LES PARANYMPHES
On appelait ainsi les visites et les discours que faisaient aux diverses chambres de justice assemblées, à des époques déterminées, les bacheliers de licence réunis en corps, et représentés par l'orateur de la compagnie qui marchait à leur tête. Elles se renouvelaient de deux ans en deux ans : la plaisanterie n'était pas bannie de ces discours.
Lorsque les bacheliers du premier ordre avaient lini leur licence , on les avertissait de se trouver au jour fixé, qui était ordinairement un dimanche, à l'oflicialité, d'où ils se rendaient en fourrure chez le chancelier de l'Université pour le prier d'assister aux paranymphes. Le lendemain, ils allaient tous en corps, et sous peine de grosses amendes, adresser la même invitation aux diverses chambres de justice et aux magistrats. Autrefois toutes les chambres du parlement y assistaient; mais l'usage cessa au commencement du xvir 3 siècle. Le jour fixé, tous les bacheliers devaient être présents et écouter ce qu'on avait à leur dire de flatteur ou de désobligeant, et d'y répondre. Chaque maison faisait ses
paranymphes à part, avec illumination et beaucoup de curieux de haute distinction.
Le Mercure galant de septembre 1709 publie une relation des paranymphes :
La licence alla au Châtelet et à l'hôtel de ville le mardi 14, parce que ces deux juridictions ne tenaient pas audience le lundi. M. Le Camus, lieutenant civil, présidait au Châtelet. Le Père Darcet fit un très-éloquent discours. Le Camus répondit par un discours latin fleuri et éloquent, et fit Péloge de la théologie de Paris.
Du Châtelet, la licence alla en fourrure à l'hôtel de ville où M. le prévôt des marchands, messire Charles Boucher, tenait l'audience. Nouveaux discours. Acceptation de l'invitation.
On fit les paranymphes des ubiquistes dans l'école de théologie des Cordelîers.
Le premier jour, un bachelier de la licence, M. Poirier, fut chargé de paranympher; il commença par M. l'abbé de Saint- Aignan : on y détailla toutes les splendeurs de la maison de Beauvilliers. L'abbé répondit avec une modestie éloquente ; M. Poirier paranympha ensuite d'autres personnes qui lui répondirent. Quelques plaisanteries eurent un grand succès.
Le deuxième jour, M. Dauchel , bachelier de licence, fit les paranymphes : il dit quelques vérités assez fortes, mais on lui en dit de fortes aussi, et on fit quelques plaisanteries sur sa chevelure qui eurent beaucoup de succès.
On donna à la fin des confitures à tout le monde.
Le 16 et le 17, les réguliers firent leurs paranymphes, la première bande aux Jacobins, la deuxième aux Carmes.
Le 19, ce furent les bacheliers de la maison de Navarre. Celui qui fait les paranymphes a une robe d'écarlate doublée d'hermine, un bonnet sur la téte. Il parle couvert, une espèce de mortier à la main et assis sur un trône. Les bacheliers répondent debout et découverts.
La basoche est la communauté des clercs du parlement et du Châtelet de Paris, anciennement établie pour connoître des différends qui naissent entre les clercs, et régler leur discipline. A l'égard des contestations qui naissent entre les officiers de la basoche, elles doivent être réglées par l'ancien conseil, c'est-à-dire par le chancelier et les procureurs de la cour 1 .
Quelques-uns prétendent que le mot de basoche vient du terme basilica, qui signifie le palais du prince ou le lieu où se rend la justice. D'autres veulent qu'il soit tiré du mot grec qui signifie, en latin, dicacitas, et en français, discours goguenard et plaisant. En effet, quoique nos rois ayent.accordé aux clercs de la basoche plusieurs privilèges pour leur donner de l'émulation, tout ce qui se passe entre eux n'est qu'un jeu d'esprit qui, en les exerçant agréa blenieut, ne laisse pas de les rendre capables d'une profession plus sérieuse.
1. Recueil de pièces fugitives sur les parlements de France. (177i.)
Cette jurisdiction porte le titre de royaume de la basoche, titre qui paroît d'abord prétentieux, mais qui donne aux olïiciers de cette jurisdiction un droit effectif de connoître souverainement de tous les différends de clerc à clerc, pendant qu'ils sont clercs, tant en matière civile que criminelle.
Son institution a commencé dès le temps que le parlement a été fait sédentaire à Paris. Les procureurs, qui se trouvoient d'abord en trop petit nombre, à cause de la multitude d'affaires pendantes en la cour, demandèrent des aides pour travailler avec eux.
Le parlement, après avoir délibéré sur cette demande, leur permit, vers l'an 1303, de prendre des jeunes gens pour les faire travailler dans leurs études.
Ces jeunes gens, appliqués à la procédure, plaidoient volontiers les uns contre les autres : leurs différends étant portés en première instance devant les juges ordinaires, les détournoient de leur emploi, qui étoit de travailler dans l'étude de leur procureur et de fréquenter le parlement pour y faire les expéditions journalières.
Ces motifs donnèrent lieu à l'établissement que fit Philippe le Bel de la basoche, de l'avis et conseil de son parlement, qui voulut qu'enire eux il y eût un roi, leur donnant le pouvoir de juger en dernier ressort, comme aussi d'établir des prévôts et jurisdictions basochiales dans les sièges rovaux ressortissants au parlement de Paris, à la charge de tenir à foi et hommage du roi de la basoche, devant lequel ou son chancelier ressortiroient les appellations des prévôts, et à la charge que le roi de la basoche feroit faire montre, tous les ans, à tous les clercs du palais et autres ses suppôts et sujets.
LA BASOCHE. m
Le parlement a, par ses arrêts, confirmé cette jurisdiction. Il y en a trois notables : le premier est du 14 juillet 1528, rendu contre l'ofûcial de Paris; le deuxième est du 27 mars 1604, rendu contre le lieutenant civil du Châtelet; le troisième est du 12 avril 1642, rendu contre le baillif du palais. Par ces arrêts, il est enjoint aux clercs du parlement de ne procéder ailleurs qu'au royaume de la basoche, quand il s'agit de différends de clercs à clercs, et défenses sont faites à tous autres juges d'en connoître.
Le pouvoir d'établir des prévôls se prouve par les anciens registres de la basoche, dans lesquels il se trouve deux arrêts : l'un d'enregistrement des lettres d'érection et établissement d'un siège et jurisdiclion basochiale en faveur des clercs du siège royal de Loches, et un autre pour les clercs du siège de Chaumont en Bassigny , en date des 14 et 21 février 1586, ces lettres et arrêts scellés du sceau de la chancellerie de la basoche.
Ces érections de prévôté se faisoient au commencement sous le titre de Prince de In basoche, portant foi et hommage au roi de la basoche en son siège à Paris, avec obligation d'obéir à ses ordres et commandements, et il n'y a pas d'apparence que le prévôt basochial du Châtelet de Paris, ni que le prince de la basoche du présidial d'Angers, et plusieurs autres, ayent été établis d'une autre manière, puisqu'ils ne peuvent se dire officiers du roi ni d'aucun seigneur.
La montre se faisoit tous les ans à Paris, sur les mandements du roi de la basoche envoyés à ses princes et sujets, avec ordre de se trouver à Paris, sous peine de grosses amendes, en plusieurs bandes et compagnies,
sous les habits et livrées des capitaines, dont chacun avait un modèle.
Ces montres, qui se faisoient en forme de carozel, attiraient beaucoup de monde, et firent tant de bruit, que François I er manda à son parlement qu'il vouloit voir la montre du roi de la basoche, et qu'à cette fin il se rendrait à Paris dans tel tems.
Le roi de la basoche, sur l'avis qu'il en eut, requit à la cour par l'avocat général de la basoche, qu'il lui plût de vaquer les deux jours suivans. Sur ce réquisitoire, M. le procureur général du parlement ayant remontré que l'équipage du roi de la basoche était prêt, et d'un air triomphant, et que le roi François I er devait se rendre le lendemain à Paris, et qu'attendu le grand nombre de suppôts qui dévoient s'assembler dans le palais, il serait difficile à la cour de vaquer à l'expédition et jugement des affaires, après avoir consenti au réquisitoire de l'avocat du rai de la basoche, par arrêt du 25 juin 1540, la Cour ordonna que tout vaquerait, un jour ou deux. La montre se fit au jour marqué, et François I er la vit : il y avait sept ou huit cents clercs.
Vers le 15 juillet 1548, le peuple de Guyenne s'étant mutiné, Henri II y envoya le connétable de Montmorenci avec une forte armée.
Pendant qu'on faisoit la levée, le roi de la basoche et ses suppôts s'offrirent au roi. Ils étoient environ six mille hommes, qui firent si bien leur devoir, qu'à leur retour le roi, voulant reconnoître leurs services, leur demanda quelle récompense ils désiraient. Ils répondirent qu'ils n'en demandoient aucune, et qu'ils étoient prêts de servir Sa Majesté où elle voudrait les envoyer.
Le roi, content de cette réponse, leur donna, de son propre mouvement, la permission de faire couper dans ses bois tels arbres qu'ils roudroicnt choisir, en présence du substitut du procureur général aux eaux et forêts, pour servir à la cérémonie du plant du mai, qu'ils avoient accoutumé de faire planter tous les ans, le dernier samedi du mois de mai, devant le grand perron de la cour du palais. Et pour fournir aux frais de cette cérémonie, il leur accorda tous les ans une somme à prendre sur le domaine, assignée sur les amendes adjugées au profit du roi, tant au parlement qu'en la cour des aides.
De plus , le même Henri II accorda aux trésoriers et receveurs du domaine de la basoche le droit de faire sceller gratuitement, en la chancellerie du parlement, une lettre de tel prix qu'ils la trouveroient, et ordonna que sur les arrêts rendus en la basoche il seroit expédié gratis des commissions.
Enfin, il permit au roi de la basoche et à ses suppôts d'avoir dans leurs armoiries (qui sont trois écritoires) timbre, casque et morion, pour marques de souveraineté, ainsi qu'il est expliqué au long dans les lettres de don que le roi Henri II leur en a fait expédier l'an 4548, et qu'on prétend avoir été vérifiées en parlement.
Quoi qu'il en soit, ils jouissent encore de ces droits et privilèges, à l'exception que les commissions gratuites sur les arrêts de la basoche ne s'expédient plus aujourd'hui en la chancellerie du parlement qu'en payant les droits ordinaires.
Pour ce qui est du titre de roi de la basoche, il a été révoqué par Henri III, qui, voyant que le nombre des clercs alloit à près de dix mille, défendit qu'aucun sujet
du royaume prît le nom de roi. Cela fit passer tous les droits du roi de la basoche en la personne de son chancelier, dont les montres ensuite se trouvèrent réduites aux seuls officiers de la basoche et clercs du palais, lesquels ont continué de les faire en plusieurs compagnies jusqu'en l'année i667, qu'elles ont cessé.
Il ne reste plus aujourd'hui que le corps de la jurisdiction de la basoche, composé d'un chancelier, de plusieurs maîtres de requêtes, d'un grand audiencier, un référendaire, un procureur et un avocat généraux, quatre trésoriers, un greffier, quatre notaires et secrétaires de de la cour basochiale, un premier huissier et huit autres huissiers, avec un aumônier qui a voix délibérative et séance après le grand aumônier et le référendaire, tous deux maîtres des requêtes extraordinaires.
Les principaux officiers de la basoche prenoient les noms consacrés aux premiers ministres de l'Etat; mais sans conséquence.
Les procédures et instructions s'y font par des clercs, qui y sont reçus avocats, et plaident pour les parties. Il y a audience les mercredis et samedis, dans la chambre Saint-Louis, entre midi et une heure.
Le chancelier y préside, et en son absence, le vicechancelier ou le plus ancien maître des requêtes; et pour faire arrêt, il faut qu'il y ait sept maîtres des requêtes, outre le chancelier ou autre qui préside.
Les jugements qui y sont rendus sont expédiés par le greffier de cette jurisdiction, sous ce titre : La basoche régnante en triomphe et titre d'honneur, salut; et à la fin on met : Fait audit royaume, le
Ils sont souverains et portent le nom d'arrêts, de sorte
qu'on ne se peut pourvoir que dans cette même jurisdiction, par requête portée à l'ancien conseil, qui se tient par le chancelier assisté des procureurs de la Cour. Le nombre des maîtres des requêtes de la basoche n'est point fixe. Il s'en fait tous les ans quatre, qui sont les quatre trésoriers sortant de charge. Les avocats et procureurs généraux restent toujours jusqu'à vacation de leur office. Le chancelier ne règne qu'un an; l'élection s'en fait, tous les ans, au mois de novembre ; il ne peut être choisi que des quatre plus anciens maîtres des requêtes, avocat et procureurs généraux, et de leur procureur de pommunauté.
il y a un arrêt de règlement du 5 janvier 1636, rendu sur les conclusions de M. Bignon, avocat général, qui prescrit la forme de l'élection du chancelier. L'habit de cérémonie du chancelier est une robe et un bonnet; les autres officiers portent, en cérémonie, l'habit noir, le rabat et le manteau. Le chancelier ne peut être ni marié, ni bénéficier. 11 est obligé de donner un festin le jour de sa réception; c'est ce qu'on appelle, entre eux, droits et devoirs. On lui en donne acte à la fin du repas; mais avant qu'il le puisse obtenir, il faut qu'il essuie quantité de contestations, qui font encore vuider grand nombre de bouteilles.
La basoche a, dit-on, joui autrefois de quantité de droits et de privilèges; mais on ne sait ce que sont devenus les titres; on tient qu'ils ont été brûlés dans l'incendie du Palais. Quoi qu'il en soit, la basoche a toujours eu le droit de donner aux clercs, qui se veulent faire recevoir procureurs, le certificat de leur temps de palais. L'ordonnance de François I«" signée à Saint-
Jean d'Angely, le 11° février 1519, art. 18, porte « que nul ne sera reçu procureur qu'il n'ait quatre ans de pratique et ne soit âgé de vingt-cinq ans. » Et par un édit donné à Compiègne, le 24 septembre 1539, il veut qu'ils soient examinés à l'audience, et c'est ce qui se pratique actuellement au parlement de Paris. Auparavant l'examen, il faut justifier de son temps de palais par un certificat de la basoche. François I er avait limité ce temps de palais à quatre ans, mais les arrêts l'ont augmenté jusqu'à dix.
Comme nous l'avons dit, à Paris, le premier et le plus ancien tribunal était le Châtelet; le nombre des clercs y était considérable (près de dix mille sous le règne de Henri III), et ils formaient une communauté nommée basoche, qui avait son roi, son chancelier, ses maîtres des requêtes, un grand audiencier, un référendaire, un procureur général, un avocat général, quatre trésoriers, un greffier, quatre notaires ou secrétaires de la cour basochiale, d'un premier huissier, de huit autres huissiers et d'un aumônier.
Le roi de la basoche et ses suppôts avaient dans leurs armoiries, qui étaient trois écritoires, timbre, casque et morion, pour marque de souveraineté.
La basoche exerça constamment le droit de donner aux clercs qui voulaient se faire pourvoir d'un office de procureur au parlement, un certificat de stage et de capacité attestant leur temps d'étude et d'exercice au palais. Ce droit, contesté devant le Châtelet et le parlement par les procureurs, en 1757, fut reconnu par ces deux juridictions; il résultait, en dehors d'autres preuves, des statuts de la communauté des procureurs, homologués par
sentence du 14 mars 1726; l'art. 27 porte : t Aucun ne sera reçu en la charge de procureur qu'il n'ait été clerc dix ans, et pour le justifier, sera tenu de représenter des certificats des procureurs chez lesquels il aura demeuré, s'il n'a été prévôt ou trésorier de la basoche. »
Les audiences de la basoche se tenaient les mercredis et les samedis, dans la chambre de Saint-Louis, entre midi et une heure ; le chancelier ou à son défaut le vicechancelier y présidaient, les sept maîtres des requêtes formant la cour.
Les requêtes présentées à la basoche sont intitulées : < A nos seigneurs du royaume de la basoche; » elles sont sur papier timbré , comme les autres actes de procédure qui s'y font.
Mornac appelle la basoche le séminaire des procureurs; il en existait à Toulouse, à Orléans et à Rouen, sous le titre de régence. La basoche de la chambre des comptes, à Paris, se nommait le haut et souverain empire de Galilée.
La basoche du parlement de Paris était la première de France. Vainement les clercs du Chàtelet, réunis depuis 1278 en confrérie, lui disputaient-ils son titre, vainement la basoche de la chambre des comptes, qui s'intitulait : Haut et souverain empire de Galilée, cherchait-elle de temps à autre à usurper les privilèges, la basoche parlementaire triomphait de toutes ses rivales, elle évitait les écueils et pouvait prendre la devise de la ville de Paris : Fluctuât nec mergitur.
Les parlements souriaient en regardant, autour d'eux, la basoche, milice généreuse, intelligente, dévouée, toujours disposée à les défendre, à les sauver ou à les venger. Nombreuse à Toulouse, à Bordeaux, à Rouen, à
Tours, elle formait presque une armée à Paris. Les états du royaume de basoche, dressés en 1585, portent à dix mille le chiffre des clercs de procureurs.
La nomination du roi avait lieu par l'élection ; on déposait les suffrages dans une énorme urne de bronze consacrée à cet usage depuis Philippe le Bel.
Une ronde, dont nous citons un seul des nombreux couplets, fut composée après la bataille de Pavie, à l'époque où les basochiens partirent pour secourir l'armée d'Italie qui, — comme son roi, — avait tout perdu, fors l'honneur :
L'encrier, la plume et l'épée Étaient les armes de Pompée , La basoche est son héritière,
Elle en est fière !
Soldat, clerc, le basochien Est bon vivant et bon chrétien.
Vive la basoche !
A son approche
Tout va bien *.
Un édit de Henri III supprime la basoche :
« Henri, III e du nom, par la grâce de Dieu, roi de France et de Pologne, avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
t Que la royauté de la basoche sera abolie. »
Sur la démarche tumultueuse et pressante des clercs de la basoche, cette décision fut modifiée un peu; le titre seul de roi fut et demeura aboli; ses fonctions furent dé-