‹ Le chef des Hurons [microforme]Chapitre 21 sur 22 · LA LOL DR LYNCH · texte numérisé non relu

LA LOL DR LYNCH

— Pas du tout, fit James avec un sourire contraint, se en avait été ainsi, cela aurait mieux valu.

— Je ne vous comprends pas. 1 — J'eusse pris mes précautions. Mais il s'agissait d’un jeune homme, presque un enfant. — Y a-til longtemps de cela demanda la Panthère en fixant sur son interlocuteur un rêgard perçant. — Une dizaine de jours.

— Et vous n’avez pu retrouver sa pistef — Non. 1 — Je sais où se trouve en ce moment celui que vous cherchez. . — Vous allez me le dire, n’est-ce pas? fit James avec vivacité. 1 . — Certainement. Mais avant, il faut que nous nous entendions. — Sur quel point?

— Voici. Vous aviez fait un prisonnier, mais il vous a glissé entre les doigts, n'est-ce pas ? ü 5 — C'est exact. 0 — Donc, il est perdu pour vous.

— À moins que je le retrouve.

— Alors, cherchez-le, fit nettement le Sioux. James comprit où la Panthère voulait en venir. — Voyons, dit-il en affectant de sourire, causons en amis. — Je ne démande pas mieux. 1 — Vous savez où est mon fugitif? 55 } — Je vous Fal déjà dit. f — Donc, il nous appartient à tous deux.

— Vous avez mis le temps à vous décider.

— Maintenant que nous sommes d'accord sur ce point, faites-moi vos propositions.

— Elles seront bien nettes : je vous aiderai à vous emparer du jeune homme et nous partagerons la rançon, — Vous êtes exigeant.

— C’est à prendre ou à laisser.

— Est-il loin d' ici?

— Pardon. Acceptez-vous ce que je veus proposes ? — lle faut blen.

— Alors, éooutes-moi.

— Je suis tout oreilles.

E Depuis quelque temps, je surveille une caravane qui s’est installée non loin d iel pour fonder un défrichement. Or, À ya quelques jours, étant en observation, j'ai vu deux hommes sortir d’un bois ot se diriger vers le camp, portant sur un brancard un jeune homme vanoul.

— Peut-être était-il mort ?

— Non, car ils l’eussent laissé au lieu de l'emporter.

— C'est juste. |

— Sije n’ai pas encore attaqué cette caravane, c'est que ma troupe n est pas assez nombreuse; mais en y joignant la vôtre, ce sera différent.

— Sommes-nous bien éloignés de ce défrichément. ?

— En quelques heures nous pouvons nous y rendre.

— Si vous le voulez bien, nous nous mettrons en route au point du jour.

— Soit.

Une poignée de main scella cette convention.

Le lendemain, au lever du soleil, les deux troupes se mettaient en route et, le soir même, la ferme de Joseph Dufour était attaquée.

Nous savons ce qui se passa et comment les bandits furent surpris à l’improviste par le colonel et son escorte.

Nous avons dit qu’une dizaine d’entre eux avaient été faits prisonniers. James et la Panthère étaient du nombre.

Ils n’avaient jeté leurs armes que dans l'espoir de flé hir leurs ennemis ; aussi en se voyant chargés de liens, leur rage fut-elle grande. Néanmoins, ils firent bonne contenance lorsqu'ils se treuwirent devant le tribunal improvisé par M. de Voreel.

— Vous avez été pris les armes à la main, dit le colonel en

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s'adressant à tous les prisonniers. Quelle explication aves-vous à donner pour votre défense ?

Les bandits gardèrent le silence. :

— Eh bien, James et la Panthère, vous ne répondes pes ?

fit Sans-Peur d’un ton goguenard.

En se voyant reconnus, les deux pirates firent un effort désespéré pour rompre leurs liens, car Ils comprirent qu'ils étaient perdus ; mais ils eurent beau se tordre comme des serpents, ils ne réussirent qu’à faire pénétrer plus p:ofondément dans leurs chairs les cordes qui les garrottaient.

— Vous connaissez ces deux hommes? demanda le colonel en regardant Sans-Peur avec étonnement.

— 81 je les connais! s’écris le chasseur d’une voix tonnante. Mais sachez done que ce sont les plus infâmes gredins qu'on puisse voir! Leurs mains ont versé plus de sang qu'il n’y a d’eau dans le Saint-Laurent. Ces misérables, dont l’un est blanc et l’autre rouge, n'’appartiennent plus à aucune race; ils se sont rangés d’eux-mâmes parmi les bôtes fauves ! Les “adavres dont ils ont semé le désert sont incalculables, et c'est reellement Dieu qui. en les réunissant, les a conduits ici afin que nus n isssions justice l

— Eh bien! oui, hurla le Sioux, la face hideuse et les traits contractés par une rage impuissante, tout ce que tu as dit est vrai, chien des Faces-Pâles! mais tes aboiements ne sauraient effrayer un guerrier qui se rit de la mort. Oui, j'ai égorgé les blancs, pillé leurs caravanes, vendu leurs femmes et leurs enfants comme esclaves dans les tribus indiennes, et, en ce moment, je ne regrette qu’une chose, c’est de n’avoir pu vous anéantir jusqu’au dernier

— À mort! à mort! s’écrièrent tous les chasseurs en brandissant leurs couteaux. :

— Vous êtes des läches ! ricana la Panthère. Si j’étais libre, vous n'oserie même pas me regarder en facel

— Cen est trop ! cria Sans-Peur en bondissant vers le Sioux, dont il trancha les liens avant qu’on pôt s’y opposer.

Prenant un couteau à la ceinture d’un chasseur, il le jeta aux pieds de la Panthère en disant d’une voix terrible :

— Tu nous a appelés lâches ! Je vais te montrer la différence qu’il y a entre une créature de Dieu et un démon vomi par l'enfer.

Le Sioux poussa un hurlement de joie et, ramassant le couteau, se rua sur Sans-Peur, qui le reçut de pied ferme.

Alors commença une lutte horrible ! les deux adversaires bondissaient à droite et à gauche, s’enlaçalent, se séparaient, revenaient l’un sur l’autre avec des cris de rage insensée et se portant des coups terribles, évités de part et d’autre avec un à-propos extraordinaire.

Les assistants suivaient cette lutte, la sueur de l’angoisse au front.

Vingt fois le colonel voulut s’élancer pour porter secours à Sans-Peur ; mais, chaque fois, la main de fer de Taréas le retint, lui faisant comprendre que toute intervention serait une honte pour le chasseur.

Un moment, les deux adversairos se tinrent immobiles, à deux pas l’un de l’autre. Tout à coup, Sans-Peur poussa un rugissement de fauve et bondit sur le Sioux, dans un élan irrésistible,

Le choc fut te: que les deux hommes roulèrent sur le sol.

Un cri de joie ébranla les airs.

Le Sioux était renversé et Sans-Peur lui e un genou sur la poitrine.

Le vaincu, qui avait laissé échapper son couteau en tombant, vociférait des injures horribles.

Soudain un éclair bleuâtre brilla dans la nuit, et le couteau de Sans-Peur disparut jusqu’au manche dans la gorge de son ennemi, qui poussa un effroyable cri d’agonie, se raidit dans une convulsion suprême et demeura inerte.

II était mort.

Ansignifiantes ; aussi fut-il chaudement félicité.

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