‹ Le chemin de fer de Bagdad (volume 2)Chapitre 41 sur 67 · PEUT-IL Y AVOIR UNE RELATION ENTRE LES DEUX QUESTIONS · texte numérisé non relu

PEUT-IL Y AVOIR UNE RELATION ENTRE LES DEUX QUESTIONS

M. V. Bérard affirme catégoriquement que Guillaume II est allé à Tanger et y a prononcé son retentissant discours parce que la France n'avait pas voulu lui prêter son appui financier pour la construction du Chemin de fer de Bagdad, et que notre Gouvernement avait contrarié le Drang allemand en Asie Mineure. « On peut, écrit-il, établir un synchronisme entre nos maladresses en Turquie et les menaces ou les empêchements de l'Allemagne au Maroc. De notre conduite à Constantinople a dépendu la conduite des Allemands a Tanger ; de la coopération franco-allemande chez le sultan dépendra l'entente franco-allemande chez le Chéri f » (1).

Ainsi donc, l'Allemagne ne se serait jamais opposée à la pénétration française au Maroc, si de notre côté nous avions favorisé l'expansion germanique en Asie. Il est incontestable que l'Empire allemand, à cause de sa surproduction indus trielle, à cause surtout de sa population qui va toujours en augmentant, a besoin de débouchés économiques, La mère-patrie étant devenue trop

(1) Victor Bérarcl. Le Discours <iu Chanctellier. Revue de Pkrfs, )f> décembre 1906, p. 876,

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petite pour contenir ses enfans, pour consommer ses produits. Le Chemin de fer de Bagdad lui apparaissait comme une voie bienfaisante par où se déverserait le trop plein de sa population et s'écoulerait le surplus de son activité industrielle et commerciale. Mais voici que la France, après l'avoir soutenue diplomatiquement auprès du sultan, refusait de lui prêter son aide pécuniaire et persistait à lui fermer les portes du marché de Paris ; et la route de Bagdad s'était trouvée ainsi barrée et le Drang nach Osten avait dû s'arrêter au bout de quelques kilomètres. L'attitude française était cause que l'Allemagne n'avait pu poursuivre sa trouée vers le Golfe Persique et restait acculée aux rivages de la Méditerranée.

Les concessions qu'elle avait obtenues en Asie Mineure, les lignes de chemins de fer qu'elle exploitait ne pouvaient constituer un débouché suffisant et sérieux. Voilà pourquoi elle ne voulut pas que la France s'établisse au Maroc ; si elle n'avait pu se frayer une route dans les régions de la Méditerranée-est, si elle ne s'y était pas souverainement établie au point de vue économique, elle empêcherait du moins que l'ouest du bassin méditerranéen ne soit fermé à son commerce et à son industrie. Ne tenant pas Bagdad, l'Allemagne ne voulait pas perdre ses droits au Maroc.

Ce raisonnement contient, nous semble- t-il, une certaine part de vérité.

Si le chemin de fer de Bagdad avait été sur le point d'être construit, si plusieurs sections avaient

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été déjà établies on peut être à peu près sûr que l'Allemagne se serait sinon désintéressée du Maroc, du moins montré plus conciliante dans les conversations diplomatiques qui furent engagées entre les gouvernements de Paris et de Berlin après le voyage de G-uillaume II sur les côtes marocaines.

Après Tanger, comme après Agadir, la presse germanique n'afhrme-t-elle pas (pie l'Allemagne n'a jamais eu l'intention de s'établir politiquement au Maroc, niais qu'elle veut surtout des débouchés économiques et cette même presse est, pour ainsi dire, unanime à déclarer que ces débouchés sont une question de vie ou de mort pour le peuple allemand. Or, si grâce à l'établissement du Bagdad, l'As ie\ Mineure et la Mésopotamie avaient offert un vaste champ à l'activité allemande, on peut supposer que les prétentions de la Wilhemstrasse ne se seraient pas produites si catégoriques et si nombreuses. Si la France avait consenti à fournir des capitaux pour le Bagdad, si les accords de 1902 et 1903 n'étaient pas morts-nés, si l'Allemagne avait su que l'argent français ne lui ferait pas défaut pour mener à bien son entreprise d'Asie Mineure, il est évident qu'elle aurait ménagé les susceptibilités de la France et qu'elle n'aurait pas pris cette attitude menaçante, de crainte que le Gouvernement français ne serre les cordons <^e la bourse.

Ceux qui ne veulent pas admettre que le discours de Tanger du 31 mars 1005 soit la consé-

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quence du refus de M. Delcassé de laisser coter les titres de Bagdad à la Bourse de Paris, né peuvent toutefois raisonnablement soutenir que l'Allemagne aurait usé de pareils procédés à notre égard, si nous lui avions accordé notre concours financier comme nous lui avions donné auprès du sultan notre appui diplomatique.

Mais nous croyons que le Maroc n'a été que 1' a occasion » pour l'Allemagne de manifester son mécontentement pour le « lâchage » dans l'affaire de Bagdad. Elle n'a pas dans l'ouest de la Méditerranée des intérêts si primordiaux qui lui commandent de faire de la question du Maroc une question d'honneur : <( Les intérêts de l'Allemagne au Maroc, écrit M. Francis Charmes, ne sont pas assez grands pour justifier dans le fond et dans la forme les brusques interventions qui se sont produites à Tanger et à Fez » (1). Sans doute, les Allemands tenaient au principe de la porte ouverte, de la liberté économique ; mais celleci n'était nullement menacée par la pénétration française au Maroc ; dans les accords successivement conclus avec l'Angleterre et l'Espagne, la France n 'avait-elle pas formellement promis de respecter et de maintenir ce principe et cette liberté.

On a dit : l'attitude de l'Allemagne est la conséquence de la politique de M. Delcassé. Notre mi-

(1) Chronique politique Revue des Deux Mondes, 15 mai

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riistre des Affaires Etrangères avait négligé de l'avertir officiellement des projets de la France an Maroc et n'avait pas suffisamment tenu compte des intérêts économiques qu'elle pouvait avoir dans ce pays. Froissé par une telle politique, le Kaiser a voulu manifester sa mauvaise humeur par un de ces coups de théâtre qui lui sont particuliers. Sans nier la part de vérité qu'il peut y avoir dans cette explication, M. René Pinon estime (pie la vraie raison des discours de Tanger est dans l'irritation (pie l'Allemagne a éprouvée à la suite de l'accord franco-anglais du 8 avril 1904, irritation contre l'Angleterre surtout dont « elle sentait l 'opposition latente à Constantinople et en Asie Mineure sur le Golfe Persique » (1).

Ainsi donc comme M. Victor Bérard, comme M. Francis Charmes, M. Eené Pinon voit une relation directe entre la question du Maroc et l'affaire de Bagdad !

Et d'ailleurs ne peut-on pas rapprocher le discours de Guillaume II aux envoyés du sultan du Maroc à Tanger, en 1905, avec celui qu'il prononça lors de son voyage en Orient en 1898. Ici encore il y a des paroles pleines d'amitié et de sollicitude pour l 'islam. S'il fait toujours entendre au monde musulman d'amicales paroles, c'est pour se faire bien valoir à Constantinople. « Si l'on voulait trouver des vraies raisons politiques de Pinter

(1) Revue des Deux- M 'on des. La Conférence d'Algésirns, 15 décembre 1905, p. 900.

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ventioD allemande au Maroc, écrit M. René Pinon, c'est peut-être à Constantinople qu'il conviendrait d'aller les chercher » (1). Et M. A. Ulaf appuie encore cette thèse : (( Si le Maroc tombe aux mains des mécréants, la répercussion sera intense dans le monde musulman entier. Si l 'Allemagne permet qu'un tel événement se produise, son prestige dans le monde musulman, et avec lui le principe même de sa politique orientale, sera anéanti » (2). Comment douter, d'ailleurs, que derrière Tanger l'Allemagne ne visait pas Constantinople puisque quelques jours après le fameux discours, Abd-ul- Hamid recevait l'ambassadeur d'Allemagne, le banni Marschal] Von Bieberstein, et, une larme aux cils, <( le remerciait de l'immense service que l'Empereur venait de rendre à l'Islam. »

Le Temps du G avril 1905 est du même avis : u 11 convient de signaler, écrit-il, une conversation qu'un représentant de V Agence Information a eu avec une personnalité allemande qui n'est pas nommée. D'après celle-ci, les manifestations de l'Empereur d'Allemagne au Maroc auraient pour objet principal d'obtenir une extension d'influence ailleurs, c'est-à-dire dans la partie orientale de la Méditerranée...

« L'Empereur regarde beaucoup moins à l'ouest

(1j La Conférence dAlgésiras. Revue des lhux~Mondes, 15 décembre 1905, p. 903.

(2) La Weltpolitik et le Monde musulman. Revue dés Deux-Mondes, Ier juin 1905, p. 302.

3 5 :2 ine partie.

— LA FRANCE ET LE BAGDA DBAHN

qu'à l'est du bassin méditerranéen ; si sa venue à Tanger a paru contrecarrer les desseins de la France, en retour la diplomatie allemande se heurte à chaque instant à l'influence française sur les rives du Bosphore. Tous les efforts de l'Allemagne tendent à établir la prépondérance allemande en Asie Mineure et sur ce terrain nous rencontrons des obstacles sérieux qui proviennent presque exclusivement de la France et de l'Angleterre...

» La suprématie allemande en Asie Mineure, en regard de la suprématie anglaise en Egypte et en échange de la suprématie française au Maroc, tel est l'enjeu de la partie diplomatique que viennent d'engager l'Empereur et le Chancelier. »

Ainsi donc, d'après nous, les droits économiques actuels et futurs de l'Allemagne au Maroc ne furent qu'un prétexte au discours de Tanger. La politique de M. Delcassé fournit l'occasion que l'Allemagne attendait, et qu'elle: s'empressa do saisir, pour manifester son mécontentement de notre refus en 1902-1903 de souscrire à la convention financière du Bagdad. Le désir de fortifier sa situation privilégiée auprès du sultan de Constantinople et peut-être la pensée qu'un troc Bagdad- Maroc pourrait intervenir entre elle et la France en furent les véritables motifs.

Les faits qui suivirent semblent d'ailleurs démontrer que cette idée de troc était envisagée dans certains milieux allemands.

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1° Le 15 novembre 1906, M. de Biilow, chanceler de l'Empire, prononçait an Reichstag nn important discours sur la politique extérieure. Pariant de la France, M. de Bulow déclarait : « Ce qui paraît encore plus probable, c'est que deux, peuples qui se rencontrent et qui travaillent ensemble sur le terrain économique, sur le vaste terrain des entreprises industrielles et financières, s'entendront peut-être un jour aussi sur telle ou telle question coloniale. » Or, quel peut donc être (( ce vaste terrain des entreprises industrielles et financières » auquel M. de Biilow fait allusion 1 C'est sans aucun doute le Chemin de fer de Bagdad' que l'Allemagne a toujours représenté comme étant une affaire éminemment économique ! Et quelle est cette « question coloniale » où la France et l'Allemagne peuvent « un jour » tomber d'accord ? Ce ne peut être que le Maroc, question qui, en 1906, passionnait les deux pays et primait toutes les autres ! Et quand viendra ce « jour » où l'accord pourra se faire ! C'est lorsque l'entente aura été conclue, quand les deux peuples coopéreront industriellement et financièrement à la même entreprise. Ainsi, les offres du Chancelier paraissaient bien neftes et bien définies : si le Gouvernement de Paris permet à la finance française de -seconder l'entreprise allemande du Bagdad, le Gouvernement de Berlin n'entravera pas la pénétration française au Maroc. « Concours de Paris, assentiment de Berlin », voilà deux marchandi-

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<es d'échange qni, pour n'être pas de même nature, peuvent cependant être de même valeur. » (1)

2° Il importe de remarquer que M. de Biïlow prononça son discours au moment même où certaines banques parisiennes manoeuvraient pour faire admettre les titres 'de Bagdad à la Bourse de Paris et que la rumeur se répandait, qu'en échange de cette admission, l'Allemagne se désintéresserait du Maroc. Ce qu'il ne faut pas oublier non plus, c'est que, trois mois après cette invitation discrète du Chancelier à la finance française, MM. G-winner et Zander vinrent à Paris et tentèrent vainement d'obtenir notre concours financier. Ces manœuvres, ces rumeurs et ce voyage des deux directeurs de la Deutsche Bank semblent bien confirmer que, en lançant sa fameuse phrase relative à la coopération économique de la France et de l'Allemagne, le 'Chancelier pensait au Chemin de fer de Bagdad.

Cette idée du troc Bagdad contre Maroc, que M. de Biilow avait discrètement émise en 1906, a pris corps aujourd'hui, après le nouveau coup de théâtre allemand, l'envoi de la « Faut lier » à Agadir. Une partie de la presse laisse entendre que l'Allemagne ne demanderait aucune concession territoriale en échange de la liberté de l'action française au Maroc, si on lui accordait certaines compensations financières. C'est ainsi que le « Nou-

(1) Victor Bérard. « Le Discoursdu chancelle^ », Revue de Paris, 15décembrc 1906, p 872

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veUiste financier » (1) soutient que des conversations eurent lieu sous le Ministère Monis entre les gouvernements de Paris et de Berlin. La Wilhemstrasse fit connaître moyennant quelles compensations elle se désintéresserait politiquement du Maroc. Et la principale de ces compensations consistait dans l'ouverture du marché de Paris à un certain nombre de valeurs allemandes. M. Cail- Iaux, alors ministre des Finances, se serait montré, dit-on, très disposé à accueillir les desiderata du Gouvernement de Berlin. Mais devenu Président du Conseil, M. Caillaux n'a pas cru devoir tenir les promesses faites. Et c'est à cause toujours du refus 'de laisser souscrire en France des valeurs allemandes que nous avons eu cette sorte de répétition du discours de Tanger, l'envoi d'un navire germanique dans les eaux marocaines au moment où l'on s'y attendait le moins. Que M. Caillaux ait fait, comme ministre des Finances, des promesses qu'il a refusées de réaliser devenu Président du Conseil, nous ne pouvons l'affirmer. Mais nous pensons que l'autorisation de laisser coter les titres allemands en Bourse de Paris aurait adouci les exigences allemandes. Nous sommes portés à croire que le Gouvernement de Berlin n'avait pas renoncé au troc Bagdad-Maroc auquel M. do Bûlow faisait allusion dans son discours. En 1911 comme en 1906, l'argent français serait le

(1) 7 juillet 1911.

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bienvenu puisqu'il serait (( la clef d'or qui pourrait ouvrir le paradis de Bagdad » (1).

Veut-on confirmation de cette idée ? La Gazette de Francfort reprend en quelque sorte les paroles du Chancelier : « 11 y aurait, écrit-elle, un moyen de s'entendre sans que la France cédât une de ses colonies : ce serait qu'elle renonçât à son hostilité secrète contre l' Allemagne, qu'elle acceptât loyalement la main amicale que l 'Allemagne lui a tendue à plusieurs reprises et qu'elle collaborât sincèrement avec elle. Le capital français et le travail allemand produiraient des merveilles de progrès, de bienfaits et de paix pour le plus grand bien, non seulement de deux peuples, mais de l'humanité tout entière. » (2)

Cet aveu de la Gazette de Francfort est intéressant à retenir. L'offre aux capitalistes y est ouvertement faite : Pas de territoire, mais de l 'argent, et avec cet argent nous achèterons l'amitié allemande, par conséquent notre liberté au Maroc. Or, il est évident que les capitaux français, ainsi mis à la disposition des Allemands iraient en premier lieu alimenter l'entreprise du Bagdad.

Enfin la Nouvelle Presse de Vienne soutient que parmi les fameuses compensations réclamées par l'Allemagne pour son désintéressement politique au Maroc figure l'admission à la Bourse de

(1) Hevue de Pans. « Le Discours du Chancelier ». Victor Bérard, 15 décembre 1906, p. 882.

' Gazette de Franc/'6rti aoûl 191 1 .

CHAP. III

BAGDAD CONTRE MAROC

Paris de certaines valeurs allemandes )) (1). N'y a-t-il là qu'une simple information de reporter plus ou moins bien renseigné ! ou bien, dans les conversations entre M. Jules Cambon et de Kiderlen-Wachter a-t-il été réellement question de l'ouverture du marché français aux titres allemands ? A l'heure où nous écrivons ces lignes il est impossible d'en avoir confirmation. Mais il n'en reste pas moins établi, l'extrait de la Gazette s}e Francfort déjà cité le prouve, qu'en 1911 comme en 1905, le troc Bagdad-Maroc a trouvé des partisans dans certains milieux allemands.

En août dernier « La Réforme Economique » revue très sérieuse, après avoir constaté que dans les négociations qui se poursuivaient entre la France et l 'Allemagne, au sujet du Maroc, celle-ci n'avait pu réussir à intimider notre pays par ses violences et ses menaces, déclare que la tactique allemande va changer et que des offres formelles de collaboration financière entre les 'deux nations vont être faites au gouvernement de Paris : « Des représentants de la Deutsche Bank, écritelle, et de plusieurs autres groupes financiers allemands, se préparent à livrer au gouvernement français, à Paris, un assaut d'un nouveau genre. 11 s'agit d'amener les plus influents de nos ministres actuels, à se demander s'il n'y aurait pas pour la France un intérêt considérable au point le vue financier, à s'entendre le plus tôt possible

(1) Nouvelle, Presse de Vienne, août 191 1

3'*<S IIIe PARTIE. — LA FRANCE ET LE .BAGDAEXBAHN

avec l'Allemagne en donnant à celle-ci les satisfactions qu'elle désire.

» Expliquons-nous, il ne se passe pas de jour sans qu'on entende formuler, dans les milieux d'affaires où l'élément germanique se trouve représenté, le souhait que la France finisse par céder pour qu'ensuite les financiers des deux pays puissent réaliser en paix le vaste programme d'affaires îiouvelles élaboré dans le silence des bureaux.

» Tel est le thème qui va être habilement présente par les émissaires de la Deutsche Bank, soit directement, soit par l'extremise de certaines hautes personnalités financières parisiennes ayant la confiance de M. Caillaux » (1). Quel est ce programme d'affaires nouvellement élaboré ! L'auteur ne le dit pas, mais la présence de la Deutsche Bank parmi les établissements financiers allemands qui voudraient tenter d'obtenir la collaboration pécuniaire de la France, doit suffire pour nous renseigner. Le Chemin de fer de Bagdad n'est-il pas en effet, la plus grande préoccupation de la Deutsche Bank ! Dès lors il est probable que la construction du Bagdadbahn figure d'ans ce programme d'affaires que les émi suaires de la Banque allemande veulent proposer à notre gouvernement. Et l'acceptation de ce programme, la promesse de l'appui financier français aux entreprises allemandes serait le prix du désintéressement de Berlin à la politique marocaine de la France. Si, à l'heure actuelle, il nous

()) Réforme économique, numéro du 26 aoûl 1911.

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est impossible d'affirmer que jamais il n'a été officiellement question du troc Bagdad-Mario c entre les deux diplomaties française et allemande, nous croyons du moins avoir suffisamment démontre que les hommes d'Etat de Berlin y avaient songé en 1905, le discours de M. de Biilow le prouve, et que certaine presse germanique reprenant l'idée du (uaneelier, renouvelle aujourd'hui discrètement ses offres.

Xons avons jusqu'ici simplement exposé la question, et nous nous sommes demandé si une relation quelconque pouvait être établie entre les deux affaires. Nous estimons que oui : désespérant d'obtenir le concours financier de la France au Bagdad, sans lui donner de sérieuses garanties, sans lui réserver une large part dans la direction et l 'exploitation de l'entreprise, l'Allemagne a pensé qu'en contrariant la France au Maroc, ce serait peut-être un moyen pour elle de trouver les ressources qu'elle cherchait. Le gouvernement de Paris ne voulait pas de bonne grâce souscrire à un accord au sujet du Bagdad ; le Maroc serait peut-être une occasion favorable pour obtenir cet accord. Si l'entente pouvait être conclue, l'Allemagne en retirerait un ivantage plus grand encore : la France serait obligée de modérer ses prétentions, le caractère allemand de l'entreprise lui serait conservé. « Si vous voulez que nous vous laissions pénétrer dans Fez, aidez-nous à atteindre Bagdad. »

Remarquons bien, en effet, que l'Allemagne a soulevé l'incident d'Agadir au moment où la Bus-

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sie renonçait à son opposition an Bagdad, et où une entente entre l'Angleterre et la Turquie, an sujet de cette voie ferrée asiatique, était imminente. Les difficultés diplomatiques étaient vaincues : il fallait tâcher aussi de vaincre les difficultés financières. L'Allemagne a pensé qu'eu cherchant les ressources pécuniaires, « un pistolet à la main », elle aurait peut-être plus de chance de les trouver.

Mais nous avons jusqu'ici envisagé uniquement le point de vue allemand. Préoccupons-nous maintenant du point de vue français, en nous demandant si le troc Bagdad contre Maroc est réellement acceptable.

Section II

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