TYP PARTIE
— t/extïîevtje de potsd.vm
magne, il avait été obligé, bien à regret, de consentir à l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche. Son maintien au ministère pouvait fâcheusement influer sur les résultats de Feutre vue, et ayant déjà eu à souffrir de l'attitude allemande, lors de l'annexion précitée, il se montrerait peut-être, moins <|iie tout autre, animé de sentiments amicaux et bienveillants vis-à-vis de l'Allemagne. ♦
Ce fut donc avec une satisfaction mal dissimulée que le 6 septembre, les journaux annoncèrent le renvoi de M. Iswolski. En même temps, on apprend que M. Stolypine, qui voyageait en Extrême-Orient, a été rappelé à Saint-Pétersbourg pour •accompagner Nicolas II dans son entrevue avec Guillaume II, rencontre fixée, dit-on, au milieu d'octobre. M. Sassonof, beau-frère de M. Stolypine, reçoit la succession de M. Iswolski. On ne sair pas encore dans quelle ville se produira cette rencontre. Ou parle de Skiernievicie, où de grandes, chasses seraient organisées, et auxquelles assisteraient les deux souverains. Mais bientôt on annonce que le château de Potsdam est le lieu définitivement choisi et que le kaiser y recevra le tzar au début de novembre.
Le 1" novembre, M. Sassonof déjeune à l'ambassade de Russie, à Berlin, avec M. de Kiderlen- Waeehter. 'Fout d'abord, on déclare (pie cette entrevue des ministres russe et allemand n'avait rien d'officiel. « D'après les renseignements donnés, l'entretien permit d'effleurer les sujets dont il
OU. Tï. — LA RENCONTRE DES DEUX EMPEREURS i<>!
serait parlé lors de la rencontre du tzar et de l'empereur d'Allemagne, c'est-à-dire de la politique générale. De la question des Balkans, de la Perse, on parla fort peu, si ce n'est pas du tout...
« Le point principal de l'entrevue est d'abord Qu'elle ait lieu et qu'elle soit véritablement des^ tinée à rétablir les relations traditionnelles d'amitié existant entre les dynasties Romanoff et Hohenzollorn et qui s'étaient un peu relâchées à la suite de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. » (1)
El l'entrevue eut lieu, en effet, à Potsdam, les 4 et 5 novembre.
Tout d'abord, il fut impossible d'avoir aucun renseignement sur les questions politiques envisagées par les souverains. Dès le 6 novembre, certains journaux rapportent une interview <( d'un personnage de la cour russe des pins influents » « particulièrement bien renseigné », interviewdans laquelle ce personnage déclarait « (pie le but de l'entrevue avait été surtout de rendre plus faciles les pourparlers que les multiples affaires d'Orient et d'Asie vont exiger. » (2) Mais ces journaux ne nommaient pas celui qui leur avait fait ces déclarations. Il n'y avait Là (pie des informations de journalistes, auxquelles il aurait été puéril d'attacher un trop grande importance. Rien, au début, ne put transpirer de cette entre vue. Les milieux officiels allemands restèrent
(1) Petit Méridional, 3 novembre 1910.
(2) V. Petit Méridional ', 6 novembre 1010.
402 iv° partie. — l'entrevue de potsdam
muets sur les détails et sur les résultats, et M. Sassouoff ferme impitoyablement sa porte aux journalistes qui voudraient lui arracher quelque parole d'éclaircissement. Mais la presse germanique officieuse parle de cette entrevue sur un ton triomphant et déborde d'enthousiasme et de joie; Dès le 9 novembre 1910, le Kieler Neueste Nachrichten, qui passe pour être le journal du prince Henri de Prusse, annonce que le tzar a invité l 'empereur à venir à Saint-Pétersbourg' et que la visite de Guillaume II aurait lieu au mois d'avril 1911 (1).
La presse russe déclarait bien qu'on ne doit voir dans cette entrevue qu'une visite de courtoisie, mais l'enthousiasme des journaux d'outre- Rhin laissait supposer que l'entrevue de Potsdam avait été plus que cela. De retour à Pétersbourg, M. Sassonof déclarait, en effet, « que l'Allemagne reconnaissait les intérêts de la Russie dans la Perse du nord, mais qu'elle désirait, dans le cas où la Russie y construirait un chemin de fer, que les intérêts de la ligne de Bagdad fussent respectés. » (2)
Ainsi donc, on commençait à savoir qu'il avait été question de la Perse et du Bagdad lors de l'entrevue. Si les souverains avaient échangé des paroles aimables et cordiales, les ministres, eux, s'étaient occupés de questions politiques intéres-
(1) Y. Petit Méridional, 10 novembre 1*110.
(2) L'Entrevue <le Potsdam cl les Alliances, par Christian Patrimonio. Correspondant, 25 mars 1 * ) 1 J , p. 1200
sànt les deux pays et l'on se demandait quel accord pouvait être intervenu.
Le discours que prononça au Reiehstag, le 11 décembre 1910, M. de Betlimann-Holweg allait encore accroître l'émotion soulevée par l'entrevue de Potsdam et susciter les commentaires les plus divers.
Le 11 décembre, le Chancelier de l'empire d'Allemagne rendait compte au Reiehstag de la politique extérieure du Gouvernement. Parlant de la rencontre des deux souverains, il fit les déclarations suivantes : (( Il a été une fois de plus établi qu'aucune des deux pui sauces (l'Allemagne et la Russie) ne se prêterait à une action quelconque qui pourrait avoir une pointe agressive dirigée contre l'autre... ; d'accord avec ce principe, nous avons eu l'ocasion de noter en particulier que l'Allemangue et la Russie ont un intérêt égal au maintien du statu quo dans les Balkans et en Orient et qu'elles n'appuient en conséquence aucune politique, de quelque coté qu'elle vienne, qui serait dirigée contre le maintien de ce statu quo. »
L'ambiguïté de cette phrase, probablement voulue par M. de Bethmann-Holhveg, entraîna de vives discussions, en même temps qu'elle faisait naître, dans la presse de France et d'Angleterre, une légitime inquiétude. Quelle était exactement la portée de cette entente ? Les paroles du chancelier permettaient de supposer qu'elle ne s'était pas bornée exclusivement à l'Asie. Si, au cours des pourparlers, on avait simplement eu 1' « occasion » d'exa-