataille d'Aboukir , orne un des panneaux de ce salon. Murat en est le héros. M. Beugnot raconte dans ses Mémoires que Napoléon disait de ce tableau : « C'est un tableau de famille. » Ce mot piquant pourrait s'appliquer à bien d'autres tableaux d'histoire, destinés en apparence à la gloire de la nation.
Les dessus de porte sont l'œuvre de Gérard.
0alle0 de* Camp«sne0 «e la RépaMiqae (181, 18t,lM, 1^4).
On a réuni dans ces quatre salles les scènes principales de cette glorieuse époque , qui donna à la France les limites des Alpes et du Rhin , vit la Hollande conquise , et la ligue de l'Europe brisée par nos jeunes soldats. Ce sont les hauts faits de ces jeunes généraux, si héroïques et si purs, Marceau, Kléber, Desaix, au milieu desquels brille un enfant de Versailles , Lazare Hoche. Nous n'affirmerons pas que ces quatre pièces, assez petites , suffisent pour retracer cette épopée militaire. Dans ce musée de Versailles , d'autres
époques , moins éclatantes peut-être , ont été plus favorisées.
On remarquera dans. ces salles plusieurs tableaux de MM. Boulanger et Lamy, pleins de mouvement et d'effet.
Balle de 19«t (ISft).
Cette pièce est l'ancienne salle des Cent*Suisses; mais sa destination actuelle fait oublier ce qu'elle fut autrefois. Celte salle, dont la conception fait honneur au roi Louis-Philippe, est consacrée à rappeler aux modernes générations l'immortel élan de nos pères en i792.
Voilà le premier acte de cette longue croisade de la liberté, le départ des volontaires de 92, un des remarquables tableaux de M. Coignet. Voilà les portraits de ces soldats , alors si enthousiastes et si fiers , et dont les destinées devaient être si diverses.
C'est le capitaine Desaix, le sous-lieutenant Joubert, Marceau, simple volontaire, le lieutenant -colonel Kléber, le capitaine Hoche, généraux deux ans après, tués avant l'époque impériale.
Ce sont les capitaines Clausel, Gouvion-Saint-Cyr, Lefèvre , Mouton , Molitor , Moncey, Morfier, Macdonald, Brune; les sous-lieutenants Ney et Lannes ; les adjudants Augereau et Bessières ; le sergent Jean-de-Dieu Soult , le grenadier Maison ; tous depuis maréchaux de France.
C'est le lieutenant-colonel Bonaparte, depuis empereur ; le lieutenant Bernadette, depuis roi de Suède ; le sous-lieutenanù Murât , depuis roi de Naples.
C'est le capitaine du génie Carnot, l'organisateur des armées de la République, le défenseur d'Anvers.
C'est le matelot "Dui^eTTé , depuis amiral de France.
Celui qui a conçu l'idée de cette galerie y a marqué sa place : on y voit Louis-Philippe d'Orléans , lieutenant général , et, quarante ans plus tard, roi des Français. Au mo- 80 • e
ment où il plaçait son portrait au milieu de ces hommes doni la destinée avait présenté des contrastes si imprévus et souvent si tragiques , pouvait-il prévoir que la Providence lui réservait aussi à lui-même un de ces changements soudains qui donnenl à tous ces portraits un intérêt si pathétique et si ]^uissanl?
•altos «es «evaelies (!«•)•
Ces salles renferment un grand nombre de gouaches représentant des scènes de notre histoire militaire sous la République et sous l'Empire. Exécutées en partie par des hommes spéciaux , entre autres Bagetti , officier de l'armée d'Italie, elles offrent aux militaires un intérêt particulier.
«alerle éem Batailles (1S9>
Cette splendide galerie a été ouverte par Louis-Philippe à la place d'une foule de petits appartements, parmi lesquels se trouvait celui qu'avait habité le comte d'Artois jusqu'à la Révolution. •< Un ancien serviteur du château nous a montré, dit M. Vatout , quand on détruisait les anciennes distributions pour préparer la galerie nouvelle, la cheminée où en i789, la veille du jour de son émigration, le comte d'Artois brûla tous ses papiers. »
La galerie actuelle a 120 mètres de longueur sur 13 de largeur : elle est recouverte en fer.
Les vastes tableaux qui la décorent représentent des événements éclatants de notre histoire , depuis Tolbiac jusqu'à Wagram. Ils sont au nombre de 33. Ces événements ne sont pas tous des faits d'armes : à côté des batailles glorieuses , on y remarque Charlemagne recevant à Paderborn la soumission du chef intrépide des Saxons, Witikind (par M. Scheffer), et le beau tableau de Gérard, l'entrée de Henri IV à Paris.