‹ Le chemin de fer du CongoChapitre 15 sur 27 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

îL résulte de Texposé qui précède, que le chemin de fer projeté se présente dans des conditions exceptionnelles et extraordinairement intéressantes.

Une immense région vierge, riche en produits de tout genre, susceptible de fournir à l'industrie et au commerce tous les produits des tropiques, vient d*ôtre ouverte à Texploitation de l'Europe.

Le tronçon de chemin de fer que l'on veut établir est destiné à drainer ses richesses, sans qu'aucune concurrence puisse, d'ici à longtemps, lui être suscitée, en même temps qu'à fournir aux nombreuses populations qui l'habitent les articles manufacturés dont elles se montrent avides.

Le syndicat anglais qui s'était constitué était tellement convaincu de l'avenir commercial du haut Congo et de la certitude que l'opération du chemin de fer serait rémunératrice, qu'il s'était assigné comme but immédiat « la construction du chemin de fer » .

Les promoteurs de l'entreprise belge n'ont pas eu tout à fait cette hardiesse. Ils ont cru qu'il était plus sage de débuter par l'étude.

La Compagnie du Congo, qui vient de se former, aura donc pour but tout ce qui concerne l'étude du chemin de fer ; seulement, ses statuts sont rédigés d'une manière assez large pour lui permettre de devenir, le cas échéant, par de simples augmentations de capital, la Société de construction et d'exploitation.

De cette façon, les risques sont pi'esque nuls. En effet, si, contre toute attente, il se présentait, dès la première période des travaux, quelque circonstance imprévue qui rendît l'entreprise impraticable, les dépenses seraient minimes, les <;apitaux pour l'étude ne devant être engagés que successivement.

Une société de cette espi'ce peut difficilement borner ses recherches à la seule question de Tétude du chemin de fer. En effet, l'entreprise ne saurait être fructueuse qu*à la condition expresse que le haut Congo, en vue duquel le chemin de fer est projeté, soit bien le pays d avenir que les voyageurs ont décrites.

Il y aura donc lieu, afin de pouvoir rédiger un rapport complet et consciencieux, d'organiser, en même temps que Texpédition technique chargée de l'étude du tracé, 1° une expédition géologique, chargée de déterminer les richesses du sol, 2° une expédition commerciale chargée d'étudier les ressources du pays et les moyens pratiques de les exploiter. L'étude devra porter en même temps sur le cours du fleuve et de ses principaux affluents, afin de reconnaître exactement leur navigabilité et de pouvoir dresser, en connaissance de cause, la spécification des steamers destinés à leur navigation.

Tout ce que nous venons de dire à propos de l'étude peut d'ailleurs se répéter au point de vue de l'exploitation.

Il n'est, en effet, pas possible que la Compagnie qui entreprendra la construction £t l'exploitation du chemin de fer borne là son activité. Elle ne peut attendre que l'initiative des capitaux organise vers le haut Congo les entreprises commerciales, qui seules peuvent créer les aliments à cette voie ferrée. La compagnie du chemin de fer doit donc pouvoir être, en môme temps, une compagnie commerciale.

Le môme raisonnement amène à conclure que la Compagnie doit pouvoir créer des services maritimes, des services de navigation fluviale, et conclure toutes opérations financières qui sont les adjuvants naturels du commerce. En un mot, la Compagnie du Congo doit avoir un but social conçu dans des "termes suffisamment généraux pour lui permettre d'aborder toutes les opérations de commerce ou de finance ayant le haut Congo pour but ; elle doit former un tout.

Plus tard, lorsque l'activité commerciale du Congo aura pris une grande extension, rien n'empêchera d'ailleurs la Compagnie de se scinder en plusieurs sociétés.

Nous publions, en annexes, les statuts de la Compagnie, le texte de la Charte qui lui a été concédée par l'État m dépendant du Congo, ainsi que la liste des actionnaires.

La compagnie du Congo pour le commerce et Tindustrie s'est constituée en vertu de Farticle 31 de la loi de 1873- 1886 sur les sociétés commerciales. Cette forme a été admise à cause du nombre exceptionnellement considérable de souscripteurs.

Les fondateurs de la Société sont : MM. Jules Urban, directeur général du Grand Central, président du conseil d'administration de la Banque de Bruxelles et de la Société des Chemins de fer économiques ; De Roubaix, industriel à Anvers, et le capitaine Albert ThySy officier d'ordonnance du Roi.

Le siège social est à Bruxelles, rue Bréderode, n° 16.

L'acte authentique, prévu par la loi, a été signé par les fondateurs, par-devant les notaires Van Halteren et Van Beveren, le 27 décembre dernier, et la publication en a eu lieu au Moniteur belge le 4 janvier 1887.

La première assemblée générale a eu lieu le 9 février au palais de la Bourse, à Bruxelles.

La société s' étant déclarée définitivement constituée, il a été procédé à la nomination des commissaires. Ont été élus :

MM. Bosquet;

Capitaine Cambier; de Hemptinne ; Delcommune ; baron Weber ; Sam. Wiener, avocat.

Les commissaires ayant pris place au bureau sous la présidence de M. Wiener, celui-ci rendit d'abord hommage à la grande pensée qui a conçu l'œuvre africaine et au succès qui a couronné les efforts des fondateurs de la Compagnie du Congo. L'assemblée applaudit chaleureusement les paroles de M. Wiener.

Il fut ensuite procédé à la nomination des administrateurs. Ont été nommés :

MM. Auger Vincent, industriel à Gand ;

de Bary, armateur et négociant à Anvers; de Burlet, avocat et membre de la Chambre des représentants;

MM. Auguste De Laveleye, secrétaire général du oon^K«

des chemins de fer; A. de Roubaix, industriel à Anvei'S; V. Mabille, maître de forges à Morlanwelz ; Eug. Meeus, membre de la Chambre des représentants

et industriel à Anvere ; Neef-Orban, membi'e de la Chambre et représentants

et industriel à Liège ; Sabatier, membre de la Chambre des représentants; Simonis, sénateur et industriel ù Verviers ; Thys, capitaine d'état-major, ofticier d ordonnaniv du

Roi; Jules Urban, directeur général du Grand-C-enlral et

président des chemins de for éiX)nomiques.

Dans une réunion du Conseil d'administration tenu TaprC^smidi, ont été nommés :

Président : M. Sabatier;

Vice-président : M. J. Urban ;

Adminislrateui's délégués : MM. De Roubaix et Thys;

Secrétaire : M. A. De Laveleye.

Il a été décidé ensuite qu'une double expédition serait immédiatement organisée et partirait à bref délai.

La première, composée d'ingénieui*s et de to|H>graphi\i5, recherchera, entre Matadi et Léopoldville, la uïoillouiv route à suivre pour rétablissement de la voie fondée pivjotoo. Une récente exploration, faite par MM. Tingéniour llakans*son et le D' von Schwerin, a révélé qu en sWarlant do quelques lieues de la rive du C^Dngo, on trouverait, |K»ur la voie future, des terrains beaucoup moins aoiMdontos que ceux des bords du fleuve, fertiles et extrémomonl peuplés.

La seconde expédition, composée d'agronomes, do g(H)logues et d'agents commerciaux, reconnaîtra lo Congo ot ses affluents en amont du Slanley-Pool. A cet effet , la société a déjà commandé en Belgique une embarcation à vapeur destinée à cette exploration. La direction de celle-ci sera confiée à M. Delcommune, qui est en cq momont à Bruxelles et auquel dix années passées dans les factoreries et les stations du bas CiOngo ont domié une expérience consommée de tout ce qui touche au t*ommerce avec l'Afrique.

La liste des actionnaires, qui compte 278 noms, comprend presque tous les établissements financiers de Bruxelles et de Liège, les plus importants d'Anvei*s et de Gand, tous les industriels gantois, tous les gi^ands commerçants d'Anvers, et la plupart des représentants des industries métallurgiques du Centre et du pays de Liège.

Elle constitue, à elle seule, la démonstration ta plus éloquente de la sympathie que l'œuvre du Congo a su conquérir grâce à la persévérance avec laquelle elle a été conduite, de même qu'elle prouve que la Belgique commerciale et industrielle a foi dans l'avenir économique du Congo.

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