L INDUSTRIE
D'après M. Henri Boîtier, la renaissance industrielle sera aisée à provoquer. « Les forces naturelles, écrit-il, sont abondantes et faciles à capter, les richesses minières paraissent facilement exploitables » (1). Peu de pays ont un sous-sol aussi riche que celui de la Turquie d'Asie. Dans cette partie de l'Empire ottoman « où toutes les formations géologiques et minéralogiques se trouvent représentées », existent des minerais les plus divers, depuis les plus précieux jusqu'aux plus vulgaires. Sur le parcours de la future ligne et de ses embranchements s'étendent de nombreux gisements dont l'activité humaine ne tardera pas à tirer profit, Lorsqu'il existera une voie de communication suffisante et commode pour exporter le minerai mis à jour, brut ou transformé.
Et tout d'abord la houille se rencontre en quantité considérable : à Erégli, bassin houiller de 100 kilom. de longueur sur 10 de largeur, encore inexploité. M. de Peyerimhofï n'attache qu'un intérêt médiocre à ces charbonnages d 'Erégli, sous prétexte qu'étant de qualité inférieure, ils ne pourront avantageusement lutter sur les marchés étrangers, contre les houilles anglaises, et il estime quMls ne
(1) Queutions diplomatiques et coloniales, lPr mars 1903, p. 292.
194 IIe PARTIE. ÉTUDE ECONOMIQUE
pourront <( s'assurer avant longtemps un débouché sérieux » (1). Mais ce charbon servira toujours de combustible aux locomotives du futur railway, i) sera toujours assez bon pour alimenter les machines des usines qui surgiront sur cette terre d'Asie. Ainsi, l'exploitation des mines d'Erégli s'imposera puisque dans le pays même il y aura un débouché certain.
Et ces houillères ne sont pas uniques en Turquie d'Asie ; il en existe une multitude d'autres, moins importantes sans doute, mais susceptibles de fournir un rendement appréciable. Telles sont celles de Sochia, dans le vilayet d'Aïdin, déjà exploitées par des Anglais, qui y extraient 500.000 tonnes par an, et celles du Djebel-Hamrin, à 90 kilom. nord-est de Bagdad. Dans le vilayet d'Angora où ils ont déjà obtenu plusieurs concessions, de Mossoul, de Sivas, les Allemands rencontreront, à proximité de leurs rails des gisements houillers suffisants sinon pour permettre l'exportation, du moins pour subvenir à la consommation des industries qui se créeront.
En Mésopotamie, tles bassins pétrolifères d'Erbil, de Kerkout et de Tékrit, feront aux pétroles russes de Bakou une redoutable concurrence ; ils seront l'objet d'une abondante exportation qui ne contribuera pjas peu à augmenter le trafic de la dernière section du Bagdadbahn.
(1) Bulletin du Comité de l'Asie française, 15 avril 1901, Le Chemin de fer de Bagdad, p. 27.
Et si des ingénieurs veulent créer dans les régions tributaires de la ligne de Bagdad et de ses embranchements des centres industriels, ce leur sera travail facile et nul doute que les entreprises ne réussissent car dans le pays même ils trouveront tous les minerais à la transformation desquels ils voudront procéder. Dans le district de Zeïtoun le fer est en abondance et Karsanti, dans le vilayet d'Adana, en possède également une mine. A côté du fer, le enivre dont la production était considérable dans l'antiquité, puisque « l'airain qui a servi à la construction du temple de Jérusaliem et. du palais de Sidon provenait des minerais de cuivre que l'on extrayait du massif du Taurus (1). Et cette production est toujours aussi « exhubérante » : A Argiiana seulement, non loin de Diarbékir, 3.000 tonnes sont extraites chaque année bien que l'installation soit défectueuse, que les procédés de travail ne soient pas perfectionnés î Quelle source de trafic pour le Bagdadbahn, rien qu'avec l'exportation du cuivre, lorsque l'exploitation sera mieux dirigée et que des mines nouvelles à Mohalitich, Elma-Dagh et Goursak seront mises en valeur. Outre le cuivre et le fer, les Allemands pourront encore exploiter les mines de chrome dans les vilayets de Koniah, d'Angora, d'Adana. Ce minerai dont l'exportation a atteint 600 tonnes en 1904 et 1905 pour la région d'Adana
(1) Von Presse!. Op. cil., p. 12.