‹ Le chef des Hurons [microforme]Chapitre 6 sur 22 · UN OLORISUX FAIT D'ARMES · texte numérisé non relu

UN OLORISUX FAIT D'ARMES

Garde marine, de solxante-quinse hommes chacune, et de troupes prises dans différents régiments, le tout formant un effectif de sept mille hommes, pour défendre un territoire sten dant de la baie d'Hudson au Mississipi, c’est-à-dire un espace cinq fois plus grand que la France. Cependant, ce fut avec cette poignée de soldats que le Canada tint l'Angleterre en échec pendant de longues années.

M. de Montcalm.

Quinze jours après

les événements que

nous avons rappor -

tés dans le précédent chapitre, une vive

animation régnait à une dizaine delieues de Québec, sur les bords du Saint- Laurent.

Il était huit heures du matin.

Le fleuve était couvert de pirogues chargées de soldats de toutes armes :

infanterie, marine,

milices, etc.

Surlesdeuxrives, on n’apercevait que des soldais marchant en chantant de vieux refrains français.

M. de Montcalm

se tenait à cheval, au milieu de son état-major, donnant ses ordres et indiquant l'emplacement des troupes. A cent mètres

à peine du général en chef, un détachement de Hurons, com-

mendé par Tarées, se tenait immobile, attendant le moment de marcher au combat. Tous étaient peints et armés en guerre.

Vers midi, les tambours batiirens l'assemblée, et les soldats s’empresèrent de rejoindre les compagnies auxquelles ils app tenaient |

Les Hurons avalent déjà disparu dans les bois.

Le général semblait soucieux.

— Je ne sais pourquoi, dit-il au colonel de Vorcel, qui se tenait près de lui, mals je suis inquiet, non pour mol, car en venant au Canada jai fait le sacrifice de ma vie, mais pour tous ces braves soldats.

— Que craignez-vous donc, général ?

— Un batteur d'estrade m'a appris tout à l'heure que les Anglais ont fait des préparatifs formidables; leur nombre, parc Wil, se monte à quinze mille hommes; aussi n’ai-je marché qu’en apprenant qu'ils s'avançalent vers Québec.

— Bah! la victoire est toujours dans la main de Dieu et dans celle du général s’il sait profiter des fautes de l’ennemi.

M. de Montcalm avait ses raisons pour s'inquiéter. Il avait quitté l’armée d' Allemagne pour prendre le commandement des troupes au Canada, où le roi l'avait envoyé pour réparer les désastres qui avaient suivi la défaite de M. Dieskau à la bataille du Saint-Sacrement, et, dès son arrivée, il s'était trouvé aux prises avec Pintendance qui, depuis de longues années, ruinait la colonie.

M. Bigot, intendant du Canada, et le marquis de Vaudreuil, :

gouverneur de la colonie, étaient les chefs de cette bande qui puisait à pleines mains dans les caisses publiques, préparant ainsi à bref délai la ruine de cet immense territoire que, depuis un siècle, l’Angleterre cherchait à voler à la France, car cette guerre ne fut, de la part des Anglais, qu’un acte de piraterie. Les misérables exploiteurs du Conada n’avaient pu voir d’un bon œil l’arrivée de M. de Montcalm, dont l’honnôteté et le patriotisme étaient bien connus; aussi employaient-ils toutes leurs influences pour obtenir son rappel.

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UN GLORIBUX PAIT aun Le général connaissait ce complot; aussi redoutait-il une

défaite, qui eût dohné à ses ennemis une arme contre lui.

I lui fallait vaincre à tout prix, an de prendre barres sur eux. Cette première campagne devait donc décider de l'avenir de son commandement.

Sa perplexité avait aussi une autre cause : les conditions de la bataïlle qu’il allait livrer étalent nouvelles pour lui. Habitué à faire manœuvrer de grandes masses, dans des pays dont 1} avait les cartes sous les yeux el dont il connaissait les voies de communication, les cours d’eau, les rivières, les ponts, etc., il devait maintenant opérer dans un pays où les routes n’existaient point et où la navigation était presque impossible; il fallait traverser des rivières d'une grande largeu avec de légères pirogues ; voyager péniblement dans des déserts où l’on ne trouvait rien pour se nourrir; se trayer à la hache un passage dans des forêts vierges presque impénétrables, peuplées de fauves et de reptiles; aussi était-il obligé de dresser ses plans de bataille d’après les rapports de ses batteurs d’estrade, qui, heureusement, étaient tous d'honnetes chasseurs canadiens.

Le général dirigeait donc tout pensif la marche des troupes, quand Sans-Peur accourut vers lui.

— Eh bien! fit le général, avez-vous quelques renseir gnements?

— Oui, mon général.

— Les Anglais 7.

— As vous croient à Québec.

— Je vais leur prouver le contraire.

— Bon! Nousallons nous amuser.

— Savez-vous autre chose, bien que ce que vous m’avez dit

soit très intéressant, puisque les Anglais, qui croyaient nous - surprendre, vont être eux-mêmes surpris.

— Je sais que les troupes que vous avez aveo vous pourront traverser rapidement le Saint-Laurent.

mt

— Do quelle manière?

— J'ai découvert un gué entre le fort Oswego et le fort Ontario ; seulement, les hommes auront de l’eau jusqu'au oou.

— Alors, ils passeront.

La marche continua; mais bientôt M. de Montcalm laissa le commandement de la colonne à M. de Vorcel, et, devançant l'armée, II se dirigea, accompagné de Sans-Peur, vers le fort Carillon où les troupes devaient le rejoindre.

Pour l'intelligence des faits qui vont suivre, nous devons faire connaître le plan de campagne que le général avait arrôté avant de quitter Québec.

II avait résolu, étant donnée la faiblesse numérique de ses troupes, de se tenir sur la défensive et de tenter de surprendre le fort de Chouegen, que l’on appelait aussi fort Oswego.

II avait aussitôt ordonné la formation d'un camp à Carillon pour observer et arrêter au besoin l’armée anglaise, qui devait sortir du fort Edouard et s’avancer par le lac Champlain.

Après s'être assuré que ses ordres avaient été exécutés, M. de Montcalm, pour tromper l’ennemi, laissa le chevalier de Lévis à Carillon avec trois mille hommes, pour tenir tete au comte de London qui s’avançait aveo huit mille hommes; puis il se dirigea sur Frontenao.

M. de Lévis forma aussitôt plusieurs détachements chargés de harceler l’ennemi. .

Les Angla's ne purent bientôt plus faire un pas sans avoir les Français sur leurs talons. Grâce à ce stratagème, ils furent persuadés que l’armée française était cantonnée à Québec et au fort Carillon.

Pendant que M. de Lévis occupait ainsi les Anglais, M. de Montcalm arrivait à Frontenac avec ses troupes, d'où il repartait bientôt pour Chouegen. Par ses ordres, trois mille hommes avaient été réunis à Frontenac, spécialement chargés d'attaquer Chouegen,

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