‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 50 sur 56 · TABLEAU D'UNE RENAISSANCE · texte numérisé non relu

TABLEAU D'UNE RENAISSANCE

On ne gouverne jamais une nation contre ses habitudes. Louis XVI.

Je veux tout ce qui sauvera la France.

Louis XVIII.

En 1796, Joseph de Maistre, évaluant l'importance de nos ruines, s'inquiétait : Peut-être au moment où j'écris, disait-il, ce n'est point encore assez. Et cet esprit lucide ajoutait : quatre millions de Français, peut-être, paieront de leurs têtes le grand crime national d'une insurrection antireligieuse et antisociale, couronnée par un régicide.

11 s'en est fallu de peu : nous sommes à trois millions, après cinq quarts de siècles, comprenant une trêve monarchique, c'est-à-dire pacifique, de trente-trois ans, qui permit à la France de souffler un peu, de réparer ses ruines et de se remettre en état de résister aux massacres ulté-

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rieurs. Est-ce fini ? et la mesure est-elle comble ? Nous le pensons, car trop d'indices concourent à annoncer l'heure proche de notre libération. N'en prenons à témoin que le dégoût croissant des Français pour ce régime de mort et de ruine, que nul n'ose plus défendre. Tous connaissent ou sentent que des transformations profondes sont indispensables, et il est peu d'esprits réfléchis qui ne comprennent que les questions sociales et économiques du temps présent sont commandées par un problème central, politique, celui de l'Etat. On réclame un chef, encore que beaucoup n'aient pas réappris qu'en France le chef s'appelle le Roi. De fausses images, le résidu des fables menteuses et intéressées flottent encore dans les esprits et suspendent l'adhésion, comme si le Roi devait être un personnage redoutable et terrifiant et non le Père, fils des Pères de la Patrie.

De là ces efforts vains ou insensés, entretenus par ceux qui ont intérêt à faire dévier l'inquiétude publique et qui tendent tous à formuler des solutions sans efficace. Restauration d'une façade d'autorité, dans les cadres du régime qui rend Fautorité et la continuité impossibles : c'est à cela que s'emploient, sur le papier, de bons esprits, insuffisamment préparés aux problèmes politiques mais contenus, poussés, encouragés par le très petit nombre, qui, à l'abri du décor constitution-

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nel, vit du régime actuel. On oublie trop aisément tous nos alliés européens qui s'accommodent fort bien de la monarchie, celle-ci ayant pu leur assurer, en dépit d'un traité de paix absurde, le minimum des garanties indispensables, les maritimes, les territoriales, comme les financières. Tandis que la France presque ruinée est restée, le flanc découvert, sans même garder la certitude de recevoir une indemnité que des faiblesses successives et injustifiables ont réduite aux six dixièmes du montant des seules réparations. Quelle explication donner d'une situation si proprement révoltante, autre que le régime politique, stupide au point de mettre le peuple français, naturellement plus intelligent et habile que les autres, en état de grave infériorité ? Et pense-t-on qu'il suffirait de quelques retouches à la constitution ou de dire et d'écrire : dorénavant celui-ci sera chef, pour que l'absurdité devienne raisonnable, l'indignité noble et pour que les passions humaines, non contenues, encouragées même, cessent de donner leurs fruits ?

Nous avons eu cependant la contre-épreuve, lorsqu'en 1815, la France vaincue, représentée au Congrès de Vienne par ïalleyrand, ministre du Roi, dirigé par le Roi, sut tirer son épingle du jeu, traiter d'égale à égale avec les nations victorieuses, écarter tout sacrifice grave et même éviter

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un accroissement dangereux de puissance chez nos voisins. Il y a eu dans notre histoire d'autres victoires royales de l'intelligence française, nulle n'est plus pure que celle-là ; on en chercherait vainement de républicaines. Le Roi restauré, prenant à son compte le résultat de vingt-cinq) années d'erreurs politiques monstrueuses, ren-.' dait à la France vaincue sa place. La République ne sait pas même tirer profit d'une victoire totale : elle laissera le pays plus affaibli qu'en 1914, diminué de quinze cent mille hommes, chargé d'une dette monstrueuse et protégé seulement pendant le temps incertain où l'armée française amoindrie restera la seule armée européenne puissante.

C'est après de pareilles leçons que des Français

redoutent encore un Roi.

Sur quoi cependant fonder des craintes raisonnables ? Le Roi, s'il était là, que ferait-il > sinon travailler, avec le même acharnement que ses ancêtres, à promouvoir et réaliser les conditions de notre relèvement et bientôt de nos prospérités. Du moins, puisqu'il est absent et qu'aucun ne doute que ce qu'il promettrait serait tenu que nous dirait-il ?

11 n'est pas nécessaire de l'imaginer. En subs

tance, ceci :

Je vous appelle comme Français . Je vous somm^

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d'avoir pitié de cet Etat, de vous-même qui, le sap-

pant par le pied, ne vous sauverez Jamais, que la

ruine ne vous accable. Je vous conjure de dissiper

\ à ce coup les misérables passions de guerre et de

! violences qui démembrent ce bel Etat \

] Puisque la conservation, le repos et le salut des

j peuples est la plus Juste et équitable de toutes les^

lois approuvées de Dieu et des hommes, il faut

s'employer fous à un si utile ejjet, empêcher tous

autres effets contraires au repos commun... Noa^

sommes tous Français et concitoyens d'une même

patrie : partant il nous faut accorder par raison et

douceur et non par la rigueur et cruauté qui ne

servent qu'à irriter les hommes'

, ( Je prétends J rallier auprès de moi, selon le lieu que Je tiens en ce royaume, fous les bons et vrais Français, sans acception ni exception de la religion, n'étant aujourd'hui question ici que de la défense de l'Etat contre l'usurpation de l'étran-

1^^ Jcimais on ne me verra composer sur la

gloire ou les intérêts de la nation, recevoir les lois des étrangers ou celles d'un parti : c'est à la na- ■ion que Je me dois ; Je ne Jais qu'un avec elle ;

1. — G. Boissy : Pensées choisies des rois de France, p. 82 Lettre ie Henri IV aux Etats du royaume.

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