Ideml: p. 314, Lettre de Louis XVIIL
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toutes, à coup sûr, s'inspireront de cette pensée centrale :
Je ne prétends pas édicier un code fermé de textes irréjormables . La monarchie ne s'immobilise pas dans des formules. Elle a, de la vie, la souplesse et la variété ; mieux que tout autre régime elle ^'adopte aux nécessités du moment \
Les libres esprits, les têtes réalistes concevront ici, en un instant, tout ce qui naîtra de ce prin- 4îipe restauré dans une intelligence unique, chargée de veiller sur les destinées de la France. Plus de formules et de systèmes. Plus de paroles creuses, jetées comme les vents, selon un rite et des timidités. Plus de logomachie verbeuse sans rapport avec les faits. Le droit invoqué quand il le faudra, non comme un absolu, mais comme un priricipe de raison, on ne parlera pas des Droits de l'Homme, mais les hommes retrouveront leurs droits. La justice moins vantée et bien distribuée. Plus de Liberté, mais des libertés concrètes et «fifectives. Plus d'Egalité, absurde et utopique, mais le souci vigilant de rendre moins cruelles les inégalités naturelles. On invoquera moins la sèche Fraternité, hypocrisie de l'égoïsme, pour devenir plus charitable. On ne parlera plus de
\. — La Monarchie française, lettres et documents politiques : préface de Monseigneur le duc Philippe d'Orléans.
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l'entité. Démocratie, on parlera moins des peuples, mais on pensera à la France, qui constitue un peuple, à ses réalités, à ses besoins : liin continué y pourvoira, selon les nécessités du moment.
Ecartons toute illusion. Le Roi, par sa seule présence, ne lèvera pas toutes les difficultés. Elles subsisteront intactes devant lui, les vaincre sera long. Mais avec lui tout deviendra possible, car tout sera simplifié.
Le pouvoir fort, libéré de l'élection, stable, pourra à son tour délivrer le pays et, lui restituant l'administration de ses propres affaires, faire circuler à nouveau la vie dans la nation paralysée. Dans les communes, dans les groupements de métier, dans les provinces, rendues peu à peu à leur autonomie, les Français retrouveront un esprit civique et le sens perdu de leurs libertés naturelles. Les villes mortes, qui jalonnent nos provinces, pourront recouvrer une partie au moins de leur ancienne activité et il est évident que. par cette décongestion du centre qui absorbe aujourd'hui presque tout, par l'émulation qui en naîtra entre les divers points de la périphérie, les forces françaises seront décuplées, les intellectuelles comme les autres.
Nous aurons une politique économique, parce qu'il y aura un ministre de l'économie nationale, qui ne changera pas plus que les porte-paroles
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des groupements agricoles et industriels, sinon moins.
Nous aurons une politique coloniale, parce qu'on donnera à chaque colonie an gouverneur stable et compétent, en liaison avec un Soussecrétaire d'Etat. De là renaîtra une marine, car l'un ne va pas sans l'autre.
Nos finances pourront être restaurées, car il y aura an ministre des Finances, contraint d'améliorer sans cesse, convaincu de sa responsabilité et mis dans l'impossibilité de recourir aux expédients ruineux en attendant le successeur toujours proche. Par ailleurs, avec le Roi, nous verrons certainement la couleur de l'or allemand.
Mais ce que nous ne verrons plus, c'est une politique Millerand succéder à une politique Clemenceau et une politique Briand à la politique Millerand, en l'espace de trois années, au grand profit de nos alliés et de nos ennemis. Une politique extérieure sera reprise par un ministre des Affaires étrangères : celle que Louis XIV mourant avait su indiquer et que Louis XV, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X continuèrent sans défaillir. Modifiée, rectifiée autant qu'il le faudra, cette politique qui a reçu l'épreuve du temps, la seule qui compte, nous délivrera des systèmes éphémères, inventés par des ignorants et dont nous payons les frais : elle permettra l'assainissement
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de la situation anarchique, dans laquelle l'Europe se débat vainement, faute d'une tête à Paris '.
Bien des choses encore seront possibles, qu'il nous suffira de vouloir
— Voilà une belle utopie ! Mais pensez-vous que ce tableau idyllique, que vous esquissez bien facilement, convaincra autres gens que les naïfs ? Si la monarchie avait été ce que vous dites, jamais les Français ne l'auraient abandonnée... 1
— Ils l'ont rejetée cependant, ou plutôt quelques-uns ont usurpé le pouvoir afin de les en « délivrer », non tout à fait telle que je vous lai dépeinte, mais à la faveur du temps d'épreuves qu'on supporte mal lorsque le ressort intérieur est détendu ; or il l'était, en raison d'un fol engouement pour les idées mortelles que répandaient alors les ennemis de l'intérieur, asservis à l'étranger jaloux. Sans doute ai-je passé légèrement sur les difficultés et les heurts que les sociétés humaines rencontrent toujours : la prophétie est
1. — Il est vain d'espérer une pacification européenne, tant que la France restera décapitée. Paris est le nœud oîi sur ce terrain, tout converge : l'équilibre ne peut être assuré que là. Nous avons payé cher la vérification de cette constante européenne de 1914 à 1917 : faute d'un cerveau central à Paris, la coalition était déséquilibrée. Elle n'a été redressée qu'à partir du moment où Clemenceau s'est révélé capable de tenir ce point névralgique. Malheureusement il n'a su le faire que dans la guerre, non dans» la paix.
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toujours vaine, elle l'est d'autant plus qu'on la précise mieux. En outre, s'il est vrai « que les souvenirs heureux font la pire misère des jours de malheur », nous avons certainement tendance à nous exagérer nos félicités passées.
— Vous vous moquez ?
— Nullement. Considérez d'ailleurs que j'ai rêvé seulement l'avenirà l'image du passé. L'essentiel a été respecté et la monarchie était bien telle au fond que je l'ai montrée : le régime qui a fait la France et qui, seul, peut la refaire, parce que c'est travail de très longue haleine. Nous gémissons de l'instabilité de notre Etat, mais reportezvous à ces pensées de nos rois, que j'ai assemblées partiellement de la manière la plus artificielle : elles se rejoignent sans effort et il en apparaît nettement qu'une pensée unique les a tous animés, au point qu'on se demande si ce n'est pas le même homme, la même intelligence, la même sensibilité quia tout écrit. Il faut en appeler au secours de l'histoire pour retrouver, dans cette suite admirable et presque surhumaine, les soucis, les difficultés et les joies de chacun qui transparaissent à peine, non plus que les personnalités si diverses cependant. L'illusion serait complète si le perfectionnement continu du langage ne venait déceler chaque époque. L'homme est contenu, le Roi seul passe. Nous rappelons
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volontiers ces quarante rois, qui, en mille ans, firent la France. Serait-il pas plus exact de dire : le Roi, qui en mille ans, a édifié toute cette assise, « pierre à pierre. » Le Roi, comme disait jadis l'Europe entière du seul roi de France.
— J'admets ce point, mais le peuple français n'en sait plus rien et nous sommes en régime démocratique, avec des habitudes centenaires nées de là.
— Vous deviez en venir au fait démocratique, dit ineffaçable. C'est l'échappatoire des esprits qui ne croient plus au régime, mais qui repoussent la monarchie pour des motifs raisonnables ou sentimentaux extra-politiques. Ils l'agitent, ce fait, comme un épouvantail, nous priant de mesurer sa dimension, sa solidité ; ils nous crient : « Vous vous efforcez vainement, c'est trop gros, vous n'en viendrez jamais à bout. » En réalité, ils pensent secrètement : « Pourvu qu'ils n'en triomphent pas ». Et voyez tout ce qu'ils appellent à la rescousse, pour tenir ferme : la Vie, qui ne veut pas de nos cadres arbitraires; l'Evolution, conçue comme un mobile munie d'un cliquet de retenue et montant sur une crémaillère ; le Progrès, moteur de l'évolution ; la Volonté du peuple ; que sais-je encore. Chacun prend la machine qui convient à sa métaphysique. Pressez le sens des mots, vous ne trouverez rien dans ce fatras.
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Il n'y a qu'une réalité politique : la France et son peuple.
Or le peuple ne dit mot, on le fait parler. Rien d'étonnant qu'on n'entende que démocratie. Mais de celle-ci, il ne connaît que les effets, écoutez-le et dites s'il en estpartisan. Ecoutez-le, il demande que « ça aille mieux », il souhaite au pays a une tête » et, pour lui, la paix, ses libertés et un travail rémunérateur. On ne lui donne que des mots qu'il comprend mal, car il est réaliste ; mais, en échange, on exige son sang, son argent et sa peine. Sans attachement pour ce régime qui agonise lamentablement, qu'est-ce pour lui que le fait démocratique, qui ne pèse que dans la cervelle de ceux qui l'invoquent?
Si la France était à l'image de ses gouvernements successifs, elle serait mûre pour la dissolution et la décadence, ayant reçu, au milieu de son triomphe, « l'invisible piqûre dont chacun dépérit ». Mais il suffit de regarder vivre ce magnifique pays, d'observer son effort passionné de redressement aussi continu qu'inlassablement desservi : il a trop vécu, durant quatre années profondes, pour être près de mourir. Il travaille pour lui, sainement, s'étonne de la vanité de son labeur obstiné, médite et attend. Et il n'attend que parce qu'il ne comprend pas encore. Il y arrivera bien et le réveil sera terrible, risquant
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de passer la mesure, et nous entraîner trop loin Au lieu que l'effort des meilleurs pourrait mener sans heurt au juste point, là oii nous rejoindrons la route royale qu'ont tracée nos pères.
Nous n'avons plus le loisir de la dispute et de la recherche et tout notre avenir est suspendu aux décisions collectives que nous prendrons, que nous ne pourrons pas éviter, dans un an, dans six mois, ou plus tôt encore. Au vrai, le destin de la France est remis à la raison française et rarement peuple eut occasion de fixer son destin aussi irrémédiablement. Tout le problème consiste à restaurer en France un Etat intelligent, durable, capable de comprendre, de prévoir et d'agir selon ses prévisions, un Etat qui ait le sens des choses agies, doué de prudence, au sens aristotélicien du mot, c'est-à-dire capable de garder la raison droite de ses actions.
Nous avons une succession de petits tyranneaux qui ont peur d'agir et n'ont pas de raison.
L'élite de la France décidera de notre avenir.
Qu'elle appelle le Roi, le peuple dira : a Attendons voir. » Et il verra vite.
— Alors, qu'attendons-nous ?
— J'allais vous le demander.
Mai-août 1921.
Au moment où nous donnons le bon à tirer de cet ouvrage, M. Albert Schatz publie un livre nouveau sur L'Entreprise gouvernementale et son administration. M. Schatz est un condisciple de M. Fayol ; une préface de ce dernier donne à l'ouvrage la marque de fabrique.
Le livre porte, en épigraphe, une pensée de M. Millerand : Je ne conçois pas que l'Etat puisse se gérer suivant dautres règles que celles dune grande entreprise industrielle bien menée. Peut-être l'auteur a-t-il compris aujourd'hui, par l'exemple de certaine banque industrielle que ces règles n'étaient pas sans défaut.
On retrouve, dans l'ouvrage de M. Schatz, toutes les idées des fayoliens. Peut-être cependant comprend-il mieux ce qui fait, de l'Etat, une « entreprise » très éloignée d'une simple société industrielle. Il n'en conclut pas moins comme ses condisciples.
Gomme eux, il est prodigieusement indifférent à la forme politique de l'Etat, c'est-à-dire à l'essentiel. Négligeant de la forme, il n'a souci que
de la matière. Sa critique, très dure, de notre ré gime actuel rejoint celle de M, Fayol ; mais il es atteint d'anglomanie, vieille, très vieille maladie, qu'on croyait disparue. Il est vrai qu'il ne s'en tient qu'aux faits bruts : des différences profon- ; des qui séparent la race anglo-saxonne de la race , latine, la Grande-Bretagne insulaire et maritime, j de la France continentale, plus agricole qu'in- j dustrielle, il n'a cure. Simplement, il observe l que la continuité est respectée outre-Manche ; j nous n'avons donc qu'à imiter, sans nous de- ! mander comment M. Lloyd George, premier mi- j nistre avant la guerre, l'est encore aujourd'hui, j sans rechercher le secret du prestige acquis par I des souverains tels que la reine Victoria ou le j roi Edouard Vil. Ainsi M. Fayol vante chaleu- : reusement le ministre belge qui applique la mé- 1 thode expérimentale, mais il semble ignorer que i derrière ce ministre éphémère, il y a le roi Al- i bert I", qui ne mourra pas complètement.
Quant à la monarchie française, voici l'image j que M. Schatz s'en fait : ,
Jusqu'au milieu du xviii^ siècle, il est générale- \ ment admis que le métier de gouverneur est lapanage du Roi ' Toute la politique mercantiliste
et le Colhertisme sont dominés par ce principe que