‹ Le château royal de VincennesChapitre 12 sur 31 · M. DCC. XXXI · texte numérisé non relu

M. DCC. XXXI

que l'on peut traduire ainsi :

Louis XV ordonna, en 17 Si, à Alexandre Le Febvre de la Falvere, grand-maître des eaax et forêts, de planter le bois de Vincennes d'arbres nouveaux.

Les deux autres cartouches portent les armes de la Maison de France.

Ce reboisement ne coûta pas moins, dit-on, que un million cent mille livres. Environ deux siècles auparavant, en 1551, Henri II avait déjà fait défricher et replanter le bois. Plus de 14.000 plants de chênes avaient été achetés à Bondy et repiqués ; on avait, en outre, semé des glands, des marrons, des châtaignes et autres graines de différentes sortes d'arbres. Les 14.500 plants livrés par les habitants de Bondy coûtèrent 14 livres 4 sols, ce qui porte le prix du mille à 8 sols.

Aux environs de l'année 1740» deux anciens ouvriers de la manufacture de Chantilly» les frères Dubois, se présentèrent au marquis de Fulvy»

ministre des finances» et lui proposèrent d'exploiter avec eux un nouveau procédé pour fabriquer de la porcelaine.

Celui-ci accepta la proposition et intéressa le roi Louis XV à l'entreprise ; celui-ci prêta une pariie du château de Vincennes pour y établir un laboratoire et fournit» en outre» une assez forte somme d'argent.

Les premiers essais ne réussirent pas et les frères Dubois furent renvoyés du château à cause de leurs fréquentes et copieuses libations. On les remplaça par un ouvrier fort intelligent» nommé Gravant» qui commença à fabriquer de la porcelaine tendre.

Gravant vendit le secret de cette fabrication au frère du ministre des finances» Orry de Fulvy» qui était alors gouverneur du château. Ce dernier s'associa à Charles Adams» sculpteur renommé ; de nouveaux capitaux furent versés ; une compagnie fut créée et l'entreprise donna des résultats magnifiques. Cette compagnie était protégée par un privilège de trente années et la permission d'établir les ateliers dans le château de Vincennes, pour une durée de trente ans, à partir de 1745.

Le directeur de la manufacture était Boileau»

homme instruit et intelligent» qui sut s'entourer de savants tels que le chimiste Hellot et d'artistes comme Bachelier^ Boucher^ Van Looy qui fournissaient les compositions que plus de cent ouvriers étaient chargés de traduire en porcelaine. Un grand nombre de chefs-d'œuvre furent ainsi fabriqués. En 1753> on fit prendre au roi Louis XV un tiers des actions de la manufacture de Vincennes, qui reçut, à cette occasion, le titre de Manufacture royale.

En 1756, la manufacture, ayant beaucoup gagné en importance, fut transportée à Sèvres dans un bâtiment construit tout exprès. Depuis cette époque, l'établissement n'a cessé de prospérer ni de répandre ses merveilleux produits sur tout le globe ; mais, pendant le peu de temps qu'il fut à Vincennes. il s'y créa cependant un grand nombre de chefs-d'œuvre dont on peut voir encore plusieurs spécimena au Musée rétrospectif de Sèvres et même au Musée du Louvre {Collection Thiers) .

En 1745, eut lieu, le U juillet, la bénédiction des cloches de la chapelle royale du château par l'abbé Ârrault, trésorier de cette église ; ces cloches furent nommées Louises, au nom du roi, par le marquis du Châtelet, ancien gouverneur du château et par le marquis de Bellefond.

En 1756, parait un règlement général des chasses de la capitainerie royale du parc de Vincennes,

daaa lequel on trouve Tariicle suivant : Défenses à tous seigneurs et gentilshommes, de chasser au fusil ou avec chiens» dans l'étendue de la Capitainerie, à peine de désobéissance et de 1.500 livres d'amende, et contre tous autres, de 100 livres d'amende pour la première fois, du double pour la seconde et du triple pour la troisième ; sinon, à défaut de quoi, si les contrevenants sont insolvables, la première fois battus de verges sous la custode ^ la deuxième en place publique, et la troisième bannis à toujours du lieu de leur demeure, les chiens les jarrets coupés, et les fusils confisqués, sans préjudice de plus grandes peines, en cas de chasses de cerfs, biches, faons, daims, che* vreuils ou sangliers. »

On ne badinait pas à Vincennes, en 1766, avec les délits de chasse.

L'année suivante, on installa, dans les locaux récemment abandonnés de la manufacture de porcelaine, une fabrique d'armes d'un nouveau système inventées par un sieur Bourdier. Cette fabrique occupait huit cents ouvriers qu'on avait fait venir de Flandre et de Saint-Etienne. M. de Luzy écrit, en 1758, la lettre suivante à M le Marquis de Marigny stu sujet de cette manufacture :

^ Donner le fouet sous la custode (sub custodia) pour dire en secret, afin d'épargner au délinquant la honte d'un supplice publie.

24 mars 1758.

« Monsieur,

« Les ouvrages de !a manufacture des armes continuent avec autant de célérité que la dernière fois que j'eus l'honneur de vous en rendre compte. L'atelier F est fini ; je livrerai demain l'atelier B, avec tous les établis en place. Cela joint avec celui que j'ay eu Phonneur de vous écrire estre fini, c'est de quoy occuper 500 ouvriers ; on travaille à finir les trois derniers ateliers.

«r La semaine après celle des fêtes, il arrivera de Saint-Etienne et de Flandre 450 arquebusiers. Cet établissement est réglé à 800 ouvriers parce qu'il est vraisemblable que dans environ deux ans nos ennemis auront ce fusil et qu'alors il en faudra nécessairement pour toutes les troupes. Je juge que cette manufacture est ici à mesure et qu'il faut aviser au moyen de loger les ouvriers qui ne peuvent rester aux appartements royaux ; tous les princes et beaucoup de grands seigneurs ont examiné ce fusil. M. le prince de Soubise, qui Ta vu à Paris chez lui, doit venir bientôt visiter la manufacture; les fusils faits sont à Paris chez M. du Vanet qui les tient fermés, c'est par sa permission qu'on les fait voir. »

Cette fabrication ne dura que peu de temps et, jusqu'à la mort de Louis XV, arrivée en 1774,

nous ne trouvons rien de notable à signaler an château de Vincennes qui retombe dans le délaissement où Tavait laissé le départ de Louis XIV pour Versailles.

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