LE PEUPLE ARGENTIN RECONNAISSANT
Le jour de l'inauguration, si le ministre de France est atteint d'un rhume de cerveau, j'irai, moi, prononcer le discours, au nom de la mère Patrie. J'en prends, ici, l'engagement. Je saurai quoi dire > !
Frères latins'! commandez le marbre 1
Elle a tout connu, la Franchucha. Elle a d'abord connu l'Argentin, Frères, je dois vous le dire, si
$8 LE CHEMIN DE BOENOS-AIRËS
tout en l'aimant vous la méprisez, elle vous le rend bien sans vous aimer.
C'est toujours autant de gagné !
Tout connu ! Vous la trouvez à la Boca, c'està-dire tout à fait dans le fond, non seulement le fond de Buenos- Aires, mais le fond de tout, et encore du reste I! Vous la trouvez, solitaire, dans sa petite maison « casa francesa » à tous les <t cuadres » du vaste damier de Buenos- Air es. La loi permet une « casa » sur chaque face du « cuadre » . Quatre casa, quatre femmes, souvent quatre Françaises à l'hectare carré ! Vous la trouvez dans la rue. Les initiés appellent celle-ci et ses soeurs la garde du consulat de France. Les soirs, dès six heures, elles se promènent devant le Consulat comme si elles recherchaient non seulement ce qu'elles cherchent, mais aussi une protection. Est-ce le Consulat qui s'est installé sur le trottoir, à cause des petites compatriotes ? Sont«€S les compatriotes qui ont choisi ce bitume à cause du Consulat ? Enfin, dans l'ensemble, nous avons de la chance : si notre Consulat est dans le centre, notre légation est dans un quartier retiré. Ainsi, évitons-nous la garde de la légation !
Vous la trouvez dans tout ce qu'il y a de plus triste au monde sur la surface du globe, dans les établissements où la nuit, on s'amuse à s'ennuyer,;
LE CHEMIN DE ÊUÊNÔS-ÀIRES 99
La désolation des lieux où Von s'amuse l
Dans les dancings, les Tabaris, les Florida, les Maïpu-Pigalle et autres gales de nuit !
Là, elle prend le nom d'artiste.
La ronde est fermée. L'Argentin est au milieu. A lui, le choix !
Franchuchas ! filles de France, vous n'êtes que ce que vous êtes. On ne peut vous donner en exemple à l'humanité. Il est juste, cependant, de prendre la parole, une fois, en votre nom. Que vos compatriotes, les Français, vous jugent suivant la mesure d'une morale dûment établie, comment faire autrement ? L'esprit des clans sociaux est limité et j'ose dire. que c'est un bienfait des dieux.- Où irions-nous, si ceux qui ne peuvent aller, sans vertige, jusqu'au bout d'une pensée, avaient le droit d'atteindre ce bout ? Ils tomberaient au fond d'un précipice, et se fracasseraient le crâne, où, bien à l'aise, vivait leur matière cérébrale ! Quel avantage, je vous le demande, en retirerait la société dont la base est d'être commune ? Mais pour les Argentins, l'affaire est différente. Tout en vous payant, ils vous doivent encore. Vous avez été les educatrices d'élèves plutôt frustes. Vous n'en avez pas encore fait quelque chose de tout à fait remar-
quable. Sans doute était-ce assez difficile ? Mais yous y travaillez toujours.
Et cela prouve que vous ne manquez pas de courage !