Archives de l'empire. Collection Rondooneau
ii4 le chatelet de Paris.
à la prise de la Bastille, nous remarquons ceux qui concernent :
François-Guillaume Champion, 35 ans, natif de Soissons, curé de la paroisse de Sainte-Croix au diocèse de Soissons, logé au Palais-Royal chez M. Petit, son oncle, médecin de M« r le duc d'Orléans, trouvé le 10 avril 1753, huit heures du soir, chez la Mitronne, aile du monde, avec Marie-Louise Blaye, âgée de 19 ans.
André de Clermet, natif de Beauvais, chanoine de la même ville, trouvé, le 29 avril 1753, rue des Vieilles-Étuves Saint- Honoré, dans l'appartement de la Montpellier, femme du monde.
Jean Jolibert, prêtre de la cure de Bicêtre, 42 ans, surpris, chez la Jondé, femme du monde, avec Marie Dupont, 23 ans, native de Reims.
Le Père Jean-Baptiste Girard, religieux de l'ordre de Saint- François, âgé de 36 ans, surpris avec les filles de débauche Moulinardet Voitout, âgées de 16 ans, chez Aubry, marchand de vins, rue Fromenteau.
Un inspecteur de police était chargé des proslituées; il disposait à son gré des personnes et de la liberté de ces femmes, dont il étendait le cercle à d'aulres qui ne l'avaient pas encore franchi; il levait sur elles des impôts et contributions arbitraires, dont on se rachetait par des présents en argent ou en nalure.
Parfois, l'inspecteur pratiquait de nuit l'enlèvement de quelques contrevenantes, par commission du roi ou du lieutenant de police. L'arrestation était opérée par des agents accompagnés de fiacres, escortés par quelques soldats de la garde de nuit. Les filles arrêtées étaient déposées à Saint -Martin, bientôt conduites au Châ-
telet 1 , à l'audience du lieutenant de police, qui, sur le vu du procès-verbal, les condamnaientà l'hôpital pour un ou six mois, ou parfois les renvoyait. Les femmes étaient amenées dans une voiture couverte au bas de l'escalier du Châtelet, et de là conduites à l'audience. Pendant le trajet de Saint-Martin au Châtelet et leur entrée dans la salle, on les entendait crier, menacer le3 témoins : quelques-unes pleuraient, se déchiraient les habits; d'autres se découvraient avec indécence, bravant par leur attitude ou leurs propos la présence du magistrat. A ce spectacle assislaient les badauds, leslibertins etdes femmes perdues. Outre les filles enlevées ainsi, il en était d'autres que l'on ne pouvait arrêter, chez elles, que par ordre du roi; c'étaient celles qui étaient domiciliées dans leurs meubles. L'usage était de ne pas les conduire à l'audience : elles étaient dirigées sur le lieu dési gné par ceux qui avaient obtenu des lettres de cachet et y restaient un an 2 .
1. M. Vatel, avocat distingué du barreau de Versailles, historien de Charlotte Corday, possède un tableau du temps représentant cette audience du lieutenant de police au Châtelet.
3. Aujourd'hui encore la prostitution est, à Paris, soumise à un régime arbitraire, dont l'origine remonte aux prévôts et lieutenant de police. — Une détention, qui peut être de plusieurs mois, prononcée par voie administrative, renferme à Saint-Lazare les filles qui ont commis quelque contravention