HISTOIRE DE VERSAILLES
sacre de la Saint-Barth*élemy. Henri, devenu roi de France, conserva au fils de Loménie l'amitié qu'il avait eue pour le. père ; il allait souvent courir le cerf avec lui dans la forêt voisine. Enfin, en 1624, Louis XIII, qui venait continuellement chasser dans les bois qui avoisinent Versailles, « ennuyé, et sa suite encore plus, d'y avoir couché dans un méchant cabaret à rouliers, ou dans un moulin à vent; excédé de ses longues chasses dans la forêt de Saint-Léger et plus loin encore , fit construire à Versailles un pavillon , pour servir de rendez-vous de chasse. » ( Saint-Simon. )
Vue de l'inlérieur de ravanl-cour sous Louis XIU.
Le séjour de Versailles lui plaisant chaque jour davantage , il fit élever un château en briques composé de quatre pavillons, liés de trois côtés par des corps de bâtiments : cette construction, qui existe encore aujourd'hui avec quelques modifications, forme le centre du palais de Versailles ; la couleuf
de ses briques la distingue des constrilctions plus modernes qui ont si démesurément agrandi cette résidence royale.
Ce ne fut cependant qu'en 1632 que Louis XIII devint seigneur de Versailles, par l'achat qu'il fil de cette seigneurie à François de Gondi, archevêque de Paris, « moyennant 66 000 livres , dit le contrat d'acquisition , que ledit seigneur archevêque reconnaît avoir reçues de Sa dite Majesté en pièces de 16 sous. » Le vieux château presque ruiné qui faisait par-
Vue de ToraDgerie sous Louis XIIL
lie de ce fief fut abattu , et à la place on éleva une orangerie, à laquelle a succédé, sous Louis XIV, l'orangerie qu'on voit actuellement.
Louis XIII séjourna souvent à Versailles. « Le roi , dit la Gazette de France de 1632, y entretient sa santé par le travail de la chasse et les autres exercices des princes. »
Quant aux autres travaux plus sérieux, heureusement pour la France, il les abandonnait au cardinal de Richelieu.
C'est donc à la passion de Louis XIII pour la chasse, passion commune à tous les princes de la maison de Bourbon, que Versailles doit d'être devenue une résidence royale. Un siècle et demi plus tard, le 5 octobre 1789 , la veille du jour où Versailles cessa d'être le séjour des rois, Louis XVI était à la chasse au tir dans les bois de Meudon , et venait
Vue du chûteau du côté du parc sous Louis XIII.
d'écrire sur son journal : Tiré à la porte de Châiillon^ tué quatre-vingt'Une pièces^ quand on vint lui annoncer que le peuple marchait sur Versailles pour ramener la famille royale à Paris. Le roi ajouta à la note qu'il venait d'écrire : Interrompu par les événements.
Ce fut à Versailles que se dénoua l'intrigue ourdie contre Richelieu par la reine mère et quelques courtisans, et qui
est restée célèbre dans Thistoire sous le nom de Journée des dupes. Épuisé par l'effort qu'il lui avait fallu faire pour se décider entre sa mère et son ministre, Louis XIII s'était réfugié à Versailles. Richelieu croyait tout perdu, et paraissait résigné à la retraite; tout à coup il se détermine à aller trouver le roi à Versailles : il le voit, lui parle, et revient à Paris plus puissant que jamais.
Malgré son attachement pour sa résidence de Versailles , ce ne fut pas là que mourut Louis XIIL Ce roi mélancolique, qui avait choisi ce village isolé au milieu des forêts pour y respirer à l'aise dans la solitude et le silence , alla chercher à Saint-Germain un asile commode aux derniers jours de sa triste existence : quand la maladie lui laissait quelque relâche, il faisait pousser son fauteuil jusqu'au balcon, ses yeux s'arrêtaient sur le clocher de Saint-Denis, la royale sépulture : Voici ma dernière demeure , disait le mourant.
t« irersallles sous liOiils TLWW.
Pendant les troubles de la minorité de Louis XIV, la cour habita tantôt Paris, tantôt Vincennes et Saint-Germain. Versailles fut abandonné.
Quand Louis XIV commença à gouverner par lui-même , il résolut de ne plus habiter la capitale, qui lui rappelait, avec la Fronde , les humiliations de sa minorité , et, comme dit Saint-Simon, sa sortie fugitive la veille des rois : il se fixa d'abord à Saint-Germain , et y demeura assez longtemps. S'il est vrai , comme on l'a prétendu , que ce qui le dégoûta de cette résidence , ce fut l'aspect lugubre de ce même clocher de Saint-Denis, sur lequel Louis XIII fixait en mourant des regards résignés , il faut croire que cette crainte superstitieuse n'était pas extrêmement vive, puisque ce n'est que vingt ans après qu'il eut commencé à régner par lui-même, en 1682, qu'il fixa définitivement à Versailles la résidence de
la cour. Jusqu'à cette époque, il y fit de fréquentes excursions pour y donner des fêtes ou surveiller les travaux qu'il y avait entrepris; il revenait le soir coucher à Saint-Germain.
Façade de Versailles du côté de la cour.
Ces travaux d'agrandissement commencèrent dès i66i. Par un sentiment qui l'honore , Louis XIV voulut absolument conserver la partie principale du château bâti par son père. Les trois façades intérieures restent encore aujourd'hui telles qu'elles ont été bâties par Louis XIII : son fils, en agrandissant le palais , n'a fait que les envelopper a l'extérieur par les constructions récentes , qui les enferment de trois côtés. Tout en louant le sentiment filial qui fit respecter à Louis XIV l'œuvre de son père , on ne peut s'empêcher, en entrant dans la cour de Versailles , d'être choqué du désaccord des constructions appartenant aux deux règnes. L'ancien château, dont l'architecture élégante et la couleur roùje attifent immédiatement les regards , semble petit et
écrasé au milieu des vastes bâtiments qui l'entourent. Tandis que du côté du jardin la façade du château frappe par une régularité qui va jusqu'à la monotonie, tandis que, dans ce jardin même, tout, jusqu'à la végétation, semble asservi à une symétrie géométrique; du côté* de la cour, le défaut d'ensemble et d'harmonie frappe les yeux les moins exercés.
L'architecte Mansard avait vainement insisté pourla suppression de l'ancien château, et s'était efforcé de faire comprendre au roi combien l'existence des vieilles constructions s'accordait mal avec les proportions convenues pour le reste des bâtiments : il prétendait même que l'ancien château manquait de solidité et pourrait compromettre les construc-» tiens nouvelles dont on l'entourerait. « Si le bâtiment est mauvais, reprit le roi, il faut l'abattre; mais il sera rétabli comme il est. » Rien ne put fléchir l'honorable obstination de ce scrupule filial. Si cette fois le goût de Louis. XIV a souffert des délicatesses de sa sensibilité, c'est, dans la vie de l'égoïste monarque, un accident assez rare pour qu'il mérite d'être remarqué.
Dès l'année 1664, les travaux de Versailles étaient assez avancés; le roi s'y rendait souvent pour les visiter, et aussi pour s'y trouver avec Mlle de La Vallière : leurs amours étaient encore à demi cachées.
Une relation du temps , en nous racontant les fêtes dont le château de Versailles fut .alors le théâtre , nous montre qu'il était bien loin d'avoir acquis l'importance qu'il eut quelques années plus tard :
« Cette année, le roi, voulant donner aux reines et à toute la cour le plaisir de quelques fêtes peu communes dans un lieu orné de tous les agréments qui peuvent faire admirer une maison de campagne, choisit Versailles à quatre lieues de Paris. C'est un château qu'on peut nommer un palais enchanté , tant les ajustements de l'art ont bien secondé les soins que la nature a pris pour le rendre parfait. Il charme
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de toutes manières; fout y rit, dehors et dedans. L*or et le marbre disputent de beauté et d'éclat ; et, quoiqu'il n'ait pas cette grande étendue qui se remarque en quelques autres pcdais de Sa Majesté , toutes choses y sont si polies , si bien entendues, si bien achevées, que rien ne peut les égaler. Sa symétrie, la richesse de ses meubles, la beauté de ses promenades et le nombre infini de ses fleurs comme de ses orangers \ rendent les environs de ce lieu digne de sa rareté singulière. »
Les fêtes dont il est question dans cette relation durèrent sept jours, et ces magnificences inouïes excitèrent la verve des beaux esprits du temps. La relation déjà citée nous y fait voir les souvenirs de la mythologie constamment mêlés aux galanteries chevaleresques inspirées par TAriosle ; singulier mélange. Le palais d'Alcine fut le sujet choisi pour un
4 . Ces orangers de Versailles ont été chantés par La Fontaine dans des vers charmants et trop peu cités ■:
Sommes-nous, dit-il, en Provence?
Quel amas d'arbres toujours verts Triomphe ici de l'inclémence Des aquilons et des hivers?
Jasmins dont un air doux s'exhale , Fleurs que les vents n'ont pu ternir, Aminte en blancheur vous égale , Et vous m'en Tailes souvenir.
Orangers , arbres que j'adore , Que vos parfums me semblent doux !
Estr-il dans l'empire de Flore Rien d'agréable comme vous?
Vos Truits aux écorces solides Sont un véritable trésor, Et le jardin des Hespérides N'avait point d'autres pommes d'or !
{Amours de Psyché.)
magnifique carrousel. Le roi y représentait Roger, entouré de ses chevaliers , précédé de pages et de hérauts d*arme? suivi du char d* Apollon, qui portait aussi les Hettres, les Saisons et autres divinités du paganisme.
La nuit venue , « les douze Signes du zodiaque et les quatre Saisons dansèrent une des plus belles entrées de ballet qu'on eût jamais vues. » Puis le souper fut servi : alors Pan et Diane s'avancèrent, portés sur une montagne, machine à roulettes fort ingénieuse de quelques pieds de haut, et en descendirent pour offrir au roi le tribut des campagnes et des forêts.
Ce fut l'emploi du premier jour : les merveilles des-jours suivants surpassèrent encore tout ce qu'on avait vu; les courtisans et les dames demeurèrent d'accord qu'il ne se pouvait rien inventer de plus neuf ni de plus galant.
Cette mascarade, qui se prolongea pendant sept jours, avait été concertée et réglée d'avance par le génie inventif de M. de Vigarani , gentilhomme modénais , et de M. le duc de Saint- Aignan, Le programme de cette espèce de comédie oïl chacun avait un double rôle, celui d'acteur et de spectateur tout à la fois, avait été rigoureusement déterminé, et il n'eût pas fallu s'en écarter. Nous autres modernes, nous aurions quelque peine à comprendre le plaisir qu'on pouvait goûter dans ces fêtes de sept jours, où rien n'était laissé à l'imprévu , k la surprise, tout cela pouvait être fort magnifique ; mais nous concevons aujourd'hui le plaisir d'une autre façon.
Des plaisirs que nous comprenons mieux se mêlèrent à toutes ces galanteries. Molière fit représenter la Princesse d'Élide, le Mariage forcé, les Fâcheux, et, ce qui est une date importante dans l'histoire de notre littérature, les trois premiers actes du Tartufe , alors inachevé.
Mais, ajoute la relation, « quoique cette comédie eût été trouvée fort divertissante, le roi connut tant de conformité
entre ceux qu'une véritable dévotion met dans le chemin d^ ciel et ceux qu'une vaine ostentation de bonnes œuvres n'empêche pas d'en commettre de mauvaises , que son extrême délicatesse pour les choses de la religion eut de la peine à souffrir cette ressemblance du vice et de la vertu; et, quoiqu'on ne doutât point des bonnes intentions de l'auteur, il défendit celte comédie pour le public , jusqu'à ce qu'elle fût entièrement achevée et examinée par des gens capables d'en juger, pour n'en pas laisser abuser à d'autres moins capables d'en faire un juste discernement. »»
On ne peut trop louer, avec le narrateur, cette extrême délicatesse du roi pour les choses de la religion, malgré ses très-mondaines préoccupations; car, il faut bien l'avouer, ces fêtes, destinées en apparence aux deux reines, mère et femme du roi , l'étaient en réalité à Mlle de La Vallière. M. de La Vallière père y joua un rôle brillant, y remporta le prix de la bague, et Benserade, qui avait fait des vers pour tous ces personnages , fit pour lui ces vers assez étranges dans la bouche d'un père placé dans une situation aussi délicate ;
Quelque beaux sentiments que la gloire nous donne , Quand on est amoureux au souverain degré , Mourir entre les bras d'une belle personne Est de toutes les morts la plus douce à mon gré.
Il était plus que bizarre défaire faire l'apologie des amours du roi par le père même de sa maîtresse.
Ce fut par les jardins que commencèrent les grands travaux d'agrandissement qui firent de Versailles la plus somptueuse des résidences royales. Le Nôtre fut chargé de ce soin : ce parc devint le chef-d'œuvre des jardins français^ et, si nous avons peine aujourd'hui à goûter la singulière géométrie qui , rognant et taillant avec une régularité désespérante, fait) avec de beaux arbres , tantôt des pains de sucre ,
•tantôt des éventails, on ne peut méconnaître cependani la grandeur de conceptions qui présida au tracé de cet jardins, l'habileté avec laquelle Le Nôtre sut ménagei les perspectives. Rien de libre assurément, rien qui rappelle la féconde et luxuriante indépendance de la nature ; mais le genre une fois admis, il est impossible de ne pas admirer la richesse de l'ensemble et le soin curieux des détails.
Cependant, quand toutes ces allées eurent été plantées, tous ces bassins construits, on s'aperçut, un peu tard, que, grâce à la situation de Versailles, l'eau manquait pour alimenter les bassins et les jets d'eau, pour remplir ces fontaines 1» qui tarissaient, dit Saint-Simon, comme elles fout encore k tout moment, malgré la prévoyance de ces mers de réservoirs qui avaient coûté tant de millions à établir et à conduire sur le sable mouvant et la fange. »
Pour remédier à ce manque d'eau, on avait imaginé divers projets : le premier et le plus hardi, proposé par Riquet, auteur du canal de Languedoc, consistait k amener à la hauteur de Satory une portion de la Loire, en la prenant près de Briare. Après quelques travaux de nivellement, le projet fut abandonné, pour être repris un peu plus tard. Seulement on s'aperçut qu'afin d'avoir une pente suffisante pour amener une portion de la Loire, il faudrait la prendre à la hauteur de La Charité, c'est-k-dire k 50 lieues de Versailles. On croit rêver, quand on songe que de pareilles fantaisies ont pu être sérieusement discutées.
Cependant, en i673, un gentilhomme liégeois, Deville, se chargea, sur l'invitation de Colbert, de construire sur la Seine une machine hydraulique dont on se promettait les plus heureux résultats. Cette machine immense, qui devait faire monter la rivière k la hauteur de i SO mètres et l'amener k Versailles, fut établie k Marly. Une fois terminée avec de grands frais, on vit qu'elle serait insuffisante ; et comme, k
cette époque, on "venait de construire le château royal de Marly, elle fut réservée uniquement au service de cette dernière résidence.
Cependant l'eau manquait toujours à Versailles ; tous les esprits travaillaient pour trouver le moyen d'en amener. Enfin, on entreprit de détourner la rivière de l'Eure et de l'amener à Versailles : les travaux furent commencés et poursuivis avec activité auprès de Maintenon, qui appartenait depuis peu de temps à la veuve de Scarron, destinée à être bientôt la femme de Louis XIV ^ Ces travaux, commencés vers 1684, furent interrompus en 1688 : ils n'ont jamais été repris.
On a beaucoup discuté sur le montant des dépenses que coûta cette dernière tentative. Elles ont sans doute été fort exagérées par Saint-Simon et par des historiens plus récents, peu favorables à Louis XIV. Un écrivain moderne qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, a entrepris de justifier à la fois Mme de Maintenon et Louis XIV, croit pouvoir affirmer que, sans compter les acquisitions de terrains^ les dépenses occasionnées par ces travaux ne s'élevèrent qu'à près de 9 millions. Quoi qu'il en soit, il est juste de faire remarquer que cette somme était encore considérable pour le temps, et qu'elle eût pu d'ailleurs trouver un emploi beaucoup plus utile , lors même que les travaux entrepris n'eussent pas complètement avorté !
Mais ce qui est hors de doute, parce que le fait est attesté par des contemporains très-favorables au roi, entre autres par Mmes de La Fayette et de Sévigné, c'est que ces travaux entraînèrent des malheurs d'un autre genre , et beaucoup plus déplorables qu'une perte d'argent. On imagina d'employer les troupes aux travaux de terrassement. En 1684, selon le
4 . On ne peal préciser la date du mariage de Mme de Maintenon avec le
roi. On la place aux années 1684, 468b, 4686.
chroniqueur de la cour, Dangeau, le nombre des soldats qui ' y travaillèrent s'éleva à 22 000 hommes. Les exhalaisons de tant de terres remuées produisirent des maladies contagieuses^ et la mortalité se mit dans les troupes. Mme de La Fayette nous dit : « On employait des troupes à ce prodigieux dessein pour avancer de quelques années les plaisirs du roi, et on le faisait avec moins de dépenses et moins de temps que Ton n*eût osé l'espérer. La quantité des maladies que causent toujours les remuements des terres mettait les troupes qui étaient campées à Maintenon, où était le fort du travail, hors d'état d'aucuns services; mais cet inconvénient ne paraissait digne d'aucune attention, au sein de la tranquillité dont on jouissait. »
Ce qui veut dire que, comme on avait alors la paix, il devenait assez indifférent de faire périr des milliers de soldats pour avancer de quelques années les plaisirs du roi. Cela dura quatre ans; la guerre, qui éclata, força, en 1688, de retirer les troupes pour les envoyer à la frontière ; et l'entreprise fut abandonnée.
Après tant de travaux si tristement avortés, on se réduisit à un plan beaucoup plus modeste, et qui réussit enfin, ou à peu près. On songea k utiliser les eaux des étangs situés sur le plateau qui s'étend de Versailles à Rambouillet; et, « par un vaste système de rigoles et d'aqueducs souterrains présentant un développement de plus de SO lieues , on parvînt à recueillir et à transporter à Versailles, comme cela se fait encore, les eaux de pluie et de fonte de neige qui tombent sur une surface de 8 à 9 lieues de long sur 3 ou 4 de large ^ »
Pendant ces longues entreprises, le château s'était successivement agrandi : mais Louis XIV ajoutant sans cesse quelque nouveau corps de bâtiment, sans travailler, comme pour le jardin, sur un plan général et arrêté d'avance, le défaut
I. M. de Noailles, Histoire de Mme de Maintenon , t. II, p. 87.
HISTOIRE. 3i
'd*unité alla toujours' en s'augmentant. La chapelle actuelle, commencée seulement en 4698, et terminée en i7i0, succéda à une chapelle plus ancienne, située dans une autre partie du palais. La ville s'accrut également, grâce aux privilèges que Louis XIV assurait aux propriétaires, aux concessions avantageuses qui encouragèrent à bâtir. Au pauvre village de Versailles succéda bientôt la ville royale que nous voyons aujourd'hui. Les jardins, enfin pourvus d'eau, furent peuplés de statues dues au ciseau des plus habiles sculpteurs. Le parc de Versailles se divisa en deux parties, le grand et le petit : ce dernier se composait du parc actuel; l'autre, qui renfermait plusieurs villages, était entouré d'un mur de 9 lieues de longueur.
Depuis 1(582, Versailles, devenu la résidence presque permanente de la cour, fut témoin de bien des changements divers, de singulières transformations. A la cour brillante et voluptueuse où avaient brillé successivement Mraes de Lavallière, de Montespan, de Fontanges, succéda la cour plus sérieuse, en apparence du moins, de Mme de Maintenon. Le temps des fêtes était passé : celui des victoires passa bientôt. Vieux, attristé, abandonné de la fortune, Louis XIV put entendre souvent, vers la fin de son règne, les plaintes des malheureux qui, pendant la famine et la misère de ces dernières années, venaient, aux portes mêmes de son palais , accuser l'excès de son ambition et sa fastueuse imprévoyance. Il y mourut, le i" septembre i7i5, léguant à la France, avec un roi de cinq ans et un régent débauché, une dette de quatre milliards et la banqueroute en perspective. Le cadavre de ce roi, si brillamment entouré aux jours de sa splendeur, fut transporté sans pompe à Saint-Denis : quelques jours auparavant, son cœur avait été porté à l'église des Jésuites, « ce cœur, dit Saint-Simon ^ aui n'aima personne, et qui fut aussi peu aimé ! »