CHAPITRE X
VlncenneB sous Louis XVI. La basse-conr du chftteaa* Erection de Vlncennes en commune.
Sous Louis XVI, le château ne va pas retrouver cette splendeur dont il était privé depuis longtemps ; les tours et les remparts sont laissés dans un tel état de délabrement que l'on craint pour leur solidité. Les pavillons du Roi et de la Reine sont seuls dans un état passable de conservation ; on y loge des familles ayant rendu des services à l'Etat ou jouissant de la protection de personnages haut placés.
En 1776, le roi, par lettres patentes du mois de juillet, enregistrées par le Parlement le 5 septembre suivant, confirme les privilèges de la Sainte- Chapelle royale du château et, Tannée suivante, il signe un bon par lequel il reconnaît être à sa charge les réparations des maisons canoniales du chapitre de Vincennes situées près de la Sainte-Chapelle et qui tombaient en ruines.
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Ën 1773, 1^ ww fkmdip, wp^p^eur rpygl, drofsf un plein de la b£|s»e^cQur de Vincennes qui, aQus riivon^ 4éjà vu, s'étendait devant la façade ^epteotnonalQ du château et était limitée par le» riie9 du Temer, du Midi et 4u Levant.
I^'angW aud-e$t de cette immeuM place rectangulaire était ocQupé par quelques constructions, entre autres par la maison et les jardius des Dames de la Charité.
Il s'agissait de mettre en valeur toute la partie non bâtie de la place en y ménageant trois voies ; une rue principale allant de la iHH't^ du Village à la rue du Midi et à laquelle on donna le nom de rue Royale (aujourd'hui rue de rHôtel-de • ViJle) ; cleui( autres rues joignant la première aux rues du Terrier et du Levant ; la me de. la Charité (auJQur-' d'hui rue Lejemptel) et la rm Nwve; (aujourd'hui rue Saulpic). Ce plan fut exécuté trois ans plus tard, en 1781, et les terrains furent concédés k des particuliers pour y construire des maison^i « de sorte, dit Poucet de la Grave, que rentrée de ce château, autrefois si noble, est aujourd'hui entiii'^ remeot masquée perdes maisons difformes, bâties sans symétrie, comme sans goût »,
Il est certain que le coup d*09il y perdit, mais le village y gagna beaucoup ; c'est à partir de cette époque, croyons-nous, qui! commença à prospérer. Déjà des habitations avaient été élevées entre
Vincennes et la Pissotte et avaient réuni ces deux hameaux ; la basse-cour, se couvrant à son tour de maisons, donna une certaine importance à la localité dont la chapelle avait déjà été érigée en cure en 1667 avec messire Anselme Larsonnier, prêtre du diocèse de Meaux, comme premier curé. En 1788, un arrêt du Parlement érigea en commune le hameau dont la cure valait alors 600 livres. Les syndics de la nouvelle commune se livrèrent immédiatement à des travaux d'édilité et firent entièrement paver les rues du village.
Quatre ans auparavant, le donjon avait cessé d*être prison d'Etat ; ses prisonniers avaient été répartis entre la Bastille et différentes prisons : sa garde fut supprimée ; on abolit la charge de gouverneur ; on ne conserva que trente hommes pour la garde du château et pour veiller à l'ouverture et à la fermeture des portes ; on laissa un capitaine et un lieutenant seuls commandants du château. Quant au donjon, on le confia à la simple surveillance d'un concierge poar ouvrir et fermer les portes au besoin, dit l'ordonnance.
Le public put jouir de la facilité de visiter les cachots et il profita avec empressement de l'autorisation ; on donnait au concierge une légère rétribution pour sa complaisance; le jour de fête du lieu, le produit de cette rétribution dépassa la somme de deux cents écus.
Dans la tour du donjon privé de ses prisonniers on installa bientôt une boulangerie dont le pain était vendu un sol meilleur marché qu'au cours ordinaire. Deux fours furent établis dans la tour même et quatre autres dans le jardin qui entourait le donjon.
Dans un local voisin, on établit une manufac* ture d'outils.
Les remparts et les tours de l'enceinte étaient alors, nous l'avons dit, en très mauvais état et menaçaient ruines ; « dans la nuit du 31 mai au l®*" juin 1786, dit une chronique du temps, environ douze toises de mur du rempart du nord, près le pont, s'éboulent, font un fracas horrible, et jettent Tépouvanle dans la première cour du château ; le reste n'est pas plus solide et les tours découvertes dont les corniches sont entièrement dégradées, menacent du même événement ; il serait de In prudence de les abattre pour ne pas exposer la vie des hommes qui fréquentent journellement les fossés. ».
La même année, on lit dans la Gazette des envi^ rons de Paris du 8 août :
« La porte d'entrée de l'Eglise de la Sainte-Chapelle de Vincennes qui subsistait depuis deux cents ans, et portait sur les panneaux supérieurs les armes de France, et sur ceux du bas la lettre H, initiale du nom d'Henri II, qui avait fait finir
cette Chapelle» étant tombée en ruine» a été faite dans nn genre moderne, simple» mais élégant» le pilier du milieu, qui séparait l'ouverture en deux, a été supprimé avec beaucoup d'art et l'ouverture rendue plus agréable et plus commode, sous les ordres du sieur Collet, contrôleur des bâtiments du Roi audit château et doyen d'icôux pourvus de pareilles places en France. »
Enfin» le 17 mars 1787» M. Feydeau, de Brou, conseiller d'Etat, directeur général des Economats, assisté du sieur Vuipian» inspecteur général du Domaine et du sieur Chartier» huissier ordinaire du roi, se rendent au château» apposent les scellés sur les archives de la Sainte-Chapelle et dressent un inventaire des vases sacrés» des reliques du trésor et des ornements. Le service du culte continue de s'y célébrer» mais les processions des villages voisins ne sont plus admises à foire une sta^ tion dans la Sainte-Chapelle.
Le château perd ainsi tour à tour toutes ses destinations ; après avoir été demeure royale» prison d'Etat» sanctuaire vénéré» il demeure presque abandonné et à demi ruiné* Ne nous plaignons pas de cet abandon momentané : c'est à lui que le donjon de Vincennes devra de n'avoir pas partagé le sort de la Bastille.