‹ Le chef des Hurons [microforme]Chapitre 16 sur 22 · LA CHASSE AUX BANDITS · texte numérisé non relu

LA CHASSE AUX BANDITS

est minuit. La lune éclaire de sa lueur spectrale les

GE solitudes du désert, argentant les eaux de

la rivière des Cèdres, qui s’écoulent avec un calme majestueux. |

Sous un bouquet d'arbres, à quelques pas de la rive, un

homme est accroupi sur le sol, près d’un feu de veille. Tout en tirant de sa pipe d'énormes bouffées de fumée, il semble réfléchir profondément; mais cette méditation ne l’em-

.péche pas de se pencher en avant, de temps en temps, pour

écouter attentivement les bruits de la nuit.

Parfois, le chant doux et mélodieux de la hulotte bleue se fait entendre dans les fourrés. Puis, tout à coup, un rugisse-

ment formidable éclate au loin. Alors, la hulotte interrompt son

chant et se tient silencieusement blottie sous le feuillage, comme si.elle redoutait de voir apparaître le terrible roi des

| savanes.

L'homme qui se tient immobile près du feu semble familiarisé depuis longtemps avec ces différents bruits, car ils ne provoquent chez lui aucun mouvement. Il est vrai que son fusil placé à portée de sa main dit assez que, s’il ne redoute rien il est néanmoins prêt à faire face au danger, quel qu’il soit,

Tout-à coup, l'inconnu se dressa d’un bond, saisit son dan qu’il arma, et se jeta derrière un arbre.

Presque aussitôt, le cri de l’épervier se fit entendre, et un Indien parut à la lisière d’un petit bois situé à une portée de pistolet.

— Bon! murmura le chasseur en reprenant sa place près du feu, Taréas est exact.

Et Sans-Peur, que le lecteur a peut-être reconnu, tira de sa

gibecière différentes provisions qu’il étala sur l'herbe, Indien approchait rapidement : il fut bientôt près du feu.

— Vous avez fait un bon voyage? dit le chasseur en se levant et lui tendant la main.

— Oui, répondit laconiquement le chef, en souriant et serrant la main que son ami lui tendait.

— Alors, reprit Sans-Peur en désignant les provisions placées près du feu, mangez et buvez, nous causerons après.

Taréas s’accroupit à terre et attaqua vigoureusement les vivres.

Lorsqu'il fut suffisamment rassasié, il alla boire à la rivière,

et revint près de son ami; puis tirant son calumet de sa cein- :

ture, il le bourra lentement, lalluma et se mit à fumer silencieusement.

Cette occupation dura dix minutes. Le chef, a consumé le tabac, en secoua les cendres dans le foyer, repassa son calumet à sa ceinture et attendit que son ami l’interrogeñt.

— Vous avez vu le colonel ? questionna le chasseur,

— J'ai vu le chef blanc, répondit simplement Taréas.

— Où est-il en ce moment ?

— Prés de la grotte des Vautours.

— La troupe est-elle nombreuse ?

— Trente guerriers blancs l’accompagnent,

— Pourquoi n’est-il pas venu jusqu'ici ?

— Le chef blanc a fait arrêter ses guerriers pour qu'ils pussent manger leur venaison.

— Il a bien fait, car il est tard, et, s’il avait poussé jusqu'ici,

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