‹ Le chateau: le parc; et les grandes laux de VersaillesChapitre 12 sur 13 · VERSAILLES. — LE CHATEAU · texte numérisé non relu

VERSAILLES. — LE CHATEAU

«alerte die Iionls XIII {9m).

On revient de là , en traversant le vestibule (28) , dans la galerie de Louis Xïïï. Cette galerie est ornée des statues de ce prince et de la reine sa femme, Anne d'Autriche; de plusieurs tableaux représentant des événements du xvii* siècle, etc. On passe de là dans les six dernières salles des Maréchaux»

•ailes de« Maréeliaiix {suile : die M à S«}«

Ces six salles sont la continuation des sept salles des Maréchaux que nous avons visitées précédemment. Elles contiennent les portraits des maréchaux depuis le maréchal de La Ferté (i 651 j jusqu'à nos jours.

Salles éem csoerrlers eélèbres (»V et SS).

Ces salles, les dernières qu'il nous reste à visiter, contiennent les portraits de ceux qui se sont illustrés par leurs faits d'armes, sans avoir été revêtus des dignités de connétable ou de maréchal : Dunois, Bayard, le duc de Guise y figurent à côté de Hoche, de Marceau , de Joubert, d'Eugène Beauharnais. On peut remarquer que la plupart de ces guerriers célèbres ont déjà été représentés dans d'autres salles, et que ces classifications sont assez peu rigoureuses; mais ces nobles figures sont du nombre de celles qu'on ne se plaint pas de revoir plusieurs fois.

E jeu des grandes eaux de Very^ sailles est un magnifique spectacle dont les étrangers sont empressés de jouir et dont les Parisiens eux-mêmes, si faciles k blaser sur toutes choses , ne sciassent jamais.

Huit ou dix fois par été, l'annonce de ces eaux merveilleuses met en mouvement cinquante ou soixante mille curieux. Ces jours- là, les gares des chemins de fer du boulevard Montparnasse et de la rue '^...^ -'^-^ — ^^-vy^^^ Saint Lazare sont littéralement envahies. « Le cheval de feu hennit de toutes ses forces , jetant l'eau et la flamme par ses narines entr'ouvertes ; la raie de fer s'étend brûlante des rues de Paris aux jardins de Louis XIV. »

Parmi les visiteurs attirés à ces fêtes , il en est qui veulent voir tout en un jour. Ceux-là sont du nombre des voyageurs curieux dont parle Sterne; ils parcourent au pas de course les salles et les galeries du château , le parc , l'orangerie , le Grand et le Petit-Trianon ; ils passent en revue tous les bassins et toutes les statues.

C'est là un véritable travail d'Hercule, et nous n'enga-

geons personne à l'entreprendre. Chacun consultera forces. ^ !

On n'a pas trop cependant de la journée entière pour adi mirer les bosquets, les grottes humides, les bassins de m ad bre, les jets d'eau fantastiques, les cascades, les gerbei étincelantes , et ce monde de Nymphes, de Satyres, de Tri-

Le chàleau de Versailles du côté du parc.

tons et de dieux de la mythologie créé par Girardon , U premier de tous ces grands artistes , et ses dignes émules, les Coysevox, les Coustou et les Puget; monde charmant que chantait La Fontaine :

C'est pour nous divertir que les Nymphes sont faites , C'est pour nous, dans ce bois, que de savantes mains Ont mêlé les dieux grecs et les césars romains.

Avant de commencer notre promenade , nous prévenons les étrangers et les voyageurs à qui nous servons de guide

ae nous nous sommes attaché à leur tracer un itinéraire si air et si facile, qu'ils n'auront absolument qu'à nous suivre as à pas. Ils n'auront besoin du secours de personne pour orienter a travers les jardins et pour en voir toutes les merîilles. Nous avons combiné cet itinéraire, ce dont se préocipent ordinairement beaucoup trop peu les Guides des )yageurs, de façon à visiter les bassins dans l'ordre où tuent successivement les eaux. C'est sur les lieux mêmes , msciencieusement étudiés, que nous avons tracé la route ti'il importe de parcourir; et, quand on l'aura suivie avec DUS , on pourra nous rendre le témoignage que nous avons ?ité aux visiteurs des incertitudes et des fatigues inutiles, [aintenant nous pouvons partir.

Dirigeons-nous , sans perdre de temp3 , par le vestibule e la chapelle , vers le perron de la terrasse, au pied même e la façade du château, et, chemin faisant, disons deux lots sur l'origine des eaux de Versailles.

Provenance deti eaux de '¥eraallleti«

La machine de Marly, commencée en 1675, par les ordres e Colbert, pour amener les eaux en abondance à Versailles, 'a pas rempli le but que s'était proposé le célèbre ministre ; 1, malgré l'opinion généralement admise, elle n'a jamais limenté les eaux jaillissantes du parc.

Les eaux de Versailles viennent de nombreux étangs dont !s principaux sont ceux de Trappes , Saclay, Bois-d'Arcy , aint-Hubert, Perray, etc. Elles se rendent dans les basins de la butte de Montbauron , et de là dans le réservoir u château d'eau, par d'innombrables rigoles qui ramasînt les eaux de pluies et de neiges fondues , pendant l'esace de plusieurs lieues de circuit ; c'est ce qu'on appelle I domaine des étangs et rigoles.

Les eaux hautes, qui sont celles de Trappes, viennent de

trois lieues, par une roule pavée, sans tuyaux ni rigoles Les eaux basses , c'est-à-dire d'un niveau de onze pieds pluj bas que les autres, viennent de la plaine de Saclay.

Parterre d>aa» — Vontalneti du Pelnt-dn-jronr et de l^Uiiie

Nous sommes , disons-nous , au perron de la grande terrasse, au pied du château. Quatre statues, d'après Tanlique , fondues par les frères Keller , sont adossées aux bâtiments du milieu : Silène , Antinous^ Apollon Pythien e! Bacchus.

Aux angles, deux vases en marbre blanc, d'une rare beauté, ornés de bas-reliefs représentant , celui du nord , la victoire .des impériaux sur les Turcs à l'aide des secours de Louis XIV, et la réparation offerte par l'Espagne à la France^ à roccasion de l'insulte faite à Londres à l'ambassadeui français , par Goysevox ; celui du sud , sculpté par Tuby , les conquêtes du même monarque en Flandre.

A nos pieds s'étendent les deux grandes feuilles du /*ûrterre d'eau.

Ces deux bassins, contournés aux quatre angles, sont bordés par des tablettes de marbre blanc sur lesquelles reposent vingt-quatre groupes en bronze, fondus par les Keller et par Aubry et Roger.

Au bassin du nord , en descendant de la terrasse, la Garonne et la Dordogne, modelées par Goysevox; à l'autre bout, la Seine y par Regnaudin, et la Marne ^ par Magnier.

Au bassin du midi , le Rhône par Tuby et la Saône par l'Espignola; à l'autre bout, la Loire et le Loiret par Le Hongre.

Sur les longs côtés sont buit Nymphes ou Naïades groupées avec des Amours ou des Zéphyrs, huit groupes de trois enfants, les uns montés sur des dauphins, d'autres jouant avec des oiseaux et tenant des couronnes de fleurs, des roseaux, des coquilles.

Du milieu de chaque bassin s'élance une gerbe d'environ 10 mèires, qu'entourent seize jets inclinés formant la corbeille.

Fontaine de Diane.

En face des deux terrasses latérales, on remarque, dans des cabinets de verdure, deux buffets d'eau avec gerbes d'environ 8 mètres , dont l'eau retombe en nappe dans de petits bassins inférieurs.

Le buffet du côté de \ Orangerie est appelé Fontaine du Point'dU'Joury du nom d'une statue qui l'avoisine ; et celui du côté de la chapelle. Fontaine de Diane, à cause de la statue qui est placée à côté. Des deux côtés de la fon-

taine du Point-du^Jovr sont deux statues, l'une de V Eau, œuvre charmante de Legros (dessin de Le Brun) ; l'autre du Printemps , par Magnier (dessin de Le Brun). Des deux côtés de la fontaine de Diane , deux autres statues représentant le Midi sous la figure de Vénus , par Marsy , et le Soir, sous la figure de Diane ^ par Desjardins.

Sur l'appui de la bordure supérieure de chacun d'eux sont des groupes d'animaux d'une superbe tournure : les uns lancent de l'eau dans le bassin supérieur, les autres dans le second. Ils représentent : un tigre terrassant un ours ; un limier abattant un cerf, modelés par Houzeau ; un lion terrassant un loup , par Vanclève ; un lion combattant un sanglier, par Raon.

Du buffet de Diane , nous nous rendons par une allée en pente, bordée d'ifs, à la grille du bosquet d'Apollon, ouverte au public les jours des grandes eaux.

ll«»4net de» lialnti d^ Apollon.

Ce bosquet, adossé au bassin de la fontaine de Diane , fut composé en 1778 par Robert, qui était alors très à la mode comme dessinateur de jardins irréguliers. Il renferme un immense rocher dans lequel on a pratiqué une grotte décorée du célèbre groupe i' Apollon et des Nymphes , dû au ciseau de Girardon et de Renaudin.

A droite et à gauche, et à quelque distance de ce groupe principal , sont : les deux coursiers à' Apollon abreuvés par des 7>iYon5, de Guérin; et les Tritons tenant deux coursiers dont l'un mord la croupe de l'autre qui se cabre , par Marsy.

Ces beaux groupes furent d'abord placés dans la fameuse grotte de Thétis , bâtie en i662 par Pierre de Francine, auprès du château , à la place où se trouve aujourd'hui le vestibule de la chapelle.

Louis XIY faisait commencer à cette époque les construc-

LE PARC ET LES GRANDES EAUX. 8i

lions et lesembellisseinenlsqui firent plus tard de Versailles l'un des plus beaux palais de Tunivers.

tt Versailles devint une des plus étonnantes merveilles du monde entier. La Fontaine assistait en quelque sorte à celte création qui n'était pas encore complète ; mais il prévoyait ce qu'elle deviendrait un jour, et, sensible à tous les charmes des beaux-arts, il ne put résister au plaisir de célébrer ce chefd'œuvre de grandeur et de gloire. Il a donc cherché, par des épisodes , à rattacher la description de Versailles au récit des aventures de Psyché^, »

La merveille la plus étonnante , et que La Fontaine s'est plu davantage à peindre poétiquement, c'était la grotte ou le palais de Thétis , dans laquelle on voyait un torrent se précipiter à grand bruit entre les rochers d'une montagne artificielle. Un groupe H Apollon assis et au bain , environné de six Nymphes empressées à le servir, et des chevaux de son char abreuvés par des Tritons, ornait l'intérieur de cette grotte.

Le dieu se reposant sous ces voûtes humides

Est assis au milieu d'un chœur dé Néréides :

Toutes sont des Vénus, de qui l'air gracieux \

N'entre point dans son cœur et s'arrête à ses yeux.

Mais qui pourra dépeindre en langue du Parnasse

La majesté du dieu, son port si plein de grâce,

Cet air que Ton n'a point chez nous autres mortels,

Et pour qui l'âge d*or inventa des autels?

Le groupe di^ Apollon est le plus parfait ensemble de

ii1r\fiirû mii ovîfifA b Varfiâillac

sculpture qui existe à Versailles

Du iMMi^net d^ Apollon an bantilii de liAtone.

Sortons maintenant du bosquet d'Apollon par la grille qui s'ouvre à l'extrémité opposée , et dirigeons-nous vers le bassin de LatonCy en remontant la rampe qui s'élève à sa

i . WalckenaCr, Histoire de la vie et des ouvrages de La Fcntaine. 2. Lm Fontaine, Psyché,

g2 VERSAILLES.

gauche. Nous remarquons, chemin faisant, les statues de : Ganymède et Jupiter en aigle (d'après Tantique), par La-

viron; Uranie, Muse de l'astronomie (d'après 1 antique), par

Frémery ;

L'empereur Commode sous la figure d'Hercule (d après Vantique) , par Nicolas Goustou ;

L'impératrice Faustine sous la figure de Cérès (d'après l'antique), par Renaudin ;

Bacchus (d'après l'antique) , par Gfanier.

Puis nous descendons le grand escalier du milieu. Aux angles sont deux beaux vases , par Dugoulon et Drouilly. Quatre autres vases placés sur le second perron formant terrasse ont été faits à Rome, d'après l'antique, par Grimaud et d'autres élèves.

A droite et à gauche du bassin se trouvent huit autres vases, dont trois représentent le sacrifice d'Iphigénie; trois autres, une fête de Bacchus , œuvre de Cornu , d'après les vases antiques qui sont à Rome à la villa Borghèse et à celle des Médicis. Les deux derniers vases , de Hardy et de Prou , représentent : le premier , un jeune Mars sur un char tiré par des loups et précédé des génies de la guerre ; le second , Mars assis sur des trophées et couronné par les mêmes génies. Mais nous voilà devant le bassin de Latone.

limitilii de liatonc.

Le bassin de Latone est au milieu du parterre. Sur le plus élevé des gradins de marbre rouge , étages en pyramide , a été placé le groupe de Marsy : Latone, avec ses deux enfants, Apollon et Diane , qui demande vengeance à Jupiter cx)ntre les insultes des paysans de la Lydie. Çà et là, au pourtour et sur les gradins , cent soixante-quatorze grenouilles , lézards, tortues , paysans et paysannes, dont la métamornhose commence, lancent contre la déesse des jets

d*eau qui croisent dans tons les sens leurs gerbes brillantes en courbes gracieuses.

Ovide a métamorphosé ces insulteurs en grenouilles, mais il avait oublié de changer leurs imprécations en ces jets d'eau, symbole mythologique expliqué d'une manière brillante et paradoxale par M. Micheiet :

« Ces eaux , qui montent et descendent avec tant de grâce et de majesté , expriment la vaste circulation sociale qui eut lieu alors pour la première fois, la puissance et la richesse montant du peuple au roi pour -retomber du roi au peuple, en gloire, en bon ordre, en harmonie. La charmante Latone,' en laquelle est l'unité du jardin, fait taire de quelques gouttes d*eau les insolentes clameurs du groupe qui l'assiège; d'hommes, ils deviennent grenouilles croassantes : c'est la royauté triomphant de la Fronde. »•

N'oublions pas les deux petits bassins , dits des Lézards , avec des gerbes de dix mètres environ, placés plus bas, dans le parterre, et faisant suite aux métamorphoses des paysans de la Lydie.

Du batislii de liStone an bosquet de la Cascade»

Maintenant il faut remonter l'escalier à droite et reprendre la grande rampe qui correspond à celle que nous suivions tout à l'heure. Ici encore nous trouvons en descendant une rangée de statues intéressantes. Ce sont :

Le Point du Jour ayant un coq à ses pieds , par Marsy (dessin de Le Brun) ;

Le Poème lyrique^ par Tuby (dessin de Le Brun);

Le Feu, par Dozier (dessin de Le Brun);

Tiridate, roi des Parthes (d'après l'antique), par André;

Vénus Callipyge (d'après l'antique), par Clairion ;

Silène portant le petit Bacchus (d'après l'antique), par Mazière ;

Antinous (d'après l'antique), par Legros ;

Mercure (d'après l'antique), par Mélo ;

Uranie (d'après l'anlique), par Cartier;

Apollon Pfjthien (d'après l'antique) , par Mazeline.

Au bas de la rampe, nous tournons dans la première allée à gauche pour gagner l'entrée du bosquet de la Cascade^ dit Salle de Bal.

Sosqiie« de la CiMeade, dit Salle de Bal.

Ce bosquet fut construit par Le Nôtre, à son retour d'Italie. Sa forme est circulaire. La cascade , composée de gradins en rocailles et en coquillages, est enrichie de vases et de torchères en métal bronzé, ornés de têtes de Bacchantes, de mufles de lions et de festons, par Houzeau, Masson et Le Hongre. Les nappes d'eau qui tombent d'un gradin sur un autre forment un charmant coup d'œil. Les Guides des voyageurs oublient généralement de mentionner au-dessus de l'amphithéâtre de verdure, et en face de la cascade, un groupe charmant de sculpture dont l'auteur nous est inconnu : c'est un Amour terrassant un Satijre. Nous recommandons ce petit chef-d'œuvre à l'attention des connaisseurs.

On a appelé ce bosquet Salle de Bal , parce qu'il a servi à cet usage dans plusieurs grandes fêtes. Un tableau du temps représente Mme de Maintenon y conduisant Mlle de Blois , fille du roi et de Mme de Montespan , depuis femme du duc d'Orléans, régent.

Dii bosquet de la C^seade an liosqnet de fa Colonnade*

Nous reprenons le chemin qui nous a conduits à la Salle de Bal; nous apercevons en face de nous le petit bassin de Bacchus, auquel nous donnons un regard : le dieu est à demi couché, entouré de quatre petits Satyres et de grappes de raisin. C'est une des œuvres les plus gracieuses de Marsy.

Nous gagnons de là le Tapis vert, que nous apercevions toul à l'heure du pied du bassin de Latone. C'est une immense nappe de gazon où Ton ne manque jamais de rencontrer des parieurs qui essayent, un bandeau sur les yeux, d'arriver jusqu'au bout sans avoir dévié et quitté l'herbe pour le sable. Rien n'est beau , par une douce soirée d'été , comme ce rendez -vous d'une société élégante qui a déserté le Paris du dimanche pour venir respirer à Versailles la fraîcheur des eaux et des bois.

Nous sommes au centre de la demi-lune, en face du canal qui s'étend avec majesté devant nous ; nous descendons le Tapis vert au milieu d'une double haie de statues dont voici les noms :

Côté gauche (midij : Castor et Pollux sacrifiant à la Terre, par Coysevox ;

Arria et Pétus (d'après l'antique), par L'Espignola.

La Fidélité (avec un cœur et un chien) , par Lefèvre (d'après un dessin de Mignard);

Vénus sortant du bain, par Legros ;

Un Faune chasseur, par Flaraen ;

Didon sur son bûcher, par Pouletier ;

Une Amazone (d'après l'antique), par Raon ;

Achille sous l'habit de Pyrrha, par Vigier.

Côté droit (nord) : Laocoon et ses fils (d'après l'antique);

La Fourberie, avec un masque et un renard (dessin de Mignard) , par Lecomte ;

Une Junon, en marbre de Paros (antique) ;

L'empereur Commode en Hercule, tenant un enfant, par Jouvenet ;

Vénus de Médicis (antique), par Frémery ;

Cyparisse caressant son cerf, par Flamen ;

Ar (émise, par Lefèvre et Desjardins.

A peu près aux deux tiers du Tapis vert , à gauche..

nous apercevons le bosquet de la Colonnade ^ où nous entrons.

Ii««4aet de la Colonnade.

Tout autour de ce bosquet règne un péristyle en marbre de forme circulaire, composé de trente-deux colonnes , savoir : huit en marbre brèche violet, douze en marbre de

Bosquet de la Colonnade.

Languedoc, et douze en marbre blanc turquin, toutes avec des chapiteaux en marbre blanc. Ces colonnes communiquent entre elles par des arcades cintrées , ornées à leurs clefs de masques de Nymphes , de Naïades ou de Sylvains,

et sur les impostes de bas-reliefs par Mazière, Granier, Le Hongre, Lecomte et Coysevox. Sous les arcades sont vingthuit cuvettes en marbre blanc , de chacune desquelles s'élève un jet d'eau de cinq mètres. qui retombe en cascade djtns le chenal inférieur.

Toute cette architecture de Jules Hardouin Mansard a été exécutée par Lapierre.

Enlèvement de Proserpine par Plulon.

Dans l'arène qui forme le centre de cette salle de verdure est un groupe en marbre blanc, ouvrage de Girardon ; il représente l'enlèvement de Proserpine par Pluton, et sur

le piédestal , en bas-relief, les diverses scènes de cet enlèvement, d'après la description d'Ovide.

Après avoir fait le tour de la colonnade, nous reprenons le Tapis vert, et nous descendons jusc^u'aû bassin d'Apollon.

liaMlM d'Apollon et emmâd.

Au bout de la grande allée du Tapis vert, et dans Taxe du palais, se trouve le bassin i* Apollon , dont remplacement a été tracé par Le Nôtre.

Ce bassin, le plus grand du parc après celui de Nep-tvne^ et qui faisait, dit-on, les délices de Louis XIV, forme un carré long, dont les côtés sont arrondis au milieu.

Au centre est Apollon sur son char traîné par quatre chevaux et entouré de quatre Tritons et de quatre dauphins. Ce groupe et ses accompagnements ont été exécutés par Baptiste Tuby sur les dessins de Le Brun; on l'a surnommé le Char embourbé; mais il faut voir comment il se venge, les jours de grandes eaux, de cette qualification moqueuse : il lance vers le ciel trois puissants jets d'eau , l'un de dixhuit mètres environ, les deux autres de quinze mètres; à demi voilé sous ces brillantes vapeurs, le dieu du jour apparaît comme une image du soleil qui , d'en haut , l'inonde de ses rayons.

A la suite de ce beau bassin est le grand canal, qui a soixante-deux mètres environ de large et quinze cent cinquante-huit mètres de long. Sous Louis XIV, cette majestueuse pièce d'eau était couverte de bâtiments de toutes formes , et principalement de gondoles vénitiennes ; elles étaient conduites par trois ou quatre cents rameurs et matelots pour lesquels on avait bâti un village dans le bois prochain, qui a conservé le nom de bois des Matelots. Les fêtes finissaient toujours par quelque feu d'artifice sur ce canal, et, en i68(F, et surtout en 1770, pour le mariage du dauphin, on y avait

LE PARC ET LES GRAffOES EAUX. 89

établi un soleil de feu qui éclairait tout l'horizon , et deux cents chaloupes couvertes de verres de couleur.

Du bamilii d^ Apollon au bosquet de« l»dme»*

Remontons maintenant le Tapis vert , après avoir examiné les deux groupes d'/»o et Mélicerte^ à droite, et d'Aristée liant Protée^ à gauche, en regard du bassin, le premier par Granier, l'autre par Slootz père.

Nous tournons alors k gauche, et nous entrons dans le bosguet des Dômes ^ qui fait face à celui de la Colonnade.

Doti^uet des i^dmeti.

Ce bosquet renfermait autrefois deux petits pavillons en marbre blanc , couverts chacun d'un dôme enrichi d'ornements de métal doré. Ces pavillons ont été détruits à cause de leur état de vétusté.

Au milieu est un bassin hexagone environné d'une balustrade en marbre blanc, ainsi qu'une terrasse également entourée d'une seconde balustrade.

Sur la première de ces balustrades règne un petit canal interrompu par dix-huit petits bassins en coquille, d'où sortent des bouillons d'eau formant nappe. Sur le socle et les pilastres de l'autre on admire une suite de bas-reliefs représentant des trophées d'armes des différentes nations de l'Europe, par Girardon, Guérin et Mazeline.

Au centre du bassin est une cuvette en marbre blanc , de laquelle jaillissent un gros bouillon et un grand jet qui s'élève à vingt-quatre mètres.

Ce bassin est dans un état regrettable de délabrement. Nous ne l'avons mentionné que pour être complet, et à cause des bas-reliefs de Girardon.

■In d'EMceUidc*

Nous sortons par la porte opposée, nous suivons une petite allée. entre deux charmilles qui se présente devant

i-i^nL'^if^A^

■■jftVWfc^

Bassin d'Encelade.

nous. Arrivés au bout, nous tournons à gauche et nous parvenons à l'admirable bassin d'Encelade, dont nous apercevons de loin la tête et le bras gigantesques , au milieu des fragments de rochers. Il est à demi enseveli sous les débris de l'Etna. Le jet d'eau qui sort de la bouche du Titan a vingt-trois mètres. C'est un des plus élevés de tous ceux du jardin.

[n de Vl^re.

Kous revenons sur nos pas en reprenant la même allée , nous tournons à gauche et nous nous arrêtons un instant devant le petit bassin de Flore, par Tuby. Flore, à demi couchée, est entourée d'enfants tenant des guirlandes de fleurs. Le groupe est ingénieusement dessiné, et les enfants ont un abandon plein de grâce.

La seconde allée à gauche, à partir de celle que nous venons de quitter, nous conduit directement au bassin de l'Obélisque.

Bassin de robéllsque on des Cent-Tuyanx.

Ce bassin se compose de cent tuyaux jetant de l'eau et formant une gerbe qui s'élève en obélisque à plus de 24 mètres. Elle retombe en cascades, par les gradins, dans un petit canal qui entoure le bassin construit au milieu d'une vaste salle octogone.

Mais nous voyons de toutes paris la foule se diriger de l'autre côté du parc; suivons-la en prenant l'allée qui -est à la droite des Cent-Tuyaux. Nous arrivons a une grande allée de gazon, le long du mur de clôture du parc, et sur les traces des curieux empressés; nous remontons par là jusqu'au plus beau de tous les bassins, celui de Neptune,

Bassin de Meptnne.

De tous les bassins du parc, en effet, le plus grand, le plus élégant, le plus remarquable, tant par les sculptures et les ornements qui le décorent que par l'abondance des eaux, est, sans contredit,le bassin de Neptiine, creusé à droite de l'Orangerie et de la pièce d'eau des Suisses , à l'extrémité du parc. C'est cette merveille d'hydraulique que l'on entend communément sous la désignation Ae grandes eavx.

Une longue tablette ornée de vingt-deux grands vases de métal bronzé, ouvrage des plus habiles sculpteurs, et garnie d'un jet entre chaque vase , règne le long de la façade méridionale de ce bassin ; ces jets et ceux qui s'élèvent de

Un vase du bassin de Neptune.

chaque vase, au nombre de soixante-trois, sont reçus dans un chenal d'où l'eau s'échappe dans de vastes coquilles placées aux angles , et par des mascarons , pour retomber dans la grande pièce.

Sur la tablette inférieure sont trois vastes plateaux , sur lesquels sont placés des groupes de métal : celui de Neptune, ayant à sa gauche Amphitrite , assis dans une grande conque marine, par Adam aîné; celui de Protée y gardant les

LE PARC ET LES GRAÎïDES EAUX. 93

Toupeaux de Neptune ^ ipsiV Bouchardon; celui de V Océan louché et appuyé sur une énorme licorne de mer, par Lenoine.

Aux deux extrémités de la tablette circulaire sont placés leux dragons marins montés chacun par un Amour. Ces groupes sont de Girardon.

Cette pièce d'eau commence, d'ordinaire^ à jaillir vers cinq leures, quand tous les autres bassins ont successivement S^uisé leurs gerbes liquides. Il est impossible d'en rendre l'effet magique, quand de toutes les bouches des dieux, des Tritons , des Naïades , des phoques et des chevaux marins , surgissent. Bouillonnent, s'entre-croisenl des jets d'eau l'une force et d'un volume extraordinaires , qui forment en se réunissant dans leur chute une cascade écumante, et retombent dans là pièce d'tau agitée comme une mer en courroux. Ce spectacle des eaux déchaînées suffirait pour attirer la foule, et termine magnifiquement la série des prodiges le la journée.

Quand nous serons rassasiés de cet incomparable spectacle , nous remonterons par V Allée d'eau , qui s'étend en face de nous, au delà du bassin de Neptune; mais d'abord fîous entrerons dans le bosquet de VArc de Triomphe^ qui s'ouvre à gauche , à l'entrée. On y voit la France assise lans un char, sur des degrés en marbre blanc ; des attributs et des trophées d'armes l'environnent. D'un côté se tient Y Espagne^ appuyée sur un lion ; de l'autre V Allemagne^ assise sur un aigle. Sur le premier degré de marbre se tord un dragon expirant, symbole de la triple alliance. Ce groupe, autrefois en métal doré et brillant , maintenant noirci par les années , est de Coysevox , de Tuby et de Prou.

Allée d^eao*

Nous entrons maintenant dans V Allée d'eau , dessinée par Perrault , rival heureux de Le Nôtre.

Sur chacune des bandes de gazon qui partagent l'Allée d'eau , on remarque sept groupes de trois enfants chacun , jeunes garçons et jeunes filles, Amours et Satyres , les uns revenant de la chasse , les autres tenant un perdreau, les autres enfin jouant avec des poissons.

Ces groupes sont posés sur des socles de marbre blanc au milieu d'un bassin pareil et soutenant une petite cuvette de marbre de Languedoc, du milieu de laquelle s'élève un petit jet d'eau qui retombe en nappe dans le bassin 1 inférieur.

KLir.uu:>j..siafii nvc f lin p^'^!î^^■ftu. Cette allée charmante plaisait particulièrement à Mme Dubarry; elle venait s'y promener souvent suivie de son petit nègre Zamore , que le roi Louis XV avait nommé gouverneur de Luciennes.

A l'extrémité de l'Allée d'eau se trouve un bassin carré, dont la principale face est ornée d'un bas-relief remarquable représentant des Nymphes au bain , par Girardon. D'autres bas-reliefs figurant des fleurs, des Nymphes, des enfants en bronze , ornent les autres faces du bassin. 11 est destiné à servir de décharge à la fontaine de la Pyramide^ que nous trouvons immédiatement au-dessus.

V^nteliie de la Pyramide*

Cette fontaine, dessinée et exécutée par Girardon, se com-pose de quatre bassins élevés les uns sur les autres. Des griffes de lion appuyées sur des massifs de pierre supportent le bassin inférieur, qu'environnent quatre Tritons d'unepose aussi légère que hardie.

Des deux côtés , k droite et k gauche de la fontaine de la Pyramide , s'étendent deux bassins où semblent nager des Sirènes. Ces deux bassins sont appelés les Couronnes,

0e la fontaine de la Pyramide au Jardin do Rai*

Mais les gerbes s'abaissent, les nappes se tarissent, les eaux vont finir. Ne quittons pas le part sans faire une visite au jardin du Roi.

Nous montons l'escalier où la statue du Rémouleur fait face k la Vénus à la tortue , nous traversons les parterres d'eau. Bientôt nous voilà de nouveau devant le bassin de Latone. Nous redescendons encore une fois le Tapis vert , nous prenons la troisième allée à gauche , et nous passons devant un charmant petit bassin , le digne pendant de celui de Bacchus.

Girardon y a sculpté Saturne entouré de petits enfants , vrais chefs-d'œuvre de grâce et de légèreté. Encore un pas, et nous entrons dans le jardin du roi.

Cardin du Rai*

Ce jardin remplace l'ancien bassin de Vile d* Amour; il ne présentait, depuis longtemps, qu'un marais fangeux, couvert de roseaux, et dont les exhalaisons devenaient trèsdangereuses , lorsque le roi Louis XVIII , pendant le rigoureux hiver de 1816, ordonna, dans le but de soulager les indigents, de les employer k des travaux de terrassement pour transformer ce marécage en un jardin d'arbrisseaux, d'arbustes, de gazons et de fleurs de toutes sortes.

Le plan du jardin, tracé par M. Dufour, architecte du roi, fut exécuté en trois mois.

Entouré d'un élégant treillage blanc qui annonce son isolement et sa destination à des promenades particulières , le jardin du Roi n'est ouvert au public que chaque soir, deux heures avant le coucher du soleil.

Des fleurs et des arbustes décorent la plate-bande en talus qui borde sa première enceinte.

De la porte d'entrée nous apercevons, sur le lapis de verdure, une colonne surmontée de la statue de Flore; à droite et à gauche de la porte , entre la principale allée et celles du pourtour, se trouvent, dans deux grands massifs, deux salles rondes ornées de deux beaux vases de marbre blanc faits à Rome et enrichis de bas-reliefs : l'un représente un mariage antique; l'autre, une fête de Bacchus,

Divers carrefours offrent des renfoncements où sont placés des bancs, entourés, pendant l'été, d'orangers et d'autres arbres en caisse ; dans d'autres parties sont des massifs de fleurs mélangés avec goût, qui se varient et se renouvellent à chaque saison.

Ces massifs sont composés des objets les plus charmants et les plus recherchés des jardins d'amateurs, accumulés sans confusion.

Rien de plus ravissant que cet ensemble de fleurs aux couleurs vives et fraîches , coquettement encadrées dans la verdure du gazon ; des arbres de toute espèce sont disposés en groupes dans la grande pièce verte qui forme le centre du jardin.

Ce délicieux séjour est la promenade favorite des habitants de Versailles.

Après en avoir fait le tour et l'avoir admiré dans tous ses détails, nous revenons sur nos pas et nous arrivons au bord du bassin , situé en face de l'entrée du jardin. Ce bassin, dans lequel sont deux belles gerbes, a la forme d'un miroir. Deux cygnes au cou de neige parcourent cette nappe d'eau dans tous les sens , et l'animent par leurs gracieuses évolutions.

En sortant du jardin du Roi , nous traversons le bosqvct de Vénus.

Mtquet de fTénmm»

Ce bosquet remplace raiicien labyrinthe , ainsi nommé à cause de Tentrelacement de plusieurs allées bordées de palissades ok on pouvait s'égarer. Au détour de chaque allée se trouvait une ifontaine ornée de deux bassins en rocaille et d*une sculpture représentant une fable d'Ësope. Le dessin de ces sculptures avait été fourni par Le Brun, et les vers placés au bas étaient de la composition de Benserade. A l'entrée du bosquet étaient placées les statues à* Ésope et de V Amour. Pendant qu'on examinait les statues et qu'on lisait les vers, on oubliait la route qu'on devait suivre. Ces embellissements ont fait place à une décoration plus simple, et cependant trèspittoresque.

Des arbres exotiques forment dans ce bosquet un charmant embrage ; on y remarque surtout un quinconce de tulipiers décoré par quatre beaux vases de métal, au milieu desquels est placée une statue de Vénus.

En quittant le bosquet de Vénus , parallèle au mur du parc, nous arrivons au pied de l'un des deux magnifiques escaliers qui descendent du parterre du Midi au bâtiment de VOrangerie.

Laissons derrière nous les entrées principales faisant face à la Pièce cCeau des Suisses , et ornées de trumeaux décorés de deux colonnes d'ordre toscan , qui portent un groupe de figures. Les deux groupes du côté de la ville représentent V Aurore et Céphaley Vertumne et Pomone ; ceux du côté du jardin , Vénus et Adonis^ Zéphyr et Flore. L'espace qui est entre ces portes et les rampes des deux escaliers est fermé par des grilles en fer coupées par des piliers de pierre surmontés de paniers de fleurs , merveilleux fouillis dus au ciseau de Pinot.

Montons les cent trois marches de l'escalier, et jetons un 80 g

coup d'œil SUT Y Orangerie y chef-d'œuvre de J. Mansard, l'un des plus beaux ouvrages d'architecture du xvii^ siècle.

Ij*Onuiserle«

Commencée en 1685, V Orangerie a été terminée vers la fin de 1686; elle forme un fer à cheval; la galerie du milieu, éclairée par douze fenêtres cintrées qui sont dans l'enfoncement des arcades, a cent cinquante-six mètres de long et douze mètres de large. Les deux galeries latérales ont chacune cent dix- sept mètres de long. Ces galeries sont décorées au dehors de trois avant-corps ; celui de la galerie du fond est de huit colonnes d'ordre toscan, et les deux autres ont chacun quatre colonnes.

Du haut du parterre du midi, appuyés sur la balustrade qui l'entoure, nous découvrons le parterre de l'Orangerie, consistant en six compartiments de gazon, au milieu desquels est un bassin d'où sort une gerbe qui s'élève à quinze mètres. Au pourtour sont rangés plus d'un millier d'orangers, de citronniers , de grenadiers , en six grandes allées de quatre rangs de caisses , qui se croisent.

Le plus vieux des orangers est celui qu'on nomme le Grand- Bourbon, parce qu'il fut acquis en 1530 par la confiscation des biens du connétable de Bourbon; il avait déjà près de cent ans à cette époque.

Le parterre du midi , sur lequel nous sommes en ce moment , a porté longtemps le nom de parterre de fleurs. On y descend par un escalier de marbre blanc , dont les angles sont ornés de deux sphinx en marbre, montés chacun par un enfant en bronze. Sur la tablette des quatre autres perrons sont vingt vases, huit en marbre et douze en bronze.

Ce parterre est orné de deux petits bassins, de chacun desquels sort une gerbe de quatre mètres.

Sur l'angle d^ la balustrade qui règne le long du parterre, et qui conduit à l'escalier que nous venons de monter, est

une statue de femme couchée^ par Vanclève (d' après l'antique).

Nous découvrons du milieu du parterre du midi la pièce d'eau des Suisses y vis-à-vis l'Orangerie, à l'extérieur du jardin.

Plèee d-eau des 0aUsc0.

Cette pièce, ainsi nommée parce qu'on a employé un régiment suisse k la construire , a près de quatre cents mètres de long sur cent quarante de large. A l'extrémité est une statue équestre du Bernin, qui devait représenter Louis XIV ; mais l'artiste l'ayant manquée dans une de ses parties en a fait un Marcus Curtius. Il a substitué des flammes au Irojphée d'armes qui était sous le ventre du cheval. Il est facile de voir que la pensée du sculpteur n'est pas heureusement rendue.

Mais laissons la statue du Bernin pour l'admirable point de vue qui s'offre en ce moment à nous.

Cette nappe d'eau magnifique , ces allées d'arbres qui l'entourent, ces bois qui les couronnent à l'horizon , forment un dernier tableau qui, avant notre départ, se grave dans notre souvenir.

Nous quittons le parc, mais non pas sans remercier du fond du cœur l'administration vigilante qui a réparé avec tant de soin, dans ces dernières années, les outrages faits par le temps à l'œuvre de Louis XIV.

Ces réparations, commencées en 1851 et 1852 dans le réservoir du parterre supérieur et aux deux grands bassins du parterre d*eaUj ont été dirigées avec autant de promptitude que d'habileté.

Maintenant, Versailles est redevenu digne de son créateur. C'est un des plus beaux monuments de la richesse et de l'art de la France» et nous pouvons avec orgueil le montrer aux étrangers. Ils liront ensuite, sans se laisser abuser, nous

en sommes certains , les lignes trop sévères que le duc de Saint-Simon traçait dans ses Mémoires à propos du parc que nous venons de parcourir :

« On n*y est conduit dans la fraîcheur de Fombre que par une vaste zone torride au bout de laquelle il n*y a plus qu'à monter et descendre , et avec la colline, qui est fort courte, se terminent les jardins. La recoupe y brûle les pieds; mais sans cette recoupe on y enfoncerait, ici dans les sables, et là dans la plus noire fange. La violence qui y a été faite partout à la nature repousse et dégoûte malgré soi. »

Notre journée à Versailles est le plus éclatant démenti de ce passage injuste d'un grand historien.

lie* deux Trlanéiiiu

Ces deux châteaux , placés à l'extrémité du bras septentrional du grand canal, portent le nom de Grand eX de Petit- Trianon.

Ctraiid-Trl«ii«ii.

Gomme toutes les grandeurs de ce monde, ce château n'est grand que par comparaison , et relativement k son voisin , le Petit-Trianon. Il se compose d'un rez-de-chaussée construit par Robert de Cotte, sous la direction de Mansard, et qui consiste en un corps de logis principal , avec deux ailes formant pavillon, et réunies par un péristyle de vingt-deux colonnes. Les colonn<:S du péristyle du côté de la cour sont d'une seule pièce de marbre campon.

Il a été construit sous Louis XIV, sur l'emplacement d'un village fort ancien , qui appartenait au moyen âge à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Louis XFV, ^yant eu envie d'éever à côté du somptueux palais de Versailles un pavillon destiné d'abord à Mme de Montespan, fit disparaître le village , et à la place on y éleva un petit château de parcekûne , qui devint le boudoir de la favorite. Mais avec la

faveur de Mme de Montespan disparut le petit château , et à la place 8*éleva l'élégant édifice que nous admirons aujourd'hui.

Pendant que Ton bâtissait ce château , le roi visitait un jour les travaux avec Louvois , qui , k ses autres fonctions , joignait celle de surintendant des bâtiments. Louis XIV crut s'apercevoir qu'une des fenêtres, encore inachevée, était plus étroite que les autres : il en fit l'observation à Louvois, qui prétendit que la fenêtre était semblable aux autres : le roi insista, Louvois s'obstina. Quelques jours après, le roi retourne à Trianon avec son ministre, et fait appeler Le Nôtre , et lui ordonne de mesurer la fenêtre : commis-» sion embarrassante pour Le Nôtre, qui craignait de déplaire à Louvois ou à Louis XIV. « Il aurait bien voulu n'être pas là, dit Saint-Simon, et ne bougeait. Enfin le roi le fit aller ; et cependant Louvois toujours à gronder et à maintenir l'égalité de la fenêtre avec audace et peu de mesure. Le Nôtre trouva et dit que le roi avait raison de quelques pouces. Louvois voulut imposer ; mais le roi , à la fin trop impatienté, le fit taire, lui commanda de faire défaire la fenêtre à l'heure même , et , contre sa modération ordinaire , le malmena fort durement. Ce qui outra le plus Louvois , c'est que la scène se passa non-seulement devant les gens des bâtiments, mais en présence de tout ce qui suivait le roi dans ses promenades , seigneurs , courtisans , officiers des gardes , etc. La vesperie fut forte et dura assez longtemps, avec les réflexions sur les conséquences de la faute de cette fenêtre , qui , remarquée plus tard , aurait gâté toute cette façade et aurait engagé à l'abattre. Louvois, qui n'était pas accoutumé d'être traité de la sorte, revint chez lui en furie^ et comme un homme au désespoir. Saint- Pouange , les Rilladets , et ce peu de familiers de toutes les heures, en furent effrayés, et dans leur inquiétude tournèrent pour tâcher de savoir ce qui était arrivé. A la fin il Fa

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leur conta, dit qu'il était perdu, et que, pour quelques pouces , le roi oubliait tous les services qui lui avaient valu tant de conquêtes; mais qu'il y mettrait ordre, et qu*il lui susciterait une guerre telle , qu*il lui ferait avoir besoin de lui , et laisser là la truelle. »

Si cette anecdote est vraie , la menace ne tarda pas à se réaliser. Quelques mois après s'allumait la guerre de 1688, qui commença k ébranler le trône de Louis XIY, et attira sur la France de si affreux désastres.

Nous ne décrirons ni l'intérieur du palais , ni le jardin qui y est joint : on n'y pénètre que sous la conduite d'un gardien : celui-K^i donne aux visiteurs autant et plus de détails qu'on n'en peut désirer.

Petlt«Trl«ii«ii*

Le Grand-Trianon, bien petit pour le fondateur du palais de Versailles , sembla trop vaste encore à Louis XV, qui aimait assez les petits réduits pour y cacher ses plaisirs. Il fit bâtir un pavillon de douze toises environ, sur quatre faces : ce fut le Petit-Trianon.

Ce petit château , qui avait été témoin sous ce prince de tant de débauches , fut donné par Louis XVI à Marie- Antoinette; et aux orgies succédèrent ces fêtes pastorales, où se complaisait la malheureuse reine. Elle fit du jardin un jardin anglais , où , vêtue d'une robe blanche , coiffée d'un chapeau de paille, elle parcourait le hameau , sa ferme^ allait visiter sa vache et pêcher dans le lac : de jeunes seigneurs , quelques dames , partageaient ces plaisirs. Parfois à ces berge* ries sentimentales succédaient des fêtes d'un autre genre ; ce fut au Petit-Trianon qu'eut lieu cette représentation célèbre du Barbier de Sévilie , où la reine jouait le rôle de Rosine, le comte d'Artois, celui de Figaro, M. de Vaudreuil , celui du comte Almaviva : les rôles de Basile et de Bartholo étaient rendus par MM. de Crussol et de Guiche.

Et cette représentation avait lieu , au moment même où le Mariage de Figaro remuait tout Paris et éveillait déjà ces passions révolutionnaires , qui devaient éclater quatre ans plus tard , et conduire à l'échafaud ou en exil les acteurs et les spectateurs du Petit-Trianon !

Napoléon I" , qui négligea toujours Versailles , eut une prédilection marquée pour les deux Trianons : il y séjourna souvent , y commanda quelques changements. Ce fut lui qui établit le jeu de bagues que l'on voit dans le jardin du Petit- Trianon, et l'on dit qu'il ne dédaigna point d'y faire quelquefois sa partie.

On montrera aux visiteurs le hameau dans tous ses détails ; la maison du garde-chasse (le garde-chasse était le comte d'Artois); celle du bailli (Louis XVI remplissait les fonctions de bailli , quand ses fonctions de roi et son amour pour la chasse le lui permettaient); enfin la maisonnette de la royale fermière, cabane simple et rustique, modeste asile , dont le mobilier avait coûté 60 000 francs !

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