Voler des objets quand on h* à pas trouvé d'argent
On y prend goût. Demandez aux épouseurs de dot. C'est la femme qui fait le caftane.
Ces famaisies durent peu. Ils tombent dans du travail plus courant, prennent une môme qui « rubanne )) pour eux. (Rubanner vient de ruban qui signifie trottoir. Seuls les poètes et les caftanes savent créer de jolis mots. Pourquoi 1* Académie Française n'a-t-elle reçu, jusqu'ici, que les poètes ?)
- Cela ne nourrit pas toujours. Il faut se débrouiller. Trop imberbes pour être bookmakers, ils vont tâter du bonneteau à la sortie des champs de courses. En passant, ils attrapent quelques mois de Petite Roquette. Heureusement une femme leur met déjà quelques sous de côté pendant ce temps-
là!
Les voilà de nouveau dehors. Ils sont jeunes, c'est-à-dire susceptibles.
— - Pour un rien le cœur se froisse. On se prend de querelle avec un homme, on le balance par la fenêtre. C'est ce que j'ai fait, moi, monsieur Albert, pour mon nouveau malheur. Je ne suis pas mauvais, remarquez, au contraire, je suis bon garçon.
Ils attrapent trois ans de Poissy.
— - C'est là, réellement, que l'on s'émancipe. Qu'est-ce qu'on était jusque-là ? Des voyous, des rien-du-tout, des petits maquereautins sans la
moindre éducation. On entre dans le grand monde : grands voleurs, grands ruffians. On écoute, la chanson des exploits des aînés. En France, avec une femme, on vit mal, en Angleterre on vit bien. On apprend cela !
Comment nous avons débuté dans l'exportation ? Qui voulez-vous qui vous conte son histoire ?
— Raconte la tienne, toi qui sais t'exprimer, dit Vacabana.
— Eh bien ! la mienne...
Et Victor le Victorieux commença ce récit :
— j'étais à Poissy. Ma femme m'avait d'abord assisté (avait continué de lui donner de l'argent), puis je la perdis. Un autre me la prit. Puis je quittai la Centrale, puis évidemment je partis en chasse. Je trouvai ce qu'il me fallait à la sortie d'une usine de casquettes à Belleville. C'était quelque chose qui ne devait pas avoir dix-sept ans. Je tombai dessus. Je fis le nécessaire. Je la débarrassai de sa mère qui ne valait pas la peine. J'avais mon plan. Les leçons de Poissy m'étaient bien entrées dans la tête. Je lui dis que j'étais électricien, qu'on allait partir pour Londres, qu'on gagnerait bien.
Elle n'avait jamais porté de chapeaux de sa yie. Je lui en achetai Un : neuf francs.- La voilà. parée.
Je m'embarquai à Ostende parce que je savais déjà qu<j c'était mieux... Tiens ! moi aU§si j'ai fait moi* premier colis par Ostende... Et j'arrivai à Londres. J'allai trouver lin ancien de Poissy. Il m^indiqua Une chambre, me prêta cincj shellings. On passa notre première nuit, et le matin je dis à la Berthe : Maintenant, mon petit coco, je vais chercher du travail. Elle le crut. Je la laissai la journée entière seule. Le soir je tentrai à la chambre et je dis : Il n'y a pas de travail ! Je fis le désolé. Elle demanda ce que Ton allait devenir. Il n'y a que toi, je dis, pour nous sauver. — Comment ? •*— Aller dans la rue. La voilà qui pleure. Ça ne durera pas, je lui dis. Faut bien que tu manges et moi de même. Je l'appelai par de jolis noms. Elle faiblit. Je dis que j'avais déjà faim. Elle accepta. Nous sortîmes, je lui offris du fromage et du pain, en amoureux.
Le lendemain je restai avec elle. Je lui racontai toutes sortes de gros mensonges. La gàîté du cœur lui revenait un peu.
Le camarade avait préparé mon affaire. Comme elle n'était pas ,« friiïguée » elle commencerait à faire du petit tapin. 11 m'avait indiqué la rue :
Oxford streét, et un local qui la recevrait pour te travail.
Le soir je lui dis : viens avec moi, je vais te montrer l'endroit. Comme tu ne sais pas parler, tu feras, signe avec tes doigts : dix ! dix shellirigs. En sortant tu donneras polir là chambré lin shelling à là vieille. Tii as bien compris ? Fais voir avec tés doigts comme tu feras. Elle leva ses dix doigts r!
Vous allez totistater comme le hasard est grand.
J * étais avec l'ami dé Poissy qui itoûs âccompagnàit* pour tidus réconforter. Noiis quittâmes là gosse. *»•*■ Attends un peu que je regarde comment elle s'y prend. Je me retournai et ne la vis plus. Il n'y avait qu'un couple dans là rtie. La femme, c'était elle. Elle embusquait déjà, c'était de bon augure. Ils rentrèrent dans là maison.- Attends encore* oh va voir quand elle sortira ! On attendit tin quart d'heure. Elle apparut. Ça va bien ? lui dis-je. Elle baissait les yeux. — Relevé là tête, quoi ! puisque c'est pour moi. Elle me remit les dix shellings. — Et la propriétaire ? Dans son émoi elle avait oublié de la payer. — Tu la régleras au 4 prochain ! Tu vois, lui dis-je, dix shellings cela fait douze francs cinquante. Combien de temps aurais-tu mis dans ton usine à casquettes pour gagner douze francs cinquante ? Là, quinze minutes ! Elle
paraissait contente. Comprends-tu combien c'est beau ! répétais-je. Je lui en mis plein les oreilles.
Le lendemain elle recommença. La voilà partie sur un train-train de trente shellings par jour. Puis. de quarante bientôt. Un jour c'est cinquante. Je lui achetai un petit costume gris. Je la changeai de quartier. Moi j'étais toujours en casquette et le cou nu.
Le nouveau quartier était meilleur : soixante^ soixante-dix shellings. A ce moment seulement je m'offris mon premier chapeau et des faux cols. Je fus obligé de prendre une cravate toute faite. Je n'en avais jamais porté. Je ne savais pas faire le nœud .
Alors l'Amérique du Sud...
— Messieurs, dis- je aux quatre chevaliers de mon groupe, nous continuerons cette belle histoire à table. Il est huit heures et demie. Nous avons déjà bu cinq cubanos. Maintenant il faut manger... Allons ! Passez donc ! l'honneur à vous!