LA LOT DE
Quant au chasseur, I n'avait reçu que quelques égratignures
Peu à peu, le calme se réiablit. 1!
— Messieurs, dit le colonel, notre tâche n’est pas terminée. N nous reste à juger les a: tres coupables,
— À quoi bon cette comédie ? fit James en haussant dédaigneusement les épaules. Puisque nous sommes condamnés d'avance, exécutez-nous et qu’on en finisse.
— Ainsi, vous ne vous repentes pas? dit tristement M. de Vorcel. Au moment de paraître devant Dieu, vos crimes ne vous inspirent aucun remords ?
. Un ricanernent des bandits fut leur seule réponse.
Jusque-là, ils avaient gardé le silence avec un vague espoir que leurs juges leur en tiendraient compte. Mais leurs illusions s'étaient dissipées et ils avaient repris tout leur cynisme.
— Messieurs, dit le colonel, en s'adressant aux chasseurs, en votre âme et conscience, quelle peine ont mérité ces hommes?
— La mort! firent-ils d'une seule voix.
— Vous avez entendu? dit le colonel en se tournant vers les prisonniers.
— Pardieu l fit James; nous ne sommes pas sourds.
Les bandits furent conduits dans la plaine, et, un quart d'heure après, une fusillade crépitait, éclairant les ténèbres comme un coup de foudre.
Justice était faite.
Dès que le jour parut, une large tranchée fut “HET et ron y jeta les cadavres des bandits, dont les crimes avaient pendant si longtemps ensanglanté le désert.
Le colonel et son escorte restérent deux jours au milieu de la famille Dufour, afin de se remettre complètement de leurs fatigues.
Avant de partir pour retourner à Québec, M. de Vorcel prit son hôte à part.
— Vous avez sauvé mon fils, lui dit-il. Quoique de sem-
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"+ tirant de con doigt une bague ornée d’un magalfique . diamant, i la présents à Joseph Dufour; mals l’honnète Canadien recals d’un pas en balbutiant, tout confus :
— Oh! mon colonel!
LE lia ami, dit afflsctuousement M. 4 Vorcol, Dieu m'est tômoin que je partagerais de grand cœur ma fortune avec vous, | à qui je dois la vie de mon fils, mals vous offrir de l'argent serait vous faire injure, je le comprends ; aussi, serai-je très heureux de vous voir accepter ce souvenir.
Et prenant la main du fermier, il passa la bague à son petit doigt, pendant que le digne homme rougissait en murmurant:
— Oh! mon colonel, mon colonel!
Lorsque M. de Vorcel eut fait ses adieux à cette intéressante famille, il monta à cheval, ainsi que son fils, et tous deux se placèrent en tête des chasseurs, déjà en selle.
Le père et le fils, très émus, firent, de la main, un dernier signe d’adieu à leurs hôtes, et la petite troupe, franchissant le pont-levis, s’élança au galop dans la plaine.
En arrivant à Québec, le colonel trouva M. de Montcalm en proie à un véritable désespoir. En vain expédiait-il à Versailles courrier sur courrier, pour demander qu'on lui envoyât des
| secours, les amis de M. Rigot, l’intendant du Canada, avec lequel ils partagealent les dépouilles de notre belle colonie, interceptaient les lettres, afin que Louis XV restät dans une ignorance complète des événements ; de sorte que M. d Montcalm, écœuré de tant d’infamie, sentait le découragement s’emparer de lui; mais, patriote avant tout, il n’en faisait pas moins héroïlquement son devoir. Grâce à son courage et ses talents militaires, maintes fois il repoussa, avec une
poignée d' hommes, des forces vingt fois supérieures, ne songeant
qu'à une chose : reculer le plus possible le moment où il lui
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udrait abandonner à l'Angleterre un des plus beaux tieurons de la couronne de Francs.
Luttant % la farouche énergie d’un len blessé, Il tint courageusement tête à l'ennemi jusqu’au milieu du mois de mal 1759, époque où la flotte anglaise parut enfin devant Québes.
Cette flotte était composée de vingt-deux vaisseaux de ligne, de trente frügates ot d'un grand nombre de vaisseaux de charge ; elle portait dix mille hommes de débarquement, placés sous les ordres d’un jeune général, plein de talent, nommé
” James Wolff.
Parmi les officiers de marine qui servaient à bord de la flotte anglaise, so trouvait le célèbre Cook, qui devait, plus tard, se couvrir de gloire en sillonnant des mers à peu près inconnues.
Les travaux de défense de Québec avaient été si bien organisés par M. de Montcalm, que le général Wolff, malgré la supériorité numérique de ses troupes, comprit qu'il n’obtiendrait la victoire qu’en écrasant la ville sous une pluie de feu.
Après 8 etre entendu avec l'amiral Saunders, commandant la flotte, il fit ouvrir le feu sur Québec, et pendant deux mois les batteries anglaises bombardérent et incendièrent la ville, sans qu'aucun des habitants parlât de capitulation.
Cependant, l'hiver approchait. L’amiral Saunders, craignant d’être enveloppé par les glaces des eaux du Saint-Laurent, ‘parlait de lever l’ancre. II fallait battre en retraite ou risquer un assaut. Le général Wolff eut une inspiration de génie. Dans la soiré du 12 septembre 1759, il remonta le Saint-Laurent avec une partie de la flotte portant cinq mille soldats, et vint s'établir devant le cap Rouge, à trois lieues au-dessus de Québec.
Bouzainville, informé de ce mouvement, vint se poster au cap Rouge, avec trois mille hommes, afin de s’ en au debarquement
Mais la mesœuvre de Wolff n'était qu'une foiaie. Dès que le nult (ut venue, II ft embarquer ses cinq mille hommes dans des chalands, qui descendirent le cours de l'eou, jusqu'à la dale de Foulon. Là, II ät débarquer see soldats ot les guida per un sentier escarpé qui conduisait au plateau de Québec. Les soldats français qui gardalent le plateau, se voyant surpris à l'improviste, u rent pes le temps d'organiser la défense ; ile furent presque tous massacrés, puis Wolff alla prendre position derrière Oe
Montcalm, averti 6 ce qui se passait, réunit les troupes disponibles et accourut en toute hâte, male il trouva les Anglais rangés en bataille dans la plaine d Abraham.
Le combat s'engage aussitôt et dégénère bientôt en earnage: mala, malgré tout leur courage, les Anglais durent lécher pied.
Fait étrange et pout-être unique dans les annales de le guerre, cette même journée vit tomber les deux généraux en chef: Wolff fut frappé de trois balles, et Montcalm reçut cinq blessures. Tous deux suocombérent presque immédiatement, mais le général français éprouva fa suprême satisfaction de voir fuir l’ennemi.
La mort du marquis de Montcalm ne décourages pas les Canadiens, qui continuèrent à défendre leur sol avec une farouche énergie, jusqu’en 1763, époque où l'Angleterre réussit enfin à s'emparer de cette belle colonie.
Alors commença une inquiétante émigration. Ne voulant à aucun prix subir la domination anglaise, un grand nombre de Canadiens s’enfuirent dans le désert, préférant vivre avec les tribus indiennes que de se courber sous le joug du vainqueur.
Ce fut ainsi que naquit cette race de sang-mélé, appelée Bois-Brûlé, hardis pionniers qui, les premiers, semérent, dans les vastes solitudes du nord de l’Amérique, les germes de la civilisation.
Lorsque la paix fut signée, M. de Vorcel quitta le Canada, avec son ls et sa fille, et rentre en Franco, où le roi le reçut avec une bienveillance qui lui permettait d'espérer un commandement important, mais il ne profits point des bonnes dispositions de Louis XV, et se retira dans son manoir du Beaujolais, alm de se consacrer exclusivement à ses enfants, dont la tendresse edoucissait quelque peu la douleur que lui avait causée la mort tragique de l’infortunée comtesse.
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