‹ Le chef dans l'usine, dans la citéChapitre 56 sur 56 · Evidemment : c'est le chef · texte numérisé non relu

Evidemment : c'est le chef

a Jortane du royaume est l'œuvre personnelle du

Roi ' Le gouvernement sera donc l'ordonnateur

souverain de la production, des échangés et de la répartition... Il s'immiscera dans les échanges tant intérieurs qu'extérieurs ; il tarifera les prix, comme il a tarifé les salaires... Bref, le Roi aura de la société qu'il gouverne la même représentation qu'un joueur d'échecs.

Où trouver les éléments justificatifs d'une caricature aussi grotesque de la monarchie française ? C'est un mystère. Nous avons vu ce qu'était la réalité, ce qui nous dispense d'insister.

Pour M. Schatz d'ailleurs : Il semble absolument chimérique d'escompter que la France cherche son salut dans un coup d'Etat rétablissant la monarchie absolue, dont rien n'assure que le despotisme serait éclairé. L'instauration d'une monarchie constitutionnelle aurait pour seule conséquence de substituer un chef d'État pennanent et héréditaire à un chef d'Etat élu ^our sept ans, sans lui confier d'ailleurs plus de pouvoir '^ En réalité, la même sagesse qui conduit la Grande-Bretagne à demeurer attachée à son régime et à son roi doit nous conduire à manifester le même attachement à notre constitution républicaine.

\. — Tant vaut le chef, tant vaut l'entreprise, disent les fayolicns.

ù. — Mais il en prendrait, par le seul fait qu'il serait toujourslà.

Ce qui revient à dire : votre voisin est satisfait de son confortable palais, vous devez vous contenter de votre bicoque. — Mais la bicoque me ruine, tant elle exige de réparations, tant elle provoque d'accidents et de morts ! — Soyez sage ! et faites comme le voisin.

On n'est pas plus nigaud. D'autant qu'on nous avertit de « la tendance presque fatale » de la démocratie (( qui abaisse progressivement le niveau « de ses gouvernants, qui élimine peu à peu « l'élite du pouvoir. » Alors ?

Alors, il faut, dit-on, à la tête du gouvernement, un chef, président du Conseil sans portefeuille, chef unique, responsable, exerçant son autorité sur de véritables subordonnés. Responsable devant qui ? — Nul ne sait. Non plus qu'on ne saurait comprendre comment les ministres seront subordonnés au chef dans le gouvernement alors qu'ils représentent tous des partis égaux dans le Parlement.

Dans chaque ministère, en outre, le ministre doit, selon M. Schatz, être doublé d'un directeur général stable, permanent et chargé d'assurer sous sa responsabilité, l'exécution des instructions du minisire. Ainsi, pense-t-on, les inconvénients de l'instabilité ministérielle seront réduits au, minimum : le ministre passera, mais le direc teur général demeurera, technicien, compétent

On ne voit pas qu'il ne sera qu'un fonctionnaire de plus ou bien le vrai chef, si son pouvoir est assuré ; en soi te que le chef théorique restant instable, nous aurions, à la tête de chaque ministère, un tyran irresponsable et qui resterait sans liaison avec les autres tyrans de son espèce, à moins qu'entre tous l'entente ne soit trop complète. On ne dit pas qui assurera la durée au directeur général. On ne pense pas un instant au danger, terrible en régime parlementaire et que nous indiquerons d'un mot : un Philippe Berthelot à la tête de chaque ministère. Carie directeur général rêvé, nous l'avons eu, plusieurs années, au ministère des affaires étrangères : il est en fuite.

« Nous ne dissimulons pas, dit M. Schatz, <( combien une telle conception de l'administra- « tion du gouvernement heurte les idées courante tes et contrarie les opinions reçues ».

S'il n'y avait que cela, si le bon sens et la raison n'en étaient pas offensés...

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