‹ Le chemin de fer de Bagdad (volume 2)Chapitre 23 sur 67 · TT0 PARTIE. — ÉTUDE ECONOMIQUE · texte numérisé non relu

TT0 PARTIE. — ÉTUDE ECONOMIQUE

seulement (1) semble devoir être inépuisable puis que chaque année des mines nouvelles sont découvertes. La nature a également doté ce sol asiatique de dépôts de matières rares et précieuses : l'or se rencontre, en petite quantité, il est vrai, dans les provinces d'Angora et de Mossoul ; le plomb argentifère est très répandu : A Adana il y a (( des mines très riches qui seraient d'un excellent rapport » (2). Il en serait de même de celles d'Angora et de Kir-Chéhir et Ton prétend que celles de Bulgar-Dagh, dans le vilayet de Koniah pourraient produire 8 millions par an. Et dans cette Asie Turque on trouve encore de l'antimoine à Aïdin et Angora, de l'alun à Kara-Hissar, de l'argent à Diarbékir, de l'arsenic près de Mossoni, du mercure à Aïdin, du manganèse à Angora et à Koniah. Le gypse est abondant ; il y en a partout, et les mines de sel gemme sont d'une production fabuleuse, donnant 4.500.000 kg.par an à Bagdad, 3.400.000 à Bassorah, mines dont cependant la richesse est, paraît-il, bien inférieure à celles encore inexploitées des environs de Mossoul (3).

Il est bien entendu que nous n'avons cité ici que les gisements se trouvant dans les régions tributaires de la ligne de Bagdad et de ses embran-

(1) Victor Bérard. Ouvrage cité, p. 266.

(2) Verhey et Dambmann. Les Puissances au Levant, p. 414.

(3) Ces renseignements ont été pris, pour la plupart, dans le livre de MM. Verney et Dambmann, p. 405 et suivantes.

cliements. Mais ne suffiraient-ils pas, exploités par des hommes intelligents, à créer dans ces pays une activité industrielle très intense. Ce qui manque surtout, en Turquie d'Asie, ce sont des voies de communication. Pour se développer, une industrie a besoin d'avoir des débouchés et elle ne peut en acquérir que si les lignes de chemin de fer ou les routes du pays où elle s'exerce lui permettent d'expédier ses produits d'une façon rapide et sûre. Et c'est précisément ce qui fait défaut dans l'Empire ottoman d'Asie. Jusqu'à ce jour, sauf le réseau d'Anatolie, il n'existe en Asie Mineure ou en Mésopotamie que des routes mal entretenues que suivent les lentes caravanes, ou le Tigre et l'Euphrate que descendent les keleks toujours exposés à un audacieux coup de main des pillards à l'affût derrière les roseaux bordant le fleuve ! Mais avec le rail, la situation certainement changera. La mer ne sera plus qu'à quelques heures de distance ; le débouché sera ouvert et l'industrie utilisera les ressources naturelles que la région renferme. Elle cessera de demeurer à l'état d'ébauche, d'embryon ; son développement amènera une activité nouvelle, un trafic considérable, dont le Bagdadbahn retirera de sérieux bénéfices.

Oui, avec le rail les industries anciennes renaîtront, celles qui existent actuellement s 'intensifierout, et de nouvelles apparaîtront bientôt. Ce qui manque à ce pays pour qu'il y ait une vie industrielle importante, ce sont des hommes, ingénieurs et entrepreneurs, apportant leur intelligence et

IIe PARTIE.

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et leurs capitaux, persévérants et tenaces, secouant l'apathie des indigènes, transformant leur méthode routinière et la remplaçant par des procédés nouveaux et plus productifs. Eh bien, ces hommes viendront sûrement en Turquie d'Asie dans les hauts plateaux d'Anatolie comme dans Ja plaine de Mésopotamie, du jour où avec le Bagdadbahn ils auront une voie d'exportation rapide par laquelle ils écouleront à travers le monde entier les produits de leurs usines, « Les industries de Mésopotamie sont très anciennes et très rudimentaires », écrit M. Eugène Yung (1). Mais lorsque ki locomotive aura fait connaître dans ces régions la civilisation moderne, elles se transformeront, se mettront au même niveau que les industries d'Europe et dès lors, pourquoi, comme elles, ne réussiraient-elles pas ? Les Compagnies européennes de Chemin de fer trouvent dans le trafic des marchandises le pins clair de leurs bénéfices, particulièrement élevés sur les lignes traversant des régions industrielles. Pourquoi n'en serait-il pas de même de la Compagnie de Bagdad ? Les fonderies indigènes de Tokat, près des mines de cuivre d'Arghana, qui emploient déjà 300 ouvriers prendront une extension nouvelle sous l'habile direction d'ingénieurs européens. La locomotive fera renaître les tanneries de Koniah, d'Adana, de Diarbékir, de Si vas, de Mossonl et de Bagdad. Les minoteries d'Adana, de Koniah, d'Aïdin et d'Angora .; les

(I) Eugène Yung. Ouvrage cilé, p. 1*27.

CHAP. III

filatures de coton et de soie de Diarbékir et d'Adana, de Mossoul et de Bagdad verront leur nombre de métiers s'accroître du jour où l'exportation sera facile, où la sûreté et la rapidité des livraisons pourront être obtenues ; les fabriques de tapis d'Angora et de Koniah, de mousselines de Mossoul, d'étoffes légères de foulards et de soie de Bagdad et de Bassorah deviendront les égales des plus grandes fabriques d'Europe. Et se développeront aussi dans diverses villes où elles ont déjà une certaine importance, d'autres industries qu'il serait trop long d'énumérer, notamment les savonneries, les huileries et surtout les briqueteries, qui ont eu « dans les temps anciens une prospérité fabuleuse », qui ont permis de construire (( les cités enchanteresses de Sémiramis, de Nabuchodosor et d'Aroun-al-Raschid » (1).

Cette activité industrielle sera une source de revenus précieuse pour le Chemin de fer de Bagdad parce qu'elle entraînera comme corollaire inévitable, comme conséquence naturelle, le développement du trafic local et du commerce international en Turquie d'Asie.

Section II

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